PREMIÈRE LIGNE
Canal (TOhio.
Entre les deux vallée il n'y a d'achevées encore qu'une grande^ communication. C'est le canal de l'État d'Ohio qui traverse cet État du nord au sud , et s'étend de Porsmouth sur, le fleuve Ohio, à Cleveland, petite ville toute neuve , née aux bords du lac Érié depuis rétablissement du canal. Il a cent vingt*deux lieues de long, et a coûté 22,720,000 fr. , soit 186,000 fr. par lieue. Ce prix est trèsbas ; cependant toutes les écluses sont en pierres de taille. Il est vrai que le terrain était éminemment favorable.
Cet ouvrage a été exécuté aux frais de l'État d'Ohio qui l'entreprit à la même époque rà la Pensylvanie et Baltimore se jetaient , à la suite de New-York, dans les travaux publics. Ce jeune État, avec sa population de cultivateurs, qui ne comptait pas dans son sein un seul homme de l-art , dont les citoyens les plus éclairés n'avaient jamais^ vu d'autre canal que celui de New-York au lac Érié, a pu, avec l'aide de quelques ingénieurs de second ordre empruntés à l'État de New-York , exécuter on canal plus long que le plus long canal de France , avec plus d'intelligence et d'habileté que n*en a déployé la Pensylvanie, malgré les lumières dont PbUadelphie abonde. Il y a ^ dans cette population agricole de l'Ohio, presque toute originaire de la Nouvelle-Angleterre, un instinct des affaires, une sagacité pratique tk une aptitade à faire tous les noéliers sans les avoir cqipris^ que Ton cherdmait en vaia dana la population angta^germanique de la Penijlvanle. Les législateurs,^ soua k direction de qui se soot exécutés les titvanx publies ckms Yiàn et Vautre État, étaient, comme cela se ren^
^ Wimmm te iiYi(^ Him^'
36 LES VOIES BE OOMHlî M CATION.
contre ordînairemeoft fiiix.Ètat*Unis, Timage parfaite de la masse qdi les avait nommés^ avec ses qualités et ses défauts. Les commissaires des canaux de TÉtat d*Ohio joignaient à nn beau désintéréssemetit un bon sens admirable ; c*est à eux que doit revenir la méjenre paK de la gloire d'avoir conçu le canal det'OhlOvde l'avoir tracé et f^tt exécuter. C'étaient des avocats et des agriculteurs; qui se ihfrèntA faire des canaux tout naturjellement,.san^ efforts, et sans soupçonner qu'en Europe on n'ose se charger de pareils travaux , à moins de s'y être préparé par de longues études scientifiques. Aujourd'hui, dans cet État, établir des canaux, n'est plus un art, ce n'est qu'un métier, la science de la canalisation s'y est vulgarisée. Le premier venu, dans les bar-rooms^ vous exposera , en prenant un verre de whiskey, comment s'alimente un point de partage et coniment se fonde une écluse. Tous nos mystères des ponts et chaussées sont ici tombés dans lé domaine public, à peu près comme les méthodes de la géométrie descriptive que nous retrouvons dans les ateliers, où elles se perpétuaient par tradition, bien des siècles avant que Monge ne leur donnât la sanction de la théorie.
J'ai déjà dit que les États d'Ohio, d'Indîana et d'Illinois formaient un grand triangle, tout entier compris dans la vallée du Mississipi, à ^exception d'une étroite langue de terre qui borde les lacs, et appartient, par conséquent, au bassin du Saint-Laurent. La pente générale du terrain y est du nord au sud ; les cours d'eau y sont généralement dirigés dans ce sens ; c'est particulièrement vrai pour les grands affluents de TOhio et du Mississipi. Cette disposition des vallées secondaires n'est pas moins favorable que la configuration et Thumidité du plateau, qui sépare les deux bassins, à la création de beaucoup de voles de communication» de canaux surtout, entre i'Ohio ou le Mississipii et les lacs d'autre part.
DEUXIÈME LIGNE
Canal Miami,
L'État d'Ohioa exécuté un canal qui, partant de Cincinnati sur rOfaio, va au nord jusqu'à Dayton» sous le nom de canal Miami. H a vingt*six lieues et demie de long, et coûte 5,227,000 fr. , ou 197,000 francs par lieue. A l'aide d'une donation de terres de la part du congrès, à laquelle l'État ajoutera ses propres ressources» on le prolonge jusqu'à la rivière Folle [Mad River), et de là jusqu'à Défiance» aîir la
Maamée, jadis forteresse bfttie par le général Wayne, à la suite de sa célèbre victoire contre les Indiens. La Maumée, que les Français appelaient Miami des lacs, est Fun des principaux tributaires du lac Èrié ; rÈtat d'Ohio se propose de la canaliser. De Dayton à Défiance, le canat «ura cinquante lieues et on quart. La dépense est estimée à 11 millions ou à 219,000 fr. par lieue.
TROISIÈME LIGHE.
Canal de la Wabash.
LTtat d'Ohio et celui dlndiana ont entrepris de concert, moyennant une donation de terres de la part du congrès S un canal qui joindra le Wabash , l'un des afifluents de TOhio, avec la Maumée. La majeure partie du canal s'étendra parallèlement aux deux rivières, ou dans leur lit. L'ouvrage aura en tout quatre-vingt-quatre lieues , dont cinquante-quatre dans l'État d'Indiana , et trente dans celui d'OhIo. Une trentaine de lieues du contingent de l'Iodiana sont déjà exécutCç'3^ Utéralement à la Wabash. L'Ohio n'a pu ouvrir encore les travaux sur ^n territoire. Par suite d'un mauvais système de délimitation * , la Maumée, dont tout le cours est dans l'État d'Ohio, aurait son embouchure sur le sol du futur État de Michigan. l'État d'Ohio réclame contre cette disposition» Le Michigan tient bon. Des deux côtés on a voté des fonds pour les frais de la guerre, et l'on a armé. li y a même eu commencement d'hostilités entre les deux puissances ; l'interven- • tion du gouvernement fédéral a pourtant décidé les parties à un armistice. Dans cette querelle, l'Ohio a pour lui la raison ; mais le Michigan invoque en sa faveur le texte formel des lois. Ils est probable
* Le système de ces donations en faveur des travaux publics, consiste généraleiiiait à diviser le terrain à droite et à gauche de la ligne du canal à établir, en seciioBS d'un mille (1,609 m.) de long sur cinq (deux lieues) de profondeur. De deux sections du môme côté, le donataire en prend une ; l'autre reste la propriété dos États-Unis. On fait la même opération sur chaque rive. En outre, il arrive quelquefois que le congrès accorde aux États qui exécutent des travaux publics, un certain nombre d'acres à choisir dans le domaine fédéral situé sur leur territoire.
' Il n'est personne qui, jetant les yeux sur une carte des États-Unis, n'ait été ftrappé de ces frontières en lignes droites, perpendiculaires les unes aux autres, qui terminent Tan ou pludeurs côtes de la plupart des États. Ce système de limiter un territoire par les méridiens et les parallèles est absurde. II exige une quantité infinie de travaux géodésiques qui n'ont pas été faits et ne le seront pas de longtemps. Les méridiens et les parallèles peuvent servir à diviser le ciel ; pour la terre, il n'y a do limites raisonnables que le eours des fleuv^ ou la ligne du versant des eaux dans lis chaînes de montagnes.
38 LES YOTBS DE CiMkIMUNiGATION.
que le congrès, en élevant le Michigan aq rang d*ÈtatJai enlèvera le lambeau de terre que l'Ohio veut avoir, et qu'il lui importe tant de posséder ^ Dans rincerttiude , 4-Ohîo a sursis à Téxécation de «es travaux de canalisation , qui donnerait à'l>embou6hure de la AI a<âmée une importance qu'elle ii'a pas fenoope.