‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 16 sur 97 · V. 9E BISNARCK JUGE EN ANGLETERRE IGS · texte numérisé non relu

V. 9E BISNARCK JUGE EN ANGLETERRE IGS

Que le spectacle d'un roi capable de triompher des résis- UDces parlementaires sans avoir même besoin de recourir k un coup d'État, rampera au culte de la force brutale les iodéciset les timides;

Que les chercheurs d'emplois, si nombreux en Prusse, se hâteront de porter leur hommage aux pieds du pouvoir le plus hardi;

Ed un mot, que les insiitntioos représentatives mourront delà dégradation infligée à ceux en qui elles se personnifient.

Reste la question de savoir jusqu'à quel point le succès de cette triste politique sera facilité par la résignation des hommes qui en subissent l'injure. L'Economist les compare à des enfants qui ont à- peine atteint l'âge où le fait d'être fouetté devient intolérable, parce qu'à la douleur physique se joint le sentiment d'une humiliation plus cuisante que la douleurphysique elle-même. C'est assez vous dire avec quelle sévérité on juge ici la patience que les députés prussiens déploient. 11 y a quelques jours, le Times faisait observer, d'un ton moitié railleur, moitié chagrin, qu'en Prusse la moitié des hommes intelligents , après avoir passé tour ï tour par tes mains du maître d'école ofliciel, du professeur, du sergent, allaient finir dans quelque bureau du gouvernement leur éducation disciplinaire, et il ajoutait : * Comment se faîtHl qu'ayant à leur disposition des chevaux aussi dociles et devant eux une route aussi unie, ceux qui tiennent les rênes soient assez malavisés pour se tromper toujours de chemin, pousser deux des roues au moitas dans le ruisseau et s'enterrer dans la boue? > Oui, c'est à ces dures comparaisons, c'est ï ces réflexions amères que donne lieu ici l'altitude, par trop soumise, des représentants du constitutionalisme en Prusse. Le refus fait par le vice-préàdent de rappeler à l'ordre M. de Bismarck, dans la séance du 17, est une chose

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1&« LETTBES SUR LANfiLETEBIB (lS«3)

qui, pour les Anglais, est absolument iaattaptéhbBmble.

Quant à la conduite de ce nùmstre, an poijM de vue des intérêts géuéraux de l'Europe , elle est dénoncée partout «n Angleterre comme un danger public. Si H. de Bianani. n'avait d'autre tort que de parler le dialecte russe m s' adressant à une Chambre prussienne, selon la remarque du docteur Loeve, passe encore; mais le présomptueux ministre, i mesure qu'il tend davantage k s'aliéner les gouvernements constitutionnels, se met de plus en plus dans la néeesaté de réaliser ce mot qui naturellemeat senne mal aux oreilles de l'Angleterre : « La frontière ruite commence aux porte* 4e Berlin: > Cet asservissemeat prévu de la Prusse i la Russie est regardé avec raison par les Anglais comme le plus grand péril qui puisse iMoacer leur tranquillité et edle de l'Europe. Qne Napoléou, par suite des événemeals de Pologne , en vienne aux mains avec l'empereur Alexandre, ce n'est point là le principal sujet de leurs soucis; mais que le roi de Prusse, en liant ses destinées à celles de la Rnssie, appelle les armes françaises sur le Rhin, voilii ce que l'Angleterre n'envisage pas sans inquiétude et ce qui conthbue i . lui readre les folies de M. de Bisa^ck «dieuses.

Ce n'est pas tout. L'opinion pablique en Angleterre est très-favOTable à l'établissemait des gouvernements conslîtulioonels; mais le fanUme des fé^'olutions l'eSi'aye, et Ui dtnte violente 4es trtoes n'est que fort Htédiocrement de snn goilt. Elle refrocbe donc à M. de Bismardi de sener en Alleaiagne les germes d'une révolution, en ne laissant »ux Prussiens d'autre alternative que de se soumettre incondilioanelleiDeDt et faontenseaient, on de pousser droit à la destruction de la moaarcfaîe ! C'est ce que déclare sans détour VEcononUtt, dans un article qui etaomeace par ces mots : ■ Herr von Bismarek commemee à ^tvmir une pe«fe

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LB OOBTB DE GRET. — M. STANSFSLl) ISS

ftMiqw^ > et qui se termiiK par ceux-ci : ■ Herr vm Siamordk fournil à l'etprit de révaUe l'mguition dont il a baorn et t'avance imperfurbabtemint dans tuw vme è JofiwAe U fi'tf a qu'une isme jmetible. C'est f»ttr^uoi •DU* h d^nonçoui eotmiu un «nn«mt pv&fic ée la faix de FBmrope. >

Le Comte de Grey. — M. Stanafeld.

Le poste laissa »tde psr la nwrt de sir Cornwall Lewis vieot d'être rempli, et c'est swr le comte de Grey que le (fcm de lord PalmerstoB est tombé.

Ce dïoiit est refloarquable.

Et d'abord le comte de Grey est tout jeniie ; je ne crois pas qu'il ail encore trente-six ans. Mais lord Pahnerslon a pensé avec raison ÇMe le point" !i considérer était celui de savoir à l'homme convenait à la place ; si, au département de la guerre, lord de Grey serait, comme on dit ici, the right man in,tke rigkt place.

^ Il était d^à sous-secrétaire pour là guerre , et i! avait eu. en cette qualité, occaàon d'étwfier de près tout ce qwi se rapporte aux fonctions dont il viept d'être chargé. De plus, c'était hri que lord Heitert, avant de mourir, avait recom-

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1B6 LETTRES SUR l'aNGLETBRRE (iBSs)

Biandé comme l'homme le (^us propre k être son successeur. Le comte de Grey a dooné une vive impulsion au mouvement des volontaires, qu'il a su se concilier, sans que son crédit auprès de l'armée en souffrit, et ce n'est point un mince mérite. Le ministère ne gagnera peul-étre pas eu lui ce qu'il vient de perdre en sir Cornwall Lewis, et cependant le choix du premier ministre est géoéralemeat approuvé par l'opinion, sauf sous un rapport.

Lord de . Grey siège à la Chambre des Lords: 11 en est de même du ministre des affaires étrangères. Il eu est de même du premier tord de l'amirauté. Voilà donc les trois plus importants ministères, ceux qui ont le plus d'action sur les affaires de l'Étal, ceux qui ont le droit de patrooage'le plus étendu et le plus d' aident k dépenser, qui se trouvent placés comme en deborsde l'influence directe de la Chambre des Communes, où ils ne seront représentés jusqu'à nouvel ordre que par des suus-secrétaires d'État.

Cet arrangement a un vice qui frappe surtout ceux qu'une longue expérience a familiarisés avec la pratique de la vie parlementaire. Quand la Chambre a un blâme k prononcer, il n'est pas sans importance que ce blâme tombe d'aplomb sur la tête de qui l'a encouru. Quand la Chambre a des explications à demander, il est bon que celui-là les donne sur qui pèse la responsabilité véritable. Mis fac« à face avec la Chambre, un ministre sera souvent conduit à prendre des engagements, à se lier par des promesses, qui seraient audessus des pouvoirs d'un subordonné et qu'on ne sera pas même tenté d'attendre de lui. Aussi la nomination de tord de Grey, qui n'est pas un eommoner, est-elle n^gaï'dée par plusietu^ comme un affaiblissement du contrôle parlementaire. .

Hais, il faut bien le dire pour être juste, la faute n'en

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LE COXTB DE CRET. — M. âTAHSFELD 157

est poiot à lord Palmerstoo. Le parti libéral, daas la , Cbambre des Commuoes, comprend peu d'bomiues initiés k h connaissance des affaires. Si l'on veut des administrateurs, c'est au parti cooservatiste qu'il faut recourir; et comme ie premier ministre actuel croyait nécessaire, dans Viotérét du maintien de son pouvoir , de donner satisfaction an parti libéral, il a dâ chercber dans la Chambre des Lords ce qu'il avait de la peine à trouver dans la Chambre

Étrange personnage que ce lord Palmerslon ! Je vous ai dit souvent, et je ne m'en dédis pas, qu'il est tory dans l'âme. Toute réforme lui fait peur ou du moins lui répugne, c'est bien certain, et cependant il se trouve avoir appelé à ui, dans lord de Grey, un esprit hardi, qu'aucune idée n'étonne. A une époque où le mot socialisme était l'épouvantaîl qu'on était convenu de planter dans le champ des abus, pour empêcher les réformateurs de s'y abattre, le trèshaut et trës-opulenl lord de Grey {en ce lemps-là lord Goderich) se rangeait résolument du parti des t socialistes chrétiens > en Angleterre, tendait une ma^n amie à des hommes proscrits pour avoir mis en doute la parfaite conformité de la morale dn siècle avec la morale de l'Évangile, et songeait aux moyens d'améliorer la conditioD du travailleur en relevant la dignité du travail.

Mais à lord Palmerston tout cela importe peu. Le progrès ne l'attire pas, mais il ne lui déplaît nullement d'avoir sous ses ordres' ceux que le progrès allîre, ne fût-ce que comme moyen de les annuler. D'ailleurs, l'égoïste sérénité avec laquelle il envisage les choses humaines l'empêche de se pasnonner contre qui que ce soit ou contre quoi que ce soit.

Lorsque le « conspiracy bill » fut présenté à la Chambre des Communes, il y a quelques années, ce fut par un amen-

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1S8 LEÎTBES SUR L'ANGLETEUtE (ises)

demeat et un discoars d« H. Hilner Gibson que le ninist^ de lord PahuersloD fut mis eo pièces. Le vainew garda-t-il rancuDe aavaioquearî Pas le moiiis^ du nwode. Lord Palmerston D'était pas plus lot ra[^lé an timon des ^air«&, en 1859, qne M. Militer Gibsnn éuât Dominé président dn • Board of Trade >. Les deux adversaires étaieot ainsi devenus eoUègues. Aujoard'hnt encore, ils siègent eôle i côte dans les conseils de l'État, foflt bon mèmfe, et ce qiL'il ; a de plus curieux, c'est que H. Hilner Gibson B'a pas rei^pfl pour cela aiec l'école de Manchester : il est resté partie kitégrante de ce dieu en trois personnes qui se compose de Im, de M. CobdCQ et de H. Brighl : de H. Cobâen, qui a refusé d'étru ministre, et de M. Bright, qui ne saurait le devenir.

S'appuyer sur k bâlon qui L'a frappé ou qui pourrait le frapper est un des traits caraclérisliquea de la politique de lord Palmerston . C'es^un de ses grauda moyens pour attnndn ce qui est son grand but, la conservation du pouvok-. Il prend son bien partout où il le trouve.

De ceci il existe une preuve encore j^us frappante qne la Bomuation de lord de Grey comme mii^stre de la guore, c'est ceUe de M. Stansfeld comme^unMrlordderaiurayté. Le Htarqus de Hartiogton, qui occupait ce deruicr posle, ayant été appelé k remplir la place knssée vaeanU par levd de Crey, sa succession était à donner, et elie a été donnée i H. Stansfeld.

Or, H. Staïasfeld est presse plus qu'un libéra), c'est un radical, et presfpie plus qu'un radical, si l'on considère dans quel cercle de relatûns il a toujours vécu et quels soM tes amis que son ccenr préfère. Eo ce qui CMcerne l'iolérieur, il est très-décidénent contre les privilèges abusife de < l'ÉgliM établie » et trè&-déeidéinent pour l'extension du drwt de suffrage. En ce qui cooceme l'^ténev, nul ne s^m^Imm

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LE COMTB BE eRET. M. STAMSFELD 1S9

pifls ardemmeot qae loi avec les nationalités opprimées. H eomple panni ceox qui tiennent en petit« estime les cbancelleries et lear prétendue sagesse, parmi ceux qui croient que les peuples ont peu à espérer et beaucoup à craindre de la diplomatie. Bref , loin d'élre conservatbte à la manière de • lord Palmerston, il n'est pas même whig à la manière de lord RiMsell.

D'un autre ràté, c'est, dans la plus lar^ acception du mot, on homme de bien, un caractère honorable. Quand les éleoenrs d'Halifax jetèrent les jeux sur lui, on l'inlerrogea sur la Mture de ses amitiés. Si par là ses adversaires pensèrent llntimider, le résuhal prouva bien vite qu'ils ne trompaient. Loin de se défendre d'avoir poirr amis intimes des républicains bien ewinus, des démocrates nnxquels on n'avait pas épargné la calomnie, M. Stansfeld se déclara honoré par i affection qu'il lem- avait inspirée et se montra prêt à sacritier an désir de la conserver, en la méritant, l'espoir d'entrer à la Chambre des Communes. Ce s'était assurément pas faire acte de béros, — pour a^r autrement, il faudrait être le dernier des hommes, — nais, en cette occasion, M. Slansfeld fit son devoir avec une noblesse d'attitude, avec une hatttetir de langage qui disaient assez de quelle trempe était son âme. Il fut éln.

Alt Pariement, la politique dépensière d» lord Palmerston a eu en lui un censeur éloquent et grave. H. Stansfeld n'a pas parié souvent, mais toutes les fois qu'il a parlé, c'a été avec une grâce pénétrante, une correction exquise de langage et une grande élévation de sentiments. Dès son premier Â^sctmrs, il avait pris ran{^ parmi les « rising nten > ; et c'est en fixant les regards du public qu'il a fixé les regards de lord Palmerston.

Que ce dernier ait eu raison , à son propre point de vne.

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ISO LETTRES SUR l'aNGLBTERRE (iSfiS)

d'appeler H. Stansfeld sous le drapeau de son gouvemement, il n'y a guère h eu douter; mais que M. Staosfeld ait eu raison d'ar^pler, c'est sur quoi, je le craiDS, ceux qui l'aiment auront quelque difficulté à tomt>er d'accord.

I) est vrai que M. Stansfeld n'a pas les qualités d'un IribuD du peuple. La flamme qui brdle eu lui ne se révèle jamais par d'ardentes lueurs. L'extrême douceur de ses manières, ses dehors modestes, sa parole sobre et soo visage pensif prêtent un charme singulier à son commerce, dans les relations de la ïie privée, mais risqueraient de n'être pas appréciées à leur justâ valeur dans les orages de la place publique. Son éloquence tranquille et mesurée persuade : aurait-eUe la puissance d'entrainer? Reste à savoir si c'est là un motif suffisant pour qu'un homme tel que lui coure le risque d'être absorbé.

On peut, sans être précisément un tribun, rendre d'éclatants services à la cause du peuple; et cette cause, nul certainement n'était plus capable de la servir utilement que H. Stansfeld comme membre de la Chambre des Communes. Trouvera-t-il un emploi aussi fécond à son activité dans un ministère ob il va d'occuper, après tout, qu'une position subordonnée, où rien ne sera laissé entièrement à son initiative, où son éloquence dépendra du besoin qu'en aurout ses supérieurs, où sa. part d'action enfin sera moins considérable que sa part de responsabilité?

Qu'il ait voulu se rompre h la pratique des affaires, en vue d'événements qui amèneraient à la surface un pouvoir plus eu rapport avec ses aspirations que le pouvoir actuel, c'est possible; et il va sans dire que, regrettable ou non, la déiermmatton de M. Stansfeld n'a pu être puisée qu'à une source élevée. Mais le danger est qu'il perde h cette tentative uue partie de la force qu'il possédait.

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