‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 15 sur 97 · UN BUDGET DE K. GLADSTONE · texte numérisé non relu

UN BUDGET DE K. GLADSTONE

point là une mesure sans importance, et elle était ardemment désirée.

Toutefois, un doute existait dans les esprits : la réduction porterait-elle sur le sucre ou sur le thé? H. Gladstone a pensé que, dans l'intérêt des recettes du trésor, le principal, qui est le thé, devait avoir le pas sur l'accessoire, qui est le sucre ; il a calculé que le bon marché du thé pousserait à une plus grande consommalim du sucre, tandis que, selon toute apparence , le bon marché du sucre ne pousserait pas h une plus grande consommation du thé. La pauvre femme qui pourra prendre une tasse de thé de plus se passera volontiers le luxe d'un morceau de sucre additionnel, mais elle ne boira pas une lasse de thé de plus parce que le sucre sera devenu un peu moins cher.

Ce qui est sûr, c'est qu'une pareille diminution d'impôts causera ou, plutôt, a déjà causé une satisfaction universelle et Irès-vive. D'autant qu'elle a lieu dans un sombre moment: alors que le Lancashire agonise; alors qu'on parle d'exporter, par voie d'émigration , un demi-million d'ouvriers à qui l'on n'a plus de pain à donner; alors que le commerce avec l'Amérique est tari dans ses principales sources; alors que la situation de l'Irlande est désastreuse , aussi désastreuse que celle du Lancashire. M. Gladstone a fourni sur cette situation de l'Irlande des détaik navrants, des chiffres qui serrent le coeur. En i859, la valeur des récoltes d'avoine, de froment , de pommés de terre, et du tiers du bétail, — qu'on suppose représenter son renouvellement annuel, — était évaluée, en Irlande, à la somme de 39,437,000 liv. st., et elle ne l'est plus aujourd'hui qu'à la somme de 34,327,000 liv. -st. En d'autres termes, 19,000,000 liv. st., tel est le chiffre qui exprime la rapidité du mouvement sinistre qui, d« 1889 à 1861, a poussé l'Irlande vers la ruine et la famine.

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LBITRES SDR l'aNCLETBRSE (1863)

■. 4e Bianiarck Jasé ea Angleterre.

Louis XIV, — c'çst tf^-TT», — éuit homme 1 «itrer au parlement eii bottes de chasse et le fouet i la Bain. Hais, d'abord, Louis XIV était Louis XIV; et, ensuite, son insolence avait du moins le mérite de n'être pas sysMnatique. La preuve, c'est qu'un beau jour, tremblait devant les effets de sa propre colère, il jeta sa canne par ta fenêtre , de peur d'en fraf^er un gentilhomme.

Herr von Bismarck , qui n'est pas le < ^and roi >, n'y mettrait pas tant de façons, luil

Si le ministre prussien tient à ce qu'on parle de lut en Europe, n'importe de quelle manière, il a lieu d''être salisfait, [d, en tout cas, l'on s'est occupé de ses dernières incartades avec une prodigalité de mépris et d'indignation dont sa vanité a sujet de triompher.

Saint Philippe de Néri, ayant ouï dire qu'une certaine nonoe s'attribuait le pouvoir de faire des miracles, voulut savoir si elle avait pour cela les vertus requises, notammenl l'humilité. U l'alla donc trouver avec des souliers très-sales, qu'il se h^u, dès qu'il l'aperçnt, de lui jeter i la lële. en Im trdonnant de les nettoyer. Grande fureur de la part de la sainte; sur quoi, saint Philippe de Néri, sans perdre de temps, informa te pape qu'il n'avait pas k compter sur bk

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K. DE BIEUBCK iVCi B^ -ANfiLGTERRE ISt

saÏBte de cette espèce. Telle est l'InsloiFe que le SpeekOor rappelle à propos de £ette mémorslde sé»ce du 17 arri), dans laquelle od a vu. H. de Bismarck jeter ses smiliers sales k la tête de la Chambre prassienne, qui maHieureoseineiit s'est moQtrée pins digne que la Boone dont îl s'agit, des houDCurs de h canonisidioD.

Qn'nj) miDislre censé ceostitutionDel aK osé dire à une assemblée des représentants du peuple :. « Nous ferons la guerre avec ou sans votre appridution > ; qu'invité, aux ternes de li consthoEion, à assister à m dâ)at qui le eoncerojHt, iJ ail eu l'inpudenee de décbR-er avoir entendu tout d'iné -ckiiakie voiâne, ce qui aoE&sait; et qu'enfin, appelé il retirer on à voiler i'«ytrage, il ait pris plaisir à retourner. Je fer dans la plaie en s'écriiDt : ■ S'il y a dans cette Chambre des députés qui ont de bons poumoos et peuvent se faire entendre de loin, je ne vois pas pourquoi je ne profiterais pas de cet avantage.... », c'est U une de ces choses qui, dans le pays d'où je vous écris, paraissent manstrueuses ni pomt de paraître imposables. En Angleterre, un ministre qui se permettrait une telle conduite serait non-seulement cha^ de la Chambre à l'insbut mteie et renversé du pouvoir., mais nis au han de U soôété, .ceonne ayant perdu le <tître de gentleman.

Eh quoi! n'était-ce pas assez d'antoncer à la Chambre {Hvssienne qu'on saurait bien ee passer d'elle et de sou budget? N'élait-ce pas assez de lui refu.ser toute explication «atégorique relativement à la convention c&nclue entre la Russie., et la Prusse, ou , en d'autres lermes , tout coDU-dle sur la politique extérieure du gouvernement? Fallait-il encoFe la traiter comoie si elle était indigne des égards qu'on croit se devmr eotre gens de bonne compagaie? Aux yeux des Anglais, de semblables procédés ont qsetqie chose de

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158 LETTRES SDR l'aNGLETBRRE (iSfis)

si MtraordiDaire, de si prodi^enx, qu'on se perd en conjectures sur les motifs que peut avoir le ministre prussien en af^ssant de la sorte.

Espëre-t-il, dans le déUre de sa vanité, prouver au monde qu'il y a en lai l'étoffe d'un second Strafford? Mais l'arrogance de Strafford fut la maladie d'une âme haute ; elle ne descendit jamais h de vulgaires insultes. Et d'ailleurs, od sait oîi elle le conduisit !

M. de Bismarck enlend-it se poser en Richelieuî Hais Richelieu, dont la luaiD élaît assez forte pour manier la hache, Rit^elieu lui-même ne se serait pas cru la main assez forte pour manier la cravache dans^sa lutte contre la noblesse.

Une hypothèse piquante est celle-ci. Certaines gens se sont demandé, le sourire sur les lèvres, si d' aventure H. de Bismarck ne serait pas un grand patriote, un patriote sublime, qui, voulant la liberté de son pays et désespérant d'amener les Prussiens à secouer leur léthargie , s'il ne les y forçait par l'excès de la provocation et de l'outrage, s'était mis, pour les faire avancer , à leur donner de l'aiguillon dans le flanc : dévouement héroïque, bien supérieur à tout ce que l'histoire ancienne nous laconte de Décius et de Curtius !

Parlons sérieusemenl. Ce qu'il y a de plus clair dans la conduite du ministre prussien, c'est que l'avilissement de la représentation oaLionale est, de sa part, une affaire de système. Comptant sur te flegme germanique, il pense sans doute :

Que la Chambre prussienne dévorera jusqu'au bout les outrages dont elle est abreuvée;

Que te régime représentatif tombera par là dans le mépris ;

Que le peuple, lisant des débats où les députés se laissent traiter, (antAt en écoliers mutins, tantôt en subalternes, se détournera d'eux avec indifférence, peut-être avec dégoilt;

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