COTÉ EUROPEEN ET ANGLAIS DE LA QUESTION DE POLOGNE S
inseosibleiDeDt glisser par faiblesse eur la peole des cooiprnmis, et finit par manquer tout à fait du courage de ses convictions. Quant au ministre prussien, le prince Hardenberg, les motifs qui le poussèrent à céder témoignent k la fuis d'une grande sagacité et d'un grand fonds de cynisme. Dans un mémorandum confidentiel, adressé à lord Castlereagh le 31 novembre 1814, le prince Hardenberg s'exprimait en ces termes: ■ Plus j'y réfléchis, plus je sens que nous ferons bien de céder sur la question politique, ie vois à cela moins ^ danger que de profit pour le repos de TEurope en général «t pour les voisins de la Russie en particulier. J'estime que la force et le pouvoir de la Russie seront plutôt diminués qu' accrus par la constitution d'un royaume de Pologne sous le sceptre d'un même souverain. Les Polonais jouiront de privilèges qui sont refusés aux Russes. Bientôt le génie de chacune des deux nations entrera en lutte avec celui de l'autre ; les jalousies feront obstacle à l'unité ; des embarrai de toute espèce se produiront... Bref, j'ai l'intime conviciioo qu'en essayant d'empêcher l'empereur de rétablir le royaume de Pologne sous son sceptre, nous travaillons contre nos propres intérêts. >
Le prince Hardenben; voyait irës-juste quand il prédisait ^ue la Pologne violemment rivée à la Russie causerait Jl celte dernière puiseaoce de cniels embarras, mais il se trompait dans ses calculs égoïstes en se figurant que ces embarras seraient conciliablee avec le repos de l'Europe. Ses prévisions sous ce rapport reçoivent un démenti décisif de l'état violent d'incertitude et d'agilalion oii l'insurrection de la Pologne jette en ce m«uent tous les peuples.
Quoi qu'il en soit, il ne dépendit pas de lord Castlereagb que la Pologne ne fût, dès cette époque, rétablie dans ses anciennes limites et proclamée indépendante.
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11 est vrai qu'eii cela il n'était guidé ni par de hautes considérations de justice ni par l'intérêt que pouvait inspirer à une âme honnête le spectacle d'uu peuple opprimé : c« qu'il considérait dans la question polonaise, c'était son rapport avec l'accroissemeul de la puissance russe, c'était sou côté européen. Or, ce cdté européen de la question, voilà ce que les hommes d'État d'aujourd'hui, en Angleterre, semblent avoir presque entièrement perdu de vue; et c'est ce qui explique leur répugnance absolue à courir les risques d'une guerre dont ils s'imaginent que le profit serait tout pour la Pologne et pour la France.
En 181S, le pouvoir que l'Angleterre redoutait le plus, c'était la Russie. Ses récentes acquisitions dans la Finlande^ dans la Bessarabie, et sur les frontières de la Perse; sa persistance k étendre les bras vers Constantinople ; le rôle éclatant qu'elle avait joué daos le drame de la chute de Napoléon, tout contribuait à l'entourer d'un inquiétant prestige. De \\ les efforts de lord Castlereagh, d'abord pour lui opposer, dans l'existence d'une grande Pologne indépendante, une barrière râpable de la contenir, et ensuite, quand il lui fallut abandonner ce projet, pour rendre aussi petite que possible sa part de la Pologne dépouillée. Hais aujourd'hui, le pouvoir dont l'Angleterre suit les mouvements avec anxiété, ce n'est plus la Russie, c'est la France. On se plall k croire ici que, depuis la guerrede Crimée, la Russie ne mérite pas qu'on lui fasse l'honneur d'avoir peur d'elle. Jamab H. Urquhart n'a eu. plus de raison de se lamenter sur ce qu'il appelle l'aveuglement de ses compatriotes. M. Horsman, il faut lui rendre cette justice, ne partage pas à cet égard les illusions dont se bercent taut de gens : « Si la Russie, > disait-il dans la séance de lundi dernier, « avait eu des chemins de fer, Sébastopol ne serait pas tombé, et
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l'iasurrection aciuelle de Pologne n'aurait pas duré un mois. Ce qui affaiblit la Russie, c'est son étendue ', mais le fer et la vapeur auront bientôt abrégé, pour elle aussi, les dislanc«s, et il n*y a pas de raison alors pour qu'elle ne suit plus formidable que jamais. «
Ainsi pensent quelques hommes à vue perçante; mais, je le répèle, l'opinion générale est que le danger aujourd'hui n'est pas à Saint-Pétersbourg. Dernièrement encore, lord EUenborough n'est-il pas allé jusqu'à dire, en pleine Chambre des Lords, que la grandeur de la Russie importait à la balance des pouvoirs européens?
Ne vous étonnez pas, après cela, s) l'Angleterre refuse de se joindre autrement que par voie de protocoles à la France contre la Russie, c'est-à-dire à la puissance qu'elle craint davantage contre celle qu'elle craint moins. Outre que les résultats de l'expédition du Mexique, d'abord entreprise en commun, l'ont éclairée sur le danger de certaines alliances militaires, elle ne se soucie en aucune façon de contribuer à affaiblir un pouvoir que, bien à tort selon moi, elle s'accoutume à ne plus craindre, au profil d'un autre pouvoir que sa tendance actuelle est de craindre à l'excès.
A la vérité, — et c'est ce que M. Horsman a fait l'autre jour ressortir avec beaucoup de force, — l'Angleterre ne saurait se tenir à l'écart, si l'orage éclatait, sans abandonner i la France un rôle qui serait d'autant plus considérable que la gloire n'en serait point partagée. C'est là, pour l'Angleterre, une des difGcultés de la situation.
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•58 UTTRES SUK L'ANCLBTBKItE (iSSS)
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L'accueil fait en Angleterre it la lotneRe des grutis soecis que viennent d'obtenir les fédéraux safGrait pour montrer, si cela était aujourd'hui nécessaire, dans quelle direction coule le torrent de l'opinion.
Cette nouvdie, je me hâte de le dire, a excité des trassports de joie dans la classe ouTriére et dans ceux des oignes de la presse anglaise qui représentent le rAté généreux des tendances de la aation. « C'est avec utle joie profonde, passionnée, reconnaissante, que nous enregistrons la nouTelle de victoires qui annoncent l'approche d'une heureuse paix. * AÏDsi parle le Moming Star; et il se félicite de la protection accordée aux armes de la république des États-Unis par te ■ Dieu de miséricorde et de justice > .
Ce sont là des paroles qui éveillerout des échos innombrables et sonores dans le Lancashire, dans ce Lancashire où, comme M. Conningham le constatait demiferement en pleine Cliambre des Communes, il ne s'est pas tenu en faveur du Sud plus de trois ou quatre meetings sur plusieurs centaines auxquels les événements d'Amérique ont donné lieu.
Malheureusement, dans un pays tel que celui-ci, ce n'est pas sur les battements de cœur de la foule innommée que se
STâTÈHE DE DEMCIIENBHT EN CE QUI TOUCHE LES FEDERAUX 8M
(^[le ce qu'on jippelle l'opiaion. Si l'on veat savoir de'qael côté SMifBe ce veut puiasaBt de l'opinion qui eutraîBe toiU, c'est sar le somnet de la moBUgoe qu'il faut se placer et aen dans la plaise. Or, dans les luutee réfioss, ^aotais, bm jsaiais la synpatkie pour le Sud ne s'est déclarée d'une m»ûère plus frappante qu'à l'occasiMi de» récents avaoUges remportés par le Nord.
Le flot d'une isTasiofi fsraaidaUe refoulé; les cbargei furieuses, désespérées, de l'inCaQlerie du Sud vefiwt se baser, l'une après l'autre, coDlre les balailloDS iaébranlables de l'amée fédérale; Ice, le plus renouuné des capiliioes confédérés, pliaut devant Ueade , un général doit, hier eacore, personne en Ë^nrope ne conuaissait le iwm; Wasbingtoi, Baltimore, Philadelphie, hors de danger; et, le jour méMtb •il Lee était foroé de reculer vers le Potouac, la forteresse de Vii^burg réduite à se rendre, le cours du Mississipi conquis, et le domaine des confédérés séparé Tiolemment d'avec les Étals de l'Ouest.... Qu'ia^iner, sinon de plus décisif, auBiMBs de plus éclatant et de plus considérable! Certes, avec un pareil tableau sous les yeui , il est facile de concevoir que l'euthousiasiae i New- York ait succédé aux DÛrs presaentioKnts; que le langage de ta presse fédérale respire l'orgneil du triomphe ; que des députatioos aient été envoyées an président Lincoln pour le féliciter ; que la prime surl'OT, aux États-Unis, soit tombée de 'iO Ji âl, et que, pour mettre k profit l'élan du peuple , le gouvernement de Washington ait décrété une levée de trois cent mille faosiBies.
Eh bien, le croiriez-vous t la presse anglaise, à part iroisou quatre journaux, mus dédare graveinent qi'U n'y a rien de bât. Écoutez le Times., par eiem^. La bataille de Getiysbui^ est partie nulle (a dravm batûe). Le champ de batmlle est resté aux fédéraux, c'est vrai; mais qu'est-ce que
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««0 LETTRES SUR l'aNGLETERRE (1S«8)
■ cela? Qui saitî Peut-être Lee n'a-t-il reculé que pour choiàr uu terrain plus favorable â l'attaque. C'est un lacticieu si habile 1 D'ailleurs, la question de savoir si l'iavasion de la Pensylvanie est une expédition manques dépend de la question de savoir dans quel but elle avait été entreprise. Si, comme il est permis de le supposer, le but du général confédéré était simplement de vivre sur les terres de l'enDeini en alteodaut mieux, et de s'en revenir au bout d'un certain temps cbargé de dépouilles, sa retraite ne prouve rien, sinon que son objet était rempli.
Quant i la prise de Vicksburg, c'est un rayon d« tuceii (a gîeamof sueceis); toutefois, les fédéraux n'auront pas le Hississipi tant qu'ils n'auront pas Port-Hudson. Nais où le Timea cherche et trouve un sujet de consolation pour les gens bien pensants, c'est dans ce fait, que les « incidents > de la campagne ont montré sous uu jour i pîtoyaUe ■ le président Lincoln et ses principaux ministres. De ce que le
. général Halleck s'est félicité d'avoir conservé à Grant son commandement, le Times conclut que le général Halleck s'attribue toul l'honneur de la prise de Vicksburg, et il )e signale à la risée de l'Europe. Il ne peut pardonner au président Lincoln d'avoir reçu une sérénade. Il fait un crime ;t H. Slanton de n'avoir pas su résister à la tentation de décocher un trait satirique h l'adresse des avocats de la paix, des Coperheads , et, pour ce qui est de M. Seward.il l'accuse, sur la foi de son correspondant, à lui le Timês^ de s'être comparé h Jésus-Christ! Bref, tout ce que le leading journal de l'Angleterre veut voir dans les derniers triomphes du Nord, c'est h preuve irrécusable de la dégéoérescence des hommes d'État de t'autre côté de l'Atlantique, Voilà pour le Times; mais que dire du Moming Herald?
STSTËXE DE D^NIGREMEM EN CE QUI TOUCHE LES P^OÉRAUX 3C1
La feuille du parti tory conteste de son mieux, eUe aussi, les succès des fédéraux, mais c'est sur le ton de la rage. A l'entendre, la guerre peut encore durer vingt ans, et M. Seward est un imbécile s'il croit le Sud épuisé parce que WashiDglon n'est plus en danger, parce que PInladelphie n'est pas encore en flammes, et parce que, dans Baltimore, les canons du fort Mac-Henry tiennent en respect les tendances sécessionistes de la population. Ce qui exaspère le Moming Herald, c'est l'idée que la proéhaine malle lui apportera d'Amérique des nouvelles de nature à confirmer ses espérances : allusion au refus du gouvernement anglais de reconnaître Le Sud. a Oui, s'écrie tout frémissant de colère le journal aristocratique, encore quelques jours, et H. Seward apprendra qu'il a encore sh ou neuf mois pour i'achèvemeDt de son « œuvre infernale » (fiendish work) ; il apprendra qu'on a refusé ici de prononcer le mot qui poovait donner la paix à un continent et sauver peut-être la vie i cinquante mille hommes. > Comment la reconnaissance du Sud aurait mis tin à la guerre, au lieu de la rendre plus terrible, ainsi que le croient beaucoup de bons esprits, c'est ce que le Moming Herald ne daigne pas nous expliquer. Il ajoute, hors de lui : ■ On sacrilîe à des intérêts de parti < la plus sacrée des causes > {the holiestof causes). Il faut que le Lancasliire meure de faim pour que le comte Russell reste en place. > Ici encore, le Moming Herald oublie de nous dire par quel genre de prodige la reconnaissance du Sud donnerait dii pain aux ottvriers du Lahcashire. Si cette reconnaissance n'entraînait pas la guerre avec le Nord, le blocus continuant, pas de coton après comme avant. Si, au contraire, la guerre avec te Nord suivait, les ouvriers du Laneashire, qui manquent de coton, risqueraient en outre de manquer de blé. Mais que vous semble de « la plus
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363 LBTTRKS SUR l'aNGLETEUK (iSU)
gaerée dei coujm » \ Quoi ! c'est en ces temes que la ciuse de l'esclavage est définie ea Angleterre par un Anfilais! 0 Wilberfnrce, recoflAaitrais-tv ton pays si tu sortiis da toiubeav?
Je pourrais pousser pl«s loin cette lamentable rené des organes de l'opinion ; je pourrais mettre sous le regard des lecteurs tes mille sophismes aoxquds se complail la presse anglaise, dans son ardeur de proarer k lets, etpeslétre, hélas I de se prouver k eUe-méoie, que les fédérai *e sooi pas plus afaocés aujourd'hui qu'hier, et que « ii pfw âiurA des émues > a eacore toMes les chances de son t/té. Mais Je n'arrête de tristesse et de dégoût; — de tristes», l'ar, de la part de l'Ao^eterre, telle ^aoge façon d'oèatrver la neutralité eolasse dans le cœur 4es AMiérkaias da Nord des ressentiments inmorteU, les di^se à towier vers rtUirope la pointe de leurs épées quand ib en penrreDl manier la p«g»ée selon leur désir, et prépare ainsi des malheurs dont la seole idée donne le frisson.
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