LE CHEMDÏ DE FER DE PARIS A LONDRES
de la guerre eût aussi distribué de ces feuilles de route aux soldats qui auraient eu la meilleure conduite, ou qui auraient montré le plus d’aptitude industrielle ; ces expéditions se fussent ainsi rattachées à l’application de l’armée aux travaux publics. Il concevait un syslèmede réciprocité entre les deux pays, au moyen duquel les ouvriers français ou anglais eussent trouvé de l’ouvrage, les premiers en Angleterre, les seconds en France. Il ne serait pas impossible qu’un jour cette idée formât la base d’une loi additionnelle à notre excellente loi de l’instruction primaire. Mais auparavant il faut que l’on ait le chemin de fer de Paris à Londres.
Dans le petit nombre des Français (i) qui ont visité l’Angleterre, ce n’est encore que la minorité qui a fait le voyage pour affaires d’industrie ou d’art positif. La plupart l’ont entrepris par curiosité vague, par partie de plaisir. Ce qu’ils ont cherché partout, c’est le pittoresque, le poétique. Ils ont visité les ruines gothiques des monastères et des châteaux forts, la grotte de Fingal et les lacs d’Écosse; ils ont admiré le costume des Highlanders^ les chevaux et les jockeys des grands seigneurs, le teint rosé des femmes. Ils ont parcouru un ou deux parcs, traversé les serres chaudes où toutes les plantes de l’univers sont réunies, bravant derrière leurs vitrages le ciel gris de la Grande-Bre-
(r) Voir la noie ^ iU fin du volume.
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tagne* Ils se sont promenés sons Tescorte d'un sergent dans les arsenaux militaires , quand ils ont pu en obtenir la permission. Ils ont passé en revue les jeunes beautés des bals d’Almact et les antiquailles de la Toiir de Londres. Ils ont fait le voyage d’Angleterre comme on ferait celui d^Italie ou de Suisse, Si Tindustrie les a un instant occupés, c'est à la façon d'une décoration d'Opéra* Ainsi, ils sont restés ébahis devant les milliers de vaisseaux dont les mâts s’étendent à perte de vue sur la Tamise ou dans les dqcks (i)» Ils se sont extasiés sur Timmensité de ces cités manufacturières^ sur les dimensions des fabriques et la hauteur de leurs cheminées; sur cet éclairage merveilleux, sur ces ponts hardis en pierre ou en fer , sur Taspect fantasmagorique des feux de forge pendant la nuit. Ils ont peu recherché comment T Angleterre était arrivée à avoir ses innombrables vaisseaux, à multiplier ses manufactures à finfini, à créer des villes d’une architecture si simple, et pourtant fastueuses par la largeur et la propreté de leurs rues ; ils se sont peu enquis de la source de tant de bien-être et d’opulence.
En Angleterre les monuments et le pittoresque ne sont que des accessoires, pour celui du moins qui va y chercher ce qu’on doit demander à T Angleterre, Si vous courez après le pittoresque, allez en Suisse ; si vous avez la passion des vieux édifices, jetez-
(i) On estime qu’iï entre annueltement dans h port de Londres 25,000
batineiLs.