UN PROCES EK « BREACH OF PROMISE
y a immoralil^ à r^ntracter une dette quand on se sail insolvable.... ce raisonnement, le public, qui est bon prince, l'accepte, et l'opinion ne cherche jamais querelle à un fiancé on a ane fiancée pour rupture de ban. Halhenreusement la loi n'est pas aussi facile à persuader. Elle dit : <r N'épousez pas, soit ; mais alors payez : tant, s'il tous plail, pour chaque œillade qui se trouve rester sans effet; tant pour chaque soupir qui n'anrail pas été poussé si l'on avait prévu les suites; tant pour chaque tendre serrement de mnin donné en pure perte. » Ainsi parle la loi, et il en résulte que M. Corbelt a obtenu vingt livres sterling de dommages -intérêts. Si l'on s'avise désonnais de ne pas l'aimer dans les conditions voulues et suivant la règle, un dira pourquoi, morbleu!
Je me hâte de constater, de peur que les Anglais ne m'attaquent en calomnie, qu'il est rare, après tout, de voir un homme intenter ici un de ces procès qu'on nomoae « Action Tor breach of promise (1) > ; mais c'est une ressource h laquelle le beau sexe a souvent recours, et cela certaines gens le trouvent très-naturel.
Quant à moi, j'avoue n'être pas de leur avis. A part, bien entendu, le cas où il y a eu séduction el où la séduction a eu des suites de nature à compromettre soit l'honneur de la femme, soit son avenir, — je ne vois pas bien pour quelle raison, si l'on juge appréciables en monnaie sonnante, chez une femme, les douleurs de l'amour déçu, il n'en serait pas exactement de même chez un homme. En quoi le désappointement dans la première mérite-t-il plus que dans le second d'être guéri par une amende? Dans l'intervalle de l'engagement, la femme peut avoir manqué une occasion de mariage, d'accord, mais l'homme aussi; et dès gu'on évalue en livres
(1} Procès poaT mptnre de fianfailles. (JVoM dt réditevr.)
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124 LETTRES SUR l'aNGLETERBE (i8S3)
sterling les souffrances d'une âme blessée, il n'y a pas de raison pour qu'on ne fasse entrer en ligue de comple les pertes qu'un commerçant a pu encourir depuis que , n'ayant plus la paix de l'âme, il a ce^ d'apporter un soin sudisant à ses affaires.
D'uD autre dtlé , est-il sans inconvénient pour la pudeur publique, est-ii sans danger pour la morale que la femme soit encouragée par la loi elle-même à voir l'amour au travers d'une question d'argent, k venir raconter sur la place l'histoire de son cœur eu vue d'une soiiiiue de.... et à donner le chiffre exact auquel s'élève son pouvoir d'être consolée? Sans compter qu'il arrive souvent à des aventurières de se prévaloir de promesses qui ne leur furent jamais faites et de transformer en un engagement formel les rapports nés de leurs avances, — avances auxquelles les pousse l'espoir d'obtenir, plus lard, des dommages-intérêts ou l'équivalent en sacrifices volontairement consentis par leur dupe, si le scandale d'un procès Teffraye.
Disons donc que, dans le cas où l'action est intentée par. la femme aussi bien que dans celui où elle est intentée par l'homme, la loi qui donne lieu aux procès pour ■ breach of promise ■ est une loi mauvaise, d'autant plus mauvaise qu'elle est en désaccord avec l'opinion, en désaccord avec les mœurs, et même, ainsi qu'on l'a remarqué dernièrement, eo désaccord avec le principe qui, en Angleterre surtout, sert de foDdementau mariage.
Ici, en effet, le mariage en général n'est pas, comme sur le continent, chose arrangée par les familles, presque ea dehors des sentiments individuels des personnes intéressées ; il n'est pas un contrat conclu en vertu de considérations fort étrangères souvent k la question d'amour. Ici, le principe considéré comme la base essentielle du mariage est le choix
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UN paœÉS EN « BREACH OF PROMISE > 135
iDdiv[duel et parfaitement libre, ne de l'affection. Il y a des exceptions sans doute, et je ne prétends pas dire qu'en Angleterre, dans la classe aristocratique particulièrement, on ne se marie jamais par intérêt ou par vanité; mais le choix iodividuel, né de l'afTection et sanctionné par une volonté libre, telle est certainement la règle. Or, ceci étant admis qu'on ne doit se marier que lorsqu'on .>;'atme, quoi de pltrs illogique que d'allacher une pénalité au refus d'épouser la personne qu'on n'aime pas?
Oh I s'il y a eu séduction de la part de l'homme, séduction suivie de conséquences funestes h la femme, que le séducteur soit puni et que le dommage causé donne lieu à une compensation aussi large que possible, c'est justice; mais Ariane abandonnée par Thésée dans l'Ile de Naxus n'est pas du tout le t)T)e des héroïnes qui figurent dans les procès pour < breach of promise >.
On peut tenir pour certain qu'une loi est mauvaise quand de son observa^on résulteraient des effets plus fâcheux que ceux qui résultent de sa violation.. Et c'est précisément ce qui aurait lieu si ta loi en question était efficace; car qu'imaginer de plus lamentable que ces unions aiuiquelles la contrainte préside, ces unions contre lesquelles toutes les puissauces du cœur prolestent en secret? Et combien le mensonge de l'un prépare de douleurs à l'autre ! Montaigne dit en parlant des mariages contractés à la légère, élourdiment, sans prévoyance : * lien avient et qui se voil aux cages : les oiseaux qui sont dehors désespèrent d'y entrer et d'un pareil soing en sortir ceux qui sont dedans. » A plus forte raison doit-on désirer de sortir d'une cage dans laquelle on ne voulait pas entrer.
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LETTHES SUR l'aKGLETBRRB (iSSa)
PAtlUvn de« «m-wri^t» sans eaipi*! de Staleybrldga.
lies ouvriers sans emploi de Staleybridge ont adressé au miaistre de l'ÎDlérieur, sir George Crey, une pétilion dont je vous demande la permission de mettre quelques passages sous les yeux de vos lecteurs.
Cette pétition jette un grand jour sur les idées et les leodances de la ctasie ouvrière en Angleterre. Elle n'a été publiée, q^e je sache, par aucun journal anglais, au moins par aucun de ceux que je Us, et je les lis presque tous. La citation ipii suit, d'une pièce qu'on peut regarder comme inédite, servira de préface H la réponse que ma conscience m'ordonne de faire à un article intitulé : Ut Ouvriers el 1$ Parti libértd en Allemagne.
L'auteur de cet article préle h toute une classe de pliilosopbes et de penseurs pour qui nous professons, tous et moi, la plus baute estime, sûrs qu'ils ont bien mérité du peuple, des idées qu'ils n'eurent jamais.
Il suppose leurs doctrines opposées au développement libre de l'individu, lorsque c'est au contraire, pour servir chez tous le développement libre de l'individu, que ces penseurs et ces philosophes rappellent le pouvoir social au
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PÉTITION DBS OUTRIKKS SANS EMPLOI DE STALEYBRIDGE lil
senliment de son bat; de sa mission, de sa pubsaace.
11 les montre s' étudiant à abaisser te niveau social, lors^ que c'est à l'élever, au contraire, que tendent (eus leurs efforts et tous leurs écrits.
Il croit les réfuter en exprimaut le désir que chaque ouvrier puisse coudre les pans d'un habit à sa jaquette, et il ignore que c'est précisément cela, et cela seul, qu'ils ont toujours demandé.
Il ne eouçoit l'action de la société sur les membres dont elle se compose que sous forme de prime donnée à la pa- , resse et à la bêtise, tandis qu'ils l'invoquent, eux, au contraire, pour ouvrir toutes grandes les portes que l'indifférence de la société en matière de souffrances sociales laisse imperturbablement fermées devant le travail sans garantie et le talent sans fortune.
Il ne veut pas que les progrès de l'humanité soient entravés par l'élouffement de toute initiative et de toute capacité individueUe, et il a certes bien raison; mais c'est ce que ne veulent pas plus que lui les hommes qu'il attaque, faute de les avoir sufBsamment étudiés.
Ce n'est donc pas sans quelque étonnement que j'ai lu dans un journal aci^édilé l'article dont il s'agit, et cet étonnement n'aurait été mêlé d'aucan regret, si l'auteur avait pris la peine de prouver ce qu'il se contente d'affirmer, et si, par quelques dtatioDS tirées des écrits de ceux qu'il déoooce, il avait mis le public h même dejugerentre eux et lui. Car, dans ce monde, la grande affaire est d'avoir la vérité de s(Hi eèté, lorsque tous les flambeaux brûlent. Mais encore faut-il qu'on ne les éteigne pas, en s'abslenant de citer ce qu'on réfute. La discussion ne tue que l'erreur. Celui qui croit être dans le vnd doit donc déarer les attaques, au lien
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118 LETTRES SUR L'aKGLETERRE (1863)
de les craindre, pourvu que ce soit en pleio jour; et, s'il est sincère, il dira volontiers comme Âjax :
Dieu, rends-itous la lumière,' et rombals contre mm.
Ceci bien entendu, et avant d'en venir h des explications plus précises, je citerai un extrait caractéristique de la pétition dont je vous ai parlé au commencement de cet article :
< Les pétitionnaires (memorialists) ont enduré avec patience et résignation la détresse qui a affligé Staleybridge, aioM que les autres villes employées en Angleterre à la manufacture du coton. Us croient que la crise doit être attribuée en partie, mais en partie seulement, à la guerre d'Amérique : elle provient surtout du fait d'une production déréglée. Pour ce qui est de la première de ces causes, les pétitionnaires reconnaissent que ni leurs maîtres ni le gouvernement de Sa Majesté n'ont à en répondre. Pour ce qui est de la seconde, ils admettent que les manufacturiers n'ont à en répondre que dans une certaine mesure, une part d£ la responsabilité devant retomber sur le marchand anglais, qui exporte les objets manufacturés et sur le marchand étranger, qui les importe.
« Les mêmes pétitionnaires désirent exprimer, tout d'abord, leur profonde gratitude pour les eflbrts sans exemple faits en leur faveur par leurs concitoyens de toutes les classes. . . mais ils prennent la liberté de faire remarquer ■ que le langage de la presse et celui des « public speakers » les avaient conduits à regarder l'assistance si noblement offerte par leurs concitoyens comme ayant pour objet de sauvegarder l'indépendance de l'ouvrier et de respecter en lui le sentiment de la dignité personnelle; en d^autres termes, de lui épater la cruelle humiliation de s'entendre
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