ETTJIE SOI. al J
manufaotures s’est montrée peu favorable au maintien d’une moralité sévère. Cela s’est vérifié en France comme en Angleterre, en Allemagne et en Suisse comme en France. H y a quelques jours, j’ai reçu d’un de mes amis qui passait par Arau (canton d’Argovie) , les lignes suivantes ; Je vois Tindustrie qui <c envahit les montagnes, et arrache des bras aux cï terres les plus fertiles. Je puis voir aussi combien <c elle émancipe et combien elle démoralise. En « passant à côté de l’étranger, le paysan ou l’ouvrier Éc ne le saluent plus; la jeune fille ne murmure plus Cf son : Dieu vous salue! mais elle le regarde fixement « et sourit. » Cependant, comme il existe une relation intime entre ces deux faits, moralité et aisance, il est permis de regarder comme très probable que, tant que les salaires seront élevés àLowell, l’influence d’une saine éducation, le sentiment du devoir et la crainte de l’opinion publique suffiront à y maintenir des habitudes de moralité. Or, les salaires de Lowell resteront-ils ce qu’ils sont ?
Il y a des raisons pour qu’ils baissent; le tarif protecteur de rindustrie américaine va en décroissant par degrés; le juillet 1842, il sera réduit à 20 pour 100 au maximum. Mais aussi les procédés se perfectionnent, les travailleurs deviennent plus habiles, les capitalistes rentrent dans leurs fonds, et par la suite ne se croiront plus en droit de percevoir des dividendes de 10 à 12 pour loo. Une certaine baisse est fort possible, même après celle
2i8 les ouvrières de lowell.
de mars dernier, parce que la main-d’oeiivre est payée, dans les tnanufactures de Lowell, au-dessus de sa valeur courante dans les cantons voisins ; mais elle sera limitée. En Europe, il arrive souvent que la besogne manque aux bras; ici au contraire ce sont les bras qui manquent à la besogne. Tant que les Américains auront ce vaste domaine de l’Ouest, fonds commun d’où chacun, moyennant du travail, peut tirer par lui-méme et pour hii-inême un bel héritage, la dépréciation de la main-d’œuvre ne sera pas à craindre.
En Amérique comme en Europe, la concurrence entre les chefs d’industrie tend à réduire les salaires; mais en Amérique elle nest pas aidée, comme elle l’est en Europe , par la concurrence d’ouvrier à ouvrier, c’est-à-dire pàr l’offre surabondante de bras sans emploi, car l’Ouest est là prêt à donner refuge à tous les bras inoccupés. En Europe une coalition d’ouvriers ne peut signifier que l’une de ces deux alternatives : Augmentez nos salaires, sinon nous nous laissons mourir de faim, nous, nos femmes et nos enfants; ce qui est absurde; ou, Augmentez nos salaires, sinon nous prenons nos fusils; ce qui est un défi de guerre civile. Il n’y a pas en Europe d’autre traduction possible. En Amérique au contraire, une coalition signifie: Augmentez nos salaires , sinon nous allons à l’Ouest. Toute coalition qui, dans la pensée des coalisés, ne peut se formuler ainsi, n’est qu’un caprice passager, un accident
LETTIVE Xlll.
sans importance. Voilà pourquoi les coalitions qui J en Europe, sont souvent de force à ébranler les pouvoirs les plus robustement organisés, ne présentent aucun danger réel pour Tordre public, ici ou Tautorité est désarmée* Voilà pourquoi nos pays d’Europe, encombrés de population, ont besoin, pour leur sécurité et pour leur bien-être, d’avoir un Ouest qui leur soit ouvert, et sur lequel chacun d’eux puisse s’épancher à sa manière. Voilà pourquoi encore la France a raison de garder Alger.
Eenque. ^ I/A«elavag«<
Elmiûgton {Virginie), ^4 août ia34*
Les élections de la Chambre des Beprésentants vont avoir lieu en octobre et novembre dans les principaux États de VUnion, New-York, Pensylvanie, Ohio. Quoique les représentants qui y seront élus ne doivent siéger qu’à la session qui commen* cera en décembre 1 835 , tout le monde attache beaucoup d’importance au résultat de ces élections, même relativement à la session prochaine.
. On se prépare de part et d’autre avec la plus grande activité. Chaque parti a définitivement arrangé son thème. Comme, à force de harangues sur l’aristocratie d’argent, on est parvenu à exciter contre la Banque les préjugés de la classe ouvrière,
LETTRE XIV
qui forme la majorité électorale, le mot d’ordre de l’Opposition ne porte pas ostensiblement sur-la Banque. Elle dit aux électeurs, en leur signalant les derniers actes du Président qui étaient dirigés contre la Banque, et les doctrines qu’à cette occasion il a soutenues dans ses messages ; « Le pouvoir exécutif a est en pleine usurpation. Hâtez-vous de sauver la « Constitution de ses empiètements inouïs. Il ne a s’agit pas de la Banque ; il s’agit de nos libertés « conquises par le sang de nos pères, et dont un « soldat audacieux, escorté d’une foule de fonctiona naires serviles, s’est impunément fait un jouet. » C’est en effet ce que l’Opposition a de mieux à dire ; car le général Jackson, dans l’affaire de la Banque comme dans la plupart des circonstances de sa vie, s’est peu inquiété des formes. Il a marché droit à son but, sans trop regarder où il posait le pied.
Le parti de l’Administration, qui sait bien que la Banque est impopulaire parmi les masses, puisque c’est lui qui, en travaillant l’esprit public, a développé cette impopularité, parle Banque et rien que Banque. «L’Opposition se moque devons, dît-il au « peuple, quand elle vous supplie de sauver la « Constitution et les lois. Qu’importent la Consti- « tution et les lois à l’Opposition ? C’est la Banque « qu’elle veut sauver. Guerre à la Banque ! Le gé- « néral Jackson, le héros des deux guerres ^ qui, au « péril de sa vie, a repoussé de TUnioii les baïon- « nettes anglaises, veut purifier le sol de la patrie
222 I.A, BAIfQUE.- l’eSCLAVAGE.
a (le ce suppôt de tyrannie ,et de corruption. La a Banque, c’est encore l’influence anglaise qui veut « vous asservir. Il s’agit de savoir si vous serez des « hommes libres ou les esclaves du Veau-d’Or. Mal- « gré toutes les hypocrites protestations des Séides de la Banque, souvenez-vous bien, en allant aux (( Poils, que la question, la seule question, toute la « question , c’est Bank or no Bank. » Au fond, ce ce que dit le parti de l’Administration est vrai : l’Opposition n’abandonne point la cause de la Banque. La question qui se discute et qui va se résoudre aux élections est la question de la Banque. Mais à qui la faute., si l’Opposition a aujourd’hui des motifs légitimes d’appeler les citoyens à la défense de la Constitution?
Les chefs du parti démocratique ont senti en outre que leur politique, qui avait consisté à opposer les banques locales à la Banque générale, échouerait nécessairement, et que toute la finance et tout le commerce du pays, ce qui comprend les banques locales, devaient à la longue se rallier autour de la Banque des États-Unis. Les reproches qu’ils adressaient à celle-ci retombaient d’aplomb sur les banques locales. Il était impossible que la masse démocratique ne s’en aperçût pas, elle qui a bien plus de griefs réels contre les banques locales que contre la Banque des iÉtats-ünis,qui n’a jamais fait perdre un ‘dollar à personne. Après avoir hésité longtemps,les meneurs du parti semblent prêts à prendre
LETTRE XJV,
la détermination hardie de se prononcer ouvertement contre toutes les banques. Les billets de banque ne sont, disent-ils^ que de misérables chiffons (j'ug^monej), 1/éloge des métaux , or et argent, est à Tordre du jour. L’or s’appelle Jackson-mouej, La Monnaie des États-Unis a reçu une activité inaccoutumée pour frapper des pièces d’oi% demiaigles et quart-d’aigles. Les principaux journaux du jacksùn-parlf paient avec de Tqr les journées de leurs ouvriers imprimeurs } les chauds amis de T Administration affectent d’avoir des pièces d’or dans leurs poches ; et comme en général on n’emploie ici que du papier-monnaie dans les affaires et même dans les plus menues transactions, on peut tenir pour certain qiTun homme est iin jackson-mari quand on lui a vu entre les mains des pièces d’or. Dernièrement le président est allé à sa maison de campagne de rErnhtage,en Tennessée; tout le long de la route il a soldé ses dépenses en or : le Glohe^ qui est son journal avoué, a pris soin cTen informer le public \ et dans un grand banquet que lui ont donné les- habitants de Nashville (Tennessée), il a porté le toast suivant : ^c L’or et l’argent, seul signe (c représentatif reconnu par la Constitution ! »
Cette apothéose de Tor et deTargent, considérée en elle-même, na rien que de convenable. Jusqu’à présent les métaux n’ont formé qu’une part trop faible de la circulation des États-Unis. Kor surtout y était invisible. A la dernière session,le Congrès a
224 BANQUE.-t’ESGLA.VAGE.
fait disparaître l’un des obstacles qui s’opposaient à ce que l’or séjournât dans le pays et se substituât aux petites hank~notes^ï[ a haussé la valeur legale de l’or. Jusqu’à quel point cet acte du Congrès atteindra-t-il le but qu’on s’est proposé, de faire rester dans le pays une certaine quantité d’or? Je l’ignore. Je suis cependant persuadé que le seul moyen prompt et efficace de balayer les petits billets de banque, serait d’en charger une Banque Nationale.
Certainement les hommes prudents et expérimentés du parti s’opposeront à une formelle déclaration de guerre contre toutes les banques ; mais il est bien difficile que, dans le parti démocratique, les hommes les plus emportés et les plus violents ne fassent pas la loi aux hommes de modération et d’expérience. En cette circonstance, M. Van Buren aura besoin de toute son habileté pour maintenir la discipline parmi les siens. Il connaît trop bien la situation commerciale des États-Unis pour s’arrêter un seul instant à l’idée de détruire les banques. Sa formule avouée, à lui, c’est de renverser la Banque des États-Unis, non parce que c’est une banque, mais parce que, suivant lui, son existence est contraire à la Constitution.
La tactique de l’Opposition lui a déjà valu quelques succès dans les élections partielles peu importantes ; cépendant quand même l’Opposition aurait la majorité au prochain Congrès, ce ne serait encore
LETTRF XÏV.
âa5
qrAine demi-victoire^ caria Banque ne serait pas encore conservée* Beaucoup de gens qui se sont ralliés à TOpposition, parce qu'elle a écrit sur son drapeau la Constitiiîîon et les loîSj s"en seraient tenus écartés s’ils y eussent vu le nom de la Banque^ tant Ton a su faire germer la défiance contre cette utile institution.
En admettant donc que l’Opposition triomphe dans les élections prochaines, U faudra pour sauver la Banque faire jouer de nouveaux ressorts. Il est facile dès à présent d’en signaler un sur lequel les amis de la Banque ne manqueront pas d’appuyer-
L’Union, tout homogène qu’elle est parle langage et par l’ensemble des habitudes, se sous-divise, je Tai déjà dit, en trois groupes de plus en plus distincts. Au Nord du Potomac sont des États assez pauvres par le sol, mais riches parle commerce (i) et rindiistrie de leurs habitants. Là sont les grands ports de Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore, elles ports secondaires de Portland, Salem, New-Bedford, Nantucket, Providence. Là encore sont la plupart des manufactures que possède l’Union, Ces États n’admettent pas l’esclavage, à part le Maryland où la proportion relative des esclaves est en décroissance continuelle, et l’État lilliputien
(i) Eq 1 833 , sur une importation de 108,000,000 de dollars^ les ports de oeîte section ont reçu une laleur de 96,000,000* Déduclion faite dea importa tinii^ de la Nodvellc-OriéanSj les impoiiotions réunies de tous les États autres que ooux du Nord n’ont été que de a,700^000 doflars» Le Sud emporte beaueoup plus qu’il ii'impnrte*
deDelaware, où l’esclavage a presque disparu de fait. Au Sud du Potomac, entre l’Atlanticpie et le Mississipi, sont les États à esclaves, États agricoles, les seuls où il y ait de la grande culture, produisant particulièrement le coton, le riz, le sucre, le tabac, sans industrie manufacturière, ne faisant guère de commerce, sauf le cabotage, que par l intermédiaire des grandes villes du Nord. Ar-Ouest,à partir de la ligne des grands lacs en descendant au midi, le long de rOhio et du Mississipi s’étend un sol des plus riches, sur lequel, depuis l’Indépendance, ont subitement grandi des États nouveaux : l’Ohio, l’Indiana, l’Illinois, sans compter le Michigan, qui est maintenant en droit d’eîre admis au nombre des metnbres de l’Union. Ce sont -des États agricoles exploités par le travail libre , produisant du blé et du bétail de toute espèce, du w'hiskey et des salaisons, où la propriété est morcelée,-en ce sensv[ue chaque famille a son domaine.
De ces trois groupes, celui du Nord est le plus intéressé à l'existence d’une Banque centrale, Cest aussi celui oii l’on connaît le mieux le mécanis-me financier de l’Union, et où l’on comprend le mieux qu’une telle Banque en est le plus indispensable des rouages. Mais le Nord seul, même avec l’appui de quelques villes commerçantes du Sud ou de l’Ouest, comme la Nouvelle-Orléans et Cincinnati, ne suffit pas pour former une majorité. Au Nord même, clans la campagne qui s’étend derrière New-York et Bhi-
LETTRE XIV
Iftdelphi&j il règne contre 4 e commerce de ces villes mie jalousie qui est pire qae de rinjustice 3 car c^est de ImgratLtudej et qui se manifeste maintenant par une aveugle hostiii'iîé contre la Banque. Ën iin mot, quoique la question d'une Banque Nationale sort presque considérée comme une question d^être ou de n'^êîre pas^ par les métropoles commerciales du Nord 3 sans rindu^ie desquelles le Nord ne serait encore qu'un pays demi-sauvage, le Nord est loin d^étre unanime en faveur de cette institution; et le fut-il^ il ne pouiTait , seul, la isauver,
*Le Nord doit doinc ctercher des alliés k rOue^t ou au ^ud. H y a des symptômes qui annoncent que dans rOuestl'Opposition grossit^ mais c’-estparce qu elle a momentanément laisse en dehors la question de la Banque. UOueiÿt n^aime ni la Banque ni les Banques. La haine de ces États éminemment démocratiques conh'el'e Bhnkmg-Sjstem est ^orm 6 lle^ metït écrite d^mis la constîtntion de deux d'entre eux, IndianaetHlinois.il y est dit en substance (article 10 de article S, §'21, de rautre)^ que les Banques sont probibées dans TÉ tat, à moins queFÉtat nejuge convenable d^en ètaBKr tmelui-méme avec ses propresfonds; ce que d’'afHeurs ils sontTmi et Tautre en train de faire. C'est donc au Midi que le Nord doit chercher ses alliances.
Les populations du Nord et celles du Midi dîf<^ fèrentles unes des autres à bien des ^ards(i). On
(i) Voir la lettre X.
2a8 liA ]!A,NQl:E.— l’îîSCLAVACF..
reconnaît, jusqu’à un certain point, entrelp^tatsdu Nord et ceux du Midi les mêmes analogies, les mêmes contrastes qu’entre la France et l’Angleterre (i). Le Midi Tempo rte, comme la France,par les qualités brillantes ; le Nord, comme l’Angleterre, par les qualités solides. Les grandes idées viennent plutôt du Midi; la bonne exécution est plutôt le fait du Nord .Le Nord est doué de la persévérance anglaise, de cette persévérance, gage et condition du succès. Le Midi est, comme nous, mobile et facile à décourager; tout ardeur au commencement d’une entreprise, et tout déconcerté quand un obstacle imprévu vient en arrêter le cours. On est fort étonné dans TUnion de ce que. Tan dernier, les habitants de la Caroline du Sud aient terminé et bien terminé un chemin de fer de Charleston à Augusta (Géorgie); c’est la distance de Paris auHâvre. Du mélange des hommes du Nord avec les hommes du Sud dans le Congrès, il résulte que Tesprit de calcul et le sens pratique y.sont assis à côté de la vive imagination et de la conception large. Leur concours équilibré est la raison profonde de la direction à la fois hardie et sage qui caractérise habituellement les actes du Congrès. Jusqu’à ces derniers temps, où l’Ouest, surgissant tout-à-coup,
(i) A B.icbnioDd, en Virginie, je demandais à un Français établi \k depuis cinquante ans ^ et dont le patriotisme ne s'est point refroidi par une si longue fibsence, pourquoi il avait préféré Richmond aux villes du Sord^ qui étaient et sont encore, malgré les progrès de Richmond, plus favorables pour les affaires* « C*êsI , me répondit-il, que les Virgmiens sont les Français de rAmériqne.
lettre xtv.
aac)
est venu se placer en tiers entre les deux groupes rivaux, la politique intérieure des États-Unis a consisté dans un balancement entre le Midi et le Nord (ï).
11 y a entre le Nord et le Sud des dissidences politiques assez graves. Le Nord a plus de respect pour le lien fédéralj il serait plutôt disposé à le fortifier qu'à l’affaiblir. Le Sud a la tendance opposée. An Sud, on est contre le tarif des douanes, contre les subventions du gouvernement fédéral aux travaux publics, contre tout ce qui peut étendre l’influence de l’autorité fédérale. « Plus le lien fédéral “ sera léger, dit le Sud, plus on le portera aisément, « moins il sera à craindre que quelqu’un des mem- « bres de la Confédération n’ait enviedele rompre.»— « A force d’affaiblir le lien fédéral, répond le Nord , ft vous le détruisez. Pour peu que vous continuiez « ainsi, l’Union sera abolie de fait et n’existera plus « que de nom; le plus mince accident suffira ensuite « pour quele nom mêmedisparaisse.»Dans toutes ces querelles cependant, même dans celle delaNullification, oùunepartieduSud menaçaitde briserlepacte fédéral, on a jusqu’ici fini par s’entendre. De part et d’autre on s’est fait des concessions, quoique le Nord ait cédé plus souvent que le Sud. Comme le Nord et le Sud ont déjà une assez longue communauté d’existence, il y a lieu d’espérer qu’ils
(r) Voir b îioïc 33 à la fin du voUirtic*
a3o LA SACQUE.-xWtAVAGE.
continueront lon^-temps encore a vivre ensemble.
En vertu du peucbant ordinaire du Sud à interpréter la Constitution dans le sens le plus favorable à la souveraineté individuelle des Etats [statcs rights^^ hfiaiu:oup desi publicistes du Sud soutiennent que Vexistence de la Banque est incoi-istitutionnelle, qiioique le contraire ait été formellement reconnu par la Cour Si'iprénae des États-Unis , dont le pte- Hiier ma%\sXvÿLt{Chief-Jiistice\ M. Marshall, est un homme du Sud que l’on révère dans tonte l’ünion, et dans le Sud plus encore que partout ailleurs. La Constitution,disent les puristes des States’ rights, ne donne pas au Congrès le droit de créer une Banque des Etats-Unis. D’un autre côté, s’ils sont chatouilleux sur ce qp’ils appellent l’empiétement de l’iinG des branches du gouvernement fédéral, le Congrès, ils ne le sont pas moins sur les envahissements dont rOpposition accuse une autre branche de l’autorité fédérale , c’est-à-dire le Présidemt. Ainsi, en meme temps qu’ils combattent la Banque,, ils combattent aussi le Président à cause de ses mesures contre la Banque. Ce tiers-parti est nombreux en Virginie.
En supposant que les conclusions du parti des States’ rights contre la Banque actuelle et contre toute Banque nationale, soient fondées en droit, elles hen sont pas moins mad,missibles dans la pratique. Et comncie aux États-Unis il n est pas possible de faire réussir la devise périssent les Colomesplutôt qu’un Principe, le Nord espère que le parti des
States' rights^ à rexempie quelques-unp de ses GOr ryphées, tels que MM. Calhoaii et Mae-Diiiffle ( de la Caroline du Sud ) j se relâchera mx peu de la tir gueur de ses théories. L’Adrnmifltration fait de son côté beaucoup d'efforts puur que les idées des théoricieus de Virginie sur la question, de Banque soient main tenu es dans toute leur pureté orjgiiïeUe sur leur terre natale; et dernièrement^ M. Van-BureR^ qui voit les choses de loin , ayant eu k, envoyer un toast en Vii ginie à l’un des banquets du 4 juillet (anniversaire de rindépeadanGe ):, a choisi celui-ci : a Gueri e implacable [^unquaUfied) à la Banque des a ÉtaîS'Unis ! »
Le Nord a heureiiseraeut poî>i^ lui un moyen d’action sur le Sud j par resçlavage. Ge^i exige quelques éclaircissements.
Quand fut déclarée i’Indépendance (1776) J. Tesclavage existait dans tous les États, Durant la guerre de rindépendance J en 1-^80, la Pensylvanie adopta UH projet qui devait rapidement le faire disparaître. En 1781^ le Massachusetts proclama resclavage incompatible avec les lois déjà existantes. Successivement les autres Etats de la Nouvelle-Angleterr% et enfin New-Vork et tous tes autres États nord du PotomaCj àPexception du Maryland et de Delaware, prirent des mesures (1) analogues à celles àe la Pen-
(i) Ell(?a consistaient à abolir fesclavage pour to\is les noirs qui étaient à uaUrC t à condition qu'ils resléraiciit au service de leurs maîtres pcudîint un déSai déterminé , de vingt-cinq à vingUbuit ans.
la. banque,—-lesclavage, sylvanie. La chose leur était facile; leurs esclaves ne formaient pas plus du vingtième ou du Ljuinzième de la population. C était bien autrement difficile pour les États du Midi, où la proportion des esclaves était six à sept fois plus considérable, et où tout le travail agricole et domestique était fait par les noirs. L’esclavage s’est donc perpétué dans le Sud. L’acquisition de la Ijouisiane et de la b loride a multiplié les États à esclaves. Par un laisser-aller dont on se repentira cruellement un jour, 1 esclavage a été autorisé dans les États nouveaux, tels que le Missouri, où il était bien aisé de se passer des noirs (i)- En i^go, il y avait dans 1 Onion (a) 660,000 esclaves répartis dans six États, un Territoire et le district fédéral; il y en avait, en i 83 o, 2 millions répartis dans douze États, deux Territoires et le district fédéral. La population blanche mêlée aux esclaves était, en 1790, de i, 25 o,ooo, ou de cent quatre-vingt-dix contre cent. Elle était, en i 83 o, de 3,760,000, ou de cent quatre-vingt-six contre cent. L’augmentation proportionnelle des noirs serait plus considérable, si aux esclaves on ajoutait les hommes de couleur libres, et si 1 on éliminait les États du Maryland et de Delaware. Dès
(1) Uétat du Missouri ne comptaiÈ, lors de son admissiou dans rUnion , (JUÊ dix à unie mille esrlaves. Rien u'élait plus facile cjue d’y abolir l’esclavage sans dépouiller les pi oprlétaires d’esclaves; rai- ces esclaves pouvaient être conduits à fort peu de frais dans les Étals du Mi^slssipi et de l’Alabama, et y étVe Teudiis*
(a) Déduction faite esclaves qui exîstaieut dans les États du Nord,
LETTRE XIV
i 83 o, le nombre des esclaves surpassait celui des blancs dans la Louisiane et la Caroline du Sud (i).
De nos jours, l’esclavage est un fléau pour tous les pays où il existe. Aux États-Unis, dans le Sud comme dans le Nord, on en est convaincu ; mais comment y mettre fin? La sanglante expérience de Saint-Domingue et les tristes résultats qu elle a produits pour la majorité des noirs eux-mêmes, n’encouragent pas à une émancipation immédiate. L essai en grand que le gouvernement anglais (2) vient de tenter dans ses colonies n’est pas assez avancé pour qu’on puisse en tirer aucune lumière. Les colonies anglaises ne renferment d’ailleurs que le tiers des esclaves existant aujourd’hui dans l’Union. Et une fois qu’on aurait affranchi les esclaves, qu’en ferait-on? Cette dernière question est la plus embarrassante de toutes pour celui qui sait combien la condition des hommes de couleur libres est misérable aux États-Unis ( 3 j. D un autre cote, a mesure que le temps marche, tes difficultés s aggravent, et les États du Sud se voient ou se croient obligés d’adopter au sujet de ta population noire des mesures législatives (4) en faveur desquelles on peut invoquer la nécessité, mais qui n’en sont pas moins d’une dureté excessive.
(r^ Voir kïiole 38 à la üü du volume ♦
(i) Voir la note 3g à la fin du ifolume*
(3) Voir la noie 40 a la fin du volume.
(4) Voir la note 4i a 1* du volume.
234 la dauque. ~ l’esclavage.
Malgré toutes leurs précautions contre une insuryection des noirs,, l’inquiétude des Etats du Sud va toujours; croissant. Yoici-. quà partir du i*’" de ce mois les noirs des Arntilles anglaises sont à demi affranchis. Ces des, sont à trois journées, du littoral aonéricain. Entre elles et les ports du Sud et du îfodid, Lé commerce est actif et les co-Hiinunications foéquentesj. Enfin le-prosélytisme religieux,, qui en Angleterre vient d’enlever rénaaoeipation des noirs, a des organes aux États-Unis. 11 ne manque pas, à RostoH, à Philadelphie et dans l'Ohio, de philanthropes toijotirs prêts à faciliter la fuite des. esclaves, Uhivei! dernier, pendant que j’étais à RichinojMtlquarante ou cinqjUante esclaves disparurent, et il est Irors de- doute que ceux qiion. appelle les fanatique.^ de Philadelphie ou de la Nouvelle-Angleterre-, leur avaient fourni les moyens de s’échapî^ec.
La question de l’eselîavage est donc à juste titre celle qui préoccupe le plus les Étals du Sud, Toutes les fois qu’on l’a soulevée, même indirectement et secoodairemenli, ils ont réclamé avec violence; dès qu’on y touche, ou est sûr de les faire crier. C’est leur côté failaJe , c’est par là que le Nord a prise sur eux.
Les États du Nord ne se sont jamais départis, à l’égard de l’esclavage, d’une politique d,e concession. Cette conduite du-Nord peut m«n>e apparaître comme une connivence coupable, aux Européens
LETTRE- XT>V.
qui ne renaarqHent pas qii’it s’agit de sauyeT ce que l’Amérique du Nord a de plus précieux, c’est-à-dire le £iùt de rUnion. Le Nord, a écrit dans, ses lois tout ee que le Sud a demandé. Le Nord a, accordé aux gens du Sud le, droit tle venir réclamer devait ses. îpropres tribunaux leur esclave fugitif, d& sorte, que le sol républicain, du Nord ne jouit pas„ comme certains sols; monarcbiques d Luropie ,. du. privilège de eommu-Biquer la liberté à quiconque y, a mi?, le., pied. Le iN-ord a permis q.ueresfilavag:efût mairuteuu. dans le district fédéral, à Washingtom au pied des marcbes du Capitole. Le Nord^ voj'ant que la Sud prenait feu dans l’affaire^ du Missouri,, a fait taire ses. justes répugnances. Le Nord, qui aurait intérêt à recojanailre Haïti, y a renoncé, parce, que les-É-tats du. Sud ont dit que. ce serait mr eucoura^ement donné a l’esprit de révolté.. Ainsi., p,Qur ruaintenir la bonne liarmotnie dans l’Union, le Nord a poussé l’abnégation jusqu’à imposer silence à scâ sentiments religieux, à ses principes de liberté', à ses intérêts coiasimerciaux. Comme VUmon profite a.tous., tous doivent savoir lui faire des sacciûces., il serait jus,te que de soiS' coté le- Sud rerionçat a ses, idées ibeorique s sur la Gonstitutionnalïté d une Banque Natio,nale, idées que la pratique de l’Union dément (ij^et
(i), Depuis 1791 , il y U' loi^ouis eu un«-Banque États-lîuis,excepté de iS't t à rfcS, ot l'un sait duiis quel etfiiojable dé&urdre élait lon)bé Ip système commercial et fiuauclel' tlu'pendSint cet iftWi-valle. dn cinq ans.
236 LA, BANQUE.-—l’esCLAVAGE.
dont la condamnation a été prononcée par des juges dont le Sud lui-même est fier.
Il y a quelques mois encore , la clameur publique a imposé silence dans les États du Word aux sociétés (i) appelées des aéo/ifionijtef, dont l’objet est l’abolition de l’esclavage au Sud. Les journaux vous ont apporté des détails des scènes de dévastation et de pillage auxquelles une poignée de gens sans aveu, prenant pour prétexte quelque imprudence des abolitionistes, s’est livrée contre de pauvres gens de couleur inoffensifs, pendant trois nuits consécutives, à New-York, en juillet, et pendant trois nuits consécutives, à Philadelphie, il y a à peine une semaine. Loin de moi la pensée d’accuser l’Opposition, qui domine dans ces deux villes , de complicité avec ces misérables! Je crois cependant exprimer un fait vrai en disant que ces désordres inouïs, où des maisons, des écoles et des églises ont été saccagées et démolies chaque soir par douzaine, et où de paisibles gens de couleur ont été pillés et maltraités, eussent rencontré une répression bien autrement énergique, si le Nord ne tenait aujourd’hui pardessus tout à prouver au Sud qu’il réprouve les abolitionistes, et qu’il n’a rien de commun avec eux.
(i) On eslime que le nombre de ces sociétés est de plus de deux cent cinquante. Elles publient un grand nombre de journaux et de brocbures. Elles ont un caractère plus religieux que politique.
LETTRE XIV
Le Nordj en un motj a donné et continue de donner au Sud toutes les garanties imaginables au sujet de Tesclavage. Le Sud, qui peut avoir besoin quelque jour, non seulement de la tolérance passive du Nord, mais aussi de son assistance effective contre quelque rébellion, aura à voir si le Nord est bien exigeant de lui demander en retour tolérance pour une institution indispensable au Nord, et de qui le Sud n’a jamais reçu que des services*
1j«s EUctions.
New-Tûîkj II novembre iS34-
Les élections de l’automne ont maintenant eu lieu dans la plupart des États. Elles ont tourné à l’avantage du parti démocratique et du Président.
Au mois d’avril dernier, le maire de New-York, qui est un jackson-man, fut élu à l’imperceptible majorité de idi voix sur 35,i47 votants, et l’Opposition emporta la majorité du conseil municipal. Aujourd’hui la majorité en faveur du général Jackson est de 2 , 400 . Divers motifs ont contribué à ce retour de fortune.
Le nom de la Banque, dont la cause est étroitement liée à celle de l’Opposition, sonne de plus en plus mal aux oreilles populaires. C’est de l’injustice,
luïtre XV. a3g
mais c'^îst un fait. Quelques mesures récenfets d'e la Banque ont redoublé contre elfe d’ani-mosi-té du^jarti démocratique. Elle a refusé de moiitrer ses livres au Comité d’investigation nommé par -la Cfaamfore des Représentants, autreme«t qu’en la présence de ses propres officiers ( Q , et 'l%n a perstiadé ann .plus graBt! nomin’e que le Motisti'e refesattdeteisser voir les mystères de son antre aux délégués du peuple. Ea Banque persiste, conforméraeiit aux itsages du monde commercial , à l’édamer des dorntBagesdntéréts, à cause du protét de da letti^'àe oiiange sur le gouvernement français, que l’Adnri-nistpatiofl lui avoit vendue, et elle a netenu les dividendes qui revenaient au gouvernement fédéral en sa quaiigïé d action naire. 'C est, dit-elte, ’uiniqwïement poiar porter devant les tribunaux le débat qui existe enilTC eide et le Trésor publie. Le parti déiwotJraliquepr-eîwi texte de là potir aecuser ta Sawqnie d’tïsai’patio® de pouvoirs, a La voila, dit-il, qui ee place ao-dessns « des lois, qui se fait justice à etfe-méme-, qui, siii* a un prétexte imaginaire, met la maïti sur les de^ « nier s du ptaiple. « Dans ées deux affaires il entrés possible que le droit soit tout enfer du côté de la Banque; mais les apparewtres sont contre die, et rien ne saurait être plus fâcheux dans un pays gouverné par le suffrage universel Beancoup des amis
(i) Elle appuyait son refus snt ce qu’un >prèrè(ieiA'Comité d'inveaiigulion, au moyen de uotes prises peudant un exameu pareil, s’était permis beaucoup d’indiscrélions.
.^^0 LKS ÉLECTIONS.
de la Banque, tout en admettant qu’en ces deux circonstances sa conduite a été légale, préféreraient qu’elle eût agi autrement, par prudence, dans l’intérêt de l’Opposition et dans le sien propre.
Le silence des grands orateurs du Congrès, qui sont presque tous dans les rangs de 1 Opposition, n’a pas moins contribué aux pertes qu’elle a éprouvées depuis la clôture de la session. Les amis de l’Administration au Congres et surtout dans le Sénat avaient eu le dessous dans la discussion; ils en avaient conscience ; leur contenance seule en était un formel aveu; et le parti tout entier était déconcerté par le fait de l’embarras et du désordre de ses chefs. Depuis le 3o juin, le parti, généraux et soldats, a eu le temps de se reconnaître; ils se sont réorganisés loin du feu de MM. Clay, Calhoun et Webster, et ils viennent de remporter une victoire qu’ils n’auraient pas espérée il y a quatre mois.
Enfin, le rétablissement des affaires industrielles a tourné aussi au désavantage de l’Opposition. Lors des élections d’avril, à Wew-York, on sortait d’une crise ; toutes les classes avaient souffert et souffraient encore. Il était difficile de ne pas reconnaître que cette souffrance temporaire avait sa cause dans l’attaque du Président contre la Banque, dans son expérience sur le corps social {experirnent'j , comme il l’appelait lui même. Le commerce est prospère maintenant; la campagne d automne a ete excellente; tout porte à penser que celle du printemps prochain
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ne sera pas moins avantageuse* L*expérience du général Jactson paraît donc avoir réussi* Une foule de gens qui sont dans le parti démocratique comme dans leur élément naturel, et qui l'avaient quitté au printemps, y sont tout naturellement revenus*
II faut s’expliquer d’ailleurs sur rétendue de la victoire que TAdministration vient de remporter, L'Opposition n’a pas perdu les positions qu’elle occupait encore ; mais le jackson-party a conservé le plus grand nombre des siennes, et surtout il est resté le plus fort dans les États de Pensylvanie et de New-York- En un mot, à en juger par les élections qui ont eu lieu jusqu’à présent, la Chambre des Représentants, dans le Congrès qui s’ouvrira à la fin de i835^ sera, comme la Chambre actuelle, composée en majorité de jackson-men^ L’Opposition a pourtant gagné plutôt quelle n’a perdu. Elle a gagné l’État de Maryland à une majorité considérable. Elle a même gagné le démocratique Ohio, sur qui elle ne comptait guère; dix Représentants de cet État, sur dix-neuf, sont de l’Opposition ; et quoique le gouverneur de l’État soit îin jacksouman (i), la majorité de la législature est anti-jackson; résultat essentiel, car ce sont les législatures qui élisent les membres du Sénat des États-Unis* Les élections de l’État de Pensylvanie, où l’Oppo-
(i) Il a été élu à uue majorité à'm peu plus de trois mille sut cent trente-cinq mille volants.
t , »—3* BDITIOK*
LES élections.
Sitioii a perdu deux(i) Représentants, n’ont surpris personne. Celles de l’Étal de New-York ont au contraire trompé tous les calculs (a). 3e sais que des fackson-men très bien informés, qui avaient bien jugé à l’avance des élections précédentes, ne s’attendaient qu’à une majorité de trois à quatre cents voix dans la ville. Ils l’ont eue, je le répète , de deux mille quatre cents. L’Opposition se croyait de force à disputer l’État, et elle comptait sur la ville. Il est en effet extraordinaire que l’intérêt commercial soit battu dans la première ville commerciale du Nouveau-Monde; un semblable résultat ne fait pas l’éloge du système qui l’a produit. Le triomphe inespéré que l’Opposition venait de remporter dans l’Ohio avait rèdoublé sa confiance à New-York. On avait célébré avec éclat l’arrivée du jeune géant de l’Ouest sous l’étendart du parti anti-fackson. Un des magnifiques bateaux à vapeur de la ligne de New-York à Albany, qui porte le nom de tOhio, avait été dépêché pompeusement le long du fleuve, avec du canon. Il avait fait ses décharges d’artillerie aux acclamations des vdles et villages qui bordént l’Hudson. Il avait offert aux regards des populations la petite frégate Constitu-
fi) Dans U Congrès aeluel, sur les vingt-huit représentanis de la Pensylvanie, treize appartiennent à l’opposition. Dans le Congrès nouveau, elle
n'en Gomptora que onze,
(a) Sur quarante représentants que l’État de New-Tork envoie au Congrès, trente-deux maintenant sont des ïackson-men. Il y en aura trente-
et’^UTi dans le prochain Congrès .
LETTRE XV
üon (r), ce palladium de rOpposition dans New- York, Un paquebot avait été expédié d’Albany au lac Erié sur le grand canal, et avait fait retentir le canon en 1 honneur de l’État d’Ohio à travers le réseau de villes neuves et de florissants villages qui puisent et versent la richesse , le mouvement et la vie dans cette artère de l’État. Aujourd’hui le canon de l’Opposition se tait ; il n’y a plus que celui de Tammany-Hall (2) qui résonne. La petite frégate qu’on avait suspendue en l’air au-devant de Masonio Hall, quartier-général de l’Opposition, pendant les trois jours de 1 élection , ne montre plus dans ses agrès les verres de couleur dont elle était illuminée chaque soir. Les rues de New-York, qui d’ailleurs n’en ont pas besoin, ne reçoivent plus de renfort de lumière que àe&jackson-men, qui font tous les soirs des processions aux flambeaux.
Les élections de New-York ne sont pas importantes seulement par leur résultat électoral; elles le sont aussi par 1 ordre qui n’a pas cessé d’y régner. Depuis six mois, l’esprit d’anarchie avait levé la tête aux États-Unis au point d’inspirer des alarmes sérieuses, même à des gens peu accessibles à la peur. Vous savez ce qui eut lieu à New-York aux élections d’avril; plus tard, au mois de juillet, New-York
(i) C’est une frégate eu üiiüialure faite à l’image ou plutôt en l’honneur de îa frfgale Constitution, qui se couvrit de gloire sous le camiuandemeiit des capitaines Hull et Baiubridge, dans la dernière guerre des Etats-Unis contra f Angleierre,
(3) Lifiü habituel des réunions du parti démocratique*
LES ÉLECTIONS
fut pendant plusieurs nuits le théâtre d une série de dévastations et de violences contre de pauvres gens de couleur. Au mois d’août, les mêmes saturnales se répétèrent à Philadelphie, sous le même prétexte J avec non moins d’audace et de persistance; puis vint cette brutale attaque près de Boston contre de paisibles religieuses vouées à 1 éducation des jeunes filles, qui virent leur couvent assailli, saccagé, incendie, sans que les sélcctm&n (conseillers municipaux) (i) de Charlestown pussent ou osassent tenir tête aux auteurs de l’attentat, et sans que les bons citoyens, pris au dépourvu par cette intolérance sauvage, s’avisassent d’intervenir (a). Il y a un mois à peine, à Philadelphie, le soir des élections, ce fut encore un incendie; six maisons furent brûlées et les pompiers ( 3 ) écartés de vive force, comme à Charlestown, par les malfaiteurs. Cette nuit-là, un fait encore plus grave se passa. Des coups de fusil furent tirés par quelques hommes de l’Opposition que la foule du parti adverse assiégeait à coups de pierres. Il y eut quelques blessés et un ou deux tués. Huit jours auparavant, au moment de l’élection préparatoire (4), un homm
(i) Dans les six Etats de là Honvelle-Angleterre, on donne ce nom aux mcinbres du conseil miinicipaî de toutes les localités qui ne sont pas élevées au rang de ville ( Ciij), et qui ne sont qualifiées que de communes (Towii).
(:i) Yoir la note à la fin du volume*
(3) Ce sont aux Etats-Unis des compagnies de volontaires d'un admirable dévouement et bien souvent occupés*
( 4 ) A PWiladelpbie, les juges de réJection sont nommés à l'avance par une élection préparatoire qui se passe daus la rue* Los deux partis se ran-
LETTfiE XV.
inoffensif et tout-à-fait obscur, avait été tué d'un coup de stylet.
On redoutait la répétition de ces désordres à New-York : il n’en a rien été. Près de 36 ,000 électeurs ont exercé leurs droits sans tumulte. Les deux partis étaient pourtant vivement excités. Le mérite de cette conduite sage appartient tout entier à la population. Les deux sections du conseil municipal ( 1 ) avaient, il est vrai, pris des mesures extraordinaires pour le maintien de la paix publique. Mais ce qui ici est extraordinaire en ce genre, est bien loin d’égaler ce qui en Europe serait à peine ordinaire. .Si aux États-Unis les masses s’abstiennent du désordre, c’est qu’elles le veulent bien. Si elles observent 1 ordre, c est qu’elles l’aiment. Trois cents constables de plus ou de moins dans une ville de 260,000 âmes, comme New-York, n’y sauraient rien faire. Quelques personnes assurent cependant qu’il ne faut attribuer cette modération de la démocratie qu’à sa confiance dans la victoire, et que si 1 élection eut fait mine de tourner au profit de 1 Opposition comme en avril, on eût vu, comme en avril, apparaître dans les rues des bandes armées de bâtons.
Le sort de la Banque a été décidé dans ces élec-
gent l’un d’un côté, l’autre sur le trulloir opposé. Le ComiaUe, officier inferieur de police, compte les deux groupes : le plus nombreux a la noniina-
iioïï
(r) T'oir la noie 4 ^ à la ûn du Yoluma,
LES ÉLECTIOIÎS.
lions. Dans quinze mois sa charte expire, et la Banque mourra, pour renaître un peu plus tard sous une autre forme, lorsqu’une série nouvelle d’embarras commerciaux aura démontré aux plus incrédules que l’on ne peut s’en passer. Il est digne d’attention qu’elle périsse précisément de la main des deux États qui lui doivent le plus, laPensylvanieetNeTV-York. L’aveuglement de la Pensylvanie, en particulier, est inexplicable. Comment concevoir racharneraent avec lequel cet État s’efforce de tarir une source de prospérité qui, pour lui, a coulé si abondante? Car sans les capitaux de Philadelphie, ses districts de l’intérieur seraient encore déserts. Il n’aurait ni les quatre cents lieues de canaux et de chemins de fer qui le sillonnent, ni ses routes plus multipliées encore, ni ses innombrables ponts de bois (i), les plus beaux du monde, ni les manufactures et les mines qui l’enrichissent. Quelques personnes prétendent que la Pensylvanie, qui commence par Philadelphie, la ville la plus cultivée peut-être de tonte l’Union, finit par des campagnards d’origine allemande, qui sont ce qu’il y a de moins intelligent dans l’Amérique du Nord. La conduite des Pensylvaniens à l’égard de la Banque n’est pas propre à les réhabiliter dans l’esprit de ces juges sévères (2). Quant aux électeurs de New-York,
On désigna, fjueltjuefûis la Pcosylvaale par Iç nom dç Brid^e-S^ate, TEtat des Ponts*
(a) L^abbo G*,,, qui était ministre du Portugal aux Elats-Ünii* disait,