LES BATEAUX A VAPEUR DE L'OUEST
ÂDglo-Américains, alors sujets du roi de la Grande-Bretagne , commencèrent à s*y répandre. Les premiers colons s'établirent dans le Kentucky , et prirent possession du sol par l'agriculture. Ils eurent bientôt effacé de ce côté les traces légères que nos Français , à peu près exclusivement chasseurs, y avaient laissées de leur passage. Au lieu d'une race svelte, inquiète et sans.industrie, comme celle que les Français avaient produite en se croisant avec les Indiens, les nouveaux venus, évitant le mélange, procréèrent une population laborieuse et énergique qui , sur ce sol fertile , acquit, à l'exemple de toutes les productions de la nature, ces proportions gigantesques, caractéristiques du Kentuckien , du Tennesséen , et du Virginien de l'ouest , aussi bien que des arbres de leurs forêts. Sans se séparer un instant de leurs fusils, qu'il y a quarante ans l'on portait surTépaule à l'office divin dans Cincinnati même , ils défrichèrent de belles fermes pour eux et leurs pullulantes familles. Ils eurent à traverser des jours bien difficiles ; dans mainte rencontre avec les Indiens qu'ils dépossédaient de leurs bois, plus d'un mari, plus d'un père, tombèrent sous la balle des Peaux -Rouges, furent réduits à la plus Wrible des servitudes, ou furent tratnés au lamentable supplice du poteau. Le nom des Blm-Licks sonne encore dans le Kentucky, comme chez nous celui de Waterloo. Avant la décisive victoire des Bois Abattm {Fallen Timber)f remportée par le général Wayne , deux armées des États- Unis vinrent successivement, sous le commandement des généraux Harmer et Saint-Clair, essuyer de sanglantes défaites *. On trouve aujourd'hui les éloquents rhapsodes de cette longue lutte entre les hommes rouges, dans les cabarets {bar rooms) des hôtelleries de l'ouest.
En 1811 pourtant, quoique le redoutable Técumseh et son frère, le prophète, n'eussent pas encore été vaincus par le général Harrison, l'Américain avait étendu son domaine incontesté sur les plus riches cantons de l'ouest. Çà et là des villages étaient construits; il n'était pas de forêt qui de loin en loin n'offrtt quelque clairière au centre de laquelle un squatter ou un acquéreur plus légal avait entassé des troncs d'arbres en forme de maison [log housé). Sur
' Le général Harmer fut battu en 1790. L'année d'après eut lieu la défaite du général Saint-Clair sur les bords de la Miami. La victoire du général Wayne date de 1794. Cette guerre eut lieu tout entière sur k territoire de l'État actuel d'Ohio.
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la rive gauche de TOhio » le Kentucky et le Tennessee étaient admis au rang des États * : le West- Virginia s'était peuplé. Un courant d'émigration avait transporté sur la rive droite d'industrieux flls de la Nouvelle- Angleterre ; et, grâce à leurs efforts, l'État d'Ohîo s'était constitué, et avait près de 250,000 habitants. Ceux d'Indiana et d'Illinois, alors simples territoires, donnaient de belles espérances. Le traité de 1803 avait ajouté à l'Union notre Louisiane, qui comptait déjà un État et plusieurs territoires organisés , avec une population totale de plus de 160,000 âmes. L'ouest tout entier réunissait alors près d'un million et demi d'habitants. Pittsburg et Cincinnati étaient des villes importantes. L'ouest avait donc fait des progrès rapides ; mais isolé qu'il était du golfe du Mexique par les marécages et les détours du Mississipi , des cités de l'est par les sept ou huit crêtes suc* cessives qui forment les Alléghanys , manquant d'issues et de débouchés , ses progrès allaient s'arrêter. L'embryon ne pouvait plus se développer que péniblement , faute de canaux par lesquels il pût recevoir la vie et la rendre à son tour.
De tous côtés aujourd'hui l'on a percé ou l'on perce des communications entre les fleuves de l'ouest et le littoral de l'est , sur lequel sont situées les métropoles commerciales, Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore, Richmond, Gharleston. Alors il n'en existait pas une seule praticable en toute saison , et les capitaux étaient encore trop rares pour qu'on osât en entreprendre. Tout le commerce de l'ouest se faisait alors par l'Ohio et le Mississipi. C'est encore et ce sera probablement toujours la voie la plus naturelle et la plus économique pour les objets d'encombrement. Les voyageurs de l'ouest descendaient avec les farines et les salaisons dans des bateaux plats, semblables à ceux qui amènent à Paris les charbons de la Loire. Les marchandises de l'Europe et les denrées des Antilles remontaient lentement à la voile et à la rame, dans des barques qui restaient en route cent jours au moins, quelquefois deux cents.
Cent jours c'est à peu près la durée d'un voyage de New-York à Canton par le cap Horn : c'est le temps qui a suffi pour que la France fût deux fois conquise, une fois par Napoléon, une autre fois par les alliés ! Aussi le commerce de l'ouest était fort limité. Les habitants de l'ouest, séparés du reste du monde, avaient la rudesse des bois. C'est
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