‹ Lettres sur l'AmériqueChapitre 13 sur 17 · LOHIO ET LE MISSISSIPI · texte numérisé non relu

LOHIO ET LE MISSISSIPI

La jonction de la Monongahela et de rAUeghani.— Le splendide John Hancock, — Autorité des inspecleurs de bateaux. — Dangers de la navigation sur les fleuves. — Nature de rOliio. — Le Mississipi.— Image de Tancienne Amérique.— Intérieur du bateau. — Gentlemen et ladies.^ Garaclère solennel des rives du Mississipi.— Diverses zones agricoles.— Industrie du coton. — Fabriques de Lowell.

Tangle méridional de Pittsbourg , à l'endroit où s'élevait autrefois le fort Duquesne, la Monongahela et rAlleghani se rejoignent, et d'abord ressemblent à deux voyageurs qui, en suivant le même chemin, sont bien résolus à conserver leur caractère distinct , à ne point se faire de concessions. L'une de ces rivières garde la limpidité qui lui vient de son lit de roc ; l'autre , la teinte terreuse qu'elle a prise en traversant la plaine. Puis toutes deux cepen*

danl, aprèi ea dernier elBxrt d*iii#ridiialité» flnisNnt fier se oonfbndre el fimnent per leur rtenkm rOUo, que les Françsis ament sunuNumé'fo Belle rMèn. Belle rif ière ! en effet, non par sa oonlear oonstanment jaune, mais par les collines pittoresques, par lei ibréis qui la bordent de chaque oâté. Sur on eqnoe de cent lieues, on newit à droite et à gaodie qu'mi rempart de quelques centaines de pieds de hauteur, tantôt découpé en mamelons ondulants, tantAt ea pyramides aigués, et, sur toute sa longueur, coufert de beaux arbres et d'un épais gazon. De distance en distance, d'agrestes villages sont étaués sur les flancs de la colline, et au bord du fleuve soni des teteanz asrvant d'embareadèfei où nous nous anétons pour itonoureler notre provision de bois. C'est la partie la plus peuplée de cet État de rOhio , qui ne fut constitué qu'en 1803, et qui s'étend depuis le 38* jusqu'au 42* degré de latitude. Quoiqu'il soit dans une nue de prospérité extraordinaire, nous ne devons pas oublier qu'il ne fût pour ainsi dire que de naître. La seule ville un peu importante que Ton trouve sur les bords du fleuve avant d'arriver à Cindnnati est Wbeelittg. Pour celui qui n'apporte dans ce pays aucune idée commerciale , Cincinnati , cette métropole de l'ouest, est peu récréative. Une des curiosités de cette ville, que les Américains m'avaient bien recommandé d'aller voir, et que je n'ai pas eu le désir de

connaître, est Tabattoir de ces estimables animaux qui ont découvert la truffe. Un deminnillion de mangeurs de glands tombe là chaque année sons la massue. Ds sont en un instant dépecés, salés, mis en barils, expédiés au nord et au sud. On leur fait faire de tels voyages, que je ne suis pas sûr qu'à la foire de Pâques, aux alentours du Pont-Neuf, on ne nous vende pas pour des jambons de Lorraine des jambons de Cincinnati.

D'ici à la Nouvelle-Orléans, quinze cent huit milles de distance; cinq cent trente-huit jusqu'à Tembouchure de TOhio; neuf cent soixante-dix sur le sipi. C'est un petit voyage de huit jours.

J'allais m'embarquer sur le John Hancoek, qui nait d'annoncer pompeusement son départ. The splendid and fast running John Hancock! Le splenrdide et rapide ! Que peut-on demander de plus ? Pendant que dans la salle de l'hôtel, je notais ce nom historique avec ces épithètes, deux Américains se migrent à en parler près de moi. L'un disait : « Je vous as^ sure que c'est un bâtiment hors de service. — Bah I bah ! reprenait l'autre, c'est un brave bateau qui a fait plus d'un trajet et qui en fera bien d'autres. — Mais je suis certain que l'inspecteur qui vient de l'examiner a condamné ses chaudières. •— Et que nous importe l'opinion d'un inspecteur qui n'y connaît peut-être rien, ou qui a peut-être intérêt à soutenir une concurrence.

Nui inspecteur ne peut empêcher le John Haneoek de partir. — Soit. Seulement, d'après son rapport, les compagnies refuseront d'assurer ce bateau, et sans assurance, il n'y aura point de fret. Libre à lui de voyager sur son lest, s'il lui plaît, avec quelques passagers qui, comme vous le savez, ne donnent pas grand bénéfice. — Au diable les inspecteurs avec leurs rapports, « reprit le second interlocuteur, qui probablement avait des fonds placés sur l'existence du John Hancock !

Pour moi qui ne me souciais nullement de la prospérité de cet équivoque steamer, je m'en allai retenir ma place à bord du Westem-world, annoncé également sous le titre de : Splendid and fast running.

Mais que dites-vous de cette conversation? Elle peint tout un trait de mœurs des Américains. Pour eux, il n'y a point d'entraves officielles dans leurs entreprises commerciales. Il n'y a point de loi qui puisse empêcher un bateau avarié d'exposer la vie de ceux qui se confient à lui. Bien plus, il n'y a point d'examen pour ceux qui sont appelés à diriger dans les parages les plus dangereux un bâtiment gigantesque. Le capitaine est ordinairement un associé de la compagnie qui lance le bateau, un négociant qui de son comptoir sédentaire passe sur un comptoir ambulant, et l'ingénieur, le pilote, le machiniste, sont ce qu'il plaît à Dieu.

Aussi, que d'explosions 1 que de catastrophes 1 et sur les fleuves de Touest plus encore que dans les autres parties des États-Unis I La navigation de ces fleuves, abstraction faite de la qualité des bateaux^ est par elle-même très -dangereuse. En été, TOhio tombe si bas qu'il n*a en certains endroits pas plus de quatre à cinq pieds d'eau. Pour le parcourir dans cet afiaissement, on ne peut employer que de longs bâtiments avec des machines à haute pression, premier danger. Au printemps, il s'enfle tout à coup, s'élève quelquefois de vingt ou trente pieds en vingt-quatre heures, déborde de côté et d'autre, et alors on peut aisément s'égarer en essayant de suivre ses contours, second danger. Le pont des bateaux est souvent couvert de balles de coton qu'une étincelle suffit pour enflammer, et il n'est pas un Américain qui se gène le moins du monde pour se promener avec sa pipe ou son cigare au milieu de cette cargaison, troisième danger. Si deux bateaux se rencontrent, voguant dans la même direction, l'un et l'autre animés aussitôt d'une noble émulation, éperonnés par l'ambition du capitaine, s'élancent sur les flots comme des coursiers jaloux dans une arène commune, c'est à qui courra le plus vite, c'est à qui aura les bras les plus robustes et le bois le plus inflammable pour montrer la force de sa vapeur. Les passagers imprudents encouragent euxmêmes la lutte, excitent les mécaniciens, engagent des

(taris sur la régate improvisée. Le résultat ordinaire d« cette course olympique, c'est qu'uaa ou deux i» cluiudiÈres chauffées outre mesure éclatent et envoient dans lus airs les membres brisés du capitaine et des passagers. Ce ateefU chose aquatique est un des graves dangers de 1b navigaliou dans l'otiest, et bien qu'on en ait fait une tâlale expérience, il se renouvelle encore souvent.

Le Mississipi est toujours plus profond que l'Ohio, mais il inonde aussi la plaine au printemps, et dans son impétueuse invasion emporte des lambeaux de terre et déracine des arbres. Ces arbres chargés de graviers et de limon à leur base roulent dans son lit, et y restent couchés avec leurs racines et leur tige colossale. C'est ce qu'on appelle les anags. Si un bateau passe là-deuu8, le snag l'érentre comme una «>• quiUa d'onif, et le bateau coule saoi rémiaslon. On dirait que le vieux roi des forUs amério^BM lanoe iui-méme ces éoueiU à l'eau pour se venger de ceux . qui viennent le troubler dans la paix de son empire.

Depuis quelque temps, on a remédié à oe àteaga «n abattant les arbres qui B'él6vent sur les rives chi fleuve et qui pourraient Atre emportés daUs une de ses inondatioDs et en arracbant de son lit un millier de anags qui y attendaient sournoisement leurs victimes. Ualheureusement ce travail est loin d'4tre complet, •t trÀs-couvent encore, les bateatis ont leur ooque

transpercée. Soit par oa fait, 8oit par Timprodenoa avec laquelle ils sont conduits, il périt dans cette ré* gion de Touest de trente à quarante bâtiments par année. Terme moyen, on évalue ici la durée de l'exil tence d'un bateau à quatre ans. Il faut que dans ces quatre ans il ait récolté son capital avec les intérêts. S'il vit plus longtemps, c'est une fortune inespérée.

Mais TAméricain ne s'inquiète ni de ces difficultés ni de ces périls. U faut qu'il voyage pour ses afiGEures, et il voyage à tout hasard.

Vous avez lu sans doute le récit de cette épouvan** table explosion de la Louisiania, qui, il y a un mois, lança avec les débris de ses chaudières, des centaines de cadavres sur le quai de la Nouvelle*Orléans. Le lendemain pas un bateau à vapeur n'avait un passager de moins. Ceux qui étaient prêts à partir se sont embarqués comme s'ils n'avaient jamais vu que des navi* res entrant triomphalement au port.

Go ahead ! Va de l'avant I C'est le mot des Américains. Il y a un nouveau terrain à exploiter à trois cents lieues de distance, un placement de marchandises à faire au nord ou au sud, go ahead! La saison est mauvaise, les routes sont couvertes de neige, le trajet long et difficile, n'importe, go ahead. Le bâtiment au* quel on va se confier a un fâcheux renom, il est mal organisé et mal commandé; on court risque de suc* comber avec lui au premier écueil, n'importe, ço

•• 3fl8 «* ah*a<i. t'uiiguet cl dangent ne sont rien, le mouvement avuDI tout. Je duvrab ndniirer une telle intrépidiu^, et dans moa vieilles idées européennes, j'ai regrof . de «ongcr que le» séduclinns de la fortune peuvent inspirer le même rourage que les sentiments cbevalfrresques de gloire, de religion, d'amour.

Qui croirait, à voir l'Ohio, qu'il a des babiludes si féroces, et qu'il lui faut, comme au monstre antique, sans cesse une nouvelle proie? Il est si placide, qu'on n'aperçoit pas une ride à sa surface et qu'à peine di^ J tÎQgue-t-on son léger courant. 11 charrie de la IerrS| I des plantes, des troncs d'arbres de l'air du monde 1« 1 plus débonnaire, comme s'il accomplissait simplemenlV un devoir, et les affluents qu'il reç^oil de distance eê fl distance l'agrandissent sans rien changer à son honndte apparence. Près de Louianlle seulem«it, il rencontre des bancB de rocs , eontre lesqnds il s'emporte ; là, il bouîUtmDe, il mugit et les bateaux n'osent le suivre dans cet accès de colère. On a creusé parallèlement à cet endroit difficile un canal de trois milles de longueur, que les Américains, dans leur orgueil national, appellent un stupendous labor. ttonnant travail en effet! car en quatre années, il a produit par son péage plus qu'il n'a coûté. Mais ce n'est autre chose qu'une trancbée.dans des terres molles, soutenues de côté et d'autre par une palissade si étroite et si mesquine que le commerce en réclame à grands

cris une nouvelle, car les embarcations ne peuvent y passer qu'une à une et y perdent, en payant un droit très-élevé, un temps considérable.

Au delà de ces rapides et de cette grande rade bordée d*un côté par les maisons de Jeffersonville, de l'autre par les larges quais et les rues symétriques de Louisville, l'Ohio reprend son cours paisible entre deux rives aplanies, couvertes de bois, et s'en va, à la pointe d'un hameau auquel on a donné le grand nom de Cairo (Caire), s'unir au Mississipi. C'est un beau spectacle que celui de la réunion de ces fleuves, l'un qui vient de faire depuis Pittsbourg trois cent cinquante lieues, en se grossissant par l'adjonction d'une douzaine de rivières; l'autre qu'on appelle le Père des eaux^ qui a pris sa source dans un petit lac du nord, à deux mille huit cent quatre-vingt-seize milles du golfe du Mexique, où il va se jeter, et qui a parcouru un espace de plus de six cents lieues avant de s'allier à son noble rival.

A partir de ce point de jonction, la contrée que l'on traverse prend un caractère imposant, dont celle de l'Ohio ne donnerait qu'une imparfaite idée. Le fleuve coule à flots paisibles avec une majesté suprême. En certains endroits, il a une demi-lieue de largeur; dans d'autres, il enlace de ses deux bras des lies qui couvriraient trois fois la largeur du Rhin. Ses rives ne sont élevées que d'une douzaine de pieds au-dessus

dt Msfloto, tt M déiMiMt de eMéefrdTÉÉlM €■ pUim inflniet.

Là est onocm une iraags de TAmMcple prfaBWf», teUe àpea prêt qa*6ll6iqppinUaiii pninienToyig0in dans floo oilme soleniid. Bien loin, fWi le hnit lEidh dl», iont les Immeniei pnbiei, ileppei de ee eonlinent, pitnrages des tronpeeu'de bnnee, neimei » eeulenient par les Indien! et per les herdb Ifqipeaii. Sur les bords da flenve» les Iwèts p i ohade s qœ h htohe du bûcheron n'a Jusqal présent entaméssfn çk^ là sor leurs lisières^ qui sardes eentataeedeleM couvrent le sol de leurs rameau dpaisiétemelies gén^ rations d'arbres qui sueeessifement londMil sarlstf couche de feuillage et se renouféllenl p» éloBSBK braUes rejetons.

C'est l'érable k sucre, et le chêne aux branchas dores et souples, qu'on appelle le hiclu>ry et qui porte au lieu de glands une noix agréable. C'est le sycomore gigantesque, le magnolia et le catalpa, honneur de nos jardins; le cotonnier, qu'il ne faut point con* fondre avec l'arbuste à coton ; avec sa tige élancée et ses longues branches il ressemble au peuplier de Lombardie. C'est la cannebrakej espèce de roseau qui s'élève à quinze pieds de hauteur et forme des faisceaux si serrés que lorsqu'un imprudent chasseur est entré dans ces palissades il court grand risque de n'en jamais sortir. D'arbre en arbre , de rameau en

rameau se déroulent les cordons de la vigne grimpante, de la liane flexible, qui, après leur capricieux essor redescendent à terre comme pour y puiser une nouvelle sève, y implantent une racine et remontent sur une tige voisine.

Sur notre bateau, nul autre bruit que celui qui se fait trois fois par jour, à Theure des repas, ne résonne dans le repos de celte austère nature. Une cinquan^* taine de passagers, tous Américains, sont assis dans la galerie, fumant, rêvant, et quelques-uns lisant les romans à vingt-cinq sols que des colporteurs répandent sur chaque bateau et dans chaque hôtel. Les femmes sont dans leur salon, ne causant pas, ne travaillant pas, berçant comme des enfants leur indolence dans le rocking-chair. À huit heures du matin, k une heure, à six heures de Vaprès-midi, on nous appelle à table, les maris vont gravement chercher leurs ladies, car c'est ainsi qu'on les appelle. Les Amé* ricainsdans leur élan démocratique n'ont point voulu, comme nos républicains, du titre de citoyen. Us ont pris les dénominations aristocratiques de TADgleterre et en on t fait une large distribution. Ici, tous les hommes sont des gentlemen et toutes les femmes des ladies. « Where ia my lady ?» dit à côté de moi un homme vêtu d'une redingote déchiquetée. Cette lady, dont j'ai voulu savcdr la position sociale, est une marchande de légumes de Cincinnati qui 9*mx va tenter le même

dt Msfloto, tt M déiMiMrt de eMéot #iMm €■ pUiMt infintai.

Là est encore une image deTAmMcple prfaBWf», teUe àpea prêt qa'elle apparat ani premiers Toyagwn dans ton oalme solennel. Bien loin, fen le hantlEidh sipi, sont les immenses prairies, sieppei de ee eaolinent, pitnrages des tronpeaia'de buneav p>mm » aeulement par les Indiens et par lea hardb traiipean. Sur les bords du flemw, les Iwèts prabades qœ II hadie du bûcheron n'a Jusqa'ft présent entaméasqm çk^ là sur leurs lisitees, qoi sardes centaine» deleM couvrent le sol de leurs rameain dpai% éterneles gén^ rations d'arbres qui suceesshpeoient toadMil sur iser

couche de feuillage et se renouveUm p» élansas* braUes rejetons.

C'est l'érable k sucre, et le chêne aux branchas dures et souples, qu'on appelle le hickory et qui porte au lieu de glands une noix agréable. C'est le sycomore gigantesque, le magnolia et le catalpa^ honneur de nos jardins ; le cotonnier, qu'il ne &nt point confondre avec l'arbuste à coton ; avec sa tige élancée et ses longues branches il ressemble au peuplier de Lombardie. C'est la cannebrakej espèce de roseau qui s'élève à quinze pieds de hauteur et forme des faisceaux si serrés que lorsqu'un imprudent chasseur est entré dans ces palissades il court grand risque de n'en jamais sortir. D'arbre en arbre , de rameau en

rameau se déroulent les cordons de la vigne grimpante, de la liane flexible, qui, après leur capricieux essor redescendent à terre comme pour y puiser une nouvelle sève, y implantent une racine et remontent sur une tige voisine.

Sur notre bateau, nul autre bruit que celui qui se fait trois fois par jour, à l'heure des repas, ne résonne dans le repos de cette austère nature. Une cinquan^* taine de passagers, tous Américains, sont assis dans la galerie, fumant, rêvant, et quelques-uns lisant les romans à vingt-cinq sols que des colporteurs répandent sur chaque bateau et dans chaque hôtel. Les femmes sont dans leur salon, ne causant pas, ne travaillant pas, berçant comme des enfants leur indolence dans le rocking-chair. À huit heures du matin, à une heure, à six heures de raprès-midi, on nous appelle à table, les maris vont gravement chercher leurs ladies, car c'est ainsi qu'on les appelle. Les Américains dans leur élan démocratique n'ont point voulu, comme nos républicains, du titre de citoyen. Ils ont pris les dénominations aristocratiques de l'Angleterre et en ont fait une large distribution. Ici , tous les hommes sont des gentlemen et toutes les femmes des ladies, « Where ia my lady N dit à côté de moi un homme vêtu d'une redingote déchiquetée. Cette lady, dont j'ai voulu savoir la position sociale, est une marchande de légumes de Cincinnati qui iexk va tenter le même

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eommerM à la Noirrell»*QrMuM| ék'woa wêêêî qm l'on appelle iMi fm Um nm , eeUm onwJumiier ahadooDé par aea pratiques.

Ikine à llieoie dea repas; toatai oea Miea d'OTVBBl, û^Uboppe^ parmi lesquelles se troofe |ieQl-4lra qaat qne él<ê>nte jeune femme comme «me fleur peîdse dans mi fUsoean de plantes rostfqoes^ tootaè êsa ladai se rendent danslagalerie, oondoHea pirooaHlQBMiisment par leurs épon. A leur aqpeolfChaevmaaIifeiBi se découvre. On ne s'asseoit que loraqa^elles sont aisises, et elles occupent de drot avec toaaoomqmml llionneur de leur appartenir le haut booi de la tsUs; Chacune d'elles, dureste, estdèaleslniilwarasduaitin prête à découper ▼aiUammentd'éiiornaèiilnuMhBi de veau et de beefisteak, et si leshotbmeaont àtaUeln habitudes les plus grossières, les femmes n'cmt i cet égard rien à leur reprocher. Quel spectacle pour Byron, qui ne pouvait voir une femme manger! Dsns ses Mémoires, Tiliustre poète parle avec sympathie du peuple des États-Unis; quel cri d'amère ironie il leur eût jeté, s'il eût dû vivre quelques semaines au milieu de cette population de ladies et de gentlemen?

Après le repas, qui s'accomplit avec la grave importance qu'on apporte en Amérique à cette phase de la journée, les hommes reconduisent les ladies à leur salon, les abandonnent bvlsl rocking^hairs puiarevien-

nent fumer à l'écart, sans s'occuper de leurs chères moitiés. Et les Américains se vantent de leur respect pour les femmesl Un tel respect mo parait être la négation la plus absolue des attraits et des qualités de la femme.

La table servie pour les passagers est occupée ensuite par les employés du bateau, puis par les domestiques nègres, à côté desquels aucun valet blanc ne voudrait s'asseoir:

Pour échapper à ce perpétuel spectacle de plats fumants et d'assiettes, j'ai malgré la consigne, obtenu dans ma cabine, une table, une chaise, au moyen d'un de ces arguments dont Quintilien n'a point dit la puissance dans sa rhétorique, l'argument des dollars, et je suis là une partie du jour, dans ma cellule de six pieds carrés, écrivant, lisant, ou regardant par la fenêtre du balcon le fleuve et ses rives.

Vers le soir, quand une sorte de pénombre ajoute le prestige du mystère à l'aspect solennel de cette contrée, j'éprouve un charme indicible k monter sur la terrasse du pont et^à rester là absorbé dans une muette rêverie. Pas un chant, pas un murmure, pas un signe de mouvement autour de ce magnifique fleuve, qui lui-même dans la molle pente de ses eaux semble immobile. De toutes parts, le calme auguste que rien ne trouble, l'immensité que nul œil ne mesure, les lata silentia de Virgile et le poëme sublime de la

toUlods dMi llMnni» n'a fini qtfMif irti ki

Ottànt pigM, dont Dm teul coioi^ b pfofantar. Oui, ua Btné poiifnil 6IIMM matr H nhnfnlMi w Mile dnâ les ongM d6 MB OQiiir< H m*j Mouiawa peai-ètre plut un Chactas, une Jktela. 11 y troangà do moînele meluaiie d'une ietitile à l'abri du le «h meur dee tiUee, repaie geiMi pour. i> jnvMet de 4»

fyiguee, M roBitee des iMèle vieigte fo«r f «eibr « mélanoolie.

Meie que eelui qui voudra voir oiitta latMidVM tt grandeur pieinière ne Inde ppt trop k y Teniiil IXji

<a virginité a éiéeouiUée par le fieeipfÉhiiéttpiiiÉ hmiteax déréglemenli. Si Hiemne pwto beiiibe*

tien dans le désert» il errlfe iopveal ^e la diani réduit l'heeune à la jHatique d'un inrtinct teolsl^ # In Mlitude, dit r£giise, n'est pea bonne k fui ti- j fit pei

avec Dieu. » La même Tbébaïde qui exaltait la CBrvrar des anciens cénobites aurait bien pu n'éveiller dans d'autres cœurs que des penchants désordonnés. Un grand nombre de ceux qui s'avancèrent en pionniers à travers les forêts incultes de la vallée du Missisaipî avaient une ardeur de tempérament qui^ dans les hasards de leur vie aventureuse, dans réloignement de tous les liens sociaux , devait aisément tourner à h dépravation. Une fois le sentier frayé, tandis que la population naissante de cette vaste entrée construisait rédifioe de ses institutions, sans avoir encore as-

66Z de force pour les défendre, on a vu déborder là comme une vase pestilentielle , de ces amas de gens pour qui la loi est une odieuse contrainte, qui la fuient de région en région, jusqu'à ce que traqués dans leur dernier repaire, ils s'en aillent loin des agents de police chercher Fasile du désert.

Il existe près de Galena, des mines de plomb, où une quantité d'individus sont allés demander du tra vail et ont épouvanté la ville par leur démoralisation. La jolie cité de Natchez, qui s'élève au bord du Missîssipi, sur un des points occupés jadis par la puissante tribu indienne dont elle porte le nom, a été le refuge d'une légion de voleurs, de joueurs et de fripons de toute espèce. Chassés de là par les habitants, ils se retirèrent à Wicksbourg, et y continuèrent pendant quelque temps leur vie d'outlaws. A défaut de tribunaux réguliers , un jour la Lynehlaw est tombée comme la foudre sur leur tète. Quelques-uns sont parvenus à «'échapper; les autres ont été pendus.

LaLynchlaw estun mode de justice expéditif à l'usage spécial de l'Amérique. Il y avait autrefois un paysan desËtatsdu Sud nommé Lynch, qui, trouvant que les fonctionnaires chargés de veiller à la stricte exécution des lois n'apportaient pas assez de zèle dans l'exercice de leurs devoirs, imagina, pour réparer leur coupable négligence ^ de composer avec ses voisins un jury , qui, sans s'arrêter aux longues formalités de débats

-*^ 376 *juiliciaires, rendait en un instant sa sentence et la Taisijt exécuter sans rémission.

Si cet antre cordonnier de Messine, de terrible mémoire, ne rendit quedes arrêts équitables, je ne sais; ce qui est certain, c'est que l't'xemple qu'il avait donné i PM de terribles conséquences. La lot de Lynch est restée comme une arme mortelle entre les mains du peuple. Souvent au nom de cette loi, on a vu la populace se soulever, ou pour prévenir la décision des magistrats, ou p'iur la rejeter si elle la trouvait trop indulgente, pour arracher le coupable de sa prison et lui faire si>bir le dernier supplice.

J'ai cependant entendu d'estimables Américains parler de la Lynchlaw avec une sorte de respect, comme d'un moyen de répression utile en certains CBS, et parfois nécessaire dans les districts mcorepeu batMtés de l'Ouest. Hais il ne se passera pas beaucoup de temps avant que ces districts, et sortont la vallée do Mississipi, soient occupés par une populatîoD honnête, laborieuse, assez considérable, et ccnsthuée d'une bcon assez forte pour D'avmr {dus besoin de recourir k cette espèce de Wehfferieht des temps bar' bares.

La vallée du Uississipi est le sol le plus fertile des Etats-Unis. Le détritus des plantes , les dépfits des rivières qui ont mis à nu le sable des montagnes rocheuses et de leurs environs, ont formé là d'Age en Age

des couches de terre végétale, qui en certains endroits descendent à plus de cent pieds de profondeur, et qui à leur surface sont aussi molles que la neige, tl en coûte peu pour cultiver un pareil terrain, et Ton en tire d'abondantes récoltes. Aussi , d'année en an*née, sans cesse on voit arriver là de nouveaux colons qui, d'abord campent près du fleuve, sous Tarceau en toile de leur chariot, ou sous une cabane faite avec des branches d'arbres. À ce premier acte d'installation bientôt succède le travail. Le chêne et le sycomore tombent sous la hache, leurs larges troncs sont arrachés ou brûlés, leurs rameaux servent à construire le loghouse. Quand cette première œuvre, qu'on appelle le clearing (la clairière) est achevée, le sol est livré à la culture et entouré d'une barrière. Le colon a pris possession de son domaine, il 7 sème son maïs, il y parque ses bestiaux. Près de ce loghouse , bientôt il s'en élève un autre, puis un autre encore. Dès que ces émigrants successifs en sont venus à former un noyau de communauté, ils se réunissent pour percer dans le bois une route jusqu'à la rade, ou jusqu'à la ville voisine , puis pour bâtir une chapelle ; celui-ci ouvre une auberge, celui-là une boutique, cet autre un atelier. Ils adressent alors une pétition au congrès pour avoir un bureau de poste. Après la poste vient l'imprimerie, puis la banque, et celui qui n'avait vu là que des terres incultes, des plages désertes, est tout

■prprli tff fOut qjMJqtm ■iméM <|tèt — y^êgi portt im Mmgno ou ranafai. C«rt aiHi fMlitlMi du Nord tt de l'Est ie tout gffMiwIkmeat piqMk C'mI liiiaiqiis ie praplaniltkMil daas «n «pMtdi tiinpt qm iioob ne poufOM éé%ÊÊmâaÊtt^ qid «■§ doaCe ne len pis Irèi^loog il qni poumil Mm «» eora ibiégé pir la preiMO im lévohitioH «a»

Jnsqn'à prëient il a'eiiito nat to liMi Ai te MiMigaipi qa'un très-petit ooitthiie. ds tIMss, iMh o^isl on noyan qni, d'innée en iniiii j'egiiiHl à miinre qne nou cfançons, le sol el k ifqmniiient plos sédnisint» et . de netiife à phugnnd nombre de celons. ▲ moa dépvt de Gb* ànnati , la neige tombait en épais ibceiis , el te bordi de la rivière se couvraient d'une coudie de gisoe. au delà de Louisville, il n'y a déjà plue de vestiges de ces rigueurs de l'hiver. Plus loin, le ciai est elsir et la température si douce, que les Américains qui deux jours auparavant formaient une gprde fidèls autour du poêle, le désertent pour s'asseoir en plein air sur le balcon.

Çà et là brillent, comme en nos premiera jours de printemps, de verts arbustes dont un rayon de so« leil échauffe le jeune cœur, tandis qu'au-dessus de ces plantes hâtives s'élèvent^ comme des vieillards à barbe grise, les grands chênes auxquels sont iuq[>en-

dus les longs et touffus filamenits d'une mousse cendrée, qu'on appelle la mousse espagnole ^

A rentrée du Tennessee, nous voyons apparaître les plantations de coton, terrible culture, qui, après avoir alimenté notre industrie^ menace de la détruire. La forêt a été tranchée sur un large espace : la maison du maître est posée au bord du fleuve, les cases des nègres alignées derrière, la plantation un peu plus loin, et de tout ce sol, et de toutes ces cases, des Ëtats du Tennessee, du Missouri, de rAIabamt, du Mississipi, il sort annuellement, terme moyen, deux millions- deux cent mille balles de coton. Il y a vingt ans que les Ëtats^Unis ne consommaient qu'un vingtième de cette récolte , le reste était envoyé en Europe qui la lui rendait, moyennant un bon béné^ fice, en toiles peintes. Maintenant ils emploient dans leurs propres manufactures un tiers de leur coton. Ils fabriquent des calicots, des toiles peintes à un bon marché extrême. La principale manufacture de ces étoffes est à Lowel qui, en 1820, n'était qu'un village de deux cents ftmes, qui aujourd'hui est une ville de trente mille habitants. Il y en a d'autres dans le Massachu* sets, le Maine, le nouvel Hampshire, la Pensylvanie, la Caroline du Sud et la Caroline du Nord, la Géorgie. En

* Avec ses ftUmento longs et mincei , ceue moasse ressemble à du crin^ Dans un grand nombre d'habitations, elle est employée comme le crin à la coafiactioQ des matelas,

,t849, on évaluait ft trois cent soisanlâ millionj de ftu»n l<! capital einploytï dans ces fabriques. Elles ■xporlent leur produit dans le Canada, au Mexique, iu Brésil, au Chili, et duos plusieurs autres conlrées. Déji les Américaius parleut avec une superbe confiance de l'époque â venir, de l'époque prochaine où ils n'auront piua besoin Ae recourir à l'iodustriede France ou d'Angleterre. Je n'ai point à m'occuper da coup niortid qu'ils prétendent porter aux ateliers de Hanchesicrct de Birmingham; mais, 6 chère ville de Mulhouse 1 faut-il que je vous voie abaisser et fermer vos ailes? L'Amérique, plus perfide que la perfide Albion, ne vous a-t-elle si longtemps envoyé ses cotons que pour apprendre par votre expérience l'arl ingénieux de vos ouvriers, pour profiter de vos découvertes, et vout ravir avec vos Grau dflsniu votre prospérité? Si les {dages septentrionales de l'AUiiitique vous sont un jour interdites , ne voua ouvrirezvous pas sur quelque autre région du g\obe un nouveau chemin? Hélas I bêlas! que j'aurais peur pour vous, si j'en croyais ce que d'affreux Yankees me disent tranquillement, les piedspogésurledosaerd'nne chaise, en accompagnant chacune de leur sentence d'une bouffée de fumée. Puissent leurs fanfaronnades n'être qu'une vaine prédiction! Puissies-vous leur démontrer que, quoi qu'ils fassent, ils n'atteindront jamiûs à votre goût exquis. Et, je vous le dis en con-

fidence, ce sont leurs vilaines ladies d'échoppe qui achètent , à trente-cinq centimes le mètre de calicot des États-Unis : les belles dames ne peuvent se passer de vos toiles élégantes.

Dans rétat de la Louisiane, les plantations de sucre succèdent à celles du coton. Elles occupent un plus grand nombre de bras et exigent plus de capitaux. Malgré le rapide développement qu'elles ont pris, elles sont loin cependant de suffire à la consommation des États-Unis. Mais déjà leur produit s'est accru de celui qui vient du Texas, et si quelque jour, comme on le pense ici, l'île de Cuba s'annexe à la confédération, l'Amérique septentrionale sera bientôt encore affranchie du tribut qu'elle paye pour cette denrée à des pays étrangers.

Étonnant peuple ! je ne me lasse pas de le dire, qui est sorti de son berceau comme le petit Poucet et qui a pris les bottes de sept lieues. Étonnant peuple! qui par son labeur confond ma pensée, et par son caractère me glace le cœur. S'il peut se complaire dans l'admiration que doivent inspirer ses grandes entreprises, et ses fabuleux progrès, je la lui donne tout entière. Quant à mes sympathies, je les garde plus que jamais pour la vieille Europe. Après avoir sillonné les flots du Mississipi, je me réjouis à l'idée de retrouver les traces de l'ancien temps dans la ville où je vais aborder, de débarquer par la rue du Canal, de

kiBg«r li me Saiiit-Loiiif, it d'atoer par la rat di Ghnires dans an bâtai flRHi«ab da la Noof alla-Or* léaiis;cartoiiaoetiioUaaiiaiiiiaiiilanl anoaia dm l'ancienne capitale de la LouifliaM avae ka aouvenin qoii'y rattachant. Les Amérierinana pâmant paaqae, pour affermir laiir répabliqua, il ant néoeanira de proicrira an coin daa roaa da lanraTQlaa laa dénominations que la légima monarehiqpia y a lalaaéat.

^rm

LA LOmSUNB.

Les tribus indigènes. — Première expédition européenne. — Hernandeî de Soto. — La fontaine de Jouvence. — Funeste exploration.-* Mort de Soto.-^ Martyrologe des grands Toya* geurs. — Alvarado. — Découverte du Mississipi. -^ Le père Marquette. — Robert Lasalle. — TontI à la main de fer. — Voyage du Saint-Laurent au golfe du Mexique. •— Première colonie française dans la Louisiane. — Assassinat de Lasalle.

— Massacre de nos soldats. — Iberville. — Le village des Nalchez. — Mort dlberville. — Son frère Bienville lui succède dans le commandement de la colonie. — Lamolte Cardillac.

— Expédition de Bienville contre les Nalchez. *— Combats contre les Indiens. — Destruction des Natcbez. — Le père Montigny.— Progrès de la colonie.— Migration des Acadiens.— La Louisiane abandonnée^ PEspagne.— Les cruautés d'O'Reilly.

Lest entré dans une nouvelle ère^ ce vaste pays auquel Lasalle, en y plantant le drapeau de là France, avait donné le nom de Louisiane. Il a été divisé en plusieurs États qui successivement

V» sont joints à lu i^pubUquc de Washington, qui, ■ou)i l'i^lendard ctoil<5 de l'I'mon, n'aspironl maintenant qu'ù inan:lier dans la mômo voie que les Ëuts du nord, ii étendre au loin leur commerce et leur industrie.

Mais avant celte liistoii-e d'une nouvelle époque, dont les bureaux de douane elles comptoirs des n^ocianta seront les princi Vives, la Louisiane en

a une autre d'un caractère ifférent, histoire d'entreprises audacieuses, de luli s pénibles, d'actions chevaleresques, où brille le âge de dos soldats, le zèle de nos missionnaires, ^uiûiruble épopée ! qui n'a point eu pour théâtre l'étroite plaine de Troie ou la petite rivière de l'Ilyssus, mais les iinmeoses fleuves et les immenses forêts. Enéide grandiose! dont les héros, en emportant au delà de l'Océan les dieux de leurs foyers, ne rencontraient point une Oidon qui se passionnât à leurs réûts, mais le désert ou les tribus sauvages.

D'où venaient ces dix- huit tribus sauvages répandues dans la Louisiane à l'époque de la colonisatioD? D'où venait cette mémorable nation des Matchez qui adorait le soleil comme les Incas? A quelle époquci par quelle migration, ces hommes à hi peau cuivrée étaient-ils venus construire leur wîgwam sur les bords du Uississipi et du Missouri? Obscur problème! sur lequel on a beaucoup écrit et beau-

coup disserté sans pouvoir arriver à une complète solution.

Quoi qu'il en soit, ils étaient là, dans ces lieux dont les transformations étonnent les géologues, autour de ce delta du Mississipi qui n*a dû se former que dans une longue suite de siècles , sur un sol où Ton trouve des couches de forêts ensevelies Tune sur l'autre, des ossements d'éléphants, de mammouths, et d'autres animaux antédiluviens. Ils étaient là ces puissants Choctavsrs, ces indomptables Mobiliens, et les Attakapas antropophages , et les Chactas avec leurs vénérables sachems , tous vivant du produit de leur chasse, et non contents de leurs vastes domaines, envahissant ceux de leurs voisins, dansant la danse de guerre et la danse de la victoire. Ils étaient là depiuis un temps immémorial, lorsqu'un matin les Indiens de Harriga virent arriver des bâtiments d'une grandeur surprenante , et des hommes d'une figure étrange : c'était la flotte de Hernandez de Soto.

Compagnon d'armes de Pizarre , l'un des plus nobles et des plus braves, Soto avait acquis à la fois dans la conquête du Pérou, une renommée brillante et une grande fortune, u Quand il commandait son escadron, dit Garcilasso de la Yega, il s'élançait avec tant d'impétuosité au devant des ennemis, et il faisait dans leurs rangs une telle brèche, que dix

hoouBMs poinakmt le soine dntto taMteriam^ qu'il leur oavrtit »

Nommé ptr Cbarlet-QoiiKk govf«nieiir de 111e de fiulwii il eût DQ jeuir eu dus oii finutue eee lixunm dnÉ* pagnee, abandonner le couri de le ti^ eux moDei h^ pieofi du climat dea tropiqiies ; ma» la rojal di|i^ i|Qi rappelait à administier oetto ilélicieoae tégm lui donnait aussi par anticipation te titre de gonvemeor de tontes les autres contrées qu'A poumjt màjagan. à cette épocpie, une soif ardente de dépomerfes enflammait tous les esprits. CEhristcq^ CUhpl» aiail févélé à PEurope étonnée resistenc^^ d'an snlie monde, et dès la fin dnzY^siàcle, àchaqoeJnatantoa sutendait le récit d'une nouvelle eqdoortion, dbsqiu année élargissait la carte du moyen Age. Le XVT liècla s'ouvre par la découverte du Brésil. Six ans après, Denis reconnaît le fleuve du Saintr-Laurent. Sept ans après, Nunez de Balboa voit du haut des montagnes du Darien se dérouler devant lui les vagues de l'océan Pacifique. Puis, voici venir l'expédition de Fernand Ck)rtez au Mexique, et celle de Magellan, et celle de Pizarre. En 1584, Walter Raleigh conduit une colonie dans la Virginie. En 1610, Hudson aborde sur la plage où s'élève aujourd'hui la grande ville de Nevr-York. au nord et au sud, à l'est et à l'ouest, le nouveau monde est atteint, enlacé par des légipns de navigateurs que nul danger n'effraye, qui sont partis pauvres

et obscurs de leur terre natale, qui y retournent rapportant en triomphe les productions d'une contrée inconnue et léguant à la postérité le souvenir de leur génie. Heureux ceux qui sont venus dans ces temps d*odyssée merveilleuse, ceux qui en s'embarquant dans un port d'Espagne, de Hollande, de France, avec le souvenir des narrations de Marco Polo, de Maundeville, se disaient qu'ils allaient peut-être arriver à l'empire du grand Cathay, au féerique royaume de Cîpango. A présent, il n'y a plus rien à découvrir. Si loin qu'on aille à travers l'Océan, on ne fait que suivre la ligne tracée par d'autres navigateurs. Il n'existe pas un coin du globe dont la civilisation n'ait altéré le caractère primitif. La toile de Manchester pare la nudité des sauvages , et jusqu'au fond de la Polynésie, on peut trouver dans les villages des insulaires, la bière anglaise et les missionnaires des sociétés bibliques.

En 1512, Ponce de Léon avait reconnu la Floride. Une tradition indienne rapportait qu'il y avait là une eau magique qui effaçait les rides du visage et donnait aux vieillards une nouvelle jeunesse. Un tel trésor valait bien les mines du Pérou. Tandis que Soto s'en allait chercher dans la Floride cette fontaine de Jouvence, les insulaires de la Polynésie prétendaient qu'il en existait une bien plus complète dans une des tles de l'océan Pacifique, à laquelle ils donnaient le nom de

Hanpokane. Non-fleulemant oeUe-ci «jannitiaît la fieillards, mais guérisnt les Ueturet, eflbçait ki infirmitét, fûsiit d'une femme hideme ime HâlëBeet d'on Calibaa an Adonis. Quel dommage qu'on n'ait troQTé ni Fnne ni l'antre de cea aodieeB magiqDMl I ne noua manquait qu'une pareille découTerte pour compléter la dramatique et scandaleuse cbroniqiie de l'humanité. Tous figures-vous les expéditions qns les puissants de la terre auraient dirigées ven^k Ronde, ou mieux encore vers Haupokaue, les iMtaiUei sanglantes qui se seraient livrées sur ce sol de bénédiction , et les désirs frénétiques qui s'y sernent éveillés? Naturellement les riches et les forts anrûaat pris d'abord la mmUeure part de l'onde mifaculeiae; les pauvres auraient cherché à soustraire un bien A précieux, et les tribunaux auraient eu à juger plus de vols et de crimes pour quelques fioles d'eau que pour le produit des mines d'argent du Mexique et des mines de diamant du Brésil. En revanche, on aurait peut-être vu un fils dévoué abandonner généreusement son flacon pour prolonger la vie de son père, un amant livrer le sien pour régénérer les grâces de sa maîtresse qui, en le voyant grisonner, se serait moquée de lui , et un misanthrope anglais casser dans un accès de spleen le bocal qui pouvait indéfiniment prolonger sa vie. Quel immense sujet de poèmes attendrissants et de corné-

(lies ! Quelle perte pour les écrivains I II faut s'y ré-* signer «

Solo partit avec dou2e cents soldats, dont trois centâ armés à ses frais. Plusieurs gentilshomnaes, égalenaent distingués par leur bravoure et leur naissance, avaient voulu s'associer à son expédition : don Juan de Gusman, Pierre Calderon, Yasconcellos de Sylva, Muscoso de Alvarado. Il emmenait en outre vingt-deux ecclésiastiques pour prêcher le christianisme aux peuplades parmi lesquelles il allait s'aventurer, car en ce temps de foi , Fidée religieuse marchait avec l'idée guerrière. Avec l'étendard monarchique, on portait dans les nouvelles contrées TËvangile et la croix. A présent, on ne songerait qu'au meilleur moyen d'y introduire des barils de liqueurs falsifiées et des balles de toiles peintes.

Arrivé à la baie d'Ëspiritu Santo, l'intrépide Espagnol, comme pour éloigner de lui tout projet de retraite, renvoya ses bâtiments à la Havane,puis s'avança au sein des tribus sauvages qui, après leur première surprise, avaient couru aux armes et attaquaient hardiment, et harcelaient sur toute sa route cette armée étrangère.

Au milieu des pièges que les caciques lui tendaient dans chaque peuplade, des combats qui se renouvelaient chaque jour, des périls dont il était environné, Soto travç^sa la Géorgie, le Tennessee, le Kentucky,

lesc duns la baie de Mobile, Là , il eut à :

il' une Dalailte elTroyable. Onze mille indiens y pé* II, et plus do mille Cemmes, dans l'escès de leur «poir, se brûlèrent en voyant leur ville envahis les Espagnols. De U, il s'en alla camper sur le ter^ ire des Chickasaws qui, au mois de janvier, la nuit, ' un venl froid du nord, lancèrent des dards enilan^ 5 sur Ga tente et lui tuèrent quarante hommes «t juante chevaux, rois années s'étaient écoulées depuis que Soto avait ! sou paisible gouvernement de la Havane, pour enturer dans celte terrible exploration. Les coms, les fatigues, la Ûëvre, le manque de provisions, avaient enlevé une grande partie de ses soldats. 11 uchait aux rives du Alississipi, d'où il lui élait aisé de descendre au golfe du Mexique et de rentrer 4anB rUe de Cuba. Saisi par la fièvre et Béntant sa fin approcher, il légua son commandement à Hutcoso de Àlvarado, recommanda à ses compagnoDt d'armes l'union, lu discipline, surtout la persévérance dans leur entreprise, puis il lûourut dans iei bras de son atundnier, à l'Age de quaraut»deux ans.

J'ai envié le sort des explorateurs du xvi* siècle, et cependant la plupart de ces hommes ont dû expier leur gloire par l'amëre ingratitude qui leur navra le coeur, ou par une fin cruelle. Voyei en quelques lignes

quels noms inscrits à jamais dans les annales de Thistoire, et quel martyrologe I

En tête d'eux tous, Christophe Colomb, Timmortel Christophe Colomb, outragé et chargé de fers. Puis voici Nunez de Balboa et Walter Raleigh, Tun et l'autre ayant fait de grandes choses, l'un et l'autre déca» pités. Fernand Cortez meurt dans l'indigence. Magel* lan, qui le premier pénétra dans l'océan Pacifique , el Diaz de Solis, qui entra dans le Rio de la Plata, ezpw rent sous les flèches des Indiens. Pizarre est tué par des rebelles; un de ses frères est condamné à mourir en prison, un autre sur l'échafaud. Yerrazani qui, dès l'année 1524 visita la côte américaine; Quartier qui remonta le fleuve Saint-Laurent ; Humphrey Gilbert, qui prit possession des Ëtats du nord pour le roi d'Âih gleterre, sont engloutis par les flots. Iberville, Tun des plus vaillants chefs de notre colonie de la Louisiane, meurt comme Fernand de Soto à la fleur de l'âge. Ribault qui, en 1562, conduisit dans la Floride une colonie de protestants français, est assassiné par les Espagnols. Lasalle, notre brave Lasalle, tombe sous le fer d'un de ses soldats; Hudson est jeté à la mer par son équipage en révolte; Bafiin rend le dernier soupir dans un combat.

Les Espagnols ensevelirent le corps de Soto dans le Mississipi, à l'embouchure de la rivière Rouge. On eût dit que le fleuve implacable exigeait une victime

témé es qui avaient osù franchir ses rives soK« es, el il prenait la plus noble. Cette douloureus«'> ■énaonie ne s'accomplit point avec un appareil da lil. Les compagnons de Soto poursuivis, surveitléi. r les Indiens, sentaient qu'ils devaient leur cacher]».; rt de ce cher, dont toutes les tribus de la cootréa ' ient appris à redouter le courage, et ils s'efforçaienlt, dissimuler par des cris bruyants, par une apparenov. aie les regrets et l'anxicté qui agi ta ient leurs cœursi gré cette cruelle précaution, les hommes rougss; ardèrent pas à découvrir l'événement qui devail,> oitre leur audace. Pour échapper à leur poursuite, arado voulut d'abord remonter la rivière Rouge |u'au Texas, dans l'intention de se rendre par terre .il Mexique. Obligé bientôt de renoncer à ce projet, il revint sur le Mississipi et y fît construire des embarcationr. Quand il commença à descendre ce fleuve, il ne lui ratait que trois cent cinquante soldats et trente chevaux. Une flotte indienne de mille pirogues moDlées, dit Garcilasso, par plus de vingt-cinq mille guerriers, le suivit pendant dix jours, l'attaquant sans cesse, lui lançant une nuée de flèches, se retirant pour échapper aux coups de fusil, puis revenant fondre sur lui comme des vautours. Presque tous les Espagnols étaient blessés, et tous auraient sans doute succombé dans cette retraite , plus dramatique que la fameuse retraite des dix mille , si un

vent favorable ne les eût enfin conduits dans le golie du Mexique.

Le Mississipi était découvert, et il se passe cent trente-six années avant que les Européens y touchent de nouveau. L'honneur de le reconnaître et d*en prendre possession était réservé à nos colons du Canada. La campagne de Soto était oubliée, ou ignorée. C'est par une tradition indienne que nos compatriotes ap* prirent qu'il existait à l'ouest un grand fleuve qui ne coulait ni à l'est, ni au nord, et qui devait, selon les hypothèses des géographes, aboutir à l'océan Pacifique ou au golfe du Mexique. Talon, intendant de la vaste région septentrionale qui portait le nom de Nouvelle-France , voulut illustrer son administration par cette découverte. Cette fois, ce n'était pas une flotte commandée par un brillant seigneur d'Espagne, ce n'était pas une élite de gentilshommes suivie de douze cents soldats qui s'en allait à la recherche du grand fleuve, c'était tout simplement un honnête négociant de Québec, M. Joliet, et un récollet animé d'une religieuse pensée , le père Marquette , auquel s'étaient adjoints cinq bateliers canadiens.

Le 13 mai 1673, les courageux voyageurs s'embarquèrent sur deux canots, avec « un peu de blé dinde et quelques chairs boucanées pour toute provision. » Ils s'arrêtèrent d'abord dans la tribu de la FoUe-Àvoine, à laquelle les religieux du Canada prêchaient l'Ëvan-

gUe depuis plusieurs années. « Je racontai , dit le père Marquette , à ces peuples de laFoUe-Àvoine le dessein que j'avais d'aller découvrir les nations éloignées, pour les pouvoir instruire des mystères de notre sainte religion. Ils en furent extrêmement surpris, et firent tout leur possible pour m'en dissuader. Ils me représentèrent que je rencontrerais des nations qui ne pardonnent jamais aux étrangers, auxquels ils cassent la tète sans aucun sujet ; que la guerre qui était allumée entre divers peuples qui étaient sur notre route, nous exposait à un danger manifeste d'être enlevés par des bandes de guerriers qui sont toujours en campagne; que la grande rivière est très-dangereuse, quand on n'en sait pas les endroits, qu'elle était pleine de monstres effroyables qui dévoraient les hommes et les canots tout ensemble, qu'il y a même un démon qu'on entend de loin qui en ferme le passage et qui abîme ceux qui osent s'en approcher ; enfin que les chaleurs sont si excessives, qu'elles nous causeraient la mort infailliblement. »

A ces sinistres prédictions, le bon père Marquette répond en remerciant les Indiens de leurs avis, en leur disant qu'il ne craint pas ce démon du fleuve, et que quels que soient, du reste, les dangers qui le menacent, il exposera volontiers sa vie dans l'espoir de faire entendre la parole de Dieu à quelques âmes. Et il continue sa route par le lac Huron, le lac Michigan,

par la rivière des Outogamis et le Missouri. Le 17 juin» il entre dans le Mississipi. Admirable triomphe de la douceur sur la force, de Thumilité chrétienne sur la pompe guerrière! Les descendants de ces tribus sauvages qui s'élançaient avec fureur contre les escadrons de Soto, accueillent avec cordialité le vénérable prêtre qui s'avance au milieu d'eux avec son bâton de voyage et son crucifix, lui offrent le calumet de la paix, lui donnent des guides et des provisions. Marquette et Joliet descendent le fleuve jusqu'à sa jonction avec la rivière de l'Àrkansas. Là ils ne trouvaient plus de village, leurs aliments étaient à peu près épuisés; ils furent [forcés de retourner en arrière. Mais ils en avaient assez vu pour pouvoir constater la grandeur du Mississipi et son cours vers la mer. À leur arrivée à Québec, les cloches sonnèrent, et les habitants de la ville, révéque en tête, s'en allèrent à l'église chanter le Te Deum, pour remercier Dieu de cette heureuse découverte.

Huit ans après, pour qu'aucune image religieuse et chevaleresque ne manque à cette belle histoire de la Louisiane , voici venir sur le Mississipi un de ces hommes au cœur ardent , que leur esprit élevé , leur ambition aventureuse portent aux grandes choses, et qu'une puissance fatale dévoue à la fois à la gloire et au malheur. C'était Robert Lasalle , simple plébéien, élevé dans un collège de jésuites, destiné à

(iGvnnir profi^sseur r1uni< un des étubliasemcnts de cet ordre.

Lasalle, afani fini s«s éludes, ne pouvait se résigner k la pensiSe d'entevelir sa vive jeunesse dans l'eDceinls d'un cloître. Il partit pour l'Amérique. Fils du peuple, il voulait s'ennoblir par une action d'éclat; pauvre, il voulait devenir riche. Avec les idées géograpU^ quos du temps, il rêvait une voie de communicatioS cliructe du Canada par le Missiseipi à la Chine. Il communiqua son plan à Frontenac, gouverneur dn- Cunadu, qui l'engagea à aller à Paris solliciter l'appui du prince du Conti. Lasallc part, et à la recomman' dation du prince, obtient do Louis SJV une vaste étendue de terre autour du fort Cataraqiii, ce laèien fort sur roniplacemenl duquel s'élève aujourd'hui la dtadelle anglaise de Kingston. Le royal diplôme l'aiH torisait à faire toutes les découvertes qu'il jugerait Btiles, et lui enjoignait seulement de réédiQer le fort situé sur ses domaines. Eu quelques mois Lasalle était au bord de l'Ontario avec une trentaine de colons, dt un cbevalier italien, Tonti, autre Goetz de Ber* Uchingen, qui avait remplacé par une maio de fer la tnain vivante qu'un coup de sabre lui avait enlevée. Le fort est bientôt rebftti en pierres solides, et Lasalle, qui est reconnaissant, lui donne le nom de son premier patron Frontenac. Puis il construit des bateaux et s'embarque pour les lointaines régions.

Il parcourt les lacs du nord, élève des fortifications sur plusieurs points. Tantôt reçu avec amitié par les Indiens, tantôt menacé d'une ligue hostile, il surmonte par son courage, ou écarte par sa prudence tous les dangers. Mais il en était un auquel son généreux caractère ne lui permettait pas de penser, et qui devait le désoler. Ses soldats effrayés de la longueur de leur expédition, et ne sachant comment y échapper, vou* laient se défaire de lui. Un jour Lasalle s'aperçut que l'un d'eux lui avait préparé du poison, et en bâtissant un fort sur la rivière de Tlllinois, il l'appelait le fort de Crèveccsur.

Cependant il poursuit sa marche. À la fonte des glaces, il entre dans le fleuve où les Indiens se jettent avec une croyance religieuse en criant : Meschacébé ! Meschacébé ! Il le descend à travers des tribus qui toutes voulaient s'opposer à son passage. Le 7 avril 1781, il louchait au golfe du Mexique. De Québec jusque-là, il avait parcouru un espace de mille lieues. Il chantait un Te Deum d'actions de grâces, et prenait possession de ce pays, en lui donnant le nom de Louisiane.

Lasalle alla porter lui-même en France la nouvelle de sa conquête, et fut accueilli à la cour de Versailles avec toute la distinction qu'il méritait. Le fils du peuple reçut les compliments du grand roi. Il demandait à retourner sur les rives du Mississipi. On lui donna

^Mrtfè hilfaiènts ittt kaqitèh iMmaB genliUioaifiieB, dmtia ftmilles de coltttàtèari, dliqiimta soldats, dm oofriert , en tout deux eent Mnqiutate pertomel. Là s^irrètA le é&nàet rftymi èê •MPtaUié da MMe Lttàlle. À pertir de tette épôqnè, il irle n'est ^vâ qpftm Icmgiie suite de tev«nrs, téN tthiée ^ un àflhmt drame. H. Beâtijêii, qui cdmnftatadait ta flottille, ia lien de se tendre I Pemboa- MMtre dd lUirissipI, àrrhe pêBt tUie fiitate éfretif au itad de la baie de Saint-BMiard, sur Mi «Aies dm TaKli« LaÉiHê Iredt Mbnttier en arrière. BéttM^n (pi ne snpportait qu'avec peine la sltuatldlk sùbahMtie qu'il Mftdpait ^-^k^Vis d'ttn j^lébéleil »é6èttaiBnt «Midi, «efdhe d'dbto à M bjondim», i/tput pour là t'rànce, laissant un bktimèht de pKiivisions échôdé ear lès brisants, et Lasalle et ses compagnons à peu pt^ Èàû^ fessoùrces, sur tine plage où ils ne poutaiant rencontrer qtie des hordes de saûfagès.

Leur premier soin fut d^oi^nisér un moyen de défense contre ces peuplades, qui nuit et jour erraient àyéc leurs flèches autour d'eux. Us bâtirent à la hâte un fort où Lasalle caserna une centaine dliotnmes. Avec les autres il s'en alla par terre à la recherche du Mississipi. Il lui restait encore un brick qui sombra dans une tempête avec les munitions de guerre , les nstenéiles d'agriculture et diverses denrées dont il était changé. Vdav ôômble de malheur , la Aèvre et

les armes des Indiens décimaient sa petite troupe. Dans cette horrible position, il ne lui restait plu9 d'autre moyen de salut que de demander des secours au Canada. Il en était à mille lieues de distance, et il prit la résolution de s'y rendre par terre. Il se mit en route avec son frère, son neveu, un vénérable r^ ligieux et une quinzaine d'hommes. Après neuf jour^ de marche, deux crimes arrosaient de sang le sol d^ forêts vierges ; deux crimes mettaient fin à cette cou-r rageuse expédition. Lasalle et son neveu périssaient sous les balles de deux de leurs compagnons.

Les cent hommes qu'il avait laissés sur les côtes d^ Texas, qui ensuite ^'étaient établis à Tembou^hure du Colorado^ dans un fort auquel ils donnèrent le noi^ de fort Saint-Louis, furent également victimes dç Y\m gnominieuse conduite de Beaujen. Les uns tpmbèreot sous le tomahawk des Indiens, les autres moururent de faim dans les bois. Tel fut notre premier ej^ 4ê colonisation dans la Louisiane. Le frère de Lasalle ^ ]§ père Âthanase échappèrent seuls à ce désastre généml*

De notre lointaine colonie du Canada étaient vmw les premiers explorateurs du Mississipi, IMarquette 0t Joliet , puis le premier Français qui des régions du nord descendit jusqu'au gol£e du Mexique, l'intrépi^t et malheureux Lasalle. Du Canada vint aussi en 1699 le brave Iberville. Cette colonie du Canada, j'ai essayé de vous en dire l'histoire. A cette époque , çUe ^t^it

«neore bien fuble et bien peune. A. peine installée sur les ri^es da SunULraml, elle «vait à latter à h fois contre l'inimitié des Inmens, k jaloosie des Anglsis, et contre Tapathie d'un gonvemeinent qui soutint k iaissût sans pitié dans Tabandon. Msis elle avait nn mâle sentiment d'honneiir qoi la soutenait an milieu de «m indigence et l'exaltait en fsoe de m périls. Ni les longues marches k travers ka immenses Coréts» ni les combats contre des ennêmk nombreux n*efllrayaient son ardeur, dès qu'il s'agbssit de dcm* nsr nn témoignage d'affection k ses frères, on ik dé- Cnidre son drapeau.

En 1685, le fidèle Tonti, en apprenantque LaeaDe revenait dans k Louisiane, avait, dans on canot d*^ corce, traversé les kcs, descendu le Mississipi jusqu'à son embouchure , pour le plaisir de revoir son ami. Ne le trouvant pas et ne sachant où le chercher, il avait remis à des Indiens une lettre pour lui, conune nous remettons une carte de visite chez un concierge, puis il était retourné à Québec par le même chemin. Mille lieues pour aller, mille lieues pour revenir. Quelle visite !

Le père dlberville était mort dans le Canada au service du roi. II avait onze fils , dont cinq étaient restés comme lui sur le champ de bataille*. Des six

' DaDs UD de tes voyages, l'empereur d'Allemagne, Henri II , vit venir à

autres, l'alné Iberville s'était déjà signalé en plusieurs occasions par sa bravoure. 11 allait fonder la colonie de la Louisiane, et quatre de ses frères devaient s'associer à la même œuvre. Si les nobles ont eu autrefois des privilèges , il faut reconnaître qu'un grand nombre d'entre eux les avaient chèrement acquis. Ils les payaient de leur sang et les transmettaient à leurs enfants avec une tradition d'honneur et une fière devise : noblesse oblige. A présent, on se soucie peu de ces titres de gloire conquis au nom de la patrie, à la pointe du glaive. On a mis son amour dans le bienêtre, ses désirs dans la fortune. Mais parmi ceux qui ont réalisé ce rêve de l'ambition moderne , combien y en a-t-il qui avec une généreuse pensée inscrivent sur leur caisse : richesse oblige.

Sous les auspices du comte de Pontchartrain , ministre de la marine, Iberville conduisit deux cents colons à Textrémité du Mississipi. C'était tout ce que la France lui donnait pour prendre possession des rives d'un fleuve plus long que la Seine, le Rhin et le Danube réunis. Il visita les environs du sol où s'élève aujourd'hui la Nouvelle-Orléans , donna à un de ses lacs le nom de Pontchartrain , à un autre celui de

lai an de ses vassaux qai , lui présentant ses trente-deux fils, lui dit : « Voilà le trésor que j'offre à Votre Majesté. » L'histoire du père d Iberville se sacrifiant avec ses onze enfants dans les guerres de la France vaui bien celle du noble Germain.

Maurepas. 11 construisit un fort dans la baie de Biloxi (à trente lieues environ de la Nouvelle-Orléans}, y fixa le siège de sa colonie, puis visita quelques tribus indiennes. Quand il entra dans un des villages de Natcbez , la foudre venait de mettre le feu à leur temple, les honunes poussaient des cris féroces ; les prêtres demandaient des sacrifices pour apai^r la colère de Dieu, et les femmes jetaient avec fureur leurs enfants dans les flammes. Tel fut le premier spectacle qu'offrirent à nos compatriotes ces Natcbez dont un illustre écrivain a fait une poétique description. Iberville ne parvint qu'avec peine à calmer leur frénésie. Le sol qu'ils y occupaient lui plaisait. 11 y traça la plan d'un fort auquel il donna le nom de baptême de M*"* de Pontchartrain : Aosalie. Trente ans plus tard, ce fort devait être inondé do sang.

Iberville ayant posé les bases de son œuvre, partit pour la France afin d'en ramener un renfort nécessaire, laissant pour chefs et pour otages à la colonie naissante deux de ses frères : Sauvolle et Bienviile. 11 revint suivi d'un autre frère , puis repartit de nouveau. Les ministres ne s'occupaient guère de ce royaume américain que Lasalle avait adjoint au royaume de France. Ce n'était qu'à force de sollicitations qu'on parvenait à obtenir de leur suprême insouciance quelque résolution en faveur d'un pays qui eût dû exciter en eux un si grand intérêt. Un jour

pourtant, Us y envoyaient vijQg1>-troi3 jaunçs fiilei luni dot qui furent accueillies avec dès cris de joie et bientôt mariées. Puis comme si les filles honnêtes étaient de trop rares joyaux en France, ou trop précieux pour les terres de TÀtlantique, plus tard, on expédia h h Louisiane comme dans une autr^ Bota^y-Bay, les femmes de la Salpétrière^

IbenriUe, dans un de ses voyages, ftm^ui 4^ ht fièvre. SauvoUe mourut du ménie m^ h fiûoxi. Bi«jg^ ville resta seul chargé de la direc^n de la colonii^. Ses deux frères lui avaient, pour tout héritage, iégtfé la tâche à laquelle l'un et Fautre venaient de succoiagi* ber, comnjie autrefois les bénédictins se transmettaient d'âge en âge le soin de poursuivre une longue étude. Bienville dévoua son cœur, son intelligence à Tentreprise nationale consacrée par une fraternelle pensée. Il passa là près de quarante années, luttant avec une fermeté inébranlable contre tous les obstik clés qui s'opposaient à ses efforts, aux prises avec Tinquiète jalousie des Anglais et Tanimosité des Indien^ aux prises avec les éléments qui, en un instant, anéaa*tissaient tout le labeur d'une année, répandaient la désolation dans sa colonie. Souvent abandonné $t quelquefois méconnu, outragé par un ministère qui eût dû donner une éclatante récompense à ses services et qui longtemps le laissa dans un poste subalterne, il pbéit ^ns murmurer à des diefe indignes de le coiOr

mander, il vit sans se décourager naître et dispandtre les divers modes d'administration auxquels la Louisiane fut soumise; gouvernement du Canada, puis gouvernement local, puis la gestion commerciale de Crozat et celle de la compagnie d'Occident qui enfanta la fameuse banque de Law, laquelle enfanta le grand désastre de la rue Quincampoix.

Nous n'avons pas le génie colonisateur. L'histoire de nos colonies ne le démontre que trop. Quand la Louisiane fut abandonnée aux spéculations commerciales de Crozat (1712), sa population se composait de quatre cents âmes, dont deux compagnies de cinquante hommes , soixante-quinze Canadiens volontaires, vingt-huit familles blanches et vingt nègres. Pour régir ces quatre cents âmes, la France leur envoyait un gouverneur, un commissaire ordonnateur, un contrôleur, deux directeurs. Bienville restait chargé du commandement des troupes.

Le gouverneur, M. de Lamotte Cardillac, pauvre cadet de Gascogne, parvenu au grade de lieutenant-colonel par la protection de sa femme, n'avait qu'un but et une idée , c'était de trouver dans la terre de son gouvernement une mine d'or, ou tout au moins d'argent. L'agriculture, véritable mine d'or de la Louisiane, ne l'intéressait nullement. Il lui fallait de bons et sonores lingots pour faire revivre la splendeur de ses aïeux dans son petit castel. Tandis qu'il se livrait à

ses recherches métallurgiques avec une avidité et une ignorance qui le rendaient ridicule aux yeux de ses subordonnés, le fidèle et modeste Bienviiie déjouait les trames ourdies par les Anglais pour soulever contre nous les tribus indiennes, construisait de nouveaux forts et châtiait les Natchez.

Cette peuplade qui, comme une ruche féconde avait donné naissance à un grand nombre d'autres, qui se distinguait entre les diverses tribus de la contrée par son ancienne puissance et par l'autorité de ses institutions, était destinée à couvrir de sang plusieurs pages de l'histoire de la Louisiane.

En 1716, les Natchez ayant égorgé deux Français et dévalisé six voyageurs canadiens, Cardillac, qui avait assez à faire de chercher ses mines imaginaires, qui d'ailleurs, s'il faut en croire quelques historiens, ne demandait pas mieux que d'engager son lieutenant dans une affaire dangereuse, chargea Bienviiie de sévir contre les coupables. Bienviiie, qui n'avait à sa disposition qu'un trop petit nombre d'hommes pour attaquer à force ouverte la tribu, eut recours à la ruse. Il invita les chefs à venir le visiter dans son camp, à l'époque où il faisait une de ses tournées annuelles. U lui en vint dix-neuf parmi lesquels se trouvaient cinq chefs suprêmes qui portaient le titre de Soleils.

Le plus vieux lui ayant offert la calumet de la paix, Bienviiie le refusa. Le Natchez levant les yeux au ciel

pria le Grand-Esprit d'adoucir le cœur de rétrang^ et présenta une seconde fois au comaiandant son ça< luniet. Bienville ayant alors pris toutes ses précautions déclara qu'il n'accepterait aucun signe de paix tant qu'on ne lui aurait pas livré les assassins de ses compatriotes. Les meurtriers étaient un Soleil et un guerrier renommé. Dès que les Natchez eurent appris l'arrestation de leurs chefs, un d'eux se dévoua pour sauver le Soleil. Sa tête fut envoyée à Bienville qui dit que ce n'était point celle de l'assassin. Le lendemain et les jours suivants, sept à huit autres Lidiens se firent avec le même fanatisme trancher la tête dans l'espoir de tromper celui qui tenait en son pouvoir leurs chefs vénérés. Bienville restait inflexible. Enfin une multitude de Natchez vinrent s'ofifrir à lui en holocauste, le conjurant seulement d'épargner leurs caciques. Bienville, dans une de ces rigoureuses nécessités qui obligent les caractères les plus généreux à une résolution cruelle, condamna à mort un des Soleils qu'il gardait prisonnier et qui avait pris part au meurtre des Français, puis renvoya les autres.

Vingt-deux ans après, ces mêmes Natchez tramaient un massacre de vêpres siciliennes. A leur complot, ils avaient associé plusieurs autres nations- Des faisceaux de roseaux, tous d'égal nombre, furent envoyés aux différents caciques. Chaque jour ou devait en brûler un et le dernier marquait l'heure à la-

qnelle les peuplades devaient se lever à la fois dans chaque district et égorger les Français. On dit que la femme d'un Natchez qui aimait un de nos compatriotes, parvint à dérober dans la demeure de son mari quelques branches du faisceau sanguinaire et en précipitant ainsi le signal de mort dans sa tribu, fit échouer le plan des autres.

Partout les femmes ont pris pitié des proscrits. Une tèmme de Dalécarlie sauva Gustave Wasa des poursuites de Christian IL Une femme protégea la fuite de Charles Edouard après la bataille de Worcester ^ Une femme de l'Amérique du Nord, la jeune et belle Pocahonta, arracha au bûcher le capitaine Smith, le premier colon de la Virginie; une femme des Natchez sauva d'une ruine imminente notre colonie de la Louisiane. Son pouvoir ne s'étendait pas plus loin. Elle avait, dit la tradition, fait prévenir des dangers qui le ifiôdaçaient le commandant du fort Rosalie, qui se moqua de cet avis.

k l'heure indiquée, les Natchez entrent en grand nombre dans le fort sous prétexte d'y apporter le tribut auquel ils étaient soumis. Ils se précipitent sur left soldats sans défense, les égorgent, livrent en signe

' Un yêcheur anglais s'était engagé à transporter un fugitif sur la côte 4e N^nnadie. En recannaissant le roi, il fui tenté de gagner la récompeoae promise à celui qui le livrersiu Sa femme lui dit .- « Sauvo-le ! peu nimporte ensuite de mendier mon pain avec mes enfants, »

dlgnominie le commandant aux coups des femmes, puis massacrent tout ce qui se trouve sur leurs pas, liommes, femmes, enfants, n'épargnant que les nègres qui, dit-on, étaient entrés sourdeaient dans leur complot.

L'année suivante, les Natchez, attaqués par un officier français à la tête d'une tribu de Chactas, perdirent dans une bataille quatre-vingts hommes et se sauvèrent dans les bois. Mais bientôt on les vît se réunir près de la rivière Noire et s'y retrancher, déterminés à soutenir une nouvelle lutte. Une seconde» une troisième bataille dans laquelle ils furent encore vaincus ne suffirent point pour les dompter. Ce ne fut qu'en 1732 que le gouverneur leur ayant livré un nouveau combat où périrent tous leurs chefs, les restes de la tribu n'ayant plus ni guides, ni soutiens, se retirèrent au fond des forêts, ou se dispersèrent parmi d'autres tribus, et dès ce moment, le nom des Natchez fut rayé du nombre des nations indiennes.

Pendant que notre jeune colonie était livrée à l'agitation de ces événements, Bienville faisait un voyage en France. A son retour, il eut à soutenir une guerre plus longue et plus redoutable que celle qui venait d'anéantir les Natchez, une guerre contre les peuplade? des Chickasas qui ne dura pas moins de sept ans. Les Chickasas, avaient des forteresses construites à l'aide des Anglais. A l'attaque d'un de ces rempart^

dont plusieurs Anglais dirigeaient la défense, Bienville perdit deux hommes. N'ayant pu, le soir du combat, enlever tous ses morts, il les vit le lendemain coupés par lambeaux, cloués aux palissades, et ceux de ses soldats qui étaient tombés vivants entre les mains des sauvages furent brûlés à petit feu. Contre cette horde effroyable fortifiée par la tactique européenne, il fallut réunir les troupes du Canada à celles de la Louisiane. Une première fois, ces troupes, surprises par des chaleurs excessives, décimées par la fièvre, privées de provisions, ne purent pas même entrer en campagne. L'année suivante, elles s'assemblèrent de nouveau. Les Chickasas eflV ayés déposèrent les armes, déclarant qu'ils regrettaient amèrement de s'être laissé entraîner à cette guerre par les Anglais, jurant de vivre désormais en bonne intelligence avec la colonie française, et pour gage de leur bonne foi , livrant à Bienville deux Anglais qui se trouvaient parmi eux. Toutes les tribus indiennes n'étaient pas nos ennemies. Plusieurs d'entre elles résistant au mouvement de leurs voisins , aux cabales des Anglais , nous gardèrent une fidélité inébranlable. Quelques-unes avaient reçu dans leur sein des missionnaires canadiens qui , en leur révélant le dogme du christianisme, leur enseignaient à aimer et à honorer la France. Sauvolle venait à peine de s'installer dans son camp de Biloxi , lorsqu'il reçut la visite de deux religieux français : le

père Montigny et le père Davion, qui de Québec étaient venus prêcher l'Ëvangile aux peuplades de la Louisiane. Voyez-vous dans le vaste espace désert Sauvolle et Bienville accueillant , à l'entrée de leur cabane, les pieux voyageurs ; une tente par-ci , une tente par-là , des ustensiles d'agriculture , des armeB dispersées sur le sol , les missionnaires s'asseyant au pied d'un sycomore décoré d'une fleur de lis avec les chefs de cette troupe de soldats, de marins qui venaient d'accomplir une expédition bien autrement longue et difficile que la fameuse expédition des Argonautes déiflée par les Grecs ; voyez-vous les colons s'approchant avec avidité et respect des missionnaires; autour d'eux les longues plaines du Mississipi, les profondes forçats ; à leurs pieds , les eaux de la baie de Biloxi étincelant aux rayons du soleil ; un peu plus loin peut-être, un Indien appuyé sur son arc et observant avec surprise ce spectacle si nouveau pour lui. Quel poétique et majestueux tableau !

Le p^re Montigny, qui se dévouait à cette humble tâche de missionnaire , était le descendant du brave Gaston de Montigny, qui, à la bataille de Bouvines, eut l'honneur de porter la bannière de France, le pore Davion avait séjourné quelque temps dans la Iribu des Tunicas, et s'était rendu si populaire parmi (Mix , qu'à la mort de leur chef ils voulaient l'élever à c<'lte dignité. Le père Davion refusa l'honneur qui lui

était offert , insistant seulement pour que les sauvages se rendissent à ses instructions. Comme ils ne voulaient point renoncer à leur idolâtrie , un jour, pour leur démontrer l'impuissance de leur dieu , Davion mit le feu à leur temple et détruisit les images grossières qu'ils adoraient. De la part de tout autre , une telle action eût été cruellement punie. Les Tunicas , qui aimaient le vénérable prêtre , se contentèrent de le conduire hors de leur territoire. Il se retira chez les Tazoos, qui, plus dociles que leurs voisins , se convertirent en peu de temps au christianisme. À l'aide de ses néophytes , Davion établit une chaire sur un arbre gigantesque qui s'élevait au-dessus d'une colline. A ce même arbre , il fixa les lambris de son sanctuaire. Il enfermait là les vases sacrés > les vêtements sacerdotaux avec un autel portatif que l'on plaçait sous les vastes arceaux de sa tour végétale quand il voulait dire la messe. Souvent il se retirait là pour prier et méditer. Il vécut très-longtemps , conservant jusqu'à la fin de sa vie le même zèle religieux , les mêmes pratiques austères. Les Tazoos le considéraient comme un être d'une nature surhugoLaine. lis^ ne pouvaient comprendre par quelle force secrète le saint prêtre était en état de supporter taot de fatigues, en prenant si peu de nourriture , ni comment , sans qu'on l'eût envoyé chercher, il se trouvait en uu instant près du lit des malades, ni comment il

savait les délits qui se commettaient dans sa communauté. Quand ils le voyaient assis à l'ombre de son tabernacle, murmurant des paroles dont ils n'entendaient pas le sens, ils pensaient qu*il révélait leurs fautes au Grand-Esprit. Quand son regard s'abaissait sur eux avec bonté , ils se sentaient réjouis comme si un rayon du soleil eût pénétré au fond de leur cœur. Un jour, ils le trouvèrent au pied de son autel , les yeux fermés, les mains jointes. Son dernier soupir s'était exhalé dans une dernière prière. Longtemps encore après sa mort , les femmes des Tazoos avaient coutume de porter leurs enfants à l'endroit où le bon missionnaire administrait le baptême, et elles invoquaient avec une pieuse confiance sa bénédiction.

En 1741, Bienville quitta la Louisiane pour n'y plus revenir. Son âge, ses longs services lui donnaient assez le droit d'aspirer au repos. Quarante années d'efforts, de combats incessants, d'expéditions dangereuses de toute sorte ! Quel courage et quelle abnégation ! Si jamais les Louisianais ont l'idée de parer j leurs villes de quelques statues , j'espère qu'ils coniuienceront par ériger sur leur plus belle place celle de l'homme qui a fait le berceau de leur enfance, soutenu d'une main fidèle et vigoureuse leurs premiers pas , posé la base de leur avenir.

Bienville avait fini par obtenir, non sans de nombreuses contestations , que le siège de la colonie fùl

transféré de Biloxi à la Nouvelle-Orléaiiâ , et en se re* tirant en France , il pouvait dire du moins qu'il laiâ^ sait son œuvre affranchie des principaux périls qui menaçaient de Tanéantir dans son germe.

Après avoir follement rêvé sur les rives du Hississipi les mines d'argent du Mexique, les Louisianais avaient fini par trouver, dans le défrichement du sol, une mine moins brillante, mais plus durable. Avec l'aide des nègres qu'ils faisaient venir de la côte d'Afrique , ils s'étaient mis à cultiver l'indigo , le riz , le tabac. Bientôt ils allaient planter la canne à sucre , puis le cotonnier.

Arrivé dans la Louisiane avec deux cent cinquante hommes , Bienville y laissait en partant une population de six mille âmes, parmi laquelle on comptait environ quinze cents nègres et deux cent cinquante cultivateurs allemands établis sur une partie du rivage qui porte le nom de côte des Allemands.

Treize ans après , une douloureuse migration augmentait de plusieurs milliers d'individus cette population. Dans leur lutte perpétuelle contre notre colonie du nord , les Anglais en étaient venus à s'emparer des districts que nous appelons l'Acadie, et auxquels ils ont donné le nom de Nouvelle- Ecosse. Louis XIV leur avait cédé une portion de ce territoire à la condition que les droits et les propriétés des Français qui y étaient établis seraient respectés, et de son côté seu*-

iement, T Angleterre exigeait qu*ik prétasseat serment de fidélité à leur souveraine. Changer ainsi de drapeau, la chose était bientôt dite, seulenient les braves paysans de TÀcadie ne pouvaient la coaiprendre , et ni les menaces , ni les promesses , ne purent surmonter l'énergie de leur patriotisme et les sera* pules de leur conscience. En 1754, les Anglais, désespérant de vaincre une telle obstination , et redoutant de laisser cette massed'ennemisdans une contrée où ib n'avaient eux-mêmes que de très^-faibles moyens ds défense, se décidèrent à user d'une de ces mesores qui nous semblent monstrueuses , mais qui n'ont jamais arrêté la politique anglaise dans le jeu de ses intérêts. Les villages des Acadiens furent livrés aux flammes, et à la lueur de leurs toits embrasés, sept mille en* fants de la France furent entassés sur des vaisseaux et jetés comme de vils troupeaux sur les côtes de la Pensylvanie, de la Virginie, de la Caroline, sans autre ressource que le peu de bardes et de provisions qu'ils

avaient pu dérober aux ravages de l'incendie On

vit alors ces malheureux errant à l'aventure , à travers les bois, repoussant les services de ceux qui parlaient la langue de leurs bourreaux et ne se reposant que sous le wigwam des Indiens qui , touchés d'une telle infortune, leur apportaient le fruit de leur chasse et les guidaient dans les forêts. Les Acadiens savaient qu'il existait une colonie française dans la Louisiane,

ils voulaient la rejoindre, ils voulaient se rallier à la bannière qui les avait abandonnés , rester fidèles au roi qui les oubliait dans ses grandeurs de Versailles, et sans s'inquiéter de la longueur du chemin, des dangers du voyage , ils s'en allaient , dans leur sublime amour pour la France, à la recherche de la terre lointaine habitée par des Français.

Je vous ai dit que l'histoire primitive de la Louisiane était une belle et noble histoire. Arrêtez-vous un instant à ce dernier épisode , achevez par votre pen** sée ce tableau dont je ne vous donne qu'une si légère esquisse, et dites s'il y a dans les annales de l'antiquité, dans la sentence d'exil portée par Lacédémone contre les Messéniens, dans la captivité des Juifs, rien de si touchant que ce drame des Àcadiens, privés de leur foi^ martyrs de leur loyauté.

La moitié d'entre eux périrent en route sur le fleuve , dans les marais. Les autres, après des fatigues inouïes, arrivèrent à la Louisiane où ils furent accueillis avec une tendre commisération. Le gouverneur leur donna des instruments d'agriculture , leur assigna un vaste terrain au bord du Mississipi, et il s'établit là , à l'endroit qui porte le nom de côte des Acadiens, une colonie de laboureurs dont les descendants se distinguent encore aujourd'hui par la simplicité de leurs mœurs^ par leur culte pour les anciennes traditions françaises.

Cependant tes proscrits acadiens qui avaient tant

souffert t>our se réfugier sous Tétendard de la mère |>atrie, ne se doutaient guère que cet étendard leur serait ravi dans les plaiues de la Louisiane comme dans les plaines de la Nouvelle-Ecosse. Le traité de Paris de 1763 abandonnait le Canada aux Anglais, et en même temps , comme si le roi de France eût été ennuyé des vastes régions qu'il possédait au delà de rOcéan, il cédait la Louisiane à l'Espagne.

Cette nouvelle frappa comme un coup de foudre nos pauvres colons. Bien qu'ils eussent eu souvent à se plaindre de Tindifférence, de l'oubli du gouvernement à leur égard, ils étaient Français de cœur et voulaient rester Français. L'ennemi n'avait du reste point pénétré dans leurs domaines comme dans le Canada. Ils n'avaient point perdu de bataille, et ils ne pouvaient concevoir par quelle raison on les livrait comme une marchandise à une puissance étrangère. Après le premier moment de stupeur, l'espérance rentra dans leur cœur, lis se dirent que peut-être cette incroyable union n'était point définitive, ou que le cabinet de Versailles pouvait encore la révoquer. A l'appel de quelques hommes énergiques , notamment de l'avocat général Lafrenière , les principaux habitants de la colonie se réunirent et signèrent une adresse au roi que deux députés portèrent à Paris.

Bienville, qui avait alors 87 ans, retrouva la vigueur de sa jeunesse pour appuyer les démarches de ceux

qui venaient défendre la nationalité à laquelle il avait consacré sa vie. Hais tout fut inutile. Les délégués ne purent pas même arriver jusqu'au roi. Le duc de Choiseul les reçut, leur adressa quelques belles paroles et fit échouer leurs tentatives.

L'Espagne pourtant semblait fort peu pressée de prendre possession de son nouvel empire. En 1765, seulement ., elle y envoya Antonio de UUoa, qui , tout en se présentant avec le titre de gouverneur, refusa d'exhiber ses lettres de créance.

Ce refus donna un nouvel espoir aux Louisiadais. On laissa pendant quelque temps Ulloa parader avec les deux compagnies d'infanterie qu'il avait amenées. Puis un jour, l'intrépide Lafrenière adressa au conseil de la colonie une pétition des habitants tendante faire déclarer Ulloa perturbateur du repos public, et comme tel, à le faire traduire devant la justice. Â la suite de cette requête , le conseil enjoignit à Ulloa d'avoir à exhiber les pouvoirs dont il se disait revêtu, ou sinon de quitter le pays dans un délai d'un mois.

Par une obstination inconcevable, Ulloa ne voulut point présenter le mandat dont il était investi et ré* solut de partir. Le navire où il venait de s'embarquer était amarré à la levée , attendant un vent favorable pour mettre à la voile. Au sortir d'un repas de noces, des jeunes gens coupent les amarres, et poussent des cris de joie à la vue du bâtiment qui s'en va à la dérive.

Cette joie ne ftit pas de longue durée. Bientôt on annonça l'arrivée d'un autre gouverneur , O'Reilly , à la télé de quatre mille cinq cents hommes. C'était une force contre laquelle la faible colonie ne pouvait essayer de lutter. Au lieu de combattre, on voulait s'expatrier, et Lafrenière, avec deux autres députés choisis par le peuple, vint exprimer à O'Reilly le vœa des Louisianais qui demandaient seulement un délai de deux ans pour effectuer leur retraite. Mais O'RdI* ly avait les manières si ouvertes, le langage si doux, j la figure si riante 1 II manifestait des intentions si bienveillantes et un si grand désir de rendre par sa mansuétude et sa justice le gouvernement espagnol cher aux Louisianais, que les esprits se rassurèrent. Le lendemain il arborait sans la plus légère résistance le drapeau espagnol à la place du drapeau blanc, puis s'installait avec un faste princier. 11 avait son trône, ses gardes du corps et ses levers comme un souverain.

*Quand il eut ainsi établi Tappareil de son pouvoir, quand autour de lui on n'entendait plus aucun murmure , quand ceux-là mêmes qui avaient le plus vivement protesté contre la domination espagnole, se soumettaient tranquillement à ses lois, le vaillant O'Reilly, qui avait à sa disposition quatre mille cinq cents soldats dans une ville de trois mille âmes, fit arrêter quatorze des principaux habitants de la ville.

Lafrenièreen tâte, bien entendu, et songendre Noyant. Un de ces malheureux fut égorgé par les soldats au moment où il cherchait à s'élancer vers sa femme qui courait à sa rencontre, six autres furent envoyés à la Havane et renfermés dans une forteresse. Deux seulement furent acquittés. Il en restait cinq que le magnanime gouverneur condamna à mort en vertu d'une loi d'Alphonse XI, qui punit ainsi toute tentai tive de révolte contre le roi.

La ville entière implora la grftce de ces nobles (A*toyens , ou tout au moins un sursis qui permit d'en appeler à la clémence royale. O'Reilly fut inflexible. Non, je me trompe, il eut la bonté de commuer le genre de supplice des condamnés. On devait les pendre, on les fusilla.

Ainsi, à l'une des extrémités de nos possessions américaines, une population de sept mille âmes, hommes, femmes, enfants, avait acheté par les plus cruelles douleurs le droit de rester fidèle à la France; à l'autre extrémité, douze des habitants les plus notables et les plus respectés de la Louisiane .expiaient par l'emprisonnement ou par la niort cette même fidélité.

Pendant qu'on jetait dans les cachots de la Havane ttx de ces infortunés, pendant que Lafrenière tombait avec ses compagnons sous les balles des soldats espagnols, Louis ÎV peut-être se promenait à Marly

•fec tes miitrenet, Mie doc de Choiteid te ptvaiuBt dans MO sik» de nûiiistre.

Pourtant, trciite-deux amiéaB iffAs cette horrible eiécatiop, llipagne eyant, par le trailé éa SaintrDdetonte, rendala LouUane à kFrance, la ccdonieapcoeillit afec entbouôasme le prébl ^ lui était mifoyé pu Napoléon. Mais à peineNapoléoa aTaii-fl reoouné cette magnifique potieanoo, qull la cédait :nix ttatfl-Unis pour quiiize milUona de piaatrea (aoiiaotoquime milliom de francs). D craignût qneles AngUi ne t'en emparanent, et an lieu de Texpcaer à bui annei, il en Cûiait une barrière conirelear ambifioa. « Cette union de terriUMre, disait il, afltamût poor toiûonrs la puissance des Ëtats^Unia, et je «os ds donner à l'Angleterre une ennemie maiîtime qui, tM ou tard, abaissera son orgueil. »

Le temps a déjà justifié cette prédiction. L'avenir, j*en suis convaincu, la justifiera mieux encore. Mais n'avons-nous pas payé bien cher la satisfaction de fortifier Tardente rivale de TAngleterre? Il est triste de voir les riches plaines de la Louisiane et de songer que deux fois ce pays nous a appartenu, et que deux fois nous Tavons abandonné ; la première je ne sais poor quelle raison, la seconde pour une somme de soixaDt^ quinze millions, la quinzième partie d'un de nos budgets annuels.

XVIH.

LA NOUYELLB-ORLÉANS.

Ce qui nous reste en Amérique. — L'affranchissement des nègres h la Guadeloupe et à la Martinique. ~ Puissance d'absorption du génie américain. — La réfrigération du globe et celle de l'Amérique. — Le port de la Nouvelle-Orléans. — Admirable situation commerciale. — Progrès depuis quarante ans. — Intérieur de la ville.— Faubourgs.— Population.— La rue du Canal.— La France et l'Amérique à quelques pas de distance.

— Prédominance commerciale de la population américaine.

— Le cimetière.— Caractère des Louisianais. — Les duels.— Situation des nègres. — Marchés d'esclaves. — La mère et l'enfant — La division en Amérique par l'esclavage.

L faut en prendre notre parti. C'en est fait probablement à jamais de Théritage que nos pères nous avaient préparé dans le nouveau monde. Nous avon;^ (je ne puis me lasser de le dire), possédé pendant deux siècles, sur le continent. amé-

itahi, IlnrnwMfi mpÊoa qui da goUé Sibil-Ijnirait s*éteiid ptr lês lacs da nofd, par les riv68 droites à» VObio et da IGaiMipi, josqa'ao golfe du Hexiqae. Noos tfons ea dans l'aicbipel colombien k rid» terre de Sunt-Domingae » 111e de la Trinité, de T^ bago, de Grenade, de Salnt-l^Doeot, celle de Sûnte- Lode» de Monserrat, de la Dmniniqae et celle de SaintrChristophe et d'Antigae«

De tous ces domaines découverts on conqais et peaplés par nos ancêtres, il ne noos reste vnr booatinent.qne les plages insalabresfkCÉyenne; àTeim- Neore, lUe de Saint-Pierre et Miqueloa, et danslei AntiDes, la Goadebnpe et lâ JMartjniqiu^ qiu.^mlqps jwf vraisemblabltfMnt nous édiappnroQtmflOferb goavemement provisoire, par un de ces décrets qoï signait d'une main si facile dans ses philanthropiques veillées, a mis ces deux lies sur une pente fotale où il n'est plus en notre pouvoir de les arrêter. Pour affranchir les nègres, il a ruiné les blancs. Tel était son principe de fraternité. Les créoles qui avaient acheté trois à quatre mille francs chacun de leurs esckves, ont dû leur rendre la liberté moyennant une indemnité de quatre cents francs. La plantation reste, il eK vrai, au propriétaire. C'est une grande grâce queee sage gouvernement lui a faite. Seulement, on ne sait plus comment l'exploiter. Les nègres, pour Justifier ta magnanimité de leurs bienfaiteurs, veulent Jouir de ta

vie en hommes libres. Us ne trayaillent plus que quand il leur plaît et comme il leur plaît, aux conditions qu'ils imposent, au prix qu'ils exigent pour les labeurs auxquels ils étaient naguère patiemment soumis. La culture du sucre devient à peu près impossible. Les colons abandonnent leurshabitations. J'en ai rencontré chemin faisant un grand nombre qui allaient aux États-Unis chercher un autre moyen d'existence. Quelque jour, les nègres ne se contenteront plus de leur salaire. Avec les idées d'égalité qui leur sont préchéespar leurs apôtres, ils s'indigneront de leur état d'ouvriers mercenaires. Ils voudront avoir aussi leurs terres. Pour les avoir plus vite , ils les prendront. Tous les émigrés de la Guadeloupe, de la Martinique, avec lesquels je me suis entretenu de l'état actuel de ces deux îles, prévoient pour elles une catastrophe sanglante, terrible. À moins d'une répression énergique, cette colonie sera, comme celle d« Saint-Domingue, perdue pour nous. Mais nous au* rons peut-être la satisfaction d'y voir fonder uH nouveau royaume de noirs, et de fabriquer à Pa^ ris une couronne et un sceptre pour un autn Faustin K

Le trajet que j'ai fait depuis Québec Jusqu'ici est comme un voyage à travers les ruines de l'andenn^ France. Partout les traces d'une domination qui n'est plus , d'un empire plus grand que celui d'Alexandr^t

doBt les AmMcifaM «t 1« ADgUf . M fOBt poÉigé Is dépouniM.

- Une eoBiolMioo resta à cehd qiw 1a aoiifenir èi pmÊé •flUgo dus eetta kmgoe aplonUkin. €'flsldi trourar ùoaam un dernier relei de bqIm enciaoei pmssenœ y le tradition de le France ment «noore dnn les villes, sur les eAtes qoe nons «roue oeeopéeii C'est de trouver çà el là des masses de popolBliotti ^ ontgsrdépie o se men tsoasunaniregéginiego n fa» mental ramonr de la patrie loin tabie é*oà aiMil i— leora pères. (ïest là ce qni me cliarmnil:4ms Js& nada el ee qû m'a plus doooement eaeoin amp^i la Noafelto-Orléans. Car je m*allendab à^okksl» UtanU de cettedté vitriBéi d^ par k fimmilss 9êé ricaine. Pour vous (kire mieux comprendre mei ippréhensions , il faut se rappeller qu'entre toutes lei choses qui étonnent l'étranger aux États-Unis» b pfas étonnante peut- être est la puissance d'absorption di génie américain. Supposez un habile chimiste jeiiit dans un de ses creusets cinq à six ingrédients de différente espèce , les mêlant , les broyant à la fois poor en extraire un seul et même suc, voua aures M image de la chimie morale et intellectuelle quitfV cesse agit sur ce pays. Ce que nous appelons le peifb américain n'est qu'une a^lomération d'émigranti di diverses régions et de diverses races. Les preakf^ sont venus de l'Angleterre ; les autres de TAUemagoe,

de rirlande , de la France ^ des montagnes de la Suisse, des rives de la Baltique, en un mot de toutes les con<trées de l'Europe. D*abord cette agglomération s'est faite lentement par petits essaims. Maintenant ce sont des armées entières d'artisans, de cultivateurs, des milliers et des milliers de familles qui chaque année viennent s'y joindre. En posant le pied sur le sol des États-Unis, les étrangers y apportent naturellement leurs prédilections particulières, leurs habitudes nationales, sans doute aussi leurs préjugés. Au premier abord, le caractère de l'Américain leur déplaît, ses habitudes les surprennent désagréablement, ils veulent se séparer de lui, vivre avec leurs compatriotes, conserver sur cette terre lointaine les mœurs de la terre natale , et dans leur langue maternelle ils déclarent énergiquement qu'ils ne seront jamais Américains. Vain projet! inutile protestation! L'atmosphère américaine les enveloppe et par son action continue attiédit leurs souvenirs , dissout leurs préventions, décompose leur élément primitif Peu à peu, lans se rendre compte des modifications qui s'opèrent en eux , ils changent de point de vue et de façon d'être, adoptent les usages et Tidiome des Américains,

.^ -et finissent par s'absorber dans la nation américaine comme les ruisseaux des vallées dans les grands fleu*

^ ves qui les portent à l'Océan.

"• Combien d'honnêtes Germains qui, après avoir

luadtt les ludiiionMi «mérioaiaBt M muant lanr fwte» t $ mA i Ui e h§ Âltoniipw, en «m jranot à reofwnr comme li Tankee k ehq[iem su b 4Mrièie de to tAte , à ie foidir comme le lenkee ^mi Iflar haJMt hgniftnnA iugoa'aii menton* d^aiitiiMt tootat les rè^ de le d^lUé eniopteniie et ne pv** lant fbu que la sûnta laqgue dea afiaûee»

Je oraisnaia d'avoir à cooalater. one {Mureflle tnai*fiNmatîon au aein de la popnlation de le Nemab» Orlèani, et beureiuemeot je me trompeîa/ IMi to fcemiem joqm de mon arrivée, je maeai$a«tf.b cœnr aaisi oar rorbanitA. nar reaBrit^ ner laa oflVi hocpitaliècea de.noa eréolea du «ud i mnMne «1 Vwtà été, gnehiiiea meia eaparavent, par leeiladaa« vieux coloui de Québec et de Montréal.

Il est doux de passer des jours, des aemaiseiaD pldae campagne,, ou sur les flots de la mer, dus réloignement du inonde, dans le recueillement A soi-même, au milieu des harmonies de la nature, ai face des grandes œuvres de la création, et je plaiaspa^ fondement ceux qui ne sont portés à une telle retniti que par un accès de misanthropie , ou par les noini vapeurs du spleen. Le nuage qui pèse sur leur peaiii ne leur permettra peut-être pas de voir le riant anff du ciel. La porte d'or des songes bien&isants ne s'ot* vrlra point à leur âme tourmentée. â*its gardent ib fond de leur poitrine un sentio^ent de haine oud'efr

vie , ils ne comprendront point les suaves mélodies des eaux> des bois, étemel chant d'amour qui sans cesse s'élève vers Dieu avec le chant du soir et la brise embaumée du matin. Le bcmheur est d'entrer dans cet isolement avec une humble et paisible pensée, comme on entre dans une église pour s'y reposer dans un silence solennel, ou pour y sentir peu à peu son cœur se dilater aux psalmodies d'un chant reli* gieux, aux émanations des parfums de l'autel.

Mais quand on revient dans les villes , on éprouve le besoin de retrouver le regard bienveillant, la pa^ rôle affectueuse de l'homme, et sauf quelc[ue8 rares exceptions dont je conserve un bon souvenir , c'est ce que j'ai vainement cherché dans les grandes cités des États-Unis. Si j'ai mal cherché, je ne sais; si comme un mineur impatient je me suis trop vite éloigné d'une couche de rocs qui cachait de précieux filons , c'est possible. Ce qu'il y a de sûr du moins , c*est que dans le Canada et à la Nouvelle Orléans, la veine sympathique m'est apparue du premier coup, que je n'ai eu qu'à tendre çà et là les mains pour y voir aussitôt tomber des mains amicales. Si dans les remarques que j'ai faites sur les relations sociales des Américains, j'ai été injuste envers eux, je leur en demande sincèrement pardon. La vérité pourtant, après avoir parcouru leur pays sur tant de points différents, après avoir séjourné avec les intentions les plus charitables dans

la plupart de ses villes , est qu'il m'en reste ui^e sin* gulière idée que je vous exposerai au moyen d'une comparaison. Vous savez que Buffon représente notre planète comme un globe incandescent qui graduellement se serait refroidi à ses deux pôles et dont la chaleur se serait concentrée à son milieu. La confédération américaine m'apparait précisément comine l'opposé de ce phénomène. A ses deux extrémités, c'est-à-dire sur les rives du Saint-Laurent, et près de l'embouchure du Mississipi , elle a conservé toute sa chaleur de cœur ; à son centre, elle est froide comme les froids remparts du cap Nord.

Grâce au ciel, j'ai quitté cette zone réfrigérante, et je savoure le plaisir de vivre au milieu d'un cercle de négociants , d'hommes d'études que nulle affiiire et nul livre n'empêchent de me donner une partie de leur temps et de me servir de guides dans leur cité.

A mon tour, je puis m'o£Frir à vous comme cicérone, s'il vous plaît de recevoir quelques notions sur cette métropole des Etats du Sud. On l'appelle la Crescent Cittj^ à cause du Mississipi qui se déroule autour d'elle en demi-cercle, comme un croissant. D'un côté , elle s'étend sur un espace de cinq milles le long de ce fleuve magnitique, son canal et son port ; de l'autre, elle aboutit à une plaine de plusieurs milles d'étendue, qu elle envahit peu à peu , et par laquelle, dans quelques années, elle touchera au lac

Pontchartrain. Du côté du fleuve, elle porte une ceinture de pierres de dix à douze pieds de hauteur, qu'on appelle la levée. C'est un moyen de défense contre ce puissant Mississipi qui, en répandant la richesse sur ses bords, y porte aussi la terreur par ses inondations, et c'est un quai garni de boutiques , de magasins de toute sorte. C'est la vaste artère par laquelle affluent, par laquelle circulent et s'écoulent les denrées commerciales des deux hémisphères.

J'ai vu, sauf celui de Liverpool, les plus grands ports de l'ancien et du nouveau monde ; après le merveilleux aspect de la Tamise, entre Blackwail et London-Bridge, je ne connais rien de si vivant, de si pittoresque que le croissant de la Nouvelle -Orléans couvert d'une légion de bateaux à vapeur gigantesques, d'une triple rangée de navires , d'une masse de barques et de chaloupes , de radeaux qui , de Pittsbourg, amènent des montagnes de charbon de terre, de bateaux remorqueurs traînant à leur suite les lourds bâtiments qui viennent des régions lointaines. Et sur la levée ! quel bruit ! quel mouvement perpétuel ! Des files de charrettes attelées de deux ou trois mules, conduites par des nègres, chargées des produits du nord et du sud, sautant de cahot en cahot, sur le chemin qu'elles creusent sans cesse, à travers les ^cres, les omnibus, les piétons aflairés. Coups de fouet, jurements des cochers, cris de colère du passant qu'une

voiture éclabousie , grincement! des roues et des essieux, retentissent à la fois sur tous les tons dans cette laborieuse mêlée , tandis qu'à quelques pas de là un groupe de mulâtresses ambulantes agitent les castagnettes et font vibrer la guitare devant un groupe d'oisifs, assis nonchalamment sous la tente d*un café.

La position de New-Tork, comme ville de commerce, est certes admirable. Celle de la Nouvelle- Orléans est plus avantageuse encore. Par le canal et le chemin de fer, qui la relie au lac Pontchartnin, cette ville communique directement avec la baie de Mobile et la côte de la Floride ; par plusieurs bayous^ avec différents districts de la Louisiane , par l'emboucbure de son fleuve, avec le golfe du Mexique, et pir le cours supérieur de ce même fleuve, elle étend ses relations jusqu'aux extrémités du nord et de l'est de l'Amérique. Vers le Mississipi convergent de tous les côtés des rivières qui, dans leur vaste réseau, forment un rayon de huit mille lieues de navigation.

Si New- York, Boston, Baltimore portent au loin leur activité, la Nouvelle-Orléans est le grand marché de l'Amérique. C'est là que les planteurs envoient leur sucre et leur coton, et c'est là que l'Europe va les chercher. L'année dernière, ses importations de l'in-

* On appelle bayou un canal naturel par lequel le fleuve se rejoiot i la mer.

teneur dea Ëtals-Unis représentaient une valeur de plus de cinq cents millions de francs. II est impossible de calculer à quel taux elles peuvent s'élever quand on songe à l'accroissement que doivent prendre les Ëtats qui lui livrent cette masse de denrées, quand on réfléchit seulement à l'avenir de la vallée du Mis* sissipi qui, à elle seule, peut contenir et alimenter cent millions d'habitants.

A l'époque où Napoléon abandonna cette ville à la confédération, sa population ne s'élevait pas à plus de huit mille âmes; elle est maintenant de cent cinquante mille. Les observateurs s'accordent à dire que la Nouvelle-^Orléans sera quelque jour non-seulement la première cité commerciale des États-Unis, mais Tune des premières du monde entier. Les progrès qu'elle a faits depuis quarante ans, le mouvement qui s'opère dans les diverses régions américaines dont elle est l'entrepôt, rendent assez probable cette prévision. Notez encore que ces progrès se sont accomplis malgré un fléau périodique, un fléau terrible, la fièvre jaune, qui autrefois entraînait, pendant plusieurs mois , la moitié des habitants de la Nouvelle-Orléans hors de leur demeure, qui maintenant, au retour de l'été, chasse encore un grand nombre de riches négociants. Mais déjà le sol s'est assaini par les travaux qui y ont été faits, par les constructions qui s'y sont élevées ; l'atmosphère s'est épurée de ses miasmes pesti-

lentiels, et les moyens hygiéniques ont été tellement perfectionnés, que sur dix cas de maladie on peut espérer neuf chances de guérison. Jadis c'était précisément le contraire. Un temps viendra sans doute où ce fléau, vaincu par Tintelligente action de Thomme, au lieu d'être un désastre régulier, ne sera plus, comme notre choléra, qu'un malheur accidentel.

De la levée, on entre de tous cAtés dans la ville par de longues rues coupées à angle droit, mais qui n'ont point la monotone uniformité des carrés de briques des autres villes de l'Amérique. On y trouve à chaque pas des maisons qui rappellent par leur structure celles de France ou d'Espagne : portiques à colonnes, façades peintes en couleurs riantes, élégants et légers balcons. À l'intérieur est le patio où verdoient les rameaux du magnolia, les larges feuilles du bananier, et la galerie en bois où l'on aime à respirer la fraîcheur du soir. Pas un monument d'art ne décore pourtant cette riche cité , si ce n'est l'église de Saint-Patrice, construite sur le modèle de la cathédrale d'York. Les principaux édifices sont des établissements de bienfaisance, la Bourse et les presses à coton, remarquables par leurs énormes dimensions. Chacun de ces bâtiments reçoit annuellement de deux cents à deux cent cinquante mille balles de coton , qui sont échelonnées sous des hangars, puis portées successivement sous un cylindre à vapeur, qui en diminue d'un tiers ou de

moitiélc volume. Pour cetemmagasinageetcetravailde compression, Tentrèpreneur perçoit une demi-piastre (deux francs cinquante centimes) et quelquefois trois quarts de piastre par balle, ce qui fait, à la fin de Tannée, une bonne addition. Je connais un négociant qui donne par année cent mille francs pour le loyer d'une de ces presses, et qui, tous frais payés, encaisse un joli bénéfice.

Au-dessus de ces vastes bâtiments s'élève un dômô supporté, comme celui du Panthéon, par un cercle de colonnes. C'est le panthéon des hommes vivants assez riches pour payer quinze à vingt francs par jour leur chambre et leur dîner ; c'est l'hôtel Saint-Charles, dont la construction et l'ameublement ont coûté quelque chose comme quatre millions. Les ciselures de sa base en granit et de sa colonnade peuvent bien être des ornements superflus, mais il faut de larges espaces aux Américains qui s'en vont toujours campant d'une ville dans une autre, ou qui parfois s'installent en famille dans une auberge où les repas servis à heure fixe, les domestiques obéissant au coup de sonnette, permettent au mari de vaquer librement à ses affaires et dispensent la femme d'avoir à s'occuper des soins du ménage.

Autour de la Nouvelle-Orléans s'étendent de populeux faubourgs d'un aspect assez agreste. Quelques riches négociants se sont bâti là de charmantes retraites dans des jardins fleuris. Peu à peu la ville s'a-

vancera sur ce terrain à présent rempli d'habitations en bois d'une champêtre simplicité. De ces faubourgs on entre dans une féconde campagne où tour à tour apparaissent les plantations de sucre avec leurs cabanes de nègres et leurs machines à vapeur, et de splendides enclos où les arbres d'Europe grandissent avec les plantes des tropiques. Le chêne vert y marie son éternel feuiikige à la fleur du magnolia. La pomme d'or des Hespérides, l'orange douce et l'orange amère y répandent toute l'année leur parfum , et la rose y éclôt sous les sombres rameaux du cyprès, comme une pensée d'espoir sous un voile de deuil.

Toute cette partie de la Louisiane qu'on appelle la Côte est d'une fertilité merveilleuse. Assez de rayons de soleil l'échaulîent, assez de rosée l'humecte pour que sa végétation se développe dans toutes les saisons. En hiver elle m'est apparue comme nos îles d'Hyères aux beaux jours de mai.

La population de la Nouvelle-Orléans se compose de plusieurs éléments distincts. D'abord les créoles français, espaj^mols, américains, c'est-à-dire tous ceux qui sont nés dans le pays \ puis les émigrants de di-

' Ce nom de crnoU; cunslitiie, à l'e^ard des nouveaux venus, un liire d'indigénat, une sorte d'aristu«iatie que l'on se plait à faire valoir. >"iiisenleuicnl on l'applique aux liomniew, mais aux animaux. « Voici un ciieval (Méolc, »< dit le maciui^non: « un poulet oréole, » dit la marchande dt volaille, et le cheval el le poulet ont une valeur particulière. '

verses contrées, puis les hommes de couleur et les nègres, et enfin une masse flottante de marins, de négociants, qui inonde les grands et petits hôtels, et sans cesse se renouvelle.

Une grande large rue, bordée d'arbres, qui formerait une jolie promenade si elle était mieux entretenue, la rue du Canal, coupe la ville en deux parties, l'une occupée par les Français, l'autre par les Américains. L'antagonisme héréditaire du Gaulois et de TAnglo-Saxon a fait cette division. Réunies sur le même sol, par les mêmes lois et les mêmes intérêts , les deux races n'ont pourtant pu se mêler Tune à l'autre. Comme les Européens et les Asiatiques, elles gardent leur nationalité sur chaque rive de leur Bosphore, et quand on va d'un des côtés à l'autre de la rue du Canal, il semble qu'on entre dans un pays tout différent.

Sur l'un de ces côtés, on n'entend guère que le sifflement de l'Anglais, sur l'autre le cher idiome de France ou la sonore langue de Castille. Le quartier américain, plus riant, a des rues plus larges, des constructions plus régulières. Le quartier européen offre aux regards de l'étranger plus de variété et de mouvement. Le caractère distinctif de ces deux moitiés de la ville se retrouve dans les mœurs de leurs habitants et dans leurs produits industriels. Le quartier américain garde comme un fidèle enfant des États-

UnU ses barrooms avec ses flacons de Whiskey ; le quartier français a ses joyeux cafés et ses restaurateurs à la carte. Si vous désirez acheter une bonne carte marine ou un liv^e de voyage anglais, franchissez le Sundet pénétrez dans le golfe américain; s*il vous faut un objet de luxe ou de fantaisie, revenez à la sphère française.

Malgré cette séparation, les deux peuples n'ont pu cependant vivre dans un rapprochement si immédiat, dans un contact si fréquent sans agir quelque peu l'un sur l'autre. La hardiesse commerciale des Américains a donné un plus vif élan à leurs voisins, et ceux-ci ont à leur tour adouci , animé les habitudes des froids colons du nord.

La Nouvelle-Orléans n'a point le morne aspect des autres villes de la république. On ne pense pas que du premier de l'an à la Saint-Sylvestre, tous les jours doivent s'écouler sous le vitrage du comptoir, comme les grains de sable dans le sablier. On ose se livrer à d'agréables loisirs, passer des heures en de gais dîners. On entend, chose inouïe à New-York et à Philadelphie, les guitares d'une troupe de musiciens ambulants résonner dans les rues, dans l'enceinte des cafés, et l'on va le soir en grande toilette applaudir dans un assez beau théâtre à un léger vaudeville, ou à la musique deRossini.

Ainsi subsistent l'une en face de l'autre, dans une rivalité pacifique, et dans un assez juste équilibre de

forces ces deux populations. Les bassins de la balance où elles pèsent encore à peu près d'un égal poids res* teront-ils d'un même niveau? Je n'ose le croire , et celui qui m'inquiète n'est pas celui des Américains. Chaque année, leur nombre s'accroît avec leur fortune. Ils ont à leur disposition plus de capitaux que les Français, et ils sont plus audacieux dans leurs entreprises. Déjà ils obligent l'Européen avec lequel ils sont en relation à apprendre leur langue, tandis qu'eux-mêmes ne daignent pas prononcer un mot de la nôtre. Je crains que peu à peu, avec l'appui que leur donnent les grandes cités des États-Unis, avec le génie de la spéculation qui les distingue, avec cette résolution de caractère qui ne doute de rien, ils n'en viennent à conquérir la domination de la ville, à se placer à la tête des affaires, refoulant leurs rivaux dans les landes du petit commerce.

Après avoir essayé de vous décrire les deux grands quartiers de la Nouvelle- Orléans, je n'ai sans doute pas besoin de vous dire sur quelle rive de la rue du Canal j'ai été m'établir. L'hôtel Saint-Louis, que l'on m'avait recommandé, n'existe malheureusement plus, et il a fallu me résigner à chercher un gîte dans une . sombre auberge qui fait un singulier contraste avec les splendeurs du p^alais Saint-Charles. Mais enfin j'échappais aux rudes expéditions des tables d'hôte américaines, aux beefsteaks coriaces, et j'ai eu toutes les

joies gtsIronomicpieB d'un Grimod de la Reynière, en retrouvant l'honnéte potage bourgeois et le simple morceau de bœuf bouilli avec des légumes.

Si l'auberge où je viens de m'installer ressemble par sa noire entrée à une prison, si dans la chambre que l'on m'a donnée comme la meilleure du logis, il n'y a que deux chaises boiteuses et une table qui a besoin d'être étayéeconunecellede la bonne Baucis, si la moustiquaire qui doit protéger mon sommeil est percée de toute part, comme pour ouvrir les avenues delà place au dard des moucherons altérés de sang, je suis là du moins au centre de notre ancienne ville, entre son présent et son passé, entre la maison où vécut Bienville, et le cimetière où reposent plusieurs de ses successeurs.

Ce cimetière, situé en pleine cité, comme ceux de Constantinople, au milieu de la rue Saint-Louis, non loin de la Bourse et du Merchants exchange où fourmillent les gens d'affaires, est tellement rempli qu'il faudra bientôt en creuser un autre. Pas n'est besoin. du reste, qu'un pieux ouvrier comme celui de VOldmortality, vienne ici avec son ciseau réparer les sépultures oubliées. Cette demeure des morts est entretenue avec soin, parsemée de verts arbustes, et souvent en plusieurs endroits décorée de guirlandes de fleurs On y voit des tombes construites avec un goût sévère et on y lit de touchantes inscriptions. Deux entre au-

très m'ont frappé ; la première est le cri de deuil d'une mère : Ma pauvre fille l Rien de plus, et il n'y a rien de plus à ajouter à cette douloureuse exclamation. La seconde est un monument d'une fatale coutume qui a jeté le deuil dans un grand nombre de familles. A.N., victime de V honneur à 24 ans. 11 n'y a pas longtemps que les duels éclataient sans cesse à la Nouvelle-Orléans. Et quels duels ! Comme d'après les usages du pays, l'oflfenseur avait le choix des armes, pour profiter de cet avantage, au premier mot malsonnant que l'on entendait prononcer, on répondait par un soufflet et l'on allait se battre, non point avec des pistolets, mais avec des carabines, à trente, quarante pas de distance, et le dirai-je? dans ces cruelles rencontres, il était prudent de ne point se montrer trop généreux. On m'a conté qu'un jeune homme d'un caractère paisible et cependant très-habile tireur, ayant été provoqué plusieurs fois et ayant, dans chaque cartel, épargné son adversaire, un de ses amis lui dit : « Si vous continuez à tirer en l'air, après avoir subi le feu de votre antagoniste, vous ne cesserez d'avoir des duels. A la première occasion, ne craignez pas d'user de votre adresse. Il y va de votre repos et peut-être de votre vie. » Le jeune homme suivit ce conseil, étendit raide mort du premier coup son adversaire, et dès ce jour fut respecté.

Pour mettre fin à ces sanglants désordres, l'Etat de

Louitiaae a readu uoc loi qui prive le duelliste de ses droits civil» pciulant cinq ans, qui lui interdit les foDCtiuiis<l'avocutol plusieurs autres emplois publics, Cetta loi u cousi<)éral>lt!iu(!Ot diminué là nombre des ^Bels. Par lu&ilieui-, en réprimant cette funeste cou- PHmc , on n'a point Bulijugué la violence de caractère 'éet Iioinmttsdu sud, ei plus d'une querelle, au lieu de conduire sur le terrain deux ûers rivaiix,se termine, séaiict! l(-nnnle, par une bail» do pistolet de poche, on par une saignée du bou-ie hiife que les Américains appellentjovialementrarA(in;«a.vZ{>of/>j;iiV-^ (le cure-dent de l'Arkansas), un cure-dentde Gai^ntua, une lameà .deux tranchants d'un pied de longueur et de deux Ù trois pouces de largeur,

T«l est le mauvais câté de la nalurecrôolË, foit&«t loyale, ardente dans ses haines comme dans sec aoiours, hardie jusqu'à l'excès et généreuse jusqu'à l« prodigalité, belle et m&le nature qui, au tendre él6men t de son origine européoone et aux enseignements de la civilisation, allie l'impétueuse énei^e du saog méridional.

Au sein de cette population, qui m'est apparue dans le monde des bumuns comme un nouveau poème commencé par Florian et Ëni par Byron, il en est une autre qui occupe souvent mes regards et ma pensée, c'est celle des nègres.

En dépit des décrets de la sainte Angleterre, des

prédications de ses missionnaires, des traités diplomatiques de ses ministres, l'esdavage règne ici dans toute sa plénitude première, plus rigoureusement même, si je ne me trompe, que dans les colonies. Il est encore réglé selon les anciennes prescriptions du Code noir.

D'après cette loi, Tesclave est entièrement soumis à la volonté de son maître, qui peut le corriger et le châtier, non toutefois, dit Tarticle 173 du Code civil de la Louisiane, au point de le mutiler ou de Texposer à un danger de mort.

À Texception de son peculium^ il ne peut rien posséder et rien léguer. Tout ce qu*il aurait acquis, d'ailleurs, appartient à son maître.

11 ne peut exercer aucun emploi public, ni remplir les fonctions de tuteur ou de curateur, ni être admis comme témoin dans une cause civile ou criminelle, ni se présenter en aucun cas devant les tribunaux comme partie plaignante ou défendante (art. 177).

Il ne peut se marier sans le consentement de son maître. Les enfants nés d'une mère esclave, mariée ou non, tombent de droit sous le joug de l'esclavage (art. 182).

Si un maître désire affranchir son esclave, il est obligé d'en faire la déclaration au juge de son district. Cette déclaration est affichée publiquement pendant quarante jours. Si*à l'expiration de ce délai

il f ipf J j BMl i l ti i iéito go» e oM mittiiit ftwllit à aott aMfie»; tt eil IMO 40fiyw lit 4mm^ oel esclave Canfl à une wtre propriété. Kaftieiltiii eqpndHiit il e^iflmiéUt di iNt» oeMeeUtei^ elNHidoiiiMiit le empiblf kfa patom Miée^ lafNli Ut viMtoe reeeiiM à renéiiii pMÂ riadMnMfri kgi «H dM| «t ellya mi mrpkii^teMBMil mwiti dn difinquent.

noè lofai, h» Code loairiMMbi (Miimne l*fidwre tox •niiMiiK. Uy a, dH^dee œi léttlbitoliei dmk vente des èsdaves» eoaam dsns oaUodMfroHs dtk terre et des bestiaux (art. tfiôl). Lee cas rédhiMtoftei pour les esclaves sont de deux espèces : physiques el moraux. En premier lieu, on aura le droit d'exiger l'annulation d'une vente, s'il est reconnu après k marché que l'esclave a la lèpre, qu'il est sujet à la folie, ou à l'épilepsie. En second lieu, s'il a commis un crime capital, s'il est enclin au vol, ou à la déssN tion. Pour constater ce dernier vice, il suffira qu'il s'échappe de la maison de son maître trois fois en un mois.

Tel est l'état des nègres dans la moitié de la république américaine, et pour les astreindre à cette se^ vitude, on ne va point les «chercher à grands frais sur

la côte de Guinée, à inters les croisières anglM^c». Noo; rAmérique a sa propre pépÎDière de Doirs^ Les États de Keotucky, de^Marylaod, de la Viiytnie^ les font pulluler de leur oùeux et les éièveul coninie on élève des poulains dans les pâturages de Normandie. De là, ils sont transportés comme toute autre» espèce de denrées à la Nouvelle-Orléans, livrés h) bloc à quelque spéculateur, ou vendus à Tencan. A chaque instant on peut lire, dans les journaux de cette ville, des annonces dans le genre de œlle-oi :

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