CRISE COTOKMËRE ET PRINCIPE BU LAISSEZ-FAIRE
coiiwrt de bien sombres nuages. Eacore uae fois, que faire? A cette question l'ADgleterre hfisîte k répondre et ne sait, je le craïBS bien, que répondre. Dras une autre lettre, je TOUS £ni pourquoi.
Lk «ri«« 4e riM4iutrle evloMBlAre el le yrlvelre
J'ai dernièrement abordé une questioB bien sérieuse pour l'Angleterre ; car cette question est posée dans les termes que Toici :
L'Angleterre doit-elle essayer de sauver l'industrie cotonnifere, ou faut-il qne, la voyant menacée de mort, elle en preivie son parti et agisse en coiiséqnence?
Le 23 janvier 4861 , le Times disait : < I^ nombre de ceux qœ dépendent chez nous, pour leur pain de chaque jow, de Undiêtrie du cotra, est évalué à près de quatre millions, c'est-i-dire an sixième de toute la population de b Grande-Bretagne. Pour se former une idée de la place qse cette branche d'industrie occRpe dans notre commerce de transport, il suffit de rappeler qu'es 1 859 le tiers de nos eiqtortatioos consistait en coton manufactoré. »
A ceUe époqne, on le vint, le Timti attachait à l'essteoee de l'inidusbie eotenaière une inportance sonveraïM.
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100 LETTRES SUR l'angleterhb (issa)
Aujourd'hui, quel laagagë est le sien ? Il y a quelques jours à peine , il s'exprimait coniote suit : « Que l'ou consulte le livre de statistique qu'où voudra, H" CuUoch, par exemple, et l'on verra que 1 industrie cotonnière est estimée faire vivre directemeot 500,000 ouvriers, et directement ou indirectement, 1,200,000 persoiines, hommes, femmes ou enfants. Le capital qui circule en salaires est supposé être de 8,000,000 livr. st., et l'on suppute à 13,000,000 liv. st. le profit annuel des maîtres. C'est 1^ un intérêt considérable sans doute, mais moins considérable, après tout, que beaucoup d'autres, qui ne prétendent pas à être favorisés d'uue attention particulière comme attestant une supériorité de vertu ou d'intelligence, et qui , en outre, ne produisent pas périodiquement, en même temps que des millionnaires improvisés, des ramas de pauvres. •
D'où vient , dans les opinions et le langage du rime* à l'égard de l'industrie cotonnière , ce changement imprévu? Quoi ! il y a deux ans, cette industrie était la moelle et les os de l'Angleterre, il falljtit la conserver b tout prix, et aujourd'hui, voilb de quel air on en fait bon marché !
L'industrie cotonoiëre est eu ce moment, ■ comme si elle n'éUtit pas, » s'écrie triomphalement le Times ; en sompiesnous morts pour cela T El, selon le journal le plus accrédité de ce pays, le meilleur moyen d'en finir avec la crise du Lanrashire est d'ouvrir toutes grandes les portes de l'émigration !) la population ouvrière du Lancashire!
Pourquoi tant se hâter de trancher une question aus.si grave? Et pourquoi la trancher par un arrêt de mort prononcé contre une industrie aussi importante ? Serait-il vrai, ainsi que beaucoup le pensent, qu'il y a au fond Oc tout ceci une grande manœuvre de classe et de parti? Serait-il vrai que certaines gens voudraient, par la dispersion d'une im-
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CRISE C0TO>'MfcRE ET PRINCIPE DU LAISSEZ-FAIRE 101
mense masse d'bommes intelligents, porler «oup k la démocraUe et briser ce qui en forme, pour ainsi dire, l'épine dorsale? Serait-il vrai, d'autre part, que l'aristocralie de richesse, dont Manchester a été le principal berceau et demeure le centre, empêche l'autre aristocratie de dormir, et que la concurrence politique des lords du coton gène les autres lords î...
Je vous al parlé de l'émeute de Staleybridge. L'ordre est rétabli au moment où j'écris ces lignes , en ce sens dn moins que les clameurs d'une foule furieuse ont cessé de retentîr et que les sabres sont rentrés au fourreau. Mais le mal dont l'émeute n'était qu'un symptôme, le mai n'a point disparu avec elle. Comment le guérir?
Et d'abord, que les choses puissent rester longtemps encore dans l'état où nous les voyons, c'est ce que personne ne u-oit possible. Le budget de la charité publique va s' épuisant avec une rapidité terrible. Compter sur le résultat d'appels sans cesse renouvelés serait folie. D'ailleurs, c'est une situation horriblement malsaine que celle qui nous montre tant de travailleurs réduits à manger le pain de l'aumône. La paresse forcée où ils vivent n'aurait-elle, en se prolongeant, d'autre effet que d'éteindre en eux, à la longue, tout sentiment de dignité personnelle, il y aurait lieu de s'alarmer dei conséquences : que serait-ce donc si, unie i des souffrances dont nul n'entrevoit le terme, elle leur soufflait de farouches colères?
« Al.tendons, attendons encore, disent les optimistes; prenons le temps pour auxiliaire ; laissons les choses revenir insensiblement à leur niveau; peut-être la guerre d'Amérique est-elle plus près de son terme qu'on ne le croit. >
Peut-être! ah! c'est précisément dans ce formidable peut-être que gtt la difSculté. A la patience il faut une limite
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102 LETTRES SUR b'ANfiLBTERBE (lS6S)
cooBue. Le voysgair qui chemine sur une route daut il igiHtre la longueur ne saurait d'avaitee faire pacte av«c la fatigue. L'éiaeute de Staleybridge est nu avertissemeaL àuistre ; et bien imprudents seraient ceux qui se croiraieul autorisés à dormir tranquilles parc^ que, une première fois, sans laisser de morts sur la place, la multitude a fui devant l'éclair des épées nues ! Coucher en joue la misère est un expédient d'une efBcacité douteuse, quand les misérables se comptent par centaines de mille. Grâce à l'afiluence des dons, la faim n'a pas encore eu occasion de donner aux ouvriers du Lancasbire ses sauvages conseils j mais le jour où cela arriverait, la peur d'un coup de sabre aurait disparu. El alors?
D'un autre côté, comment faire bon visage k l'esprit de révolte! Ajvès L'émeute de Staleybridge, le loril-aaire se hâta d'envoyer au comité local cinq cents 'livres sleriisg, insistant sur la nécessité de se rendre aux vœux du peuple, de substituer U distribution en argent k la distribution «i bons. Le sentiment qui dictait cette démarebe était hiuuùi» il élaii équitable ; mais la démarche elle-même n'aiail-elle rien de dangereux! Salarier l'émeute n'est guèr« le moyen de la décourager.
S'il ne s'agissait que de quelques centaines d'puvriers hors d'emploi et d'ouvriers capables de se plier ^ une occupation fuëlcoique, passe encore; mais il s'agit d'un demimillion de travailleurs que, depuis longtemps, le cotna a enliëremeot , d'une manière exclusive, façonnés à son service et qui sont peu propres k un autre genre de travaiL Et ce demi-million d'hommes, il est ^gloméré dans ue eqiaee comparativement trës-élroit; U forme une armée, une frémissante armée, qu'il devient de moins en moins possible de nourrir et qu'il est impossible de licencier.
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CRI^ COTONmËRB ET PRINCIPE DU LAISSEZ-FAIBE lOS
Il y a4à an grand péri) à détourner, un grand proUfemeà résoudre, et le temps presse. Or, jusqu'à ce jour, l'attention publique ne s'est partagée qu'entre dens systèmes : l'un consistant i regarder la détresse comme permanente et i en chercher le remède dans l'émigratioB des affamés du Lancashire ; l'autre, consistant k regarder la détresse comme temporaire et à s'appuyer snr le principe de l'interveDlion de l'Etat pour gagner la fin de la crise.
Le premier de ces deux systèmes, qui est vivement re- «■ommaadé par le Timet et qui paraît avoir pour lui l'opinion publique, oSk sans contredit plusieurs avantages. L'émigration, fadlitée au moyen d'une somme déterminée, soulagerait la charité publique d'un fardeau dont l'accroissement, 'dans l'état actuel des choses, se présente comme indéfini; «lie couperait court, en ce qui concerne la population inoccupée, aux influences corruptrices de la paresse alimentée par l'auntOne; elle tendrait, par la diminution du nombre ^es travailleurs, à éleTer,.dans un temps donné, le niveau îles salaires. Ce fut par l'applica^on d'un semblable remède -que, dans des circonstances analogues, l'Irlande fut sauvée. Et puis, n'est-ce point là qu'il faudra en venir bon gré mal fré, si l'on n'^terçoit pas d'issue à ce que les AugUis déugneot sous le nom énergique de < cottoa famioe! >
VoilÀ ee qu'on peut dire et ce qu'on dit en £aveur du sys» tfeme de l'émigration. Mais que d'objections, et quelles objectitmsl
Sans parler de l'énorme sacrifice en argent que nécessiterait nue pareille mesure, si on l'appliquait sur une échelle last soit peu proponionnée aux exigences de la situation, quel serait son effet inévitable, sinon de ruiner pour jamais en Angleterre l'industrie qui figura à longtemps parmi les principales sources de sa prospérité et de sa puissance? Le
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chanin de l'émigration une fois frayé, on doit s'attendre ii y voir entrer tout d'abord ceux des ouvriers qui ont le plus de confiance en eux-mêmes, c'est-à-dire les plus exercés , lies plus habiles. Qui les remplacera? Et combien de temps ne faudrait-il pas pour les remplacer? La manufacture du coton exige , si l'on peut s'exprimer ainsi, une éducation des doigts qui ne s'acquiert que par un long exercice. Avant qne de nouveaux travailleurs fu.ssent en état de remplir fructueusement le vide laissé par le départ des anciens , l'industrie se trouverait avoir émigré à la suite des émigrants. L'émigration est donc un de ces remèdes qui, pour tuer la maladie, tuent le malade.
Et c'est bien, du reste, sous cet aspect que le Timei semble envisager la question, lorsque, avec une sérénité qui étonne, il dit : « L'Angleterre ne cesserait pas de vivre, par cela seul que le coton cesserait d'exister. » Non sans doute ', mais elle risquerait de vivre moins forte, moins florissante. A la rigueur, un homme peut vivre avec un bras : s'ensuit-il qu'il ne doive attacher aucune importance h en avoir denxî La remarque est du SpecttUor, et je la trouve d'une justesse frappante. Lorsqu'une grande industrie s'éteint dans un pays, les chances qui menacent sa prospérité se multiplient en raison même du rétrécissement de la base sur laquelle cette prospérité repose. C'est une corde qu'il a de moins à son arc, et il n'est pas vrai que ce qu'on perd par la disparition d'une industrie, on le gagne par l'accroissement des autres.
Une considération qu'il importe de ne pas perdre de vue, c'est qu'un immense capital se trouve engagé dans la manufacture du coton. La partie fixe, immobilisée, de ce capital serait irrémédiablement détruite. Ce n'est pas tout. Le coton fait vivre, indirectement, au moyen de la circulation des
CRISE COTONNIËRE ET PRINCIPE DU UISSEZ-PAtRE lOS
salaires, toute une population de petits marchands, auxquels l'éoiigratiOD enlèverait brusquement leurs consonuuateurs et qu'elle plongerait dans la misère. Que deviendrait le loyer des ( cottages? * H. Edmund Potter évalue à 30 shellings par tête et par ao le loyer que paye chaque ouvrier du Lanc«8hîre. 1SO,000 ouvriers de moins constitueraient une perte annuelle de 150,000 livres sterling. Le désastre, dans c^e contrée, atteindrait ainsi toutes les classes. Le Lancashire, dont le coton a fait, en peu d'années, le district mauufacturier le plus actif, le plus peuplé, le plus opulent qui soit au inonde , redeTÏendrait un comté agricole , avec un sol moins avantageusement affermé et plus lourdement chargé que le comté de Suffolk.
Reste le second système, celui qu'a proposé M. Edmund Potter, organe, en ceci, des fliateurs. Selon M. Edmund Potter, la législature devrait intervenir par le prêt de cinq ou six millions de livres sterling^ qu'on emploierait, non pas à salarier l'inaction des ouvriers, victimes de la crise, mais à les occuper d'une façon ou d'autre, en attendant que la crise soit passée.
Ce projet est manifestement basé sur la supposition que le. mal est momentané; que la question est seulement de gagner du temps et d'empêcher la dissolution des forces aujourd'hui organisées, de manière k les avoir sous la main dès que les métiers pourront être remis en mouvement. Selon l'expression de M. Edmund Polter, il y a dans le Lancashire une belle et puissante mécanique humaine qu'il ne faut pas laisser rouiller faute d'huile, si on la conserve, et qu'il faut k tout prix conserver.
Malheureusement , s'il est un système qui ait chance de se briser contre l'ensemble des idées qui ont cours en Angleterre, c'est celui-lh. A peine venait-il d'être exposé que déjà
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retaitissait le cri d'alarme. L'État i&terv«iir, grand Meu ! Ah! périssent les colonies plutôt qu'un prindpe! Un prêt voté par la législature, pour sauver une industrie particulière T Mais qnel précédent désastreux à établir 1 Faudrait-^ donc que tontes les fois qu'une branche de l'activité bamaiDe serait en souffrance, l'État lui vint en aideî A chacun de se tirer d'affaire de son mieux. Chacun pour soi, chacun chez soi. Si l'industrie cotonnière ne trouvait pas en elle-mëiue la force de vivre, c'est qu'apparemment il était bon qu'die mourAt.
Ces objections faites !i la proposition de M. Poiter sont caractéristiques. Tout le génie de l'Angleterre est là. Ne parlez pas, en ce pays, de solidarité : les Anglais ne savent point ce que cela veut dire. Ils n'ont pas le mot, ne connaissant pas la chose. Ils admetlent la charité cependant; . que dis-jeî ils la pratiquent plus laidement que dans aucun pays du monde. Hais po^quoiî Parce que la charité est us acte de puissance indînduelle de la part de celui qui la bit et n'implique aucun droit dans cdiii h qui elle est faîte.
Une société peut-etle reposer sans péril sur l'applicatioa stricte, rigoureuse, exclusive, d'une doctrine où le devoir social est si complètement sacrifié à la souveraineté de l'individu? La presve que non, c'est que l'Angt^rre a été conduite à se donner h elle-même, dans la loi des pauvres, un des plus éclatants démentis qo'ait jamais enregistrés l'histoire.
Dans la question que je viens d'exposé, il est curieux de voir quel parti elle prendra. Ce mode indivïAid d'intervention en faveur du pauvre, qu'on appelle la ekariié, vient de montrer, dans le Lancashire, sa valeur comme raooède. C'est ï peiqe s'il a produit l'effet d'un palliatif. La |^e s'est creusée, elle s'est enveDimée; te sentiment de la ^litude a
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SmiATiaN DD lANCASHlHE 107
£ii( pbee pem à peu, dus les cœurs aigris, à un sentimeat d'homiliatioii profonde, qui, à sod tour, s'est changé en défiance; U haine dé classe à classe a germé là où l'on croyait avoir déposé la semence de la concilîalion. Résultat singulier, grave, douloureux, et bien digne d'arrêter l'alteiition de rbomme d'ÉtatI
Quand il y a nécessité d'alléger un navire, on jette à la nier une partie de c« qui l'encombre. Id la matière encombrantese trouve être un demi-ntillioa de créatures humaines.., qu'on les exporte, et tant sera dit! Le lait est que, si ta soaété ne se croit aucun devoir envers eux, comme telle, son intérêt est de se débarrasser d'eux le plus vite qu'elle pourra, de telle sorte que U fantaisie ne leur vienne pas, un beau jour, d'adopter la fiioèbre devise des ouvriers lyonnais : Vivre tn ùravaiUatUou mourir m com&aUoitt.'
Les eraiotes exprimées par moi dans la lettre où je vous rendais compte des eâorts et des miracles de la charité anglaise, se sont, hélas! réalisées. La charité s'est trouvée, au boni de quelque temps, impuissante à lutter contre uu mal
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lOS LETTRES SUR L'AKGLETERSE (iB63)
qui exigeail des remèdes d'une nature tout autre. D'abord, les fonds se sont peu à peit épuisés : les comités de secours ne reçoivent plus que S,000 liv. st. par semaine, au lieu de 40,000, et la part qui revient à chaque ouvrier nourri par ; la bienraisanc« publique, ou plutôtpar la bienfaisance privée, j est réduite à 13 sliellings. Ensuite, on a vu se produire l'effet ! que produira toujours l'action prolongée de l'aumâne, de ; quelque nom qu'on veuilleappeler l'aumône, et sous quelque '■ forme qu'elle se déguise. v
Ceux qui étaient secourus n'ont pas tardé à se sentir humt- ' liés ; la gratitude a peu à.peu fait place, dans leur cœur, k la défiance ; l'état de paresse forcée auquel la crise les condam- nait les a disposés à douter, à critiquer, k censurer; dépendre de la générosité du riche leur est apparu comme une preuve frappante de leur dépendance sociale ; leur résigua- (iou s'est usée contre la durée (!e leurs souffrances ; leurs exigences ont redoublé ii mesure que diminuaient les moyens d'y satisfaire ; et une pensée de révolte a germé dans leur désir, d'ailleurs légitime, d'avoir à manger le pain du travail et de ne manger que celui-lli.
D'autre part, il est naturellement arrivé que, placés face à face, tantôt avec des exigences trop hautaines, untôt avec des abus qu'on n'avait pas d'abord osé prévoir, les comités de secours sont devenus^ eux aussi, soupçonneux et irritables, de bienveillants qu'ils étaient au début. D'injurieuses précautions ont été prises. Il y a eu d'amëres récriminations. L'émeute qui a i'ciaté naguère k Staleybridge, cette émeute h laquelle les boulangers ont dâ jeter du pain, et contre laquelle il a fallu recourir à une charge de dragons, o'est qu'un symptôme du mal ; mais ce symptôme a une importance sinistre.
Ce qui est sûr, c'est que le demi-million d'hommes que la
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SITUATION DU LANCASHIHE ]0«
crise cotoDDtère a privés de travail est devenu pour l'Angleterre un embarras sérieux, un embarras immense.
Les fixateurs voudraient qu'on maintint les choses le plas longtemps pnssible dans l'état où elles sont, au moyen d'un prêt de quelques millions de livres sterling voté par ta législature. Ce serait frotter d'huile une machine qu\, suivant eux, peut encore servir et qu'on ne doit pas laisser rouiller.
Ils espèrent que l'horizon s'éclaircira, que le coton reprendra le chemin de l'Angleterre, et ils demandent qu'on n'applique à un mal , peut-être temporaire, aucun remède qui l'emporte en emportant le malade. Ce sont Ik les vues exposées tout récemment par H. Edmund Potier, dans une lettre qu'il a adressée au Times et qui n'a pas causé une médiocre 'sensation.
Hais cette opinion a de rudes et puissants contradicteurs. « L'émigration, voilà r« qa'il faut, > crie le Times, c L'émigration ! > répètent en chœur :
i" Ceux qui , sans se préoccuper du sort des ouvriers, haïssent ou craignent, parce qu'elle les gène ou menace de leur (aire concurrence, l'aristocratie des iords du coton; ■
S° Ceux qui ne seraient pas fâchés de porter coup à la démocratie, en détruisant le nid gigantesque qu'dle se trouve avoir dans la population manufacturière du Lancashire;
3° Ceux qui, fanatiques du laissez- faire, pAlissent à l'idée de l'intervention de l'État et refusent à la société, en lanl que société, le droit de s'occuper des souffrances de ses membres, alors même que le mal à combattre s'appellerait lA faim et que les affamés se compteraient par millions.
Il va sans dire que l'émigration des ouvriers du Lancashire serait l'émigration de l'indusirie cotonnière, et que
110 LBTTEtES SDR l'anGLETEBUB (18«3)
i'ADglelerre devrait se résigner , Ans ce cas , 1 perdre ane des plus merreitlctiseB sources de sa rickesse. Mais cette eoBsidéntioa u'airéle pas les partisass dn système qui connste i exporter, — de leur conseutM&eat, bicD entendu, — les boismes qu'on se sait plus ni oommeot emptoyer, ni eomnent, nourrir.
Quant à ce qu'ib deviendraient aux «donies, ces hommes qn, façonnés il un genre particulio- de travail , sont po«r la phtpart fort pea en état d'embrasser une antre occupatisn, c'est nne qnestioo à bquelle on ne ^arrête pas darastage, quoiqu'elle ait iMen son importance morale.
Un mot encere, et f ai fi». Aller cherdier au extrémités de la terre des matières premières i manubc&iref , travafiler pour tous les peuples et rendre tous les peuples consommateurs des produits de l'Angleterre, c'est i cette cenvre que s'était jusqu'à ce joar employé le gteie ugiais, œuvre colossale, mais pleine de périls ; car ici le lien de d^ndanee est nécessairement réciproque, et un peuple ne saurait attacher tous les autres i sa ceinture sans s'assujettir k leurs mouvements. A faire d'une grande crise éclatant sur nn point quelconque du globe une crise anglaise, il y avait un excès d'audace dont seule peut-être la race saxonne était capable.
L'Angleterre voit-elle venir de sang-froid le moment où elle tentera des voies nouvelles? Pour moi , j'ai peine à comprendre la sérénité avec laquelle j'entends des Anglais dire : * L'industrie cotonnière se meurt, l'industrie cotonnière est morte! »
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LA QUESriO:< D'AMERIQUE ET LES OUVUEIIS ANGLAIS lit
La q*e«riM> t^Amtwhtmn et les ««nrler* mmglmlM.
« Je parie que iaats huit jours nous soames en guerre »BC l'ABérique, » me disait, dinutàe dernief, an lord d'Aigletcrre, bomsK de beaucoup d'esprit et bien ufonsé.
Les buit jours sent passés, ^ ouUe épée an^aise n'est eaeore sortie du fourreau.
D'uD autre cété, wt bMUW qm u'a pas ntoins d'es|Hit et qui est eucore lûeax informé que le prophète eo question, Tteut de tenir eu Ecosse, devant une assemblée nombreuse, un langage quelque peu d^érent.
Vous ^ez sans doute que, pour profiter de ses vacances et tuer le teni|is, Henry-John Temple, vicomte Palmerston, tpù a {dus de saxante-dixrhuit ans, est allé prononcer quatre discours Ji Glascow, trois k Greenock. trois i Edimbourg, deux à Leith, discours dans lesquels il a débité, en présence d'auditoires charmés d'avance, toutes sortes de lieux commuas sur l'éducation, le grec, le latin, la diinue, les mathématiques et le reste, sans compter nombre de calembours. VoAà d^ qui annonce Me intdtigenee libre de pFéoccup»tîoQs atUislaBles, et toutefois &da se suffirait pas pour nous rassurer, lord Palmerston étaut précisément rhomitie du ■tadekifdusportéhiffctdrelaneparsoacAtériaat, et le plus capable éegardu- sa liberté d'e^mt, à la veiBe de com-
113 LETTDBS SUR l'aNULBTERRE (iSSs)
plicatioDS sérieuses. Hais il a parlé M l'Amérique en passant, et f£ qu'il a dit est certainement de nature à écarter les pensées sombres.
C'est heureux; car, s'il est très-vrai, comme je vous l'ai déjà écrit, que l'Angleterre est en général fort apposée k l'idée de guerre, ceci ne s'applique pas, -^ du moins e» ce qui concerne les classes aristocratiques, — à une guerre contre l'Amérique du Nord. Cette guerre-là, il ne faudrait, je le crains, qu'une éliocelle pour l'allumer.
Ai-je besyin de vous expliquer pourquoi? Dans l'état d'apparente faiblesse où une affreuse gueire cWile a réduit l'Amérique, on se persuade sans peine que jouer contre elle serait jouer à jeu sûr. Et quel gain que celui d'une telle partie! Venger les injures passées, en prévenir de nouvelles, se débarrasser une fois pour toutes de la rivalité d'une puissance qui, si elle venait à renaître, renaîtrait menaçante, irritée, plus formidable que jamais , et détruire, quand il en est temps encore, une démocratie jeune, vigoureuse, active, opulente, hardie, qui, dans l'esprit des hommes, fait concurrence aux institutions monarchiques et aristocratiques de la vieille Angleterre, tout cela est bien tentant.
Aussi il fallait voir, il y a eu avant-hier huit jours, avec quel irrésistible entraînement la Chambre des Communes applaudissait, et le premier ministre, et le « solicitor gênerai, > et sir Roundeïl Palmer, et M. Laird, venant tous déclarer, l'un après l'autre, que, dans l'affaire du vaisseau confédéré l'Àtabama, construit à loisir par des Anglais, dan» un port d'Angleterre, le gouvernement était innocent comme l'enfant qui vient de naitre ! J^a question était pourtant bien claire.
Que, par la construction de VAlabama dans un chantier de Lirerpool, les principes de la loi internationale aient été
LA QUeSTlOS' D AMERIQUE ET LES OUVRIERS AKCLAIS 118
violés, oui ou noD, c'est sur quoi il était fort ioultle que le f soUàtor gênerai > fit porter le débat : un fait certain, qui ne pouvait être nié, qui ne l'a pas été , c'est que cette codstruclioD était, en tout cas, une violatjon flagrante de la loi anglaise, connue sous le oom de ■ Foreîgn enlistmeut act > . A cet égard, pas de dispute possible. Or^qu' est-il arrivé?
Le 33 juiu 1862, le ministre américain, H. Adams, informe te comte Russell, sans néanmoins fournir de preuve décisive, qu'il a de fortes raisons pour croire que VAlabama est destiné à figurer dans la lutte du Sud contre le Nord; qu'il y a lieu d'y regarder; pe le vaisseau est sur le point d'élre en état de tenir la mer; qu'il sera prêt dans neuf ou dix jours; qu'il n'y a pas un moment à perdre. Le point méritait d'être édairci; l'ordre de détenir le vaisseau provisoirement pouvait être donné.
Quoi qu'il en soit, le 32 juillet, les preuves requises sont fournies au comte Russell par H. Adams. Dès ce moment, la saisie devait être ordonnée. Mais non : sans qu'on ait daigné nous expliquer pourquoi, on laisse s'écouler toute mie semaine; c'est le 39 seulement que défense de laisser partir te vaisseau est notifiée par le télégraphe h l'autorité compétente. Le vaisseau venait de partir.
Dans le débat, le * soliciter gênerai, » par une manœuvre oi^loire indigne de l'assemblée ii laquelle il s'adressait et indigne de lui , a cherché à obscurcir la question au moyen d'une confusion de dates. H. Adams ayant envoyé le 26 un supplément de preuves, quoique cela ne fût en aucune sorte nécessaire ei que, de l'aveu du gouvernement, les preuves ' fournies dès le H ne permissent pas le moindre doute, le ■ solicitor gênerai > a passé^rtificieusement sous silence la date du 22, et, ne tenant compte que de celle du 26, il a demandé si un misérable délai de trois jours autorisait les
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114 LETTHES SUS l'aHGLETERHB (iMs)
Atàériitâios du Nord à accuser, en cette occasioD, le gouvernement anglais de négligence. Et lord Palraei^on d'appaver le < sulicitar gênerai ». Et sir Rotuadell Palmer de faire chorus. Et la Chambre d'appUadir.
Il ne manquait plus, pour cooronner le scandale, que de
' voir les violateurs de la loi recueillir lenr part de ces tristes applaudissements. C'est ce qui a eu lieu. Les sympatiiies de la Chambre, exprimées sans scrupule., sont comme allées au-devant de M. Laird, père de l'entrepreneur an^is, lorsqu'il ÉRt venu justifier la construction de VAlabama , sur ce que son fils avait reçu des fédéraux, certaines propositious analogues à celles des confédérés, connue si la queslim éuit là i
La question? Elle était de savoir si la loi n'avait pas été violée ; si le gouvememeuL n'avait pas négligé ce qui aurait préveau cette violation; si cette violation n'aviût pas été cruellement préjudiciable à l'une des deux parties bellîgéraotes, et si, de ce concours de circonstances ne résultait pas une grave atteinte an principe de neutralité. Qu'on lasse le compte des actes de brigandage commis par le corsaire confédéré l'Âlabama ; qu'on fasse le compte des navires qu'il a pillés, dés navires qu'il a incendies; et l'on saura ce qu'a valu aux États-Unis cette manière d'être neutre que trouvent si parfaitement irréprochable lord Palmerstoo ^ le ■ solicitor gênerai > , sir Roundell Palmer et la majorité de ta Chambre des Communes I
A leur tour, il faut être juste, les Anglais ne sont pas sans
- avoir de légitimes sujets de plainte. Si ce qu'on raconte de ta saisie du vaisseau anglais le Peierkoff, à sa sortie du port danois de Saint- Thomas , est exact, cette saisie est injustifiable et constitue une injure gratuite. Le PeUrhoff" \ojar gcait d'un port neutre i un port neutre; il se rendait Ji M>-
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LA QUESTION D AXBRIQLB ET LES UUVUeitS ANGLAIS 115
tamoras ; il n'avait à bord aucune marchandise suspecte ; arrêté une première fois dans les environs de Saint-Tbomas, il avait montré ses papiers , qui étaient en règle et qui avaient été trouvés tels. H ne semble donc pas qu'il j eût le moindre motif pour le saisir et l'envoyer à Key-West devant la cour des prises. Ce qui ajoute à h gravité du fait, c'est que \t Ptterkoff a été saisi par ordre de ce même Wilkes, qui déjà r dans l'affaire du TreiU, avait mis le feu aux relations des deux pays.
Oo peut dire, et les journaux de New- York diront sans doute, que la saisie du Pelerhoff est une application de ce droit de visite si cher aux Anglais; que, dans l'exercice de c« droit, il peut arriver qu'on se trompe ; que cela arrive souvent; que les cours des prises ont été justement établies «o vue des erreurs possibles; que, si la saisie n'est pas reconnue valable, elle sera annulée, mais que c'est à la juridiction compétente à en décider. Soit; il n'en est pas moins vrai que, dans ic cas où le Peterkoff auTa'ii été sam sans aucun motif plausible, sur l'ordre d'un homme qui, après avoir, dans une occasion précédente, <^ensé l'Angleterre, a été élevé du grade de capitaine de vaisseau à celui d'amiral,* les Anglais ont assurément droit d'y trouver à redire.
L'irritation est donc très-grande , mais parmi ceui^-ià seulement qui sont ravis d'avoir une occasion d'être irrités. Ainsi que j'ai eu souvent occasion de vous le Caire remarquer, le Nord compte ici des partisans fort passionnés, et ces partisans, c'est la classe ouvrière qui les lui fournit. Dans l'esclavage, l'ouvrier anglais voit une dégradation de l'idée de travail, et conséquemment il abhorre l'institution de l'esclavage. D'autre part, il sympathise avec le Nord, parce qu'à ses yeux le Nord représente la cause de la démocratie, comme l'aristocratie sympathise avec le Sud, parce que.
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116 LETTRES SUR l'ANGLETBBBE (1863)
entre autres motifs, le Sud représente le principe aristocratique de b domination de l'hooime sur l'honime.
Ce sentiment de l'ouvrier anglais a éclaté iivec une véliémence bien caractéristique dans le meeting des < Trade unionists » , tenu dernièrement à Londres, sous la présidence de M. Bright. Jamais, dans cette grande cité, on n'avait entendu en, faveur de la cause du Nord, associée h celle des droits du travail, une protestation plus énergique, plus ardente, venant plus du fond des entrailles, si je puis m'exprimer ainsi. M. Briglit, dans c-e meeting, a parié avec sa vigueur et son éloquence ordinaires; mais là n'a pas été l'intérêt de cette démonstration. Ce qui en a fait un grand spectacle, un speelacle original, une chose tout à fait à part, c'est que les orateurs qni ont succédé h M. Bright éuienl de simples ouvriers : M. Odgers, un cordonnier; M. Howell, un inacon; M. Cremer, nu menuisier; M. Conolly, un maçon irlandais. El certes, le talent déployé par chacun d'enx révèle assez ce qu'il y a de trésors enfouis daus les profondeurs de la démocratie. lm[iossible, par exemple, de s'exprimer avec plus d'abondance, de richesse, d'esprit et de verve que ne l'a fait l'Irlandais Conotly, lequel a ôté sa veste avant de commencer, en ouvrier qui se met à la besogne. Ce mouvement oratoire a été fort applaudi, comme vous pensez bien, et le succès de notre Démostliène improvisé a égalé, sinon surpassé, celui de M. Brighl lui-même.
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J LOKD- MAIRE
L» P*llee dn l*rd-a
t Qu'un évéque loil tué sur un chemin de fer, et vous t)erres qu'il n'arrivera plus tCaeetdents sur les chemins de fer, » disait ud jour le très-spirituel et irès-sage Sidae; Smilb. La vérité est, hélas ! que les abus ont la vie dure, lorsqu'il n'y a que les pauvres qui en souffrent; mais que les grands de la terre aient k se plaindre d'un abus, c'est merveille de voir avec quelle facilité il disparaît.
Si cette observation philosophique échappe k la sagacité <le k corporation de Londres , ce ne sera sAremenl pas la faute de sir George Grey. Écoutez pIutAt.
Tant que le monarque-boutiquier dont le pouvoir s'étend sur le royaiune qui a nom la > Cité de Londres > et qui finit k ( Temple Bar >, en d'autres termes, tant que le lordmaire s'est contenté, comme magistrat de police, de faire le désespoir de ses sujets, vendeurs d'allumettes, et de disputer 1^ voie publique aux marchandes de pommes, nul n'a songé à lui enlever la douceur d'avoir une police à lui. Mais, d fatalité ! le ciel a voulu que le prince de Galles se mariât, que la princesse Alexandra entrât h Londres, après avoir traversé la Cité, et la police du lord-maire s'étani trouvée une digue
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lie LETTRES SUR L'ANGLETERRE (l332) .
pour rire, quand il s'agissail d'arrfiler les débordements d'un océao de peuple, tout a été dit : voilà la juridiction de police de milord-maire condamnée.
Si encore le mal s'était borné à la mort des pauvres diables qui ont péri étouffés dans ta foule et des femmes sans Rom sur lesquelles l'immense cohue a passé en les broyant! tuais it y avait là un prince, il y avait là une princesse, dont la sûreté aurait pu se trouver compromise , faute de précautions suffisantes. Aucun évéque n'a été tué, soîl; mais un prince a dû se sentir mal à son aise, — ce qui n'est pas moins grave, si l'on considère la distance qui sépare un évéque d'im prince.
Ajoutez à cela qu'on avait offert à la corporation de Londres de lui prêter, pour maintenir l'ordre, des poUcemen métropolitains, même des soldais si elle l'avait pour agréable, offre repoussée par elle avec ce majestueux dédain qui lui est propre.
Aussi, qu'est-il arrivé? Le poste de commissaire de police de la Cité étant venu à vaquer, le souverain bourgeois de la Cité, entouré de sa cour, se disposait i y pourvoir, lorsque le ministre de l'intérieur, sir George Grey, — nul ne l'aurait cru capable de tant d'audace, — a écrit au lord-maire de ne pas se presser, attendu qu'on allait présenter â la Chambre des Communes un bill qui épargnerait à h corporation la peine de nommer, à l'avenir, des commissaires de police.
Oui, c'est comme je vous le dis ; sir George Grey ne vise pas It moins qu'à dépouiller Sa Majesté d'au delà < Temple Bar > de sa juridiction spéciale en matière de police et d'annexer la Cîié à l'empire du vigilant, du redouté Richard Mayne. Encore un coup porté à la pnissance trois fois traditionnelle qui trône à « Mansion-House » ! Encore une conquête del'ogre Centralisation ! Encore une pierre qui tombe...
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LA MUCC DU LORB-M&IKE 11»
On assure et je crois que, lorsque la lettre it sir G. Grey a été lue dans le conclave des f bonunes du conseil > (councilmeji), la nouvelle de l'usurpation préméditée a été reçue par eua avec le calme que le Séuat romain déploya eu apprenant le résultat de la bataille de Cannes. Est-ce résignation sublime? Est-ce couBaiice hantaine dans l'immorlalité de la corporation de Londres?
Quant à moi, je penche pour la dernière supposition. C'a toujours été, en effet, un des traits caractéristiques de la corporation de Londres, un des articles de son credo municipal, de r^arder son tmpcrtutn in imperio comme étant d'essence impérissable et de tenir pour certain que la En du monde arriverait le jour ofi Le lord-maire n'aurait plus à se promener dans son beau carrosse, chaque année, à époque fixe, à travers Londres, traînant après lui des milliers de bannières et de va-nn-pieds en casque et en cuirasse ; le jour où un prince de Galles ne se croirait plus obligé de se faire sacrer... marchand de poissons; le jour surtout où il serait coupé uurt k la tradition sainte des diners de • Hansion- Itouse > , ces dîners monstrueux qui ont de temps iuimémorial mis en relief l'opulence hospitilière des lords^naires, qui ont établi sur des bases inébranlables la réputation gastronomique des aldermen et qui donnent périodiquement à tout ce que Londres contient d'officiel et de respectable des indigestions de soupes à la tortue.
Si jamais l'esprit de tradition, dans ce qu'il a de plus gothique et^de plus grotesque, est exilé de la terre où nous sommes, ce ne sera que lorsque de Guildhall il ne restera plus pierre sur pierre. En dehors des pouvoirs de la Cité, on pense généralement que le passé est le passé, mais telle n'est pas la foi du lord-maire, ni celle du ■ city remembrancer >, ni celle des ■ aldermen », ni celle des < council-
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Isa LETTRES SUR l'aticleterre (issa)
men >, ni celle du f sword bearer >, etc., etc. Pour ces ai^ustes personnages, le passé et l'avenir c'est tout un. .Ils ^devraient bieu savoir cependant
et s'ils l'ignorent, ce n'est pas faute d'avoir vu déjà tomber maint fleuron de leur couronne. Qui se seriût jamais figuré, par exemple, que'la Tamise pût continuer de couler lorsque la conservation de la Tamise aurait cessé de faire partie des attributions du lord-maire ? La Tamise coule pourtant aujourd'hui comme k l'ordinaire. Il est vrai qu'elle n'a pas cessé de sentir mauvais.
Quoi qu'il en soit, et malgré le dicton : « Il n'y a que la foi qui sauve, > j'ai bien peur que la foi de la corporation de Londres ne suffise pas pour la sauver. C'est chose décidément trop vieille et qui sent le moisi. Les fins observateurs prévoient le moment oCl la reine d'Angleterre pourra dépasser < Temple Bar » sans en demander la permission au lordmaire. Mais tout le monde s'accorde à lui laisser une fiche de consolation : le pouvoir de donner de bons dîners.
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os PROCËS EN « BHEACH OC PROHISE >
< BrcKcb «f Proattoe ■,
Poorqnoi ne pu m'iimer, madame l'impudente?
demande Arnolphe à la jeune et innocente fille dont il est devenu sctiement amoureux, et vous savez ce que répond Agnès :
HoD Dieu ! Je ne croti pai qu'on doive me bifimer. Une ae vous £tes-Tous, comme lui, Tait aimer? Je ne tous en ai pas empicbË, que je pense.
Eh bien, il se juge ici, assez souvent, des procès qui rappellent cette scène d' Arnolphe et d'Agnès, une des plus cbarmantes de cette comédie de l'^co^e des femmes qui en contient tant de charmantes.
Et tenez! l'autre jour, un H. Gorbett envoyait k une miss Chandler, qu'il espérait depuis longtemps épouser et qui faisait mine d'en vouloir épouser un autre, sommation formelle de l'aimer, sous peine de dommages-intérêts. A cela miss Chandler répliqua, absolument dans le style d'Agnès, qu'elle
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la» LETTRES SUR l'aNGLETBBHE (iBiU)
d'en pouvait mais ; qu'elle s'était mise h aimer Horace lout naturellement, sans même y prendre garde; que
Et sans pins tarder, elle courut à l'autel où Horace l'attendait.
Là-dessus, procès.
A dire vrai , miss Chandler avait autorisé M. Corbett à lui faire la cour pour )e bon motif, et cela n'avait pas duré moins de deux ans; en d'autres termes, il avait été aceepté coiiiiiie fiancé. En Angleterre , ces engagements qui se prolongent d'une manière indéfinie sont fort communs; et parmi les membces du clergé notamment, il en est peu qui se marient sans avoir passé et fait passer celtes qu'ils aiment par l'épreuve d'un long noviciat volontaire. Or, la loi est formelle : il faut que le fiancé épouse ou paye.
Vainement feriez-vous observer h la loi qu'il ne dépend pas de vous d'éprouver aujourd'har ce qne vous éprouviez il y a deux , trois , quatre , cinq , six ans ; que vous avez eu oci.asion, depuis lors, de concevoir sur la convenance de votre choix des doutes que vous n'aviez ni ne pouviez avoir avant l'épreuve fatale ; que vous avez découvert dans l'objet préféré des défauts impossibles k soupçonner d'abord et qui vous montrent l'avenir sous un aspect moins rassurant; qu'il est dans l'intérêt même de la personne dont il s'a^l, que vous ne donniez pas suite à un engagement qui n'est plus dicté par une affection mutuelle ; que vous avez h faire, ea vous mariant, le bonheur de la personne dont la destinée s'unit à la votre; que c'est faute de vous en sentir le pouvoir que TOUS reculez ; que c'est là un scrupule honnête, et qu*il
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