‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 24 sur 97 · L EXPEDITION PIASKUISE AD MEXIQUE ET LE T[HES · texte numérisé non relu

L EXPEDITION PIASKUISE AD MEXIQUE ET LE T[HES

ter, depab le Moming Hendd jusqu'au Dmi^ Nevet et au Moming Suur, depuis la StUvrday Rtvie» jusqu'i ^'Eeonûtnitl et au Spretater, ob y trouvera, sur la uatiire et les conséquences probibles de celte expédition, les conunenlaîres tes fhu hostiles, même les plus violents.

Quaot au Times, il me serait facile de monUer comme quoi, usant en cette circonstance du privilège qu'on lui recoDDait de se contredire, il a tour à tour poursuivi de ses veeux et de ses anatfaèmes la marche des Français vers Mexico. Mais non, je préfère constater l'ardeur avec laquelle cette feuille, pour qui les succès militaires de la France furent toujours un sujet ou d'irritation ou d'alarmes, 3 plus d'âne fois donné son visa ii l'expédition française.

Dans son numéro d^i 31 mai 1 862, le Times disait : ■ An Mexique, la France peut faire beaucoup de bien , avec peu de chance de faire du mal k qui que ce soit, si ce n'est à elle-même {except to heraelf). ■ Ainsi, e'étaîL parce que la France, au Mexique, avait chance de m faire du mal à eUemâme que le Times lui prodiguait ses encouragemeuls!

Uaos son Dunoéro du Î7 mai 1862, pariant des réfugiés nexieaJDS, membres du parti réactionnaire et ecrJésiastique, adversaires du gouvernement de Jnarez et auxiliaires de i'inra»ofl française, le Times les traitait de coquins {ruf~ fions); iLaccBsail Biarqnez et autres coquins {other ruf/ùms) de ce parti d'avoir par leurs méfaits amené l'intervention; et i ajoutait : < Si Ferdinand- Maximilien va au Mexique, il tronvera ses amis les plus actib parmi les hommes qui ont fusillé, torturé, vi^é , jusqu'à ce qu'enfin l'Europe ait perdu patience. > Était-ce donc pour que la France figurât, aux yeux du monde, en si bonne compagnie, que le Times s'applaudissait de la présence des Français au Mexique ?

Et maintenant, camuteot eoncevw que le rédacteur de

n,gti7cdT:G00glc

SES LETTRES SUR l' ANGLETERRE (1868)

VartkU Money-Marhet, dans le Times, ose qualifier le gouvernement de luarez de t gouvernement anarchique, immoral, spoliateur, tyrannique *, et lui reproche s d'avoir plongé le pays dans une affreuse confusion, d'avoir remplacé les principes du droit et de la justice par la pratique du brigandage, du vol et du meurtre ■ ?

J'ai sous les yeux le « Blue-Book > que le gouvernemenl anglais a publié relativement aux affaires du Mexique, et voici de quelle manière l'élat dtis choses dans ce pays était décrit antérieurement à l'expédition censée devoir y porter remède, par M. Malhew, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du cabinet de Saint-James à Mexico :

< La situation, écrivait M. Hathew à lord John Russell, n'a pas change pendant ces deux derniers mois.... Seoor Puenle, jurisconsulte de quelque réputation, a quitté Mexico par le dernier paquebot, avec une mission pour Paris et probablement pour l'Espagne. Une chose a retardé son départ : la difDculté de se procurer la faible somme uér-essaire pour subvenir aux dépenses do voyage. C'est i cet extrême dénùment qu'U faut attribuer l'existence prolongée et l'accroissement des corps de guérillas commandés par les Espagnols Cobos et Vicario, et par l'infâme {infamout) Marquez, qui poursuit le cours de ses assassinats et de ses rapines. Deux misérables tentatives ont été faites pour créer du trouble dans la capitale : elles ont été découvertes et réprimées k temps. A part cela, ta tranquillité publique n'a pas été troublée; et quelque défectueux, quelque faible que puisse être le gouvernement d'aujourd'hui, ceux qui ont sous les yeux les meurtres, les actes atroces , les brigandages commis journellement sous le gouvernement du général Miramon et de ses conseillers senor Diaz et le génértd lUarques, cewt4à ne

n,gti7rtiT:G00glc

L EXPEDITION FRANÇAISE DU MEXiaUE ET LE TUES S63

peuvent qu'apprécier le règne de la loi et de la jusU^. Les étraugers, surtout ceux qui ont souffert si cruellement sout le pouvoir arbitraire de Miramon, et par suite de la haioe, de l'iniolérance qui, h leur égard, constituent un des dogmes du parti de l'Église k Mexico, ne sauraient s'empicher de faire une distinction profonde entre le présent etUpaeii[{). *

De Juarez, H. Hathew disait dans la même dépêche :

c r^ président Juarez, quoique dénué de l'énergie que rédame la crise actuelle, esl un homme droit et bien intententioné (an upright and voell intentioned mon), excellent dans tous les rapports privés de la vie (3). ■

Pour ce qui est du gouvernement de Juarez , l'envoyé de la Grande-Bretagne le caractérisait en ces termes : < la libvrU civile et la liberté religieuse ont été assises sur une large base. La paix est la seule chose requise pour le dé- Teloppemenl des principes coastitutionnels et les progrès iolellectuels du peuple (3). ■

Aussi M. Mathew se gardait-il bien de pousser son gouvernement !i une intervention comminatoire : loin de L^i. < Si le gouvemement actuel, écrivait-il, ou les principes actuels du gouvemement, ne sont pas soutenus de quelque manière ouvertement par l'Angleterre et les États-Unis, soit au moy«n d'une alliance protectrice, soit au moyen d'une déclaration qu'aucun mouvement révolutionnaire ne sera permis dans aucun des ports situés sur l'un et l'autre Océan, de nouvelles et déplorables convulsions affligeront ce malheureux pays, au grand dommage des intérêts britanniques, au grand détriment du commerce et à la honte de l'humanité. »

n,gti7ccT:G00glc

2S4 LETTRES SlIH l'aWCLETERRE (18«S)

Je m'arrête, faute d'espace; mais quicoaque se donner» la peiue de jeter les ytu% sur le « Blue-Bodi » où sont coa~ tenus tous les éléments de la question meucaioe, y trouvera la preuve officielle, la preuve iirécusable :

Oue l'anarcfate où le Mexique a élé plon^ et la déUesse financière qui en a été la suite, loia d'être imputables au gouvernement de Juarez, ont été l'œuvre de la facliofi opposée à ce gouvernemenl ;

Que c'^ par cette faction, — le parti de l'Église, — que fat poussé, quand elle dominait, le cri de ■ mort ausr étrangers > ;

Que c'est cette faction qui , lorsqu'elle était nattresse à Mexico, viola le domicile du consul anglais , brisa les eoflires, et vola six cent mille dollars appartenant aux compagnies soiflières {!) ;

Que la série d'eiactions, de vols à main armée et d'assassinats dont on s'est indigné avec tant de raison, n'a pas eu lieu sous le régime actuel, mais, au contraire, sous le régive aatérieur, èoai les crines et les rapines «nt été fort injustement mis sur le compte du régime actuel (2);

Que les spoliations et les meurtres qui ont fait la matière de tant de plaintes constituent les ex[^oits de ceux-là mêmes que le malheur du gouveruemeut impérial, trompé, a été d'avoir pour auxiliaires au Mexique;

Que si, le 9 avril 1862, et non en 1861, les Esjtagaols et les Anglais se retirèrent de l'action commune , ce fut parce ^'ib ne voulaient pas, eux, de pareils auxiliaires, et qne le but de l'expédition, netiemeut formulé dans l'article 3 de la

(1) Voir, d&ns le i B1ue-I rcspoDdaïKe de Hanud de

<3) Vuirle-Blue-Booki,

n,gti7cdT:G00glc

L KXPEDITIDil FUlt<:AlSK iil MEKHIUE BT LE TIMES 355

convenliOD du 31 octobre, était d'obtenir certaines réparations financières du Mexique, mais nullement d'intervenir dans ses affaires intérieures (1);

Enfin, que le gouvernemeot ie Juarez, en faveur duque le suffrage universel armé des Mexicains s'est prononcé, par ladéfeitse de Puebla,- d'une manière si éclatante, est le seul f^ouvemement légitime au Mexique, le seul qui y représente l'idée de liberté et de progrès, le seul qui y repose sur la Toloiilé nationale, le seul avec lequel il soit dans l'intérêt de la France de traiter, v- si tant est que l'Empire ne soit pas résolu à épuiser tes hasards d'une espéditioi en^fH'ise sur la foi de renseigu^Beets faux et de pnimesses meastafires, d'une «xpéditioo trop lointaine pmur n'être pas ruineueef d'une expédition cood^anée à vtix basse par la France, condamnée à voix hanle par l'Angleterre, suspecte à l'Enrape, odieuse à l'Aiaériqie, et du seifi de laquelle peurat sortir têt ou tard, dans les rapports du nouveau nonde avec l'aDcien monde , des complications d'une perlée redM-

a) Mr la <Ktfcbc idrettfe pir le emte Rnssefi n conlc Gowlef , le 30 sepUmbre )B61, p. 8i; — - le texte de la conventifta du 31 octobre; — le procte-\«.'t)«l de la conféreiiced'Oriïîtra.j. Itt-ti1, S-parlie.

n,gti7cdT:G00glc

LETTRES SUR l'aKGLBTERRE (iSfls)

M. ItwkBclE pBrlIaAB des BoatMAréa.

Reconnaître le Sud, tel était l'objet du nombreux meeting «D plein air qui s'est tenu avant-hier à Sheffield.

M. Rœbuck devait y porter la parole en faveur des confédérés pour demander qu'on leur vint en aide, du moins indirectement : il a été fidèle au rendez-vous.

H. Rœbuck le libéral, H. Rœbuck le radical, prenant publiquement fait et cause pour les esclavagistes ! ce serait lï UD scandale presque impossible à comprendre, si, depuis quelque temps, H. Rœbuck ne s'était en quelque sorte étudié à éloigner tous ses anciens amis et à déconcerter ses anciens admirateurs. Homme de combat que rien n'intimide, qui trouve plaisir à provoquer les puissances de la terre de l'air d'un guerrier, et i gourmander le peuple avec l'âpret^ d'uD paysan du Danube, M. Rœbuck s'était fait une place à part dans la Chambre des Communes par son ardeur & y braver le despotisme. Par quelle aberration d'esprit , ud pareil homme en vint, après une visite à la cour de Vienne, à vanter outre mesure le libéralisme de l'Autriche, i la proposer pour modèle aux gouvernements constitutionoels et à insister pour que les Anglais s'unissent à elle d'une manière intime, c'est un mystère que personne encore n'a péuétré. Ce qui est sAr, c'est que H. Rœbuck, tout à coup

n,gti7cdT:G00glc

M. RtEBUCk PARTISAN DES CONFEDERES 231

transformé ea missionaaire de l'Autriche, élonna, scandalisa et tourna contre lui son propre parti. C'est ce qu'il voulait, peut-ëtPË. Il y a des hommes ainsi faiLs, que lorsqu'ils sont las de frapper leurs adversaires, ils se reposent en changeant de [atigue et frappent volontiers leurs amis. 11 était cependant un excès d'inconséquence dans lequel on n'aurait jamais cm H. Rœbuck capable de tomber. Il paraissait impossible qu'un homme impatient de tout joug, ennemi de toute domioation, qu'un homme dont la carrière politique, au début, avait été signalée par le déploiement d'une personnalité violente, d'une indépendance presque brutale, se prit un jour de tendresse pour les planteurs d'Amérique, et ouvrit son cœur à une haine sans frein à l'égard de cette république du Qord de l'Amérique si favorable au développement du sentiment individuel. Ce phénomène s'est accompli.

A ShefTield, qu'il représente dans la Chambre des Communes, M. Rœbuck a déclamé contre le Nord et exalté le Sud, absolument comme s'il se fût adressé à un meeting de Ricfamond. Tous les lieux communs qui traînent depuis un an dans les journaux sécessionnistes, il les a rassemblés, répélé.s, ressassés, sans même se donner la peine de tes rajeunir quelque peu par la forme. Les mauvaises causes, parait-il, ne portent pas bonheur à l'éloquence.

H. Roebuck a bien voulu apprendre à son auditoire qu'il n'était poiut partisan de l'institution de l'esclavage ; c'est l'invariable précaution oratoire à laquelle, dans leurs harangues, les partisans du Sud se croient tenus en bonne conscience d'avoir recours. Hais cela n'empêche nullement < H. Rœbuck de demander qu'oa intervienne en faveur des possesseurs d'esclaves, qu'on les reconnaisse comme État indépendant, qu'on leur communique la force considérable qui résulterait pour eus d'un.e reconnaissance solennelle par

n,gti7cdT:G00glc

258 LETTRES SUIt L'AXCLeiBRIlB (lB69)

rAnglelerre. Et pourquoi? Parce que, selon M. Rœbud:, l'Angleterre se doit de protéger tout peuple qui revendique 30D indépendance.

Inutile de réfuter ce pitoyable argument, mille fois réfute déjà. Que dire à un raisonneur à qui Ton est obligé de faire remarquer qu'une indépendance employée à tenir loule une race dans l'oppression ne mérite pas les sympathies d'une flation libre?

Aussi l'orateur a~t-il été , .H chaque phrase, interrompu parie cri : • Mais l'esclavage! l'esclavage! Vous éles donc pour l'esclavage! > On anrait pu l'interrompre, j'imagine, d'une manière encore plus embarrassante, en lui demandant: < Pourquoi l'Angleterre a-t-elle écrasé, dans les Indes, les «ipayes, armés au nom de leur indépendance contre les con- 'quéranls i^e leur pays? El s'il arrivait que, demain, l'Irlande, qui est afTamée, désespérée, réclamât, elle-aussi, son indépendance, que ferait l'Angleterre?»

Mais l'intérêt et la passion se laissèrent-ils jamais convaincre par la It^que? < C'est comme Anglais, c'est dans l'inlérét de l'Angleterre que je vais parler, ■ avait dit tout d'abord M. Rœbuck; et à des cossidérations tirées de l'égoïsme national il a eu soin d'en joindre une qu'il savait propre h émouvoir l'orgueil anglais : « Les Américains dn Nord sont une race mêlée; la pure race anglaise est là oit le Sud combat, et les confédérés se sont battus comme les Anglais savent le faire. > Grand ai^meutque celui-là, de ce cAté du détroit! 11 n'a pas manqué son effet sur le meeting de Sheffield, s'il en faut juger par le résultat : ■ Le meeting est d'avis que le gouvernement ferait bien, dans l'intérêt de l'Angleterre et dans celui du monde, d'entrer en négociations avec les principales puissances de l'Europe, pour les amener h reconnaître l'indépendance des États confédérés. >

n,gti7cdT:G00glc

UNE INTERVENTION DIPLOMATIQUE 2Sd

N'allez pas croire, cep^dant, que celle résolution ait été prise par ime inajorilé bien imposante. Les partisans du Nord étaient là en forces. Ils ont proiesté avec une extrême énergie. L'orateur a été à plusieurs reprises arrêté court par des exclamations au fond desquelles l'indignation vibrait. Les ouvriers présents, surtout, se sont montrés fort exaltés; car ici la classe qui appuie le Nord est celle des travailleurs, et TOUS pouvez vous former une idée de la véhémence de ses sympathies par le fail suivant : lorsque H. Bœbuck ea est venu à formuler sa proposition de reconnaître le Sud, ce cri terrible a été poussé : ■ Jamais ! ce serait une guerre dvile en An^eterre. >

U«e iaterrcntloB dlpIoMSU^ne.

La nouvelle des atrocités commises en Pologne a fait courir, d'un bout à l'autre de l'Angleterre, un frissou d'horreur.

Lorsque, îl a quelques années, le général Baynau s'avisa de visiter l' Angleterre , il fut, on s'en souvient, reconnu dans une brasserie de Londres; et, aussitôt, saisis d'une foreur généreuse, les ouvriers cha^èrent ignominieusement

n,gti7cdT:G00glc

260 LETTRES SUU l'aNGLETERIIE (186a)

d'au milieu d'eux, comme indigne de paraître devant des liorames, < un fouetleur de femmes ». Que le général russe Mourawieff se tienne cela pour dit, s'il est vrai qu'il .lit rnenacé du linout toute femme polonaise en habits de deuil.

Hier, lord Stralford de RedcliSe, dans la Cbambre des Lords, et M. Scully, dans la Chambre des Communes, odi demandé au gouvernement ce qu'il savait de cette infamie; et le comte Riisseil dans la Cliambre des Lords, M. Layird dans la Chambre des Communes, ont déclaré que le gouvernement n'avait encore reçu à cet égard aucune communication officielle. Soit. La lumière, il faut l'espérer, ne lardera pas à se faire sur ce point. Mais, en attendant, personne ici ne met en doute que les Russes n'aient du sang innocenl jusqu'aux genoux.

Quand lord Stratrord de Redcliife parlait hier de prêtres exécutés sans jugement, de femmes et d'enfants traînés à Vabattoir, de personnes inoffeosives massacrées par des soldats transformés en bétes fauves, de fonctionnaires publics pendus pour avoir adressé h l'empereur des remontrances respectueuses, il ne faisait que résumer l'histoire dont les airreiix détails remplissent tous les journaux et fournissenl la matière de mille anathémes. Qu'on vienne donc nous Vanter le progrès des lumières, les bienfaits d'une civilisation prompte à se développer, et le reste. Sottises slérétn typ6es que tout cela ! Est-il dans les annales de la férocilL> humaine un siècle qui présente un plus grand enlasseiuent d'horreurs que celui oîi notre destinée a été de vivre?

Voici des hommes qui se souillent de crimes dont des sauvages rougiraient d'être accusés; et si vous demandez quels sont ces hommes, on vous répond que ee sont des perso nn-iges illustres dans la diplomatie et dans la guerre, d;s gens d'exttlleiit ton et de mœurs raffinées, qui ont figuré

n,gti7cdT:G00glc

Page 1