QUATRIÈME LIGNE
Canal de la Cherapeake à VOhio.
La pensée qu'avait nourrie Washington d'établir un canal latéral au Potomac, que l'on prolongerait un jour à travers les montagnes jusqu'WOhio, fut reprise aussi quand l'État de New- York eut appris à l'Amérique qu'elle était mûre pour les plus gigantesques entreprises de travaux publics. M. John Quincy Adams, alors président des Étals-Unis , favorisa ce projet de toutes ses forces. A cette époque , il n'était pas encore admis en principe que le gouvernement fédéral n'a pas le droit de s'immiscer dans les travaux publics. La vieille idée que caressait Washington, de faire de la capitale politique de l'union une grande cité, souriait aussi à M. Adams et à ses amis. Le canal de la Ghesapeake à TOhio fut donc résolu , et une compagnie fut autorisée à cet effet. Le congrès vota une souscription d'un million de dollars (5,333,000 fr.). La ville de Washington, sans commerce, sans industrie , avec sa population de 16,000 habitants , souscrivit pour la même somme. Les petites villes du district fédérai, Alexandrie et Georgetovi^n, qui , à elles deux, avaient aussi 16,000 habitants , fournirent ensemble un demi-million de doll. Les États de Virginie et de Maryland, versèrent, l'un 250,000 dollars, l'autre 500,000. Il y eut pour 600,000 doll. de souscriptions particulières. Les travaux commencèrent le 4 juillet 1828. L'année prochaine, au moyen d'une somme d'environ douze millions de francs , que l'État de Maryland vient de prêter à la compagnie, ce bel ouvrage sera poussé jusqu'au pied des montagnes, au sein des gttes charbonniers de Gumberland. Il aura alors une longueur de soixante-quatorze lieues trois quarts, et aura coûté 33,000,000 de fr., soit par lieue 44S,000fr. L'exécution en est hardie , et supérieure à celle des canaux précédents. Ses dimensions sont plus considérables que celles habituellement usitées, dans le rapport de 150 à 100, ce qui lui donne une section plus grande dans le rapport de 225 à 100.
* Yoîr la note 8 à la Gn du Yolume.
CINQUlÈxME LIGNE.
Canal du James-River au Kanawha.
Enfin, rÈlat de Virginie, jadis le premier de la confédération , aujourd'hui tombé au quatrième rang et dépassé par TOhio, qui n'existait pas lors de la guerre de l'indépendance , s'est piqué d!honneur et a résolu de profiter des renseignements qui lui étaient descendus par degrés des États du nord. Une compagnie, dont les ressources se réduisent à peu près aux souscriptions de l'État et de Richmond, sa capitale, va y ouvrir un canal de Test à l'ouest. Le James-River, l'un des affluents de la baie de Chesapeake , est praticable pour des bâtiments de 200 tonneaux jusqu'au pied du plateau sur lequel Richmond est délicieusement situé. A Test des montagnes, le canal, parti de Richmond , longera le cours du James-River. Il descendra à l'ouest, le long du Kanawha, l'un des affluents de l'Ohio, et y débouchera, à Charlestown, où commence la navigation 5 vapeur. On traversera la crête des Alléghanys au moyen d'un chemin de fer d'une soixantaine de lieues. 11 y en aura environ cent de canal proprement dit.
L'État de la Caroline du sud, ému par l'exemple des Virginiens, s'occupe d'un immense chemin de fer qui irait de Charlestown à Cincinnati sur l'Ohio ; mais l'on n'en est encore qu'aux études. Les habitants de Cincinnati sont enthousiastes de cette idée ^
La Géorgie rêve aussi un grand chemin de fer qui rattacherait la rivière Savannah au Mississipi, à Memphis (Tennessee) ; mais ce n'est encore qu'un projet très-vaporeux *.
La Caroline du nord ne fait rien et ne projette rien. Si jamais elle s'enrichit, ce ne sera pas qu'elle aura saisi la fortune à la course, ce sera que la fortune sera venue la chercher dans son lit.
SIXIÈME LIGNE
Canal Richelieu.
Les Canadiens établissent , sur leur territoire, un canal qui complétera une autre communication entre l'est et l'ouest , c'ert-à-dire entre l'Hudson et le Saint-Laurent , entre New- York et Québec. La grande fissure en ligne droite, qui forme à l'Hudson un si beau lit,
' Voir la note 9 à la fin du volume.
* Voir la note 10 à la fin du Tolume.
34 LES VOIBS DE COMMONIGATION.
entre New-York et Troy, s'est prolongée beaucoup au delà. Elle se continue , toujours dirigée au nord , jusqu'au Saint-Laurent , par le lac Ghamplain, qui occupe une longue et étroite dépression au milieu des montagnes, et par la rivière Richelieu. Entre le lac Ghamplain et THudson, l'on n'a à traverser qu'une crête élevée de 39°", 75 audessus de THudson, et de 16"',45 au-dessus du lac. La rivière Richelieu qui sort de l'extrémité opposée du lac, et qui se décharge dans le Saint-Laurent , est interrompue par des rapides. On y achève , sur une longueur de quatre lieues trois quarts, un canal latéral étabfi sur de belles dimensions ^, qui sera livré au commerce avant un an ; il aura coûté 1,870,000 fr. , ou 394,000 fr. par Ireue. La distance de New- York à Québec, par les canaux et les fleuves, sera de cent quatrevingt-dix lieues.
Un chemin de fer, actuellement en construction, qui part de Saint- Jean , où commencent, du côté du lac , les rapides de la rivière Richelieu, et qui doit se terminer au village de ta Prairie, sur te Saint- Laurent , vis-à-vis de Montréal , après un parcours de six Reues et demie, fera, pour cette dernière ville, ce que le canal précédent doit faire pour Québec. Il coûtera très-peu, environ 123,000 fr. par tteae, ou en tout 800,000 fr. La distance de New-York à Montréal sera ainsi de ceat et quarante-cinq lieues.
Comtnunications entre la vaUée du Missûeipi et edle eu Saint- Laurent.
Il n'existe entre ces ^ux vallées aucune chatue de montagnas. Le bassin des grands lacs, dont les eaux réunies forment leSaint-Laurent, n'est séparé du bassin du Mississipi que par un contrefort des Alléghanys, descendant de l'est à l'ouest, dont la plus grande hauteur audessus des lacs est à peine de 150 mètres, et qui s'abaisse rapidement vers Fouestt au point de ne plus être élevé , sur les bords du lac Alicbigan, que d'un petit nombre de mètres. Durant la saison de pluies qui gonflent les ruisseaux et emplissent les marais du point de partage,
^ Il a 19 met. 50 de large à la ligne d'eau, 1 met. 80 de profondeur. Les écluses ont 36 met. 50 de long sur 7 met. 20 de large. Il doit être praticable pour les foëleuet^ 4lu lac.
USTTRE XX«. 35
DOS Français du Canada passaient en pirogue du lac Michigan dans la rivière des Illinois ^ Ce contrefort occupe en largeur ce qui lui manque en hauteur. Ce n*est point une crête, c'est un plateau qui se confond graduelleofient par des pentes douces avec les plaines qui Tentourent. Son fatte aplati est rempli de marécages , et offre ainsi de grandes facilités d'alimentation pour les canaux qui auraient à le traverser. Vers l'ouest, là où il est à peu près au niveau du sol , il offre souvent le caractère général d'aridité qui appartient aux Prairies avec lesquelles il se confond.