NÈGRES A VENDRE
« Le soussigné vient d'arriver aveiî un convoi de nègres de Maryland, de la Virginie, parmi lesquels il y a de très-bons cuisiniers, des blanchisseuses, dos artisans. Il recevra dans le cours de la saison plusieurs autres convois.» (Ici le nom etTadresse du marchand en toutes lettres.)
D'autres fois, par suite d'un décès ou d'une faillite, c'est le commissaire-priseur lui-même qui annoncn que les nègres de telle ou telle propriété seront mis aux enchères dans une des salles de la Bourse. H publie dans sa liste leur nom, leur .âge, et s*il en est qui possèdent quelque talent particulier, il n'oublie pas de les signaler. Et les acheteurs, et les curieux vont là, et les nègres sont des pieds à la tète examinés, pulpes
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LMgtHdn ptyi JHeai qtfttn 'rtwftlMw lÉihHal k de pareils d^ts. G'eBtposable.Lecœnr de IIioidi» est fait de telle sorte qu'il s'endurcit aux émotions dont il a été pénîMement affecté ; perle de rosée un jour, bloc de glace le lendemain. De peur que le mien ne s'accoulum&t comme les autres à ce marché d'êtres humains, après y avoir passé quelques instants, je n'ai {dus voulu y retourner.
Il y avait là une malheureuse mère, jeune encore, et tenant par la main son enfant dont elle allait probablement être séparée ; car celui à qui elle serait vendue pouvait bien ne pas se soucier de prendre son fils. Par Bataille à la fois élégante et forte, par sa figure plàoe de santé et plus régulière que celle des autres
négresses , elle attirait Tatteniion des spectateurs. Quand elle fut mise à prix, un planteur s'approcha d'elle et lui mit brusquement la main sur Tépaule. Tout son corps tressaillit comme par Teffet d'une colère irrésistible, et un rapide éclair flamboya dans son œil noir ; puis, comme si elle se fût au même instant rappelé sa situation, elle courba la tête en silence, et laissa le spéculateur regarder à loisir ses cheveux crépus et ses dents blanches. De temps à autre seulement, elle tournait ses regards vers son enfont, comme pour appeler sur lui la pitié du marchand. Jamais je n'oublierai l'impression de ce regard et de cette physionomie si triste et si résignée.
En m'éloignant, il me semblait que je venais de voir la misère d'Àgar et d'Ismaël. Et nul ange jae devait apparaître à la pauvre femme pour lui indiquer la source d'eau fraîche dans le désert de Béer Sebah.
La plupart des noirs livrés à ces encans sont destinés aux travaux des plantations ; d'autres entrent comme domestiques dans des maisons particulières , d'autres sont l'objet d'un fructueux calcul. Tel noir qui ne coûte pas plus de quatre à cinq mille francs peut être engagé comme valet de chambre ou cuisinier au prix de douze cents francs et jusqu'à quinze cents francs par an, laquelle somme est intégralement payée au maître sans que l'esclave ait droit d'en percevoir un denier. Avec une mise de fonds de trente
• fnaos, on to ixtniitilue Ainiii iim^dfînii-dauiaiiif de capitaux vivants qui rH|>i>i>rtt;iil un ntutr. joli inb^rAt. Il est vrvi que cas capitaux MoumiK uux pnssioiit et aux intlrmitiis di; nuire frugilo humanité peuvent lia pBA èUi! toujourN plucùA. ou pt^^uvent prendre i* fuit» L-t p(>rt4)r une gravti atteinti; aux revonus ilu huurKMÎs qui les emploiu. II est vrai encore i|U(i ces capitaux meurent. Mais quelle sa^e comtiinaison nW pas «ur cuttv terre exposée) il quelquu déception?
Usa noirs qui ont le plus k souffrir sont ceux de» plantations. Rude est leur labeur, et non amm
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diiH 6ett« dtntfkin Miltaat à pelM le IM ds 11 Mf*T> tude, le mBiient gaiement, voient leurs enfants grandir avec oeuz de leurs maîtres, vivent pour aioù dire dans la communauté de la fomllle i laquelle iU appartiennant et s'y attachent de telle aorte que nulle oOre d'aflbmchissement ne les déterminerait à la quitter. Que» qu'il en soit de ce que beaucoup de bnves ^ns pourraient bien appeler met teotimentalités ï l'égard des nègres, je reoonoaii que si l'esclavage ai un mal, c'est dans l'état de choaea actuel un mal inévitable. 11 n'est pas possible de songer à cultiver sint les nègres sous Tardent climat des Etats da &id, ni le coton, qui exige un travail très-assidu, ni la caiUM
à sucre, qui dans la Louisiane doit être renouvelée obaque année. Un nègre représente par la somme qu'il a coûté un intérêt annuel de deux cents à deux cent cinquante francs. Le mattre lui doit de plus la nourri* ture et le vêtement. A. ce prix, jamais on n'aurait des ouvriers libres. À supposer cependant qu'on augmente les prix du coton et du sucre, qu'on puisse employer à la culture de oes deux pliùites des manœuvres qu'il faudrait payer fort cher, il n'est pas possible d'admettre qu'on puisse sans un grave péril affranchir tout à coup trois millions d'individus, dont les passions écla* teraient sans doute dans l'ivresse de la liberté au milieu de la société qui les a trop longtemps contenus. Enfin , on doit penser que les nègres sont une propriété acquise en vertu des lois, et qu'à moins de la confisquer d'un trait de plume et de ruiner de fond en comble ceux qui y ont mis toute leur fortune, il ne faudrait pas moins de trois milliards pour rembourser intégralement à ses ayants droit la valeur de cette propriété. Les États du Nord traitent fort à Taise cette idée d'émancipation. Par la nature de leur sol, de leur climat, ils n'avaient pas besoin de l'esclavage, et il ne se trouvait dans leurs domaines qu'un très-petit nombre de nègres. Les Ëtats de l'Ouest et du Sud sont, comme on peut le voir d'après ce rapide exposé, dans une tout autre condition. J'ajouterai queles£tatsdu Mord n'ont point le droit de se vanter de l'afirancbi»*
«eiDflQl qu'ils ont donna aux noirs, puisque, comom Je l'ai déià dit pit^cMetoment, ils ne les ont dotés que d'une oittragennte liberté , puisqu'ils les tiennent comme àes ilotes assujettis aux plus bas métiers el Im frappent d'un stigmate de réprobation comme des parias.
Hais cette question de l'esclavage passe comme une imiie chargée d'orages sur la confédération. Elle divise l'Amt^rique en deux régions, et les écrivains et les membres du congrès et le peuple en deux camps. Ni l'un ni l'autre parti ne peut discuter cette question Kvec calme. Au seul mot d'esclavage ou d'abolition les esprite s'enllamment, et des rives de l'Hudson aux rives du Mississipi, les Jupiter de la presse amassent leurs foudres.
On a pu voir dernièrement dans le vénérable sénat de Washington une scène qui montre combien il est dangereux de toucher à cette poudrière. Un des séna- - leurs ayant proposé d'admettre dans l'assemblée le père Matthieu , le prédicateur des sociétés de tempérance, un autre se lève aussitôt et déclare qu'il s'oppose à cette motion, attendu que le père Matthieu a , dans une réunion publique, manireslé des principes abolitionnistes. Ll-dessus une discussion animée, violente, dans laquelle de part et d'autre résonnent d'amères invectives et des menaces. Un des sénateurs s'écrie que s'il le pouvait, il expulserait des Ëtats-Unis
tons les abditioDiiistes indîgtees ou étrangers. Un autre afoote, qne les abolitionnistes amèneront la ruptore de ITnion, et ce n'est pas la pranière fois que ces grands mots ont été prcmoncés.
Rupture de l'Union! Tel est en effet le danger qui menace la république américùne. Quand les deux moitiés de cette immense contrée auront acquis plus de développement, quand chacune d'elles sera devenue assez forte pour n'avoir plus besoin du concours de l'autre, le sentiment de son pouvoir rendra ses susceptibilités plus vives, elle repoussera avec colère ce qu'elle tolère aujourd'hui avec peine. Une circonstance fortuite fera éclater une animosité longtemps comprimée, et l'esclavage est peut-être la paille par où se brisera la barre d'acier des Etats-Unis.