EFFET DE LA. MMJVELU BE LA NORT DE STON. JACKSON
d'une armée. Peut-être le président JeffersoD Davis ne le jugeait-il pas en état de f;iire mouvoir de graudes masses d'hommes. Peut-être se dé(iait-ii lui-même à cet égard de . sa puissance. Qu'importe, -du restcî Sa force était dans le prestige de âon nom, dans la conTiance sans bornes et l'espèce d'iiffection niiale qu'il inspirait au soldat, dans l'élan qu'il lui imprimait. Sous ses ordres, les troupes étaient capables, nou-seulemenl de mieux se battre, mais de faire face à de plus dures privatious el de supporter $aus murmure de plus longues marches. D'autre part, sa piété, qui était Eervenb;, donnail, aux yeux des siens, une sorte ds coosécrttien religieuse à la cause injuste <pi'il défendait. Huntne de DKBurs trëK-siaiples, fort i>égligé daus sa persaao«, montant mal à cheval, et d'une ^ure qui était plut*^ celle d'uD (mo fermier que c^le d'un héros, son extérieur, joio de ri«fl dier a» pouvoir de ses qualités mondes, le relevait, i-n lui iinpniitantMii caracière d'Ariginalilé attachante. SouE certains rapports, c'était tne nature jetée dans le moule de Crouwell. £n lui, cosauie en Croiuwell, il y avait le rude parlisan, le dévot, l'homme de guerre, le puritaw. Comeoe Cromwell, il passait toute la nuit en prière, la veille d'une bataille; et ceb ne servait pas peu à fortJâer son influence sur des hommes qu'uue éducation fausse, des liabitudes d'esprit perverses ont conduit à marier au culte de la Bible l'iniérét qu'ils ontîi maintenir l'esclavage. Car.choseélranjw, la Bible n'a pas de plus sincères adorateurs en AMérique que les propriétaires de chair' humaine, et ils foui -à Dieit l'outraf e de meure sous sa protection cette proptiété inpie. Pour toutes ces raisons le Sud a fait dans Stoaewall ia^son une perte irréparalde, et il est iiawel que ceux qui en Angleterre soupirent après le triemplie du Sud aieul pris iBoreleileat le deuil.
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Détet «M l'K«tc d'nnirormltë.
Pendant que la Chambre des Communes s'occupait de l'Ëglise protestante d'Irlande, lord Ebury, dans la Chambre des Lords, insistait sur la nécessité de donner entîn un peu de- Jour et d'air à la conscience du clergé.-
Rudes sont aujourd'hui les épreuves auxquelles est soumise en Angleterre l'orthodoxie de quiconque aspire aux honneurs de l'ordination et à ceux du ministère sacré.
Il doit d'abord prêter le semeDt d'allégeance et de suprématie; puis déclarer que le livre de prières ne contient rien de contraire à la parole de Dieu ; puis reconnaître que des trente-neuf articles qui consUtuent l'orthodoxie prutestante^ il n'en est pas un seul qui ne soit conforme à la parole de Dieu. Cela fait, il peut devenir maître es arts.
Pour devenir diacre, il faut qu'il répète serments el déclarations.
Prêtre, il ne saurait l'être qu'à hi condition d'avoir traversé semblable épreuve.
Et ceci même ne suffit pas dès qu'il s'agit pour lui, soit d'obtenir un bénéfice, soit de passer d'un bénéfice à ud autre ; car, dans ces deux cas, il est tenu de déclarer en outre : i* qii'il s'engage à se conformer à la liturgie de l'Église d'Angleterre; â° qu'il donne un assentiment pur de toute
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D^BAT SUR l'acte D'tlNtFORMITÉ 217
arrière-pensée k chacune des choses contenues et prescrites dans le livre des communes prières (tke Book of eommon Prayer). ,
Ajoutez à cela le serment d'obéissance canonique, plus le serment contre la simonie, plus l'oblif^alion de répondre à une foule de questions inquisitoriales, et vous n'aurez encore qu'une partie des mailles du filet jeté par l'Église d'Angleterre sur la conscience de ses ministres.
Mais des divers engagements exigés, le plus oppressif est celui qui requiert un assentiment absolu à (oui ce que eontient le Book of cominon Prayer.
On se rappelle dans quel esprit et sous l'empire de quelles circonstances fut décrété ce fameux « acte d'uniformité >, qui|, sous prétexte d'introduire dans l'Église d'Angleterre l'unité et la paix, mk aux mains de l'intolérance un glaive si acéré. Après l'exécution de l'archevêque Laud, en 1644, et celle de Charles I", cinq ans après, la cause de l'épiscopat sembla perdue. Le Parlement ayant aboli, non-seulement l'épiscopat, mais tout ce qui ne cadrait pas avec le modèle fourni par l'Église genevoise, le presbytérianisme devint la religion dominante, et constitua, sous le protectorat de Cromweli, < l'Église établie • . Mais à son ombre fleurirent beaucoup d'autres sectes : celle des quakers, celle des baptistes, . surtout celle des indépendants ou brownistes, qui ne voulaient pas de l'union de l'Église et de l'État. Cette dernière avait les sympathies de Cromwell, et ce fut celle qui prévalut dans l'armée. En réalité, il n'y eut de proscrit, à cette époque, que l'épiscopat, mais il le fut avec violence. De persécutés qu'ils avaient été , les non-conformistes se firent persécuteurs.
La restauratioQ de i660, en ramenant Charles II sur le irdne de ses ancêtres, devait donc naturellement apporter la
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■2\9 IJ-TTRES St» l'aNCLETEUBE (iSes)
veDfKanoe dans ses barges, et l'ËgUee épiscitfiale, ii peiae rétablie, mit ^ frap^ ses adversaires la aéme Jureur ^oe ses adversaires, dans leurs jours de triomphe, avaieiit Âé~ jtlojée cdfitre elle. {)éià, lors de rat'éoenientd'Ëîieabeth, on avait fulniné coatre les noii-wifonnistes un c acte d'uaiformité », ^i défeadait, smis ks peines les plus séi'ères^la cél^ratioD de tout culte aulre que eelui prescrit dans le a Book of cominon Prayer ». Sous Charles II, en 1662, oi rouvrit ce vieil armaal des persérultoDs eccl^iastJ([M6, et « l'acte d'iHiiforaiité > fut reuiis es lumière.
Touiefois, le bill, tel que le vota la ChaBobre des Oaohatunes, n'imposait pas l'obligalioa de. souscrire à t»vt ce f ue cêntiint le ■ Book of cmudm Prayer ». Ce furent SbeldoB et ses amis qui, daas la Chaiobre des Lords, firent arlilicieu- «ement insérer cette clause, dont le biit était d'enlever au disàd^iits loule échappatoire^ et c'est de celte dause que, dans la séance de mardi dernier, lord Ëbury deataadail la n^aiion.
C'est qu'en eiet le * Book of coflGinon Frayer > coalient des dioses qui, prises à la lettre, sont de nature à révolter tout esprit boBoéle, toute conscience droite. Onelle éote vraiment pieuse peut s'adresser i Dieu «h ces termes : « O Sei^oeur Itieu , toi à qui appaitienl la veageance? » Quelle inlelli^eace élevée peut s'aesocier à des analbëmes tek ^ue t-euL-ci : < 0 flUe de Babylone, béuï soit celui qui saisira les enfants et les écrasera r«nlre la pierre ? ■
Aussi lord Ëbury n'a-t-ii pas en de peioe à proNver que beaucoup, arrivés au seuil de l'Église, reculaient d't^roi, en entendant le cri de leur conscience, et que la diminution, bien constatée, du nombre de ceux qui se consacraieut aujourd'hui à i' Église, était principaleaeot due à cette cause.
U n'y a pas à s'arrêter aux arguneuis que l'arcbevAiiie
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DEBAT SI» LACTE l> L'NIFOnMITÉ 21»
de eanlorbéry' et révéqiie d'Oxford onl opposés à la proposition de lord Ebiiry. Ces ar^menis toinbeni d'eux-mêmes : ils coDsisienl à dire que la clause en question n'est pas généralement entendue atjjouril'Jiui dans son sens, strict et littéral, dans son sens primitif. 0 casuislesl quoil il faut maintenir une déclaration, fille de Cespril de tyrannie, parce qu'elle fait dire aux ^ens une chose lorsqu'ils en pensent une auirel Je le répète, un tel raisonnement ne vaut pas qu'on s'y arrête. Ce qui est à signaler, comme indice frappant du progrès des idées, c'est la faveur inattendue que la motion de hvA Ebury a rencontrée dans une Chambre dont la fibre rehgiense a toujours été sensible à l'excès. Non que la moiîon ait été adoptée : c'eût été plus qu'il n'est permis d'aileodre de ta Chanrfire des Lords; m»is la secHmde lectm-e dn bill a été votée par 5fl voJ\ contre M, et c'est là «ti ^rsnd résultat. Snciire fart-il remarqoer'^'afi pT>einier rang «les amdliiires île ioni Ebory a figuré l'évéqne de LoftAres , lequd 8 Aétrâ la dnse discutée comme « un reste du vil esprit Ae perséentîMi ■.
liwd t..yttelton, en répondant ii l'^évéque de Londres, a prononcé ces paroles, qu'il importe de noter, parce qu'dies donnent la ■clef d* vole de la majorité «t témoignent de Teiifaotement du libre esamen par le protestantisme : « Ce n'est ^>a6 dans va moment oii lant de membres du <ilcrgé prétendent adhérer àt'Église, tmtl-ai professant des crproions ^i diffèrentiideson «nseignement; non, ce n'est pas dans aa momeHtçxPeil, -qu^il «si s»^ d'adopter la moditicKJoii proposée. »
en R'expr3iBaita(ns),l«rd L^telton pensait ^obablement il r-évéqneCelenso.
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LbTTRES SUR L'ANGLETERRE (lafls)
. L'évéque Colenso ! J'ai véritablement Jt demander pardoD à vos lecteurs dé ne les avoir pas encore entretenus d'un homme qui est un événement. II y a plusieurs mois déjà qu'un livre de lui parut ; et ce livre, lu partout, partout dévoré^ attaqué avec rage par les uns, défendu par les autres avec passion, point de mire de plusieurs milliers de lettres et de pamphlets, objet de commentaires sans fin, aliment d'une polémique intarissable, terreur des dévots, désespoir des hauts dipitaires de l'Église établie, et joie des libres penseurs, ce livre ébranle encore l'Angleterre religieuse, comme au jour de son apparition. Pas plus tard qu'hier, je lisais sur un énorme placard, affiché presque k ma porte : « Docteur Colenso a tort ; Moïse a raison. >
Singulière histoire quelquefois que celle d'un livre 1 M. Colenso, nommé évoque de Natal, en Afrique, avait, en celte qualité, à convertir les naturels du pays; et c'est en expliquant la Bible à un d'eux, c'est en essayant de répondre, de manière h rester en paix avec sa conscience, aux objeclions naïves qui lui étaient faites, qu'il a été condoit Jt mettre en doute d'abord, et ensuite à nier résolument la valeur historique du Pentateuque.
Un jour qu'il s'appliquait h traduire la Bible pour l'usage
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l'ÉVËOVE COLBNSO 831
de ses ouailles, un originaire du pays, homme h l'intelligence vive et au cœur simple, qui l'aidait dans ce travail, l'arrêta court quand ils en furent à ce passage : < Si un homme bat son domestique avec un bâton, et que soo domestique meure sous sa main, il sera certainement puni; cependant, s'il continue un jour ou deux, il ne sera point puoi r car son domestique est son argent ! — < Comment ! » s'écria le pauvre africain d'une voix troublée, « ce Dieu que vous voulez que j'adore, ce Dieu que vous dites infiniment bon, ce père miséricordieux du genre humain, considè,re comme un vil métal un des êtres créés à son image, et il ne déclare punissable le maitre transformé eu mi^-urtrier que si la victime meurt sous les coups ! > Troublé à son lonr, l'évéque balbutia une réponse telle quelle. A mesure que la traduction avançait, les objections du disciple allaient se multipliant, et l'angoisse du pasteur augmentait. 11 se mit alors à étudier ce qu'il n'avait jamais lu jusqu'alors avec les yeux de-son intelligence : Il examina; il compara; il ue laissa rien sans l'avoir pesé et approfondi ; linguiste, il éplucha les textes ; géologue, il trouva dans le récit biblique uombre de faits qui démentaient la géologie ou étaient démentis par elle; mathématicien, il se heurta i des dimensions cbiménques, à des proportions contradictoires, à des chiffres impossibles. Enfin, il fut conduit à cette conclusion : que Moïse n'était pas l'auteur du Penlateuque-, et, de retour en Angleterre, il osa publier, lui, évéque de l'Église établie, un livre où il présentait la Genèse, l'Ëxode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome comme un tissu d'erreurs grossières,
Colenso n'était pas certes le premier bAcheron qui entrait, la cognée h la main, dans la forêt des croyances. Voltaire, les convives du baron d'Holbach, les critiques allemands.
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2S2 LETTRES SCH LANfiLETEKHE (lB63)
avaient |)orté ii b Bit>le de bieo autres coups. Hais la Bible, aUaijuéc en AngLelenri; jiar im «ivéque protestant ! cela rappelait l'audace de Luther eitcoinoiuoiant le pape. Le scandale fut iinmeDSfi. Les UDÎtairiens, ifui touchent de si prfes au raiionalisme, et qui s'en vanieat, s'étonnèrent d*une hardiesse dont ils n'auraieat pas été capables. Les auteurs des Eisais et Reçues étaient dé|>asfiés. Ce qu'ils a'avaienl fait que hasarder limidement, avec toules sorte'^ de fauxfuyants et de rcticeDces, l'évèque de Natal le proclaniaîl d'une voi:^ forte et assurée, sans hésitation, sans aiuba^. Jamais homme d'Église n'ihrait, de nos jours, déployé un courage aussi viril ; ni le fait jjlait surtout digne de renou'que dans un pays' comme l'Aitgle terre, oii nul, en matière de religion, ne se«oucie de paraître ce qu'il, est, et oh ii ne manque pas de savants qui, ayant la inain pleint-. de véril4!S, tremblent de l'ouvrir. ;
Il n'y' avait rien, au suiplus, dans la conduite de l'évèque Colenso, qui resseinhlàt ii un défi. Il ne s'avançait pas sur la scèae ca incrédule et i<; sourire de l'ironie sur les lèvres. Loin de Ih. Le ton de son livre est celui d'une pielé profonde etsjacère. Il u'a -cessé do iientir dans la Bible lesoufBe de l'esprit de Dieu; il le dit, et c'est ii cause de cela même qu'il veut qu'on la dégage de ce que la faiitibililé humaine a pu y mêler d'erreurs ; il demaade à l'Église de ne \)»s exposer la morale des Écritures au>: attaques des- sceptiques, en s'ubslinanl à défendre ce qui n'est pas défendable, et en mettant contré elle la scii^nce. En un mot, il croit el entend servir les intérëu de l'Église en servant les intérêts de la vérité. A ceux qui l'accusent d'hérésie, il répond : c C'est moi qui suis orthodoxe. » A ceux qui le somment de se séparer de l'Église, dont les opinions, sur les poiuts qu'il examine dans son livre, sont si contraires aux siennes, il
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L ETEffirl GUtBMO 2-i»
répond : • i'ai été annmé év^tfue pour prêcher ta vérilé, nen l'errem. Je suis évëque. Je rest«rai évéqae. » '
Qui le di'possédera? Le ca» d'un éïéque hérétique D'avail pas ^té préTu, parait-il. L'Église, doni il est un des hauts diguîlaîFes, est là devant lui, frémissante et désarmée.
Tout ce qne le synode de mercredi dernier a eru pouvoir foire a élé de déclarer d'une manière générale n qne le livre iflfitulé: The Pentateuek and Ihe Bookofjothmtcritieaihf examintd, était d'mie Dalure très-dangereuse, et subversif de eette croyance, que la BiMe est la parole de Ueu. > Eacofe cette décision si vague n'a-l-elle élé appuyée, ni par l'évéque de L«)ndres, ({oi, mardi, l'avait comlMltue, ni par résèque de Saint-Davis, qui, mercredi, a voté contre nne sentence que, selon lui, on était tenu de noiiver.
Ainsi, l'édilice meniiee de s'affaisser, niné qu'il est par ceux-1^ mêmes qui l'habitent.
Il est dans le earaftère des Anglais de s'arréier, en chaque chose, à mi-chemin. En nul autre pays de la terre on ne met autant de temps à aller des prémisses à la conclusion ."C'est ce qui explique l'extrême lenteur avec laquelle la logique de la Rérormalion s'est développée en ce pays. Hais les principes ont une force d'expansion irrésistible. La Réfonnation eut beau aftinner l'infaillibilité des Écritures: elle les rendit, sans le savoir et sans le vouloir, justicûtbles du libre examen, le jour où, refusant h Rome le privilège d'inlerpréler la parole divine, elle plaça devant le peuple à genoux une Bible traduite et l'Évangile ouvert.
Lorsque, renchérissant sur les inconséquences de Luther, Calvin se faisait l'Ignace de Loyola de la Réformatton ; lorsqu'il s'érigeait, par une prétention monstrueuse, en législateur despotique du libre examen; lorsque, pour concilier un tel despotisme avec le droit reconuu â chacun de ne
■i2i LETTRES SUR l'aNGI£TERRE (iSSS)
suivre d'autre guide que la grâce reçue d'en haut, il sup- ' posait les élus capables d'enteudre tous, de la même maniire, la parole sainte, et appelait leur réunioa la « véritable Église >, par opposition à Roue, cherchaat de ta sorte à ressaisir dans la liberté des consciences l'unité perdue; lorsque, après avoir écrit, dans son inst[tutio)< cbré- TiENNE : ■ PoUticœ usus non mtnor inUr komines quam panis, aquœ, solis et aerts, » il levait vers le ciel, d'un air triomphant, ses maias rouges du sang de Servet, et prétendait faire aboutir la révolte de Luther à l'établissement d'une sorte de papauté protestante, — que tentait Calvin, sinourim|>os^ble?Le vrai cri de la Réfonnation, lesVaudois l'avaient poussé avant Luther. C'était celui-ci : Tous les ehréiient sont prêtres, — formule théologique de ce priocipe d'où sortit la Révolution française : Tous les hommes sont égaux.
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'FAUTES ET INCONSéQtJBNCBS DE LA POLITtOUB ANGLAISE 33S
Fautes et lnconaci|ii«iiceti de !■ politique angl«lu à l'és»Fd de l« BM«sle.
Il y a quelques jours, le minislère Palmerstou-Russell a étc iuterpdlé au sujet de la Circassie et d'un récent délit iDternationat commis par les Russes dans ces loiutaios parages.
Lord Palmerston, pour toute réponse, a prononcé d'un air distrait deux ou trois phrases, dont le sens était que c'était là de l'histoire ancienne, qu'il n'y avait point h s'y arrêter ; et l'on a passé outre.
N'est-ce pas à confondre l'esprit?
Voilà bientôt quarante ans que les forces de la Russie ont été lancées sur le Caucase; voilà bientôt quarante ans que les Circassiens, race héroïque, soutiennent contre les Russes uue lutte qui rappelle la résistance imnioflelle opposée aux Perses par les Grecs, dans l'antiquité. Pour subjuguer un peuple sur qui Le grand .Milhridate lui-même ne put, il y a deux mille ans, établir qu'une autorité éphémère, et qui, depuis, n'a jamais salué aucun conquérant, jamais plié devant un maître, la Russie s'épuise en efforts prodigieux. Elle qui, en 1828, n'envahit la Turquie qu'avec 68,000 hommes;
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«M LETTimKS SUR l'aIKLBIBRRË (iMo)
«Ile qui, lors de la guerre de Grimée, n'employa que 80,000 hommes contre la coalition armée de la France, de l'Angleterre, de la Turquie et du Piémont; elle qui, dans ce moment même, ne semble pas avoir plus de 70 ou 80,000 hommes à donner au comte de Berg pour écraser la Pologne, elle a dû pousser contre le Caucase des armées de 100,000, i40,000, ^00,000 hommes. C'est une guerre terrible que celle qui se poursuit, depuis près d'un demisiècle, entre la mer Noire et la mer Caspienne. Sa portée, en outre, est immense. L'acharnement de ta Russie à poser le pied sur sa proie le dit assez. Ce que serait pour elle la possession de Constantinople en ce qui louche l'Europe, la possession du Caucase le serait en ce qui touche l'Asie. Que ia Russie règne à la fois sw la ville des sultans et sur le Caucase', que, par la conqdéle du détroit des DardaïKlIes, -elle s'empare des. clefs de la Méditerranée, et que, par la conquête du Caucase, elle jette les bases de sa domination sur la Perse, s'ouvre l'océan Indien, et se mette «i état de disputer avec succès l'Inde au\ Anglais, c'en est fait, le monde lui appartient ; le rêve de Pierre h Grand est réalise.
Et cependant un silence profond couvre cette marche de la Bussie vers l'empire universel. L'orageuse question qui se débat sur les contins de l'Eurofie et de l'Asie est un aliment que dédaigne le bararda^des gazettes. Il n'y a pas longtemps, le ip'a'hd-duc Mirhel faillit tomber aux mains des itMntagnarda du Caucase et n'échappa que par miracle; eh bien, je sais tel jnurqa] d'iiue importance européeune dans les colonnes duquel le danger couru par le frère du Czar n'a * pas même figuré au ctiapitre des iVouveUes divene*. Il y a environ huit mois, deux chefs envoyés par les Circasàens, Jladji^Iayden -Hassan et Kusia-ûgli-Ismaël , vinrent en
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.VADTES- ET ISCOKSGQUEIIGBS iDG LA POLITIQnB ANGUtSE t«7
Angleterre, peiv demander k ce pay£d£ «e pAs^nâoimer SOD droit de oonueroer avec. un peuple indépendant; eb bien, «elte lôâte ne fut pas jugée digne d'»veir place, 4mu .les lablettesidu T(imêt,-eûLre\e biiUetin de la santé de Kird lU id et t'hisluipe d''UO<mari accusé d'awsr JiaUti 8a fenaoe. Que fiigDÎQe ceci? Par quelle influence myaiérieuse l'Adigleieat eat-elle uienée à s'occiq>er si peu de oe i|ui l'intéresse si fort t En vertu de quel pacte avec la rennuoiée, la JtnsÂe parvient-elle à dérober au peuple anglais la connaissance d'évéœiBeDts auxquels il ne saurait rester indifférent sens folie et qu'il ne sawait ignorer sans péril*
Les prétentions de la Kussie sur la Circassie et le Caucase se rattachent ii un vaste système d'empiétements dont le développement graduel accuse, à un point presque incroyable, l'apathie ou rinsuffisance diplomatique des iiommcs d'État de l'Angleterre.
Le 28 février 184)^, oo cita dans la Chambre des Communes le passage suivant d'une lettre de lord PoDSonby :
« J'avais été conduit A croire que vous aviee changé d'opinion relativemeut k la Circassie. Mais nm, je ne r»i pas -cru. je l'ai entendu dire : voilà tout. Je suis charmé de la manière dont vous avez Irtité ce sujet. C'est admirable, i'espère que vous avez approuvé le cootea» de mes dépêtres en ce qui concerne la question. La possession du Caucase m'a paru dès l'abord d'une importance qui ne le cède qu'à celle de la possession de Constantinople ; mais c'est senlemenl depuis peu que j'ai appris les fails qui étabhssent l'indépendance absolue de ce pays et par conséquent l'illégalité flagrante du titre que Nicolas prétend avoir il le posséder. S'il existait en Angleterre un fanmme qui valût nu brin de paille seulement, cette affaire serait bien vite réglée; mais nés bommes d'Ëtat, grands et petits, ne sont
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S28 LETTRES RVR L^NGtETBRIlE (iBes)
que des marchands ambulants, qui u'out pas méat); le genre de sagacité dont l'Israélite fait preuve en vendant sa marchandise à des femmes de chambre et à des marmitons. ■ . Voilà, sans nul doute, une appréciation singulièrement exagérée et qu'il serait absurde de prendre au pied de la lettre. Et toutefois, quand on parcourt, anneau par anneau, la chaîne des fautes que, depuisl821, l'Angleterre a commises dans ses rapports diplomatiques avec la Russie, quand on voit le gouvernement anglais :'
Ouvrant lui-même la porte à l'intervention des Russes en Turquie par le protocole du 4 avril 1 826 ;
Puis, donnant à ce protocole l'autorité d'un traité;
Fuis, aidant la Russie à anéantir la flotte turque k Navarin ;
Puis, se laissant tromper, au commencement de 1828, par la déclaration qu'en onvahissttnt les provinces turques les Russes n'avaient aucune intention de couquéte ;
Puis, souscrivant en 1839 aux acquisitions stipulées par la paix d'Andrinople, sans se rappeler ou vouloir rappeler a la Russie qu'aucune acquisition de territoire ne lui était permise aux termes du protocole du 4 avril 1826, devenu le traitédu6 juillet 1827; »
Puis, la laissant se rendre maîtresse de la navigation dn Danube, an mépris de l'article 109 du traité de Vienne, qui déclare libre la navigation des rivières depuis le point où chacune d'elles devient navigable jusqu'à son embouchure ;
Puis enfin, lui reconnaissant ou, du moins, s'absténant de lui contester le droit de violer les articles XI, XII et XIII du traité de Paris 1 856, par l'accaparement de la mer Noire, par la saisie et la confiscation de tout vaisseau qui essaye de commercer avec la Oircassie.. .
Quand on voit tout cela, dis-je, on comprend l'amertume
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FAUTES ET INCONSEQUENCES DE lA POLITIQUE ANGLAISE SSS
des épanchemeuts de lord Ponsonb;; dans un temps où. il était » bien placé pour mesurer ta portée d'une tolérance née de l'aveuglement de l'ignorance ou de l' aveuglement de la peur.
Pour apprécier les chances qu'a la Pologne d'être secou' faie efficacement, énergiqtiement, par l'Angleterre, il importe d'étudier l'esprit et les ressources de la diplomatie anglaise dans les rapports particuliers de l'Angleterre et de la Russie, depuis quarante ans.
L'iusufGsance palpable de celle diplomatie, sou infériorité flagrante, ses efforts timides aboutissant d'une manière invariable k des concessions désastreuses pour elle, forment, rapprochés de la séné non interrompue des triomphes diplomatiques de la Russie, un des spectacles tes plus curieux et les plus instructifs de l'histoire coutemporaiue.
Eu ce moment, et malgré tes déclarations solennelles du «omte Russetl, le cabinet actuel est accusé véhémentement par les tories d'avoir des pensées de guerre. A entendre le Morning Herald, lord Palmerston révérait, sur la fin de ses jours, la gloire orageuse des combats; le comte Russell pousserait son pays en avant, l'aiguillon dans les reins; les ministres whigs seraient disposés à ajouter à la longue liste de leurs crimes celui de vouloir recourir, contre la Russie et et) faveur de la Pologne opprimée, à l'arbitrage du glaive ; des Anglais enhn tiendraient la torche qui doit allumer un incendie où l'Angleterre risque de périr consumée.
Ne prenez pas ceci trop au sérieux, je vous prie. Ce qni manque aux tories, à l'heure qu'il est, c'est un champ de
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M» LBmWS SOR L'ASSLBTmilS (iBSs)
halaiilfr êl un cri^ Us auppaseiit a» mimstère des inteations belliquesses àtat ils sont tes premiers i ne pas s'alarmer; et cela faute' d'avoir un th^M' : v«ilB' tout.
Prétendre qne l'insurrection de Pologne, si elle se prolonge, n'amènera pas des complications dont l'Angleterre, qu'elle le voulût ou non, serait forcée de subir la loi, je ne l'oserais. Mais ce qui est sûr, c'est que le gouvernement, loin d'avoir des démangeaisons guerrières, craint la guerre, et qu'il la craint, (Mt-il com^r pour la faire sur Tappoi de Il Prance inpériaile, dMit il rodtHite taffianee active presque aataot que Vinimitité.
I^ail k ses- sentiments » Tégard delà Rïissîe, 3s sont do'minés à un point incroyable par hpenrde FofeDBer.
El celte peuF n'est pas-dHiieF.
l'ai eu occauon Hguère de tous signaler te dtsconrs âltangsment pacifltpie' pronmicé^^ par le comte Russell tou- ^aut les aftirei} de la Pologne- Eh bien, — h part le grand épisode ée la guerre de Grimée, où la France était de la partie. — voilà quarante ans au nwiiw que l'attHude de l'A»-' ^terrr. ufScKlte à' l'yard de- la Russie est celte que ce discours atteste. Sans compter qu'elle n'a jamais pam avoir une idée bien claire de ses périls et a montré nne indéciaon siii- (iilière dans ses mouvements.
De là, e» partie, les progrès fabuleux d<e ce qu*'OD a ■ooimé avec tairt de raison le cfdosse du Nord'. Le nombre des sujets de l'empire, qui, depuis l'avènement de Werre !• en 1999 jusqu'i la mort d'Alexsndrw f^ en f 825, s'était élevé de IS,M0,O»0 à 5», 000,600, dépasse aujourd'hui, selon les évaluntionslesplus modérées, le chiffredelO, 009,000.
Et quelle- est, de toutes les puissances de l'Europe, celle qne memcent le plts les énormes accroissements de la Russe? C'est l'AB^eterre.
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FAUTES ET INGONB^QUeNCES DE LA POUTIQDII ANGUISE »r
Lord Cbatham disait, au si^ des vaas de Citberine aup la Turquie : < Avec hd faoame qui oe comprend pas de (fuelie imporlance est p»ur la Gratide-Brelagne le noiiidre village turc, je ne descends pas k discuter. > Or, qu'on suùre, étape par étape, la marche conquéffaite de Is Rusàe à tra- Ters l'bisioire depuis Pierre I*'.
Ëa 16d9, elle se fait céder Aïof, par la paix deCarlowîtz, et prend aiosi pied sur la m» Noire.
En 1770, sa flotte (urait pour la pFemtëre fois dans la Méditerranée et déiruit h Tdiesmé ta flotte turque.
Eo tT7â, elle franchit pour la première fois le Danube.
Ea 4 774, le trulé de Kunardji lui donne le pays comprin entre le Daiéper et le Bog, lui ouvre décidément la mer Noire, etooDsaere, à son profit, l'indépendaucedesTartares de la Crimée et du Kouhan.
El 1788, elle OKorpora à seo empire la Tartarie de Cnmée.
Eu 1 792, elle reçoit le Dniester pour fironlitre entre elle et la Turquie.
En 4818, la paix de Buefaarest étend sa «tensatiM jusqu'au Pruth.
Ko 19^7, l'Augletem, — ehoee remanfuable, — l'aide k auéaolir la flotte russe ^ Nar^n.
En 1829, elle écrase tes Turcs k Sbumla, passe le Ba^ lum, prend Aadrinople, pousse sa cavalerie légère juifw Amis les environs de Stamboul, et airaebe aux Tuns ee fameux traité d'Andrinople qui lui livre l'importante forteresse d'Anapa, pris de l'eiBtwudiure du Koubatkf l'Mablil sur le Daoube, soumet la Moldavie et b Valachie h son infitteooe, e(, par la reconnaissance d'une Grèce indépendaulc, démembre l'empire ottoman.
Enfin, en 1883, ponr prix du secours intérecs par elle
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232 LETTRES SUR L'aNCLETERHE (1868)
prêté au sultan contre le pacha d'Egypte, elle fait in^rer dans une clause secrète du traité d'Unkiar-Skelessi, que le détrwt des Dardanelles, ouvert à la seule Russie, sera fermé aux autres puissances européennes.
Hais la guerre de Criméef
La guerre de Crimée aurait certainement porté un coup terrible à l'influence de la Russie en Orient, si l'Angleterre n'avait pas permis que la puissance des Russes y survécût ù leurs revers. Et c'est ce qu'elle a permis. Uu'a rapporté aux Anglais, qu'a valu aux Turcs cette guerre où les uns et les autres -ont prodigué tant d'oretdesangî En ce qui coaceme la liberté de la mer Noire, le traité de Paris du mois de mars 18S6 est un chiffon de papier, rien de plus. C'est bien en vain que l'article XI de ce traité a déclaré < les eaux et ports de ta mer Noire ouverts à la marine marchande de toutes les nations; » c'est bien en valu que l'article XHl interdit l'établissement ou le maintien sur les côtes de la mer Noire de tout arsenal militaire niaritime : sept ans se sont écoulés depuis la conclusion du traité de Paris, et que se passe-t-il aujourd'hui dans ces parages? Toutes les côtes de la Circassie sont sous la surveillance d'un vaisseau de guerre russe; sur chacun des points du rivage que ne commiïtade pas un vaisseau de guerre, la Russie a élevé un fort; pas de commerce possible avec les ports de Circassie; et malheur l* ceux des habitants du pays qui oseat courir cette grande aventure, s'embarquer! On verra dans la suite de ce travail à quel sort ils s'exposent.
Oui, la TWissie, après la guerre de Crimée, est bien pris de redevenir en Orient ce qu'elle y était avant Ja guerre. Elle a été un instant arrêtée dans sa marche triomphale; mais .vl-elle reculéîNon.
Et pourquoi s'en étonner? La politique de l'Angleterre à
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FAUTES ET INCONSEQUENGBS DE LA POUTiQOE ANGLAISE 233
l'égard de la Ru&ie a toujours été, je le répète, uoe politique iocertaioe, vacillante, cOBlradictoîre, et qui, par conséquent, ne pouvait tenir contre cet esprit de suite si proroodénieat marqué dans tous les actes de la diplomatie russe.
Jusqu'au temps de l'insurrection grecque, par exemple, s'il était une idée qui eût dominé les traditions du Foretgn- Offiee, c'était la nécessité de maintenir l'empire ottoman, dont les hommes d'État d'Angleterre regardaient l'existence cooiaie intimement liée à l'affermissement de la domination des Anglais dans les^ Indes.
EQl8âl,la diplomatie anglaise sembla tout à coup changer d'aspect. Elle se laissa péuétrer par l'espèce de sympathie romantique et littéraire qu'excitèrent, dans leur luUe contre le croissant, les descendants de Thémistucle, de Miltiade, de Léooidas. Canoing, dans le protocole du 4 avril 1826, se St, contre les Turcs, l'iastniment de la Russie; la bataille de Navarin eut lieu; l'invasion de la Turquie par les Russes en 1828 fut publiquement appuyée par lord Palmerslon, qui ne faisait point alors partie du ministère ; lord Aberdeen, ministre de^ affaires étrangères en 1829, ne fil pas mystère de ses tendances russes, qui parurent néanmoins trop tièdes ii beaucoup, tant le courant était rapide; et c«la dura jusqu'en 1833.
A cette époque, il y eut retour à ran(^en système. Il fallait soutenir à tout prix l'empire ottoman ; il fallait à tout prix barrer aux Russes le chemin des Indes, le chemin de la domination universelle. La guerre de Crimée a été, en ce qui regarde l'Angleterre, le résullat de ce mouvement.
Aujourd'hui, nous sommes à la veille de voir encore une fois les idées prendre un autre cours. Avant-bier, un débat a eu lieu dans la Chambre des Communes -sur la question d'Orient, et l'on y a entendu HM. Grégory, Godu-ane, Ma-
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384 IGTTRKS SUR l'aNOLËTBRRE (iBSb)
^ire, Cobd«i, déclarer bien haut que la poKiique aa^nse de 1*63 ne devait pas être celte de *854 ; que 1« gouvernement turc était un gouversement tjrannique, indigne des sympa^ies (l'un peuple libre; qu'il tenait sous le joug mainte population chrétienne dont l'Angleterre devait désirer la délivrance; que ta régénération de l'empire turc était ehimère pure ; que les prétendues réformes opérées par le sultan étaient illusoires»; que la cbute d'un empire qui depuis si longtemps menace ruine, était inéviulile ; qu'il fallait en prendre son parti et laisser périr ce qui avait perd» !e pouvoir de vivre, ffif. Layard et Gladelone ont répondu, au non dn ministère, mais faiblement, et voila qu'à l'instaitt même où je trace ces lignes, on m'apporte pn article du Timts qui adopte sans réserve les dénonciations de H. Grégory contre les Turcs, et ses amères couclusions.
Que nous voilà loin de la guerre de Crimée et de la popularité qu'elle avait donnée aux Turcs en Angleterre !
Lorsqu'en 1868 Omer-Pacha disputait victorieusemem le Danube aux armées russes, et qu'en 1S54, Paskiewitcb s'éloignait des murs de Silistrie, humilié, flrémisaant, qui aurait jamais dit que l'Angleterre, si prompte alors k exalter les prouesses de la Turquie et à y voir um gage de sa régénération, arriverait si vite à nourrir contre elle les seotimenls qui se sout fait jour dans le débat du 39 mai? Qu'est devenu le temps où lord Shaftersburv, organe en ceci de l'enthousiasme populaire, déclarait, en pleine Chambre de» Lords, que, de tous les amis de ta chrétienté, le meilleur c'était le sultanT
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FAUTES ET INCOHS^ODBKCES fiE LA POLmOtE ANCUISE 383.
Chose élTiiiif^, hieiplicable presqne ! C'est au moment où l'ADjçleterre prend en nain contre la Itnsso la cause de I» Pologne soulevée, qu'elle déclare moralement la guerre à lai 'Hirqnîe, oii len Russes ont leurs adversaires les plus prononcés et les Polonais lenrs plus fidèles amis !
D'oJi Tient celle réaction, dont la soudaineté a quelqne dkose de si mystérieux f
Je dis réaction, et le mot n'est pas trop fort. Quoi de plu& menaçant, en effet, pour l'empire ottoman que ce mémorable débat du 29 mai, où la Cbambre des Communes d'Angleterre, abandonnant tout h coup la politiqne d'bier, sonne d'avance les funérailles du « malade ■ de Constanltnople et dédare sa succession ouverte?
Une circonstance frappante, c'est que Bf. Grégory, qui a mis le feu à la mine, n'avait rien à demander et n'a rien demandé de précis. Sa motion, qu'il a d'ailleurs retirée, n'en ^ pas une. Elle n'avait pas pour but de provoquer un vote oa d'y conduire. Elle consislait à prier le gouvemeraent de publier, relallvement k la Turquie, des documents que le DDoUonnaire n'a même pas pris la peine de spécifier. Ëvidemment ce n'était qu'un prétexte pour amener la Chambre des Communes h déclarer ses sentimenls, à faire soienaellement comiaitre le programme de sa nouvelle politique \ la Turquie, à la Russie, à l'Europe.
Or, comme manifestation , le débat a été ans» clair, aussi complet, aussi décisif que possible.
A Tesception des orateurs officiels ,- c'est-à-dire de M. Layard, qu'on a semblé écouter avec quelque impatience, et de M. Gladstone, qui a mis une réserve extrême à défendre la Turquie, tous ceux qui ont pris la parole ont parié de manière à jeter Saint-Pétersbourg dans des transports de joie et.ConstanlinopIe dans la consternation.
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aSS LETTRES SUR l' ANGLETERRE (iSCS)
£t pour que rïen ne manquât à l'importaDce de cette manifestation , toutes les nuances de l'opinion se sont donné la main dans cette {grande croisade contre la Porte. On eAt dit vraiment que les divers partis qni divisent l'Angleterre étaiux convenus en cette occasion de frapper tous le même coup. M. Grégory est un coDservatiste avec des tendances UbéralesrM. Baillie Cochrane est un conservatiste pur, un de ces < conservatistes cosmopolites n qui vont jusqu'à vouloir les Bourbons à Naples. M. Haguire, Irlandais, représente l'alliance du radicalisme et du papisme. H. Grant-Duff peut être considéré comme l'organe des hommes qui sont poussés au radicalisme par la philanthropie. H. Seymour est libéral. Quant II H. Cubden , chacun sait que la classe mercantile a en lui son représentant le plus accrédité. Eh bien, M. Grégory, M. Baillie Cochrane, M. Maguire, M. Grant-Duff, M. Seymour, H. Cobden, sont venus d'une commune voix attaquer la Porte, dénoncer l'impéritie de son gouvernement et la corruption de ses fonctionnaires, flétrir ce qu'ils nomment sa tyrannie, insulter à ce qu'ils croient son agonie et promettre aux populations chrétiennes ses dépouilles.
Parmi les ministres, celui qui passe, k tort ou à raison, pour le plus favorable aux Turcs, c'est le chef du cabinet, et celui-là était absent, comme si lord Palmerston avait craint d'avoir à défendre, ne fût-ce que par pudeur, une cause absolument perdue!
Que dire encore? Cette attaque s'est produite inopinément, gratuitement, sans motif connu, sans nécessité appréciable, sans qu'il soit possible de savoir au juste pourquoi ou à quel propos.
Prétondra-t-on, pour expliquer ce mouvement singulier de l'opinion, qu'il a sa source dans un haut sentiment d'équité;
FAUTES ET INCONSEQUENCES PB LA POUTtQUE ANGLAISE 287
Que les Turcs n'oot jamais éjié que campés en Europe;
Que leur damiualion, fille de ta conquête, en a retenu les caractères ;
Que leur joug, imposé à des populations d'une race et d'une religion différentes, atteste uniquement la supériorité de la force, et mérite, comme tel , d'être brisé au nom de la justice;
Que les Turcs ne constituent pas la Turquie ;
Que l'indépendance du pays occupé par eux est, k la vérité, d'un intérêt majeur pour l'Europe en général et pour l'Angleterre en particulier, mais que cette indépendance ne doit pas être confondue avec le maintien d'une caste aristocratique qui, après avoir importé en Europe la barbarie, cherclie a s'y perpétuer par l'oppression ;
Que ce n'est pas à des nations chrétiennes qu'il convient de sanctionner l'assujettissement d'une majorité composée d'adorateurs du Christ à une minorité composée de sectateurs de Mahomet;
Que ce <|ui est k protéger contre les Russes, sur le Bosphore, c'est l'indépendance de la croix, non celte du croissant ;
En un mot, que la ville à sauver, c'est Byzance, non Stamboul ?
Ce seraient là certainement des motifs plausibles, honorables même , si , d'une part, il était dans les habitudes de la politique anglaise de se laisser diriger par des considérations sentimentales, et si, d'autre pari, la justice était née d'hier.
Quoi! c'est le 29 mai 1863 seulement qu'on s'est aperçu eo Angleterre de l'état d'asservissement où vivent les populations chrétiennes en Turquie! A quoi pensaient donc, et sir Henry Bulwer, lorsqu'il arrêtait le bras, déjà levé, des Bulgares, et le comte Russell , lorsqu'il reprochait au prince
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«j8 LETTRES SUR l'aNGLETEBRE (iBBb)
Michel d'avair ressenti avec trop de vivaàté l'injure dub«nbârdem^t de Belgrade, ellord Palmerston, lorsqu'il envoyait uDe flotte au t'iréu, dans la crainte que les Hellènes de Thessalie ne se ressouvinssent de leur origine? Je ne parle pas de la guerre de Crimée, où l'Angleterre dépensa tant d'or et UDt de sang pour préserver d'un clioc niorlel celte eiisience du Turc, si violemment assaillie, ^ l'heure qu'il est, du haut de la Chambre des Comatuoes, aux applaudissements du Timet et du Daily Nttot, surpris de se trouver d'accord.
Une chose à remarquer, c'est que la plupart des actes de inalversatjoa . de r,orruption et de tyrannie dont M. Grégeiy a gonâé son réquisitoire, se rapportent précisément à t'épsque où les Anglais étaient tout de flamme pour l'empire otlomaa. Si une séance semblable h celle du 30 mai de cette année ^vait eu lieu en 1860, le lenrlemaio des massacres de Hasbeya, dé Zahlé, de Deir-el-Kamar, de Dainas, ou bien encore immédiatement après le iS juin 1863, lors de ce bombardement de Belgrade contre lequel les consuls des diverses nations protestèreni avec tant de raistm et tant de force, le fait serait moins difficile à comprendre. Hais comment concevoir que le moment choisi pour mettre le pied sur Je gouvernement turc soit celui où il fait pour st; rajeunir, se régén^r et attirer à lui les populations soumises h son autorité, des eiïorts éviilenls et couronnés de succès?
11 y a quelques mois à peine, il n'y avait qu'une voix en Angleterre pour reconnaître que la situation de la Turquie s'était merveilleusement améliorée depuis l'accession du frère d'Abdui-Hedjid au trône d'Othmaa. L'administration reconstituée, les déprédations des pachas réprimées, une impulsion nouvelle donnée à la marine, l'armée ottomaue mise en état de rivaliser, comme équipement et comme tenue, avec les meiUeares troupes européeaoes; l'industrie ranimée, la
FAUTES ET INCtWS^USMGBS SK LA PObITlIlOB ANGLAISE sao
«ultore du coton enconragâe, l'ordre pen à peu rétabli dans les finances, le crédit fioancier du gouvernement tvrc retevé au d^ors : voHii les prt^rès qu'on se plaisait à signaler. Abdul-Aziz était, disait-*n, un prince qui prendrai! sa plaœ parmi les rérwmaleurs , et l'on accordait voloutiers k Fuad- Pacha le litre de ^and ministre- Hier encore, lord Hobart adressait au cabinet britanique un rapport officiel dans lequel il est constaté que le gouvernement otioman, qui, au commencement de i893, avait une dette flottante de vingt millions sterling à liquider, se trouve aujourd'hui, grâce à des opérations financières aussi bien conduites que bien con^.ueg, avoir retiré de la circulation, soit en caïmés, soit en bons du Trésor, la «omme de quatorze millions six ceot soixantequatre mille quatre cent trente-trois livres sterling , résultat prodigieux si l'on songe ii ce qu'était la Turquie lors de la mort d'Abdnl-Mcdjid. El c'est dans ce moment que l'Angleterre se montre tout k coup disposée k changer les bases de sa politique orientale !
Mais pourquoi s'en étonner? Cette politique, comme je le disais dans ma dernière lettre, n'a élé, depuis bien des années, en ce qui regarde la question d'Orient et la Russie, qu'une suite d'oscillations et de contradictions. C'est ce que prouvera un rapide coup d'oeil jeté sur l'histoire diplomatique du Foreign-Officr dans ses rapports avec les hommes d'État de Saint-Pétersbourg.
L'Angleterre veillant pendant de longues années sur le maintien de l'empire oitomau' avec une sollicitude trop facile à endormir quelqueroîs, mais prompte it se réveiller,
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£40 LETTRES ttUR L AEtGLETERRB (IHflS)
— rachetant sa ^nde inconséquence de Navarùi par la guerre de Crimée, — portant et recevant des coups terribles pour assurer l'intégrité du pouvoir campé sur le Bosphore, — aidant les Turcs k écraser les Monténégrios, — arrêtant les Serbes dans leur marche vers l'indépendaDce absolue, — gourmandant par la voix du comte Russe!! leur priuce rebelle, — protégeant contre les Bulgares l'autorité du Sultan, — disputant à l'ascendant des Russes, pour le compte de cette même autorité, les provinces danubieuues,
— puis, un beau matin, se rappelant avec douleur qu'il y a en Turquie des populations qui ne sont par turques; que le géuie du Coran plane entré la Méditerranée et la mer Noire, et que ce n'est pas la croix qui brille sur le ddmc de Sainte-Sophie... c'est là un phénomène si curieux, qu'on éprouve naturellement un vif désir d'en connaître les causes.
Ces causes, je vous disais hier qu'il ne fallait pas les chercher dans un entraînement sentimental, d'abord parce que la politique anglaise n'a pas coutume d'obéir à des mobiles de ce genre, et ensuite parce que la justice n'attend pas si longtemps pour parler au cœur de.ceux qui comprennent son langage.
J'ai lu attentivement le discours de M. Grégory, et tout ce que j'ai pu y trouver comme explication se rétiuit h ceci :
u Les intrigues de la Russie en Grèce, en fircassie, et dans les provinces danubiennes, prouvent qu'elle n'a pus abandonné la politique du passé ; mais la guerre de Crimée a détruit tous les éléments matériels de la puissance russe. *
D'un autre côté, la Revue duSamedi (Salurday Review], une des feuilles les plus importantes de ce pays, dit on propres termes que le changement de [)olitique révélé par le.
FAUTES ET INCONSEODEHCES DR LA POLITIttUB ANGLAISE 211
4ébat du 29 mai vieot du succès de la guerre de Crimée, la questioD orientale n'ayant eu ud intérêt vital que lorsque la Russie menaçait l'Europe de la main droite et l'Asie de la main gauche.
Donc, si l'Angleterre s'aperçoit enfin qu'i l'égard des populations chrétiennes soumises au Turc, elle a des devoirs de justice k remplir, c'est parce qu'elle ne croit plus avoir intérêt à négliger l'accomplissement de ces devoirs. Tant que la Russie a paru capable de toucher Constanti- Dople en étendant le bras, être juste eût coûté trop dier; mais, grâce !t la guerre de Crimée, on peut se passer aujourd'hui le luxe de la justice, puisqu'elle est à bon marché.
Je a'examioerai pas ici jusqu'à quel point ce raisonnement est fondé en morale : est-il fondé, du moins, en politique? Et TAngleterre ne se fait-elte pas, sur les conséquences de' la guerre de Crimée, de bien étranges illusions?
Dans cette guerre, la Russie fut vaincue, il est vrai ; mais l'Orient la vit résister, seule, à quatre puissances liguées contre elle, dont deux figurent au premier rapg parmi les puissances de la terre. La Russie fut vaincue, mais après -avoir amené les Anglais à ne jouer à .cAté de la France, $m le champ de bataille, qu'un râle secondaire, plus propre il diminuer qu'à augmenter le prestige militaire de la Grande- Bretagne.
On a fait beaucoup de bruit de la chute de Sébastopol, forteresse construite, disait-on, pour commander la oavigaticn de la mer Noire. La vérité est, comme cela est prouvé dans une remarquable brochure publiée ici demierement, que la ville de Sébastopol ne fut jamais destinée k servir de base à des opérations navales. Pendant les deux grandes guerres que la Russie eut à soutenir depuis la cons-
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S4X LEmCfi MJR L'ADCLfTnKE (iSn)
truetion de Sébastopol, savoir, la gverre de 1828-29 contre la Turquie et celle de 1836-27 coatn la Perse, i>as ub sae de biieoits ae fut envoyé de Sébastopol. Durait l* preaùère de ces guerres, les approvisionnements vinrent d'Odessa smt des vaisseaux anglais affrétés dans ee but ; durant U seconde, les villes d'enlrepAt furent Taganrog et Aslrakao. Les danfers que préseote la oavigitioi de la ner Noire, et qui lui valurent ancienoeflirat le nom ffAxenoi (iuboipitaliin), «Dt chose bien connue. Du côté de l'est, les côtes sont en ■pM^e inaccessibles. Eu réalité, l'otitité que la RMsie lire de la mer Noire, au point de vue navai et mUitaire, consiste dans ravitaillement des places fortes qu'elle possède avr les cAtes de la Circassie et qu'elle a arrachées aux habitants dii pa^s. Or, eu ce qui concerne (a Circassie, te pouvoir de la Russie est, après la guerre de Criaiée, ce qu'il était avant. Po«r la frapper au cœur, en Orient, il aurait (ajlu donner la Biaia aux Circassiens en armes ; il aurait bllu aider les Lesghis à précipiter sur Tiflîs ciuqnanle mille gaerriers qui n'attendaient qu'un signal ; il aurait fallu attaquer la Rnsàe U oîi die était véritablement vulnérable dans cette partie du mcnde, c'est-à-dire au sud du Caucase, en appelant à l'indépendance la Géorgie, la Gourie et l'Iméréthie. C'est ce qae les Circassiens espéraienl, et la guerre de Crimée, en (roatpafit leur espoir , en tes laissant abandonnés i euxmêmes, ne pouvait que changer, à leurs yeux, la défaite de la Russie en iriomplie. Qu'out-ils gagné à celle gueire, de bquelle ib attendaient leur délivrance^ < Hélas! écrivaient doulooreusement les dépotés circassiens qui vinrent k Londres l'année dernière, voilîi sept ans qu'on dit la Russit^ vaiMue, et depuis lors nous avons eu k défeadre incessaniaaeflt contre elle aotre pajrs, notre liberté, notre exisl«>oe. >
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FAUTES ET IMCONSBQUBRCES BG LA POUTHIUE ANCLAISE S4S
Re^ativeBiËflt aux Tartares de Crimée, le résultat d'une aventure trop vantée a été de les rameoer sous la doui- BatioD de la Russie.
Relativement h la Turquie, on peut juger de l'ubsolue nnllilé du résultai par ce fait, que rennemi qu'elle avait contribué à vaincre n'a pas même été coodaïuné k payer les frais de la guerre.
Voilà les suites eu ce qui conume le pouvoir de la. Russie en Orient ; voyons les suites en ce qui cMcenie son pouvoir en Europe.
Jusqu'à l'époque de la guerre de Crimée, le grand levier de la puissance anglaise avait été le < Droit de visite, > entendu dans le sens de la confiscation sur mer de toute propriété appartenant à l'enoenii. Ce droit, l'Aogleterre n'avait cessé de le regarder comme la iiKtlaiit bien réelleveut en possession du trident. Ce droit, elle l'avait défendu contre la terre enUère, au prix des plus crflels sacrifices, et sans reculer devant aucun genre de violence. Le maintien de ce droit avait été l'objet d'une préoccupation constante de la part de ses b<min»es d'État, et Pitt avait proclamé néfaste J) jamais le jour oà «Ile serait forcée d'y renoncer. Par le ■ Droit de visite > , compris et appliqué comme elle le comprenait et l'appliquait, l' Angleterre gouvernait la mer; au moyen 4e la mer, qui joint, au lieu de les diviser, les contrées qu'en apparratce ette sépare, l'Angleterre gouvernait le commerce; au moyen du conmerce, qui fait dépendre la vie des peu^ qoeretleurs de rindustrie des peuples travailleurs, l'Aogleterre gouvernait le monde.
Et c'était surtout â l'égard de la Russie que te « Droit de Tisite ■, laissé intact, constituait une force incomparable.
Qa'est-ce que la Russie en eËetl C'est, ainsi qne H. lir-
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144 LETTRES SUR l'iWGLE TERRE (iSâS)
qufaart. l'a très-bien décrite, un vaste coiitineDt qui s'étend entre l'Asie et l'Europe, et dont Les eaux, coulant an sud et à l'ouest, entrent, ici et ta, dans ta mer, pour s'; trouver ensuite emprisonuées par un détroit. De U, pour les produits de ce pays, la nécessité de passer par une étroite route Tacile à garder. Que l'ennemi se poste à l'eutrée, bien résolu à barrer le passage : c'en est fait, le commerce va •s'arrêter, les sources du revenu public vont être taries, la Russie va se trouver dans la position d'un homme qui a sur la gorge le pouce de son adversaire.
Aussi , qu'ari'iva-t~il lors de la fameuse déclaration de cette neutrt^ité armée dans laquelle la Russie prit place au premier rang ? Le 1 4 janvier 1 801 , le gouveroement anglais met UQ embargo sur tous les navires appartenant à cbacuoe des puissances confédérées ; des vaisseaux armés en course sont lancés sur la Baltique; en peu de temps, la moitié presque des navires marchands appartenant aux pouvoirs du Nord et confiés à la mer sont conduits dans les ports de l'Angleterre; le commerce russe est subitement paralysé; les riches propriétaires fonciers, qui ne trouvent plus à écouler leurs denrées et qui voient devant eux un abime béant, s'épouvantent; on s'inquiète partout; partout on gronde ; une conspiration s'ourdit; Pa^il est étranglé. Adieu la confédération du Nord; adieu les espérances gigantesques de Napoléon ! Pour amener ces résultats immenses, il avait suffi du ■ Droit de visite >, énergîquement appliqué, pendant deux mois, par les vaisseaux anglais armés en course.
Eh bien, quel est, en ce qui touche les forces comparatives de la Russie et de l'Angleterre, le produit net de la guerre de Crimée? 11 est dans les deux articles suivants de la < DéclaralioD de Paris > du 18 avril 1856 : i" La course
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FAUTES ET INCONSEQUENCES DE LA POUTIQUE ANGUISE 345
est et demeure abolie; 2* te pavillon couvre la marchandise, à l'exception de la contrebande de guerre.
Ainsi, pendant deux siècles, l'Angleterre a repoussé, comme s'il s'était agi pour elle d'une question de vie ou de mort, le principe que > le pavillon couvre la marchandise > ; elle l'a repoussé, quoiqu'il ait été proclamé, dans cet intervalle, par 119 engagements internationaux sur 130. Et ce que il9 engagements internationaux sur 130, conclus' entre les principales puissances du monde, n'avaient pu arracher à l'An^eleri'e, ses victoires de Crimée le lui ont ont ravi ! Oh 1 que lord Uerby avait raison de s'écrier, le 2â mat 1 836 : < Quelques pertes que la Russie ait pu subir dans cette guerre, quels que soient les embarras que cette guerre a pu lui causer, je n'hésite pas à déclarer que ces pertes et ces embarras sont plus que compensés par l'adoption d'un seul article, gratuitement inséré par les plénitotentiaires français et anglais dans le traité de Paris, ariicle où, suv- Tant le mot de Piti, vous avez sacrifié la grandeur maritime de l'Angleterre sur l'autel de la Russie. *
Lord Clarendon, le signataire du traité, sentait si bien cela lui-même, qu'il ne songea pas un moment à subordonner son consentement à celui du Parlement britannique, tant il était sdr qu'il n'y aurait qu'un cri, soit dans la Ch^bre des Communes, soit dans ta Chambre des Lords, contre Dne aussi énorme concession ! Et ceci n'est pas une simple bypothèse. Appelé, le 22 mai 18S6, à expliquer sa conduite devant la .Chambre haute, il le fil, — chose extraordinaire, — dans les termes suivants : « Pensez-vous donc que si les articles du traité de Paris, ou seulement les bases sur lesquelles il repose, eussent été soumis à L'approbatioa du Parlement, le traité eAt été jamais signéT >
A Dieu ne plaise qu'on le regreUe; et, q^uant i moi, s'il
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-348 LETTRES SIHt l' ANGLETERRE (iBES)
est an fait historique dont je sois peu disposé à me plaindre, c'est celui-là. Libre aux diplomates de la trempe de H. Urquhart de [H^ndre le deuil, parce qne TADgleterre a perdu le pouvoir tyraonique qu'elle s'était arrogé comme puissance beBigérante sm- le commerce des neutres. L'Océan est le grand chemin des nations, e( tout peuple qui attente à la fiberté des mers commet un crime de lèse-humanité. IWais la question n'est pas là. Que U cîrilisatioo générale ait a gagner immensément aux modiRcations qu'a subies la théorie du < Droit de visite >, cela est certain; l'Europe n'a qu'à s'en réjouir. Seulement, il y a U pour l'Angleterre, particulièrement dans ses rapports avec ja Russie , une cause d'affaiblissement aussi manifeste qne considérable ; et quand on réfléchit qne, de toutes les conséquences de la guerre de Crimée, celle-là est la plus importante, il est impossible dé n'être pas frappé de l'aveuglement de ceux des Anglab qui, à l'exemple de M. Grégory, diraient volontiers : « Nous avons assez veillé; maintenant que la guerre de Crimée a fait justice du pouvoir de la Russie, eodormons-
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l'EXPÉDITOU FBàTtÇktSR AU KmQUE ET LE TIHES M7
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L*KXfé<BtlMi fraM^ao ■■ ■exlqoe et le TTsea.
Le gnné éinénement du jour est la )Fme de Puebla. Cette nouvelle a été ici le sujet d'un étoanesienl p
Toul d'abord, on s'était iiinginé, aime e» AA^Ienr, Hm la cosqséte dj Mexique ne sefa» (pi'in jn poirr Iles faioqHesrsde SotFérino. Non quelesAiiglat»ai«nt dooB^ m sen) instant dans 1^ erreur o^ dea proniesses *rtificieiises eiH tniaèrent le gonrerMtneBl fraBfais : mri, de te c&té da détruit, ne s'atteitdaît à roir les Hexicanw salaer eenaie ies Kbératenrs le» envabisseurs de leur pays, tendra le» bras k ifiii leur présentait la pornte d'une épée et joncher de Qeara l'espace qui sépare I2 Vera-Cmz de mesîco. Ces flfnsieiM, pleines de sang, TAngteferre les l»9SiHt aux parlïsaBS da géiéral Almoste et de ses pareils. Mais ce qn'eDe arait em, i rwigioe, c'est que les souaves iraient Ji Mexico en conraitl, sans avoir autre chose à faire qu'à passer sur te Teirtre ain IfeiîeaiBs, s^ils osaient se montrer. L'armée française esl la preniére armée dB oMnde : les Anglais le saveM; ils n smi pas IfflB d'en emivenir ; ils ne pouraimt donc croire que *es Taleweuaes troupes seraient arrêtées, ne ffll-ee qn''™ ■onest, par des bandes q^'os sopposail ioe^ables de tMttf
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448 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (lS6S)'
discipline, dépourvues, de tout courage, étraugères à tout seotîineDl de patriotisme.
On sait mainteDant k quoi s'en tenir en Angleterre sur le mérite de celte opinion préconçue. C'est par des journaux anglais que le siège de Puebla a été comparé au siège de Saragosse. Tout récemment, le Daily News, à propos de la résistance héroïque des Mexicains, rappelait celle que les Français, sous la Convention, opposèrent à une invasion de même nature. • Les Mexicains, dit le Morning Star du 12 juin, se sont battus en patriotes, en héros ; > et il ajoute : c L'histoire de ce siècle n'offre rien de plus surprenant que l'erreur où le gouvernement français est tombé touchant l'expédition du Mexique. »
Aussi avait-on fini par s'accoutumer ^ l'idée que le »ége de Puebla, qui avait duré si longtemps , pourrait durer longtemps encore. H avait môme couru, dans ces derniers jours, sur la position de l'armée française, mille rumeurs sinisb-es. On parlait d'échecs subis, d'assauts repoussés, de moyens d'attaque insuffisants; on disait les troupes du général Forey découragées; on en était venu à croire que le succès serait une i affaire de temps ». Aujourd'hui encore, chose singulière, une nouvelle, confirmée par le canon des Invalides et l'illumiflatiun de Foutainebleau, n'est pas sans rencontrer ici quelques incrédules, tant il est vrai que, suivant le mot du Morning Star, la chute de Puebla < prend le monde par surprise > (takes the world by turpriaé). Qui jamais aurait prévu un pareil résultat?
Quoi qu'il eu soit, la prise de Puebla est un événemeol aussi heureux pour nous, Fraaçaîs, que grave pour l'Anglegleterre. La France avait une épine dans sa chair : il ne tient maintenant qu'au gouvernement impérial de reUrer cette épine. Condure la paix, il le peut, non-seulement sans
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