UNE LETTRE DE LA RELV'E
freux à coDstater, ce qui mffntre quelle éducation d'inhumanité de tels spectacles donnent à la multitude, c'est que, à Birmingham, dans le parc où cette iufortunée u payé de sa vie le pouvoir qu'elle avait de passionner la curiosité, sa mort tragique, lorsqu'elle a eu lieu, n'apas un seul instant interrompu les réjouissances publiques. Oui, Monsieur, cbose horrible 1 Us ont continué k manger, à boire, à rire, autour de la place que venait d'ensanglanter ce pauvre corps en s'y broyant !
C'est il cette occasion que la reine a chargé sir C.-B. Phipps d'exprimer au maire de Birmingham l'horreur dont elle avait éié'saisie au récit de ces fonèbres circonstances, et ce qu'elle pense du caractère démoralisateur que présentent, de l'influence dégradante qu'exercent des exhibitions oîi le plaisir éprouvé par le spectateur est en raison directe du danger inhérent au spectacle.
Deux jours avant, le ministre de l'inlérieur, sir George Grey , avait été interpellé dans le Parlement sur la tolérance accordée ï ces diverlissenienis odieux, et il s'était retranché derrière le goût du public. C'est ce goAI du public que la reine a flétri publiquement, et cela dans un élan d'indigualion que comprendra toute âme honnête unie à un esprit élevé.
Pour quiconque connaît l'Angleterre et les Anglais, c'est lit un acte décisif, et l'on peut prédire qu'à partir d'aujourd'hui l'abus dénoncé de si haut est mort, sans que la loi ait à s'en mêler. Etsavez-vous pourquoi! Simplement parce que désormais il ne sera plus fashionable d'aller voir de quelle manière certaines gens s'y prennent pour risquer leur vie. Quel homme appartenant à la société polie, quelle femme se piquant d'élégance, auraient l'audace de courir après un genre de diverlissemeiil que la reine a déclaré immoral et, ce qui aux yeux d'un certain monde est plus grave encore.
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382 LBTTRES SUR l'aKCLEIEBBE (ises)
a déclaré de mauviûs goùlt L'aristocratie se tieudra donc » l'écart; les personnes de lâ classe mayenoe en feroat autant par ImitalioQ, pour jie poiut paraître manquer d'usage; et, qiLint au reste de la population, l'espèce de superstiliou monarchique dont elle subit l'empire répond de son acquiescement à lu verdict rendu par le souverain.
Sous ce rapport, nul doute que la lettre dont il s'agit ne mérite d'être applaudie sans réserve. Au point de vue de l'effet qu'elle est certainement de nature à produire, qui doue oserait exprimer un regret, ou, plutôt, par qui un regret pourrait-il être éprouvé ? L'attrait qu'ont pour les Anglais les spectacles qui montrent nn homme ou même une femme faisant du danger de mourir leur moyen de vivre, est une des choses dont ils ont le moins sujet d'ôtre fiers. Si Yt&pa^e a ses combats de taureaux, TAngleterre a, ce qui ue vaut assurément pas mieux, ses luttes deboxeurs, luttes brutales, toujours terribles, quelquefois mortelles,. et qui, néanmoins, excitent un intérêt universel, voisin du délire. Derniërement encore, un boxeur fut renversé d'un coup de poing, trop semblable i un coup de massue : quand on le réleva, il était mort. Ceux qui avaient eu le boa esprit de parier pour le vainqueur avaient bien gagné leur argent, comme on voit! Ces cas sont rares, je le veux bien; mais esl-il un combat de boxeurs où on ne voie le sang coulerî Ah ! c'est pour le coup que Jean-Jacques Rousseau aurait pu s'écrier : « Eh 1 que veux-tu faire de ce sang, bête féroce! le veux-tu boire î »
Les Anglais sont un peuple essentiellement humain : leurs lois pour la protection des animaux le prouvent assez; il est donc permis de regarder, non-seulement comme une de leurs contradictions, mais encore comme une de leurs maladies
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USE l£TTIt£ DE LA HEINE atl3
Batioeates, la jouissaue qu'ils irouvenl dans des spectacles que l'hutuDiXé désavoue et doat ta civilisatioii rou^^it.
Sous ce rapport, je le répète, il n'y a rien qoe de trèslouable dans 1 inspiratieu qui a dicté la lettre de la reioe au maire de Biraiogiiam.
Hais, aÎDÛ que je le disais en comneDcaut, le fait de cette lettre soulève uoe question grai«, non pas précisément de droit coostitutionnel, mais de pratique coostiiutiomielle.
Dais ua régime ^ repose e'ir l'irresponsabilité du pouvoir royal, et qui part de cette supposiLiou, arliâcieUement érigée en principe, que le ■ rot ne peut mai faire », n'y a-t-il aucun iocoDvéBieBt k laisser la royauté jeter dans la balance de t'opiuioa publique le poids de son approbation ou de sa désapprobation, exprimées d'une ouaifcre éelat^Ie et péremptoire?
Et cet iDconvénient ne doil^il pas être surtout pris en considéralioD, là où les habitudes aristocratiques, la dictature de ce qu'on nomme le boa ton, la puissance de l'exemple donaé par les grands, et l'esprit d'imilatioa qui, chez les petits, est entretenue par la vanité, assurent aux idées qui, du tr4ne, descendent dans tes salons, des salons dans les boutiques, et des boutiques dans les ateliers, une influence sociale presque irrésistible? Voilà ce- que de forts bons esprits se demandent, et le dernier numéro du Sfectator contient, à ce sujet, un article très-digne d'être médité. « La reine, dit-il, a été, Sans aucun doute, aussi touchée du sort de Mary-Ann Walkley que de celui de M°" Geneivei mais deux lignes de condainnalioD venant d'elle, et signées sir C. Phipps, auraient irrévocablement ruiné M"" Elise, et peulélrecbangé le cours d'un important commerce. >
Le fait est que l'exercice d'un grand pouvoir doit être jugé, non d'après le bon effet qui en résulte dans un cas donné,
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. am LETTRES SUR l' ANGLETERRE (iSSa)
mais d'après les conséquences qui eo découleraient, s'il i;«<;sait d'être guidé par des intentioDs drpites ou une saine appréciation des circonstances. L'abus, qui n'est pas à craindre de la part de la relue actuelle, ne sera-t-il à craindre de la part d'aucun de se» successeurs? Qui le saitî Qui se croitau- (orisé!) en répondre? Les précédents sont choses auxquelles OQ ue saurait regarder de trop près. La conséquence rigoureuse de l'irresponsabilité serait l'inaction. Pour que, logiquement, le roi ne pût mal Taire, il faudrait — étant duon^e la nature humaine — que le roi ne fit absolument rien.
Si donc, dans un régime constitutionnel, le pouvoir royal agît, il importe que ce soit, en tout cas, le moins possible. Or, de quelle puissance d'action la royauté ne serait-elle pas investie, s'il lui était loisible d'user à son gré de soa prestige, dans un pays aussi profondément aristocratique et monarchique que l'Angleterre?
Que le danger y ait été entrevu, cela prouve combien on y a de bon sens; et qu'il y ait été signalé, cela prouve combien on y est libre.
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