‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 20 sur 97 · CE QLI PARALYSE L ANGLETERRE 1B · texte numérisé non relu

CE QLI PARALYSE L ANGLETERRE 1B

Lord Russelt s'est empressé d'expier , par un luagnilîque éloge du czar, le tort d'avoir déploré les malheurs de la Pologoe ; il a pris soin de le rassurer sur les conséquences de l'intervenlioù du cabinet britannique, en déclarant : d'abord, que cette interventioo s'évaporerait en paroles; et ensuite, qu'elle n'avait en aucune façon pour but l'impossible indépendance d'une Pologne impossible ; enfin il est allé jusqu'à fournir l'expression de « vautours > aux auatlièmes de la chancellerie russe contre les < révolutionnaires cosmopolites. >

Si le prince Gortschakoff n'est pas satisfait, il sera diflîcile à contenter !

Hais un tangage encore plus curieux que celui de lord Russelt, c'est celuf qu'ont tenu, dans !a même séance, les lords Shaftesbury et Harrowby.

Il n'y a rien à ajouter vraiment k ce que lord Shaftesbury a dit de l'impossibilité où la Pologne et ta Russie sont désormais de vivre ensemble. Il a comparé la domination de !a seconde sur la première h cet arbre funeste qui tue quiconque a l'imprudence de se reposer sous son ombrage. Il a prouvé, par une longue récapitulation de faits bien connus, mais présentés en termes d'une rare énergie, que jamais sir Cresswell Cresswell n'avait été appelé, en Angleterre, à juger une cause de divorce où la demande en séparation fût aussi puissamment motivée. Il a rappelé , comme indice frappant de l'unanimité du soulèvement en Polc^ne, que les deux millions de juifs polonais qui, en 1830, s'étaient rangés du cfïté de l'empereur, avaient, au contraire, en 1863, pris parti pour l'insurrection, et il a cité le mot du grand rabbin qui, à cette observation du grand-duc : i Voua savez que l'empereur eil votre père, « avait répondu : < Ce$l woi, l'empereur etl notre pire, mais la Pologne eet notre mire.

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«I lorique U mari bai sa femmt, c'esl pour leur mère fue let enfants doivent prendre fait et cause. >

Bref, lord Shaflesbury , parlant au nom il'un imposaDt ujeeUog tenu à Guildhall, a conelu par demander que le gouveruenieat britaiiDique déclarât le royaume de Pologne séparé désorfliais de l'empire russe.

Quant à lord Harrowby, il a été plus péremptoire encore. Suivant lui, la Russie est déchue du titre que lui donuail le traité de Vienne, et il a pressé le gouvernement britannique de proclamer solennellement rette déchéanc<!.

D'après cela , vous croyez peut-élre que lord Shaflesbun,' et lord Harrowby se seront du inoins abstenus de tout aveu propre à trahir un sentiment de faiblesse ï Eh bien, non. Pas de guerre ! ■ nous ne voulons de la guffre à aucun prix, » voilà où abouti! la logique de Leurs Seigneuries.

Hais alors à quoi bon vus froncements de sourcils, milords? Et qu'espérez- vous?

J'admire la candeur de lord Shaftesbury, quand il s'imagine que l'opinion publique convertira le czar et ses ministres; que la Russie sera trop heureuse de lâcher sa proie; que l'empereur Alexandre II, après avoir lu le discours de Sa Seigneurie et un article du Times, oubliera soudain qu'il a des canons à »)q service, et, tendant les bras à la Pologne par lui reconnue indépendante, lui dira de sa vois la plus douce : i Ëuibrassons-nuus, et que cela finisse. » En vérité, l'oo croit rêver lorsqu'on voit des liommes d'un âge mûr se bercer d'illusions aussi puériles. Ne dirait-on pas que c'est aujourd'liui seulentent que l'opinion publique s aperçoit, Ae ' ce qui se passe là-bas? Que lord Shaftesbury prenne donc la peine de se relire. Lui-même, dans sou discours, il nous assur(! que, depuis le premier partage de la Pologne, l'opiuion publique , l'opinion du monde civilisé, n'a cesse de

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protester contre la spolialiou et les spoliateurs. A quoi cela a-t-il servi? Nous sommes en 1863, si je ne me trompe , et le premier partage de la' Pologne eut lieu en i 772. ConvenoDS que la conversion de la Russie par l'opinion publique prend bien du temps. Et convenons aussi qu'à l'heure qui! est cette conversion n'est guère avancée, s'il en faut juger par la réponse du prince Cortschakoff aux Journaux, aux meetings, aux harai^ues et aux dépOches de l' Angleterre.

Non que je nie l'efficacité de Topinion, Dieu m'en garde ! mais cette effic'aiilé ne se révèle que par l'énergie de la pre^M amenée sar ceux qne la pensée a.lt»qoe. Le deapoliBiiie ne se fotivertit pas, ri se rend. Le eaiéeliiser est parfatttmml rmilile et touche au rtdienle. S'il était capable d'être converti , il ne se serait pn« mis dans le cas de fétre-; H m serait pa* le deapotisine.

Le pewple anglfrisest m peupte sensé, et tl est impossiMe qu'il ne comprenne pas cela. Comment donc expliquer son altitude dans la (fuesfron polonaise?

L'ntplication esl, selon mot, dans Finsurifiofitabledéflance que le gouçemement fr3rm,'ais lui inspire. Quand elle a mia * Frjmce prête à prendre en main la cause de ta Pologne, l'Angleterre' n'a pas voulu , elle contrée libre , paratFre plus in(tiftreirte aif triomphe d'ufte cause jw«e. C'esl pourquoi elle a couru l'aTeiilure d'une inferrenlion... Térbale. Mats passer des parois a l'action, c'est ce qu'elle n^aorail fort qae si elle avait cru pouvoir ssrrrs danger marther de concert aTec la France impériale. El c'est ce qn'elle n'a jamais bien cru, ce qu'elle a era moins encore après lès révélations du baron de Bronow, et, disons-le franchemenr, ce tjae h nature des choses la porte à ne iplis croire.

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LETTRES SUB l'aHGLETERKK (1863)

Les iBBtltBtiona «h»rlt«blcs et l'lB««aic-tiix.

Il s'esl passé, la semaioe deraière, un événeineot grave et curieux. Il y a quatre ou cinq jours, tes environs de Downing sireel étaient en grand émoi; la fameuse rue ministérielle présentait une animation qui ne lui est certes pas ordiDaire, et les escaliers qui conduisent â l'appartement du chancelier de l'Ëcliiquier étaient encombrés de moude. On eût dit une véritable invasion.

Une déptilatioR, ou plutôt nue respectable cohue, dans laquelle- figuraient le duc de Cambridge, plusieurs évéques - parmi lesquels celui de Londres, et toutes sortes de hauts personnages, était venue là pour protester contre un projet financier de M. Gladstone.

De quoi s'agissait-il doDc, et pourquoi cette émotion extraordinaire? Tout d'abord,'il faut se rappeler qu'en Angleterre il existe une multitude d'institutions charitables; que ces institutions ont été fondées et sont entretenues par des contributions volootaires; que les dix-neuf vingtièmes de ces ehariliei proviennent de legs; que leur administration est indépendante; que l'État n'a rien à y voir, et qu'elles échappent conséquemmeiit au contrôle de la société considérée comme un être collectif; qu'elles founiissent au clergé de puissants moyens de prosélytisme et d'influence; qu'elles

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