‹ Lettres sur l'AmériqueChapitre 10 sur 17 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

Ihrres de rente. Je n'id pu m'empécher de maniteter m directeur rétonnement que j'éprouvais à la vue d*une telle splendeur d'architecture pour un établissement qui après tout ne doit être autre chose qu'une de ces écoles de second ordre telles qu'il en existe des centaines en Allemagne sous le nom de Real-

On a voulu » m'a-t-il répondu « honorer par cette somptuoûté la mémoire de Girard. Mais je pensais en moinaiéme qu'on l'eût bien mieux honorée en ménageant sa royale dotation, de manière k venir en aide k un plus grand nombre d'enfonts pauvres.

Dix millions représentent, si je ne me trompe, cinq cent mille francs d'intârét, lesquels ijoutés aux trois cent cinquante mille francs de rente forment annuellement la somme énorme de huit cent cinquante mille francs, employés à donner des leçons de français, d'espagnol, et des leçons élémentaires de mathématiques, de physique, à trois cents enfants. Avec un tel revenu on élèverait la jeune génération de plusieurs de nos départements.

En sortant de là, on m'a montré une misérable cabane en planches, habitée par la mère d'un des élèves du collège Girard , pauvre veuve qui gagne sa vie à vendre des fruits et des légumes. Pendant qu'elle lutte au jour le jour contre l'indigence, son fils est vôtu comme le fils d'un riche bourgeois, il s'assoit à une

bonne table, couche dans un beau lit et habite un palais. Nul prêtre au doux langage n*entretiendra dans son cœur le souvenir du foyer natal, l'amour qu'il doit garder à l'humble femme qui lui a donné le jour. Ses professeurs n'iront pas au delà de la lâche qui leur est imposée : ils se contentent d'entasser dans sa mémoire des mots et des chiffres ; quant à son âme, ils n'ont point à s'en occuper. Lorsque cet enfant sort de sa magnifique demeure, il se sent mal à Taise en passant devant celle de sa mère ; il a honte d'être le fils d'une malheureuse marchande de fruits. Oh ! vanité de l'homme ! oh ! superbe Girard ! vous avez cru faire une grande œuvre! Et qui sait combien de mauvais sentiments germeront sous les voûtes brillantes de votre institution, et combien de pauvres mères vous accuseront un jour de leur avoir ravi le respect et l'affection de leurs fils.

A quelque distance de cet établissement, dont les citoyens de Philadelphie s'enorgueillissent, et qui m'a fait faire de tristes réflexions, est le pénitentiaire que je désirais vivement visiter.

Grâce à l'obligeance d'un Américain à qui j'étais recommandé, j'ai pu obtenir la permission de le voir en détail hors des heures où il est ouvert au public. C'est un vaste édifice entouré d'une haute muraille, flanqué de plusieurs tours carrées. On l'a tant de fois décrit que je n'essayerai pas de le décrire de nouveau.

Tons wva qoll est oonstrait de taOe sente qde d*iiiM rotonde qui s'élère dans son enceinte, les gardieei peuvent vdr tout ce qui se passe dans les galeries oecupées par les prisonniers. Dans les galeries inférieures sont les hommes, dans celles du haut» les femmes. CSiaque homme a une cellule asseï large, assez aérée, où il trouve une couchette, une table, une chaise, quelques sentences reli(^eu$es clouées k U muraille et une Bible. Son habitation solitaire touche, d*un côté, à une espèce de jardin de quelques pieds carrés, dont on lui ouvre la porte chaque jour pendant une heure, de l'autre, au corridor qui lui est fermé par une porte en fer et par une porte en bois à travers lesquelles le surveillant peut , , sans être vu, appliquer à tout instant sur lui un œil scrutateur. Les femmes n'ont point de jardin, mais deux chambres. Le tout est disposé de façon qu'aucun des prisonniers ne puisse voir un de ses compagnons d'infortune. Le silence le plus absolu, la réclusion la plus complète, telles sont les lois qu'il doit subir. £n entrant au pénitentiaire, il laisse à la porte le monde des vivants derrière lui, il y laisse jusqu'à son nom, prend un numéro et devient un chiffre. Mort pour sa famille, mort pour ceux qui peut-être s'intéressent encore à sa coupable existence, il ne peut recevoir un témoignage d'affection ou de souvenir. Pour tout le temps que doit durer sa prison, il est rayé du livre

des humains. Chaque jour un fourneau ambulant lui apporte sa nourriture; chaque dimanche il est invité à entendre de sa cellule le prêtre qui lui adresse son sermon sans qu'il puisse le voir, ni en être vu. Nul regard compatissant ne descend jusqu'à lui; nulle main amie ne peut toucher sa main : sa cellule est un tombeau où la justice Tensevelit vivant.

Je me suis arrêté dans plusieurs cellules vacantes, et, je dois le dire, elles m'ont paru établies selon les principes les plus hygiéniques. Pendant que mon guide m'en démontrait avec une incroyable éloquence l'habile construction, j'y cherchais les vestiges de ceux qui les avaient habitées, et il en est une où je suis resté longtemps avec une émotion que je ne puis exprimer : c'est celle d'une femme qui avait passé là cinq ans, qui pendant ces cinq ans a travaillé à orner sa demeure de toutes sortes d'ingénieux ouvrages, broderies de soie, tapis en laine, fleurs artificielles ; la nudité des murailles a disparu sous ces décorations, et dans le cabinet attenant à sa chambre à coucher est un piédestal qu'elle a chargé de bouquets, comme s'il y avait là une invisible image qui fixât sans cesse sa pensée. Pauvre femme! Qui était-elle? et qu'avaitelle fait? Je n'ai pas même eu l'idée de le demander aux gardiens. Ces hommes sont muets comme les murs, ces murs muets comme les pierres d'un sépulcre. Peut-être était-ce quelque jeune ardente

créature qui aura été en une minute de délire entraînée à un crime par l'eQervescence de la passion. Toutes ces tleurs, toutes ces délicates broderies, étaient pour moi comme Texpression d'une tendre et poétique pensée. En y travaillant, elle s'efforçait sans doute de tromper son àme consternée, elle essayait de reproduire par ces riantes couleurs, une image des champs, des bois où elle avait joué dans son innocente enfance, où elle avait aimé, où le génie de la perdition l'avait saisie. Puis le jour était venu où laloi de Tbomme lui permettait de franchir le seuil de sa prison, et elle avait laissé sur les parois cette œuvre patiente de plusieurs années, comme un legs charitable pour celle qui lui succéderait.

Malgré les précautions hygiéniques que Ton emploie ici à l'égard des prisonniers, malgré tout ce que mon guide officieux a pu me dire sur Texcellente administration de l'établissement, je suis sorti de là avec l'opinion que j'avais en y entrant. Ma conviction est que, de tous les genres de châtiments inventés par les sociétés humaines pour punir l'infraction à leurs lois, celui-ci est le plus froidement barbare. Oui, je crois que les tortures du moyen âge, les plombs de Venise , étaient moins redoutables que ce sépulcre dans lequel on ensevelit ici le condamné. Les bourreaux alors n'attaquaient que le corps, ne lacéraient que la chair : ici c'est l'âme même que l'on livre au plus

affreux supplice ; on enlève au captif l'usage des trois organes par lesquels la pensée s'alimente : Touïe, la vue, la parole. Tandis que chaque jour le monde se meut autour de lui, que les saisons se renouvellent, il est seul ignoré du monde entier, seul entre ses quatre murs, seul dans le deuil de son cœur, dans la sombre agitation de ses pensées. Ah ! que les heures, les jours, les nuits, doivent être longs dans cette séparation de la vie, dans ce cercueil où les artères continuent à. battre, où l'esprit conserve son action, sans pouvoir se communiquer à aucun être humain. Je me rappelle ce que le poète allemand Schubart raconte de ses souffrances, lorsqu'il fut ainsi enfermé seul dans son cachot bavarois. Après avoir usé tous les moyens que lui suggérait son imagination pour oublier la lenteur du temps, il en était venu à compter un à un les fils de sa paillasse; puis lorsqu'il avait fini, il recommençait. Que les légistes dissertent gravement sur le meilleur mode à employer pour réprimer le crime ; que les sociétés de philanthropes, réunis après un bon dtner autour d'un gai foyer, combinent à leur aise les moyens de ramener le coupable à la vertu, s'ils n'imaginent rien de mieux que le système pénitentiaire, ils ne doivent pas s'enorgueillir de leur œuvre, car il me parait que ce système est on ne peut mieux conçu pour conduire une partie de ses victimes à la folie, et d'autres à l'idiotisme.

(Test Philadelphie qd a la prétention d'avoir rdfélé an monde les bienfiûts d'nn tel régime et la gram dté de G. Penn a bien d'autres prétentions. Elle a celle de constituer une ville poétique. C'est pour cette raison , sans doute, qu'elle a bordé d'aibrei ses ditEirents quartiers » et qu'elle a donné des nonu idylliques k ses rues : ceux du Noyer» de l'Olivier, du Cerisier, du Pommier. Tout un livre de botanique a été employé k composer cette nomenclature; toutes les nymphes des bob et des jardins semblent avoir été convoquées k ce baptême. Philadelphie a aussi la prétention d'être une ville studieuse et littéraire, et le fidt est que par son acadànie philosophie que, par son musée d'antiquités, par sa bibliothèque de quarante mille volumes, eUe peut aisément justifier ce titre dans un pays oui il y a si peu d'institutions scientifiques et littéraires. Elle a encore la prétention d'être une des communautés les plus religieuses, les plus philanthropiques des États-Unis. Malheureusement, d'impitoyables observateurs ont constaté que malgré sa quantité de sectes, la démoralisation est ici tout aussi grande qu'à New-York, et que malgré ses établissements de bienfaisance, il y a proportionnellement dans son enceinte plus de misère qu'à Londres et à Paris.

Ce qui distingue essentiellement Philadelphie tles autres grandes villes des Ëtats-Unis, c'est qu'on y voit

vraiment des gens qui après s*étre livrés un certain espace de temps à leurs spéculations, réalisent leurs bénéfices, renoncent aux afiaires, et se retirent en paisibles bourgeois dans les rues silencieuses des bords de la Schulkyll. Comment ils y emploient leurs loisirs, c'est ce que je ne saurais dire d'une façon absolue. Mais j'en ai vu plusieurs qui assurément ne se doutaient guère qu'avec leur argent ils pouvaient acheter quelques bons livres, ou comme le négociant hollandais, orner leurs demeures de quelques tableaux de choix. J'en ai connu un plus particulièrement, jeune encore et riche, qui avait été à Paris jouir de son indépendance. Pendant tout le temps que j*ai passé avec lui, il n'a fait que me parler des joies du Ranelagh, des excellentes omelettes et des bons pi^ tetspolets du café Anglais. Après avoir réglé ses affaires, il voulait retourner en France, mais il ne se proposait ni de voir un de nos monuments, ni de visiter un de nos musées. Pour lui, toute la France lui apparaissait dans Paris, et tout Paris entre les restaurants des boulevards et les bals des Champs-Elysées.

Cette ville des Amis, puisque telle est la signification du nom que Penn lui a donné, m'a fait faire de singulières réflexions. En parcourant ses moroses rues, en voyant ses tristes habitants, je me suis demandé quelle était au juste l'étendue de l'idée impliquée dans le mot de misanthropie, car il me semblait

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({lie J*étab itiaint ptr eelte fitaiiie niah^

ce être mistnthrope que de ne point le comp h to

•f ec les AmMetins, qui ne te complejeent (ja'ivw

eux-niènies.

Washington.

Fondation de la ville. — Son plan primitif. — Son aspect. — Longueur et dénomination des rues. — Ëtat des nègres. » Question de Tesclavage. — Session du congrès. — Lutte des partis. — Whigs, démocrates , locofoco. ^ Le Capitole. -« Cour de justice. — Parlement. — Bibliothèque. — Mouvement aristocratique dans les États-Unis. — Édifices publics de Washington. — Le Patent-Office. — Les reliques américaines. — Soirée du président. — Étrange réunion. — Un autre soir dans une auberge.

NFiN, j'ai pourtant vu dans la vaste république des Ëtats-Unis une ville qui ne ressemble pas aux autres villes, et ce n'est pas la faute des Américains, soyez-en sûre, si cette capitale n'est pas une exacte copie en bois et en briques des squares réguliers, des rues symétriques, des larges façades qui sont pour le Yankee le type idéal d'une belle cité.

Lon<|a*en 1791 , Washington fit aeeepter ptr k ooDgrèt le projet de eréer une ville oentrale où lenil établi le siège du gouveroement, et loraqa'oa eut choisi pour édifier cette ville le riant territoire sitnéi entre la rive gauche du Potomac et la rive droite ds l'Anacostia, lorsqu'enfin le congrès, pour rendre on juste hommage au fondateur de rUnion» eut résolu ds donner à la nouvelle métrq^le le nom illuslre de Washington» Dieu sait quels beaux plans furent traoéi pour faire de cette capitale politique Tune des nouvelles merveilles du monde. En fait de plans gigantesques et de châteaux en Espagne, nous qu'on accuse d'errer si souvent dans les espaces imaginaires» nous ne sommes à cAté des Américains que des allants. Ce qu'il y a d'alignements de places et de quartiers, de dénombrement de population future amassés dans les cartons des spéculateurs de New-York est prodigieux. Ce qu'il s'est vendu, revendu avec prime et surenchère de terrains qui devaient se couvrir en quelques années de magasins et de maisons splendides, qui sont restés à Tétat de forêt déserte, ou de marais incultes, ceux-là le savent qui se sont jetés tète baissée dans ce piège tendu à leur crédulité et qui y ont été tondus jusqu'à la peau comme d'innocents moutons.

Bref, la cité décorée du nom du grand général américain, la cité siège du gouvernement de la première république des temps anciens et modernes, devait

étre par ses dimensions, par la disposition et la grandeur de ses édifices, la plus magnifique cité de Tu- Divers.

Par un hasard merveilleux, le site que Ton avait adopté portait le nom de Rome, et un petit ruisseau qui le sillonne s'appelait le Tibre. Quelle magie en ces deux mots ! Il semblait que la reine du monde antique vînt elle-même avec ses lauriers, son cortège de sénateurs et ses siècles de gloire, se marier à Toeuvre du congrès américain.

Pour donner à la ville de Washington un caractère plus imposant, on résolut d'en former, au moyen d'une portion de territoire prise sur le Maryland et sur la Virginie, le centre d'un Ëtat distinct, quelque chose comme la sainte cité papale avec les Ëtats de rÉglise. Au sein de ces deux territoires, on dessina de vastes lignes qui devaient être occupées par Washington. Au centre, devait s'élever le palais de la représentation fédérale, le Capitole, et de ce point gigantesque, les rues, les places se déroulaient au loin sur le papier, dans leurs diverses directions. Tous les calculs de trigonométrie et d'architecture étant achevés, les lots de terrain nettement divisés, les quartiers comptés et numérotés, on procéda à la vente de ce sol qu'on s'attendait à voir convoiter et accaparer avec une patriotique ardeur. Et il arriva, chose étrange I que le patriotisme qui n'entrevoyait là aucune bonne

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chtIIOS do iSOHMIMBOê^ do lUUQVHMBli dSHlBÉnià

npear, et d^entiepriMi indoiirianai, ratlft froid. Jh oertiin nombre de lots se vendirent pnr-oi pir4k, comme au hasard, sans sidte régulière, et ceux qâ les avaient adietés y bâtirent leurs maiaoDf eana aflaquiéter du plan de phalange maoédonienM quHs da* valent former autour de l'étendard sacré,, antonr do Gapitole. U est résulté de cette ftfale indilltfrsQoe dsi esprits pour une organisation si bien conçue, de oe caprice déplorable des individus, que le Gefriltole s'élève solitairement sur sa colline, k l'extiénâité de la ville ; et qu'à une lieue de là, il y a d'InfldMea proprié* taires qui sous leur toit lobtain ne paraissent pas avoir le mohidre remords de cet abandon de Tardie sainte.

Washington n'est pas tout à fait, selon Tacerbe expression de Th. Moore, un embryon de capitale, où rimagination voit des squares dans des marais, et des obélisques dans des arbres :

« This embryo capital, where fancy seei Squares ia morasses, obelisks in trees. >

C'est plutôt selon la polie définition d'un diplomate : la ville des magnifiques distances. L'étranger qui arrive ici avec des lettres de recommandation qu'il dé* sire remettre lui-même à leur adresse , doit être doté par la Providence d'un jarret solide, ou recourir au

cab, attelé de deux bons chevaux, et conduit par un nègre intelligent qui le seconde dans ses recherches. De toutes les difficultés de la vie sociale, Tune des plus ardues sans contredit est de retenir dans sa mé> moire les numéros des maisons où Ton a eu Thonneur d'être introduit. J'ai souvent songé que si j'avais la foule de domestiques attachés au service d'un nabab de rinde ou d'un grand seigneur russe, j'en aurais un dont l'unique emploi serait de me donner à point nommé les numéros dont j'aurais besoin. En Amérique, l'office d'un tel serviteur serait doublement précieux. Les Américains ont un tel amour pour les chiffres que de peur de n'en pas faire un suffisant usage, ils les appliquent à tout ce qui peut chaque jour leur en rappeler l'agréable image. Dans beaucoup de villes des États-Unis, les rues ne portent point de nom, elles sont décorées d'un chiffre. Quelquefois, pour surcroît d'agrément, on y ajoute un détail qui exige l'emploi d'une boussole. A Philadelphie, pour deux personnes que je désirais voir, on m'a envoyé avec un grand sang-froid à l'ouest de la Schulkill, et au sud-sud-est de la Delaware. A Washington, quand je me suis enquis de la demeure d'un de mes aimables compatriotes. « Monsieur, me répond le bookkeeper de l'air du monde le plus satisfait, c'est très-facile à trouver, c'est la cinquième ou sixième maison, entre la vingtième et la vingt et unième rue. «Avec un tel renseignement»

niette»-toa8 en roata, et allei dierdier dans l'a^j^li ^ngtiftme me au miliea des compbnsttits cîtoyeâsdei ttatft-Unis qui, lorsque vous les abordei, le diapesii k la main, en leur disant de la voix la plus onctoeine: Sir, if ycm phase, whereis thetwentUth Êireeit loosi regardent comme un animal bizarre et s'éloignent en vous criant brusquement : / dan*t kmntt (je ne sais pas). Ceux qui ont quelques prétentions k se montrer poiis et civilisés condamnent une pareille réponse et voos disent : Farther (plus loinj, puis continuent leur chemin y très-flers sans doute de s'être si bien comportés. L'emploi du nègre est donc ici de rigueur.- A Yfthshington, tous les domestiques des hôtels, les cochers de fiacre, les portefaix sont nègres. Les Ëtats septentrionaux de la république américaine affranchissent l'enfant- de l'Afrique de l'esclavage qu'il subit dans les Ëtats du sud. Mais en punition de sa tache originelle, de cette malheureuse couleur noire que rien ne peut effacer, lis le condamnent à l'état de domesticité, ils le tiennent comme un paria enchaîné dans un état d'abjection dont il ne lui est pas permis de sortir.

En Russie, dans cet horrible pays où toutes les plus saintes lois de la nature, disent les vertueux amis de la liberté, sont soumises au caprice d'un despote, où tous les droits de l'homme sont outragés, en Russie, un serf, un de ces malheureux serfs sur lesquels les philosophes du xix' siècle ont répandu tant de pieuses

lamentations, peut acquérir sa pleine et entière indépendance, peut avoir une bonne maison, des chevaux, des voitures, des valets. Dans les Ëtats-Unis, ce pays d'égalité absolue, de confraternité universelle, qui appelle tous les hommes au divin partage de la liberté, . le nègre est esclave sur les bords du Mississipi, domestique dans le reste de la contrée. Quoi qu'il fasse, il ne s'élèvera pas d'un cran au-dessus de Tune ou l'autre de ces conditions. Fût-il un modèle de vertu et de dévouement, fût-il, chose bien plus louable encore, riche comme Girard, il ne dépassera pas les barrières qui partout le séparent du dernier des blancs. L'empereur Faustin P' viendrait ici avec la couronne et le sceptre qu'il a fait faire à Paris, avec sa noire impératrice, avec son cortège d'altesses et de princes, qu'il ne pourrait pas entrer dans un vulgaire omnibus, ni s'asseoir dans une méchante auberge, à une table d'hôte, ni monter dans un théâtre aux premières loges. Si les longs travaux vous font peur, comme au bon La Fontaine, ne vous imaginez pas que ces quelques lignes sur les nègres vont me conduire à cette infinie question de l'esclavage, qui a déjà rempli tant de livres, occupé tant de saints anglais, et fatigué tant de diplomates. Plutôt que de me hasarder dans les âpres sentiers ou les routines d'une telle question, si vous voulez vous faire une juste idée de l'esclavage aux États-Unis, je vous engagerais à relire l'éloquent

livre de M. de Beeumonl, qni, bous le Toite 1^0^4*1111 romaDi cache un fond de hautes et aérieiiaea étodeiv comme ces fleuves qui, sous leur riante surfila d*anr, cachent les bancs de corail et les abîmes,.

Pour Atre vrai, du reste, dans le cas où il me finidrait formuler, en pareille matière, une opinicm pré* dse, je ne sais si je me rangerais déddément du cM des abolitionnistes ou des contre-abolitionniates. Je sais seulement qu'en tout ce qui tient aux longs détmb européens sur la traite des nègres, je regarde les Anglais comme de grands hypocrites. J'imagine, poar compléter ma profession de foi, que les nègres, qqei qu'on en dise, sont plus heureux sur leur sol natal, sous le soleil d'Afrique, qui est leur foyer héréditairs, qu'aux colonies, et plus heureux cent fois dans le paternel esclavage des colonies que dans l'ignominieuse liberté qui leur est octroyée par une partie de l'Amérique.

Ici je ferme la parenthèse, et je monte dans une bonne voiture ^ dont un brave nègre m'ouvre la portière en me souriant avec une double rangée de dents blanches, plus blanches que les défenses d'un jeune éléphant^ et deux grands yeux plus noirs que le charbon des mines de Ronchampt.

Pendant deux jours, Domingo m'a promené à travers je ne sais combien de larges rues ornées de trois maisons, desquaresen expectative, d'avenues désertes,

le tout faisant partie de la noble cité de Washington. Et j'éprouvais un grand plaisir à parcourir ces collines, ces plaines qui doivent représenter une longue suite d'édifices, mais qui, en Tannée de grâce 1849, ne m'ont heureusement présenté que l'aspect d'une belle campagne, coupée çà et là par quelques maisons. Il faut avoir passé quelques semaines dans les cités commerciales du nord des Etats-Unis pour comprendre le bien-être que l'on peut ressentir à se trouver dans une ville qui n*est pas comme les autres encombrées de charrettes, de camions, de tonneaux de marchandises; dans une ville qui, de tout côté, s'ouvre sur un agreste horizon et où souffle le vent frais des Alleghanis, et où il y a de Tespace, du repos.

Du repos! Ai-je écrit ce mot? Effacez-le, je vous prie, et apprenez que ce vilain substantif ne doit point être prononcé en Amérique. Du repos! j'oubliais que je suis dans la ville du congrès, dans le temps même où ce congrès vient de s'assembler. C'est l'époque du mouvement, du labeur, de la récolte de Washington, qui vit de son parlement comme Baden de ses joueurs. Tous les hôtels sont remplis de députés et de solliciteurs, attendu que la profession de solliciteur s'exerce aussi largement sous l'austère régime de la démocratie, que sous l'indigne système monarchique, et notre bravé république de février en sait quelque chose. Tous les barrooms sont inondés d'une foule de gens

«fidet de bdre on verre de ipn et de lire on JoanitL Les toulforrft ne taTent où donner de le téta, lee nèerei font on vrai métier de nigres. Tous les homniee politiques sont en alerte. D y a six jours que la chandm des représentants entasse scrutin sur scrutin pour élire un président sans pouvoir parvenir à un résuHsL Les wigfas ont leur candidat, les démoeratea le leor, et chaque parti joue un jeu si serré qu'il n*y a pu moyen d'en voir la fin. Lès wi^ sont pourtant hs plus nombreux, mids les démocrates ont l'appui des locofoco.

Je vous vois d*ici me demander ce que signifient ces trois dénominations, et je vais essayer de vous répondre. Les ^ghs qui, sous le régime aristocraUque anglais représentent comparativement aux torys FopinioD avancée, représentent dans la démagogie américaine les libéraux modérés, ou, pour nûeux dire, les conservateurs, comme qui dirait en France, M. Thiers et M. Odilon Barrot. Ils se composent de l'aristocratie financière des grandes villes, et ont pour organe les principaux journaux. Les démocrates font quelques pas de plus du côté des institutions populaires. Lesi locofoco sont les vrais, les purs, les incorruptibles radicaux, adversaires de tout privilège, ennemis déclarés de toute tyrannie. Vous connaissez ce chapelet de grandes phraseà, je n'ai pas besoin de l'égrener. Hais vous désirez peut-être savoir d'où

vient ce nom étrange de locofoco. Soit I D est le fait d'une petite supercherie que je dois vous raconter. II y a plusieurs années, dans je ne sais quelle ville» les démocrates avaient retenu une grande salle pour y délibérer sur une élection prochaine. Les radicaux convoitaient cette même salle, et n'ayant pu l'obtenir, ils eurent recours à un stratagème qui prouve combien, en chaque pays, ce parti joint d'adresse à toutes ses autres qualités. Le soir, au moment où les démocrates discutaient entre eux le mérite des divers candidats soumis à leurs suffrages, une troupe de radieaux pénètre dans l'assemblée, et à un signal convenu éteint à la fois toutes les lumières. Les démocrates surpris, et peut-être , qui sait , quelque peu effrayés d'une telle invasion, sortirent en toute hâte de la salle ténébreuse. Dès qu'ils en eurent franchi le seuil, les ingénieux radicaux en fermèrent les portes, puis tirant de leur poche des allumettes qu'on appelle ici locofocoy rallumèrent les bougies et prirent paisiblement possession de l'enceinte qui leur avait été enlevée par leurs adversaires. La nouvelle d'une manœuvre si spirituelle se répandit promptement dans les divers Ëtats de l'Union , et pour en perpétuer le souvenir, on a donné aux radicaux le nom de locofoco. Cette fois, par une de ces combinaisons que l'on appelle toujours si monstrueuses et qui se renouvellent toujours si aisément dans nos luttes parlemen-

tilm, C0tta fab, les looolboo «e Mit aHiéi ma. dénocrtlM, el, qudqo'tb soient peu nomliraix, ils suffissot pour oontre-bftlancer le vote jdes whigs. Et ohaqBB mtliii, on se dit à Washington : tajoardliai sens dools nous aurons un qMoter, et chaque soir la iflioli dn q>eaker est renvoyé au lendemain. Les bons haMtanti de la ville ne sont peu^étre pas d'un patrioiisttieasseï désintéressé pour souhaiter une prompte aoliitfbo ata diverses complications politiques. Plus longna est h . session^ plus abondante est leur récolte. Une fioia te députés partis, les hôteliers mesurent d*ttn oafl tifite l'inutile étendue de leurs appartements, les mardumdi regardent en soupirant leur étalage abandonné. La masse des fonctionnaires, d'étrangers, de eorieux, attirés par le congrès, s'écoule comme une eau wpidd. 11 ne reste dans la vacuité de la ville que les membres du corps diplomatique et les fonctionnaires du gouvernement. Mais les autres villes qui calculent seulement que chaque député reçoit quarante francs par jour, commencent à s'irriter du long débat qu'a suscité rélection du président. A chaque dépêche télégraphique qui leur annonce la perte d'une nouvelle séance, les journalistes taillent leur plume et sermonnent l'assemblée. Ceux-ci accusent les vdghs d'une ambition intolérable, ceux-là condamnent les démocrates et tonnent contre les locofoco. « Vous serez bien obligés de céder, disent les uns. -^ Nous ne cé^

derons pas, répliquent les autres, m Et les deux partis, le poing sur la hanche, se regardent fièrement comme des champions résolus à maintenir leur terrain. On a vu le même conflit durer une fois six semaines. Nous n'en sommes encore qu'à la première. Patience ! Déjà de gros mots ont retenti d'un des cdtés à l'autre de l'assemblée» des provocations ont eu lieu, des duels se préparent; et ici quand un duel est décidé, ce n'est pas, conune dans notre bénigne France, pour échanger à une honnête distance deux coups de pistolet, non, c'est pour user de la carabine Jusqu'à ce que le sang coule.

Hais voOàqùe midi sonne; une huitième séance va s'ouvrir ; allons avec la foule assister à cet héroïque tournoi des temps modernes. Montons auCapitole.

C'est vraiment un noble et majestueux édifice digne d'une grande nation, le plus bel édifice que j'aie vu aux États-Unis. U est situé sur une colline d'où le regard s'étend sur les forêts du Haryland, de la Virginie, sur les flots du Potomac , sur une charmante campagne. La verte pelouse qui l'environne, les statues qui le décorent, forment avec sa vaste et haute façade, ses colonnes, ses chapiteaux , un gracieux et imposant point de vue. C'est dommage seulement que pour l'éclairer par le haut, on Tait affublé d'un dôme qui ressemble à un saladier renversé.

À l'enti'ée du palais parlementaire s'élèvent quel-

qnet ttatiMS allégoriqaes, de la JusUoa» de k M^. la Concordei vertua traditionnellas anxqueUea oû n glorifie de consacrer un piédestal qui n'oblige à rien, annonce pompeuse des peuples qui n'en vkdenl psi moins les promesses de leur prospectus dans leur petite boutique. Nos pères n'avaient paa besoin de ces symboles en marbre pour leur rappelsr l'amour de la patrie, les principes d'bonneur et d'équité.

La plus remarquable de ces oeuvres de soulptore est un groupe en marbre représentant Cbristophe Colomb, debout , en costume chevaleresque , tensnt de la main droite le globe du nouveau monde; près de lui est une femme qui le contemple avec surprise, l'Amérique en personne, que l'intrépide navigateur vient de découvrir au delà de l'Océan. Les Américains ne seront point offensés, j'espère, si je note ici une impression que l'on pourrait considérer comme une mauvaise plaisanterie, et qui est cependant trèsgrave. Christophe Colomb est posé de telle sorte qu'il ressemble à un joueur s'apprétant à lancer sa balle en Tair, et, en face de lui, à quelque distance, est la statue de Washington qu'on dirait placée là tout exprès pour la recevoir. Le hasard produit quelquefois de singuliers rapprochements I A voir ces deux statues dans l'attitude que je viens de dire, qui ne pensera qu'en effet le globe du nouveau monde saisi par

l'immortel amiral espagnol est retombé entre les mains de Washington et de ses successeurs qui déjà ont pris possession de la Louisiane, de la Floride, qui ont entamé le Mexique, qui, quelque jour, enlèveront File de Cuba.

Le Capitole est occupé à la fois par la cour suprême des États-Unis, par le sénat et par la chambre des représentants.

Les membres de cette cour sont les seuls qui soient nommés à vie, et qui dans leurs séances portent un costume particulier, non pas l'éclatant costume de notre vénérable cour de cassation, mais une longue robe noire qui leur donne au moins une certaine apparence de gravité. J'ai vu les juges de la haute courde New-York siéger en redingote ou en habit noir, et je ne pouvais me figurer qu'ils représentassent la majesté d'un tribunal. Les Américains se moquent del'appareil des assemblées judiciaires de France et d'Angleterre, et je crois qu'ils ont tort. L'homme n'est point un être si froidement raisonnable qu'il puisse s'en tenir à la sèche pratique d'un principe. Régler les mouvements de notre imagination est sans doute une très-respectable tâche , vouloir en supprimer le cours naturel est chose absurde. L'imagination peut servir en beaucoup de cas de levier, d'auxiliaire à la raison, et la pompe extérieures de nos cours de justice qui agit sur les regards et par les regards

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tur It pensée n*êit point on tain nsige, ni oneeUrib manifestation.

Le sénat de Washington est en taeanoe tant qoe h duunbre des dépotés n'a point élu on speaker. Il attend avec cette nomination le message du président delar^idiqae, qui est rédigé. Imprimé, annoncé par les joamam, prêt à courir dans les Ëtata de lITnkm, sur les ailes da télégraphe électrique dès qa*il aura phi anc whigs et aux démocrates de s'entendre.

Whigs et démocrates pourtant ne paraissent millement décidés à se faire h moindre conoeasicm. Di courent de galerie en galerie , s'arrêtent dani les contoirs, rentrent dans la salle de leurs rénnima , continuent leurs discussions dans rhéndcyde, s'assoient un instant à leur place et la quittent bientdt pour se mêler à quelques groupes. Le digne régime constitutionnel produit, à ce qu'il me semble, partout le même effet, et joue toujours comme un pauvre acteur sans invention les mômes rôles. J'ai retrouvé au Gapitole de Washington le môme spectacle qu'à notre palais Bourbon. Non , je me trompe , les députés des États- Unis se distinguent des nôtres par quelques habitudes particulières. Séance tenante, ils rA/91^^^ très-agréablement , pardonnez-moi ce terme , et crachent avec une dextérité remarquable à quinze pas de distance. De plus , ils font de leur banc , car ils n'ont point de tribune, des discours dont l'exorde commence le

lundi, et dont la péroraison peut se prolonger jusqu'à la fin de la semaine.

Après avoir assisté à trois tours de scrutin qui ont laissé la question au même point que les précédents, j'ai été visiter la bibliothèqiue et les différentes salles du congrès. Le tout est disposé avec un grand luxe et une noble élégance. Le peuple souverain de la confédération s'est traité d'une façon royale dans le palais de ses représentants. La bibliothèque se compose de quarante mille volumes bien classés et richement re* liés. Elle s'enoi^ueillit de montrer quelques beaux ouvrages qui lui ont été donnés par notre gouvernement. J'eusse voulu y en voir un plus grand nombre. Il est de la dignité d'un pays tel que le nôtre de Caire libé* ralement part de ses richesses intellectuelles aux autres nations. Je dirai plus, c'est une sorte de mission qu'il a à remplir. M. de Salvandy l'avait dignement compris, et les établissements scientifiques de diverses contrées n'oublient pas qu'ils doivent à son intelligent ministère un généreux témoignage de sympathie.

Dans une des salles attenant à la bibliothèque sont étalés plusieurs larges tableaux destinés à remémorer quelques-unes des principales phases de l'histoire d'Amérique. C'est le débarquement de Colomb sur la plage du nouveau monde , l'arrivée à Plymoulh des puritains anglais qu'on appelle les pères pèlerins, le traité de Guillaume Penn avec les Indiens « le baptême

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