U.S AVERTISSEKEKT DONNE AUX ANGLAIS
Vm «Tertlsseatuit dmuié »mk XmglMa,
J'ai entend» ici mainl personnage politique exprimer l'opinion que le pamphlet publié par M. Denlu sous ce titre : VEmpereury la Pologne et V Europe, a été écrit à l'adresse de l'Angleterre, si tant est que ce pampiilet soit, comme on l'a dit, de M. Hocquard.
Il est bien vrai que la suscription de la lettre porte Saint- Pétersbourg et Berlin. Mais c'est au contenu qu'il faut regarder.
Ed supposant, — et c'est probable , — que Napoléon ne se soucie pas de s'engager seul dans une guerre conire la Russie et tienne h traîner l'Angleterre à sa suite, quelle marche aurait-il à tenir pour amener l'Angleterre à ses desseins? Il aurait à l'inquiéter de son mieux sur les conséquences de l'isolement armé de la France. Eh bien ! c'est précisément ce que semble avoir eu en vue l'auteur de h brochure en question.
Non pas que l'bypotbèse de l'isolement armé de la France y suit le sujet mis en lumière. Non; te but poursuivi sérail, dans ce cas, trop manifeste; et ta menace risquerait de manquer son effet, si elle était directe.
Aussi parle-t-on d'une flotte anglo-franco-suédoise qui pourrait bien un beaujour paraître dans la Baltique, et d'une flotte anglo-franco-italienne qui pouirait bien un beau jour
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sen LETTRES SUR l'ancleterre (isss)
paraître dans la mer Noire : toutes choses qui se rapportent à l'idée d'uoe action commune. Mais attendez ! Pourquoi le roi de Prusse est-il, dans la brochure dont il s'agit, pris si vivement à partie? Pourquoi lui recommaade-t-on de ne pas oublier les leçons de l'histoire, et de ne pas courir, fi travers une seconde bataille d'Iéna, au-devant d'une seconde bataille de Priediand? Pourquoi évoque-t-on le sou- ■ veuir des malheurs terribles que la Prusse s'attira en changeantà son égard la bienveillance de Napoléon 1" en colère? Pourquoi ajoute-t-on que la France, une Tois son épée hors du fourreau, se croira dans l'obligation de délivrer la Lithuanie comme elle a délivré la Lombardie ? On sait parfaitement aux Tuileries que la grande peur des Anglais est de voir la Prusse mêlée k toute cette affaire, parce que la Pmsse appuyant les Russes en armes, c'est l'aigle impérial déployant ses ailes sur le Kbin. On sait aussi fort bien aux Tuileries que la régénération de l'ancienne Pologne n'est .pas du tout ce qui tente l'Angleterre, pour qui les traités de 1815, fidèleinenl observés, sont la limite extrême de l'intervention. Ainsi donc, rappeler des victoires, des cdd- <]uétes, des vengeances, dont on n'ignore pas que l'image fait frémir les Anglais, n'est-ce pas leur dire : * Si, la guerre éclatant, vous refusez de vous joindre i nous, soit. Mais alors attendez-vous à ce que laous fassions la guerre non pas selon vos visées, mais selon les nôtres; non pas coninie vous l'entendez, mais comme nous l'entendons. Nous n'a- Tons nul souci, nous, des traités de 181S, que nous abhorrons, au contraire, et que- nous avons commencé it déchirer à coups de baïonnetle. Ce qu'il nous faut, c'est la Polt^ne recoDstiliiée sans égard à cestriaités, et de telle manière qu'il y ait une autre France Mir les bords de la Vistule. La Pmsse y contredira, nous l'espérons bien. Napoléon I" trouva le
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UN ATBRTI8SEHENT DONNE AUX ANGLAIS 8B1
Rhin boD à prendre, il le prit, et dous nous appelons l'Empire. »
Il serait difticile de mettre d'une façon plus adroite sous les yeux de l'Angleterre les inconvénients immenses que pourrait avoir pour elle l'isolement armé de la Fraiice ; il 'serait dilBcile de lui suggérer un plus puissant motif d'en* trer, l'épée au poing, si c'est nécessaire, dans l'aclîon commune. Est-ce là le but de la brochure? Je le répèle, telle est 'opinion de gens très-au fait de la stratégie politi(]ue.
Ce qui est sûr, c'est que le danger de laisser la France agir seule, ta cas de guerre, parait avoir Tivemenl frappé d'importants oi^aoes de ta presse anglaise. Ce danger, le Moming Post le signalait hier, dans un article où il repnicltait au Timtt de s'endormtr avec une tranquillité béate daoa la politique de l'abstention quandméme. Et cet article est d'autant plus k noter, que le Moming Post tisi lejour^ DJilde lord I^almerston.
Au reste, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on soupçonne le cbef du cabinetfl'avMr, sur la question polonaise, des idées différentes de celles que lord Russell représente et a exprimées. Pas plus que le second, je crois, le premier ne voudrait d'une guerre avec la Russie; mais si Napoléon, tirant l'épée, en jetait au loin le fourreau, lord Palmerston ne serait peut-être pas aussi dispusé que lord Russell à regarder faire, et préférerait à une abstention qui laisserait le champ libre .'i l'ambition impériale, une alliance armée qui donnerait du maios à l'Angleterre le droit de contrôler et de contenir.
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LkTTRES SIR l'aXGLETERHE (iSCS)
L'«ctl«B séparée.
Gr^ce au télégraphe éleclrique, le dix-neuvième aède pourra s'appeler dans l'hisloire le siècle des gobemou~ chea.
Que de nouvelles contradicloiresavalées jour parjour.heure par heure ! Et quel insatiable besoin ne montre pas )a curiosité publique d'être nourrie coûte que coûte, fdt-ce par des contes à dormir debout! Griinni nous apprend que le baron d'Holbach, ce grand sceptique, était crédule coDime un en> fant dans les petites choses, et avide de nouvelles h ce point, que cette passion absorbait chez lui toutes les autres. ^ Grimm a dit vrai, le digne baron aurait dû s'arranger ie façon fi vivre dans le siècle où nous sommes : en venant au monde, il s'est trompé de date.
Il y aurait un plaisant Uvre à faire de toutes les rumeurs diverses auxquelles donne lieu quotidiennement la question polonaise.
Il y a huit jours, un journal français qu'on croit un habitué des coulisses dans le Ihéâlre où se joue la comédie de l'histoire, affirma pompeusement que les trois puissances intervenantes allaient adresser à la Russie des notes d'un caractère analogue. De son côté, le Mèwirial diplomatique assurait que le projet d'une note coUeclivt tl
l'action séparée 3B9
identique avait été adopté. On' crut cela TÎDgt-qoatre heures durant.
Le leademaÏD, diangemeot de scène. Il fut semi-offi- «iellement annoocé que l'ÀDgleterre ne voulait pas d'une note idetaiqtie et écrirait au czar avec une encre prise dans sa propre écritoire. Fort bien. Le surlendemain, ce fut antre chose. Des personnages bien informés nous apprirent qu'on pouvait compter sur les avantages inappréciables de l'action commune. Ce fut nié le Jour suivant, puis réaffirmé, puis nié eneore.
Aujourd'hui la version dominante, et qui, cette fois, parait être la bonne, est que les tentatives faites par H. Drouyn de Lhuys pour établir l'action communs ont abouti 3 ce qu'on nomme en Angleterre à fttâwe; que les Anglais désirent parler à la Russie un langage qui soit le leur et non c^ui d' autrui, afin de rester libres d'agir à leur guise, c'est-à-dire de ne pas agir j que des notes téparéei ont porté à Saint- Pétersbourg la très-encourageante assurance qu'une entente réelle entre les trois pouvoirs n'existait pas, ou existait dans un cercle fort éUoit seulement, et enfin que la Russie tient une plume d'une main, et de l'autre une épée.
Mais cette réponse du prince Gortschakoff à H. Drouyn de Lhuys, que le Journal de» D^aii annonçait comme l'aurore de la conciliation et de la paix? Encore un plat servi à la crédulité des gobemouche». On l'a enfin cette réponse, dont voici l'aimable conclusion : • Notre tâche serait difficile si la France méconnaissait les nécessités que nous imposent les sentiments nationaux qui se rattachent aux traditions et aux intérêts vitaux du pays, » ce qui signifie, traduction libre : N'irritez pas outre mesure cet ours que, selon madame de Staël, on est toujours sûr de trouver va grattant uo Russe. Il est déjà suffisamment en colère, et il ne dépendrait
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.«M LETTRES SUR L'ASCXETEUtB (iSOS)
pas de aous de le retenir. Quant à la question de savoir qui serait vainqueur, c'est matière d'opinion. En fait de tradiiioiu, nous avons celle de Moscou mis en flammes, quand les intérêts vitaux du pays l'ont esâgé; et l'incendie, ai nous avoDs.bonue mémoire, ne Dous.a pas mal seiriB contre Napoléon, qui vous valait bien. >
Nous voilà donc replongés dans les tâièbres. La Rusûe le prend de haut. SL Drouyn de Lhuys tient ferme pour la politique de l'actioD commune, comme seul moyen de mettre la Russie à la raison. Mais l'Angleterre n'entend pas s'eafager dans l'action commune, ni l'Autriche non plus, parce -que ni l'Angleteire ni l'Autriche ne se soucient de tirer du feu des marrons que mangerait ia France. Que sorIJra-t-il ,âe cet imbroglio î La camère est ouverte derechef à toutes aortes de rumeurs et de contre-rumeurs, de suppositioiiB et ■de contre-supposiiioBS, jusqu'à ce que le sphinx des Tiôleries ait daigné parler, on, ce qui revient au même, jusqu'à ce que la presse semi-ofïîcielle française ait parié k sa ^ce.
Pendant ce temps, tous les intérêts sont en soufirance, tous les esprits inquiets ; et les hypothèses d'aujourd'hui ne peuvent DonvaiuGre de fausseté les hypothèses d'hier, sauf à être elles-mêmes convaincues de fausseté par les hypothèses de demain, sans qu'il en résulte un grakd trouhle dans les affaires et un grand malaise.
Ce qui m'étonne, c'est que, dans l'immense bavardage auquel donnent lien les incertitudes de la ^luation, les tspénnces des uns, les craintes des autres, les chances de paix, les diances de guerre et le reste, il y ait ai peu de place poor «ette simple question : < Mais les Polonais, eux, que pensentils de rinterventioii des puissances? >
N'est-il pas quelque peu étrange que ceux qui, eooceraint
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l'action S^PAHÉE 3JI
U Pologne, se préoccupent taat de ee qu'on veut pour elle ou contre elle, se préoccupent si peu de ce qu'elle-même veut ou ne veutpast
Plusieurs jounianx anglais ont publié un manireste qu'on dit éaaaé du gouveroement mystérieux qui dirige, en ce moment, les efforts de l'insurrection. 11 porte : t Le gouvernement nationai restera sourd à toutes les voix qui lui crieront de déposer les armes avant l' accomplissement du but final, la reconstitution de la Pologne dajis les limites de 1772. 11 n'y a pas de Pologne sans Lithnanie et sans les Basses, triuité indivisible. > Qu'imaginer de plus décisif contre l'iotei^ention européenne, en lanl qu'elle part des traités de 181K et qu'elle a pour objet l'acceptation des six points par la Russie? Dans sa dernière réponse à H. Drouya de Lhuys, le prince Gortschakoff dit : < Si le gouvernement russe ne répudiait pas la mauvaise foi et les voies détournées, il aurait peut-être montré de l'habileté en acceptant catégoriquement les six points, i Eli! sans doute; car que serait-il arrivé alors! Que l'acceptation des six points, au lieu d'être imposée par tes puissances intervenantes à la Russie, aurait dû être imposée par elles à la Pologne, de sorte que la diplomatie se serait trouvée, — position ii la fois ridicnle et odieuse, — dans la nécessité logique de traiter ses protégés en adversaires et de combattre leurs aspirations vers l'indépendance, après en avoir proclamé adennellement ta légitioiilé !
Que la proclamation sus-mentlonnée soit authentique, je n'ai pas qualité pour l'aflirmer ; mais ce qui est certain, c'est qu'elle a été pidiliée ici comme tejle ; et ce qui est non moins certain, c'est qu'elle exprime, en tout cas, avec une précision tragique les vrais senliments des Polonais. A cet égard, pas de doute possible. Il y a un mois, j'eus à Londres, avec
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an LETTRES SDR l'akgleterre (iBes)
un représenlant accrédité de riasurrectioa polonaise, udc conversa^oQ dans laquelle mon interlocuteur justifia l'av^mn de ses compatriotes contre toute intervention, diplomatique ou armée, des gouvenienieiits despotiques, par des considératioDs qui me frappèrent. Depuis, dans le meetiog de Saint-James-Hall, le prince Zamoïski s'est exprimé sur le même sujet en termes péremptoires : « Tout ce que doqs demandons, a-l-il dit, c'est que l'Europe déclare que la Russie n'a aucun.droit sur la Pologne. >
Les Polonais patriotes ne veulent ni rien de plus, ni rien de moins. Us sentent d'instinct qu'ils n'ont rien de bon i attendre d'une intervention qui coûterait peut-Être à leor liberté r« qu'elle rapporterait à leur indépendance.
Lem latirèla ruMea nmritm p»r hm •MtAUm.Ommm
Tout le monde sait que la diplomatie russe est la première diplomatie du monde.
Ainsi que le fait remarquer un historien 'moderne, les nobles russes, par cela même qu'ils n'ont aucune part, — si cé n'est dans la sphère ofRcJelle, — au maniement de la politique intérieure de leur pays, dirigent vers la politique étrangère leur attention, leurs préoccupations, leurs effortSi
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INTERETS RUSSES SERVIS PAR LES OSCILUTIONS ANGUISES 3Sa
«t, de 50D cAté, i'Ëtat, favorisant cette tendance, imprime au service diplomatique une activité partout ailleurs inconnue. 11 n'est presque pas de Russe distingué qui, dans ses voyages, ne serve les desseins de la Russie, soit par les renseignements qu'il est chargé de recueillir, soit par les idées qu'il se donne mission de répandre .
Il en résulte que, de toutes les sciences, k science diplomatique est celle qui, eu Russie, est cultivée avec le plus de soin et le plus de succès. Or, comme elle demande qu'on ait un but déterminé, qu'on y marche sans le perdre un seul iostanl de vue, et qu'on rapporte tout au désir de l'atteindre, la politique russe se distingue par un esprit de suite dont l'histoire d'aucun autre pays ne nous fournit un pareil •exemple.
Il y a bien en Angleterre, comme dans toutes les contrées aristocratiques, une école d'hommes d'État ; mais cette école s'est toujours divisée en deux branches rivales, dont chacune a eu ses traditiolis à suivre, ses tendances à faire prévaloir. D'ailleurs, les institutions et les mœurs d'un peuple libre donnent naturellement lieu à des fluctuations d'opinion peu compatibles avec cette unité de conception et de mouvement qui caractérise la politique de Salut-Pétershou^ ■et fait de tout ministre russe l'exécuteur testamentaire de Pierre le Grand.
D'un antre cAlé, il est dans la nature du peuple anglais, qui se détie en toutes choses des théories, de se laisser absorber par les intérêts du moment, sans se préoccuper des résultats lointains, et de courir au plus pressé , dût-il pour cela changer de route.
Aussi l'insuffisance de la diplomatie anglaise , ses oscillations, ses contradictions, contrastent-elles d'une manière frappante avec le développem^t logique de la diplomatie
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394 LETTRES SUR L'A^eLETEItRB (18*3)
ruEse, surtodt daDs*les rapports des deux pays l'an arec l'autre.
Telle est, si je ne me trompe, la meilleure réponse k faire k cette question, posée aujourd'hui par maiat publidste : D'où vient que, dans U question polonaise, l'An^el^re, ayant la France à ses câtés et partageant les sympathies de la France pour la Pologne, hésite et, sans même alten^ qu'on l'y contraigne, recule?
Je sais bien que l'Angleterre se défie de nous, qu'elle nous craint; et, d'autre part, il est juste de recoonaitre qu'elle n'a pas k sauver la Pologne un intérêt de cœur aussi impérieux, uD intérêt matériel aussi considérable et aussi manifeste que ]a France.
La Pologne n'a pas combattu sous ses drapeaux; elle n'a '' pas mêlé son sang à celui des Anglais sur tous les champs de bataille de l'Europe; et la Pologne, reconstitaée, ne serait pas une autre An^eterre sur les bords de U Vistule. Oui, voilà ce qu'il est juste de reconnaître. Et toutefois, le joumai la Frimce ne péchait pas par exagération, lorsque, l'autre jour, il assurait que, des trois puissances intervenantes, b plus intéressée à soulever contre la Russie tu) conflit européen, c'était l'Angleterre.
Ce qui est vrai , c'est que l'Angleterre vit principalement de son expansion extérieure, et qu'elle trouve la Russie comme obstacle en Chine, aux Indes, en Amérique, partout.
Et il est très-vrai aussi qu'elle a paru avoir, à de certaines époques, un vif sentiment de ses périls. De U l'inquiète sollicitude qu'elle a témoignée, à diverses reprises, pour la conservation de l'empire ottoman; de U son empressement à soutenir l'autorité du sultan, tanlftt contre les Bolgves, tantôt contre les Serbes, tantôt contre les Hellènes de Tbessalie; de là enfin l'ardeur avec laquelle on l'a vue se préù-
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INTÉRÊT!) RUSSES SERVIS PAR LES OBCILLATIOKS AXGLAIijES BSS
fUer dans les tasards de U f^eire de Crimée, — ^em qu'elle brûlait de continuer après la chute de Sébastopol, et ^pi'eàte aurait cDutiouée certainMient, si, à sa graode surprise et k son grand regret. Napoléon III n'eût crié tout i eeaç : C'fist assez !
llaÎB T-es^it de suite, voilà* ce qui a manqué et ce qui manque ii la p^itiqne de l'Angleterre dans ses rapports avec la Russie. Qu'on médite le tableau des fautes du Fûreign- Office, tel que lord Poosonby le traça, peu de temps avant sa mcHt, dans le mémoire mirant, adressé k la reine.
En 1791, le cabinet de Saint-James, ayant résolu de s'opposer aux empiétements de la Russie dans la mer Noire, équipa une flotte pour attaquer les Russes dans la Baltique. H. Fox encouragea Timpératrice dans ses desseÎDs, et M. Pitt abandonna la politique qu'il avait cru de son devoir d'adopter.
En 1806, les difficultés qui existaient entre l'Angleterre et la France ayant été aplanies, la Russie demanda pour elle la cession de la Moldavie et de la Valacfaîe. Ce fut l'Angleterre qui présenta la demande, et, par suite du refus de la France, les deux pays et l'Europe furent de nouveau plongés dans les horreurs de la guerre. La Russie entra dans les principautés, sous prétexte de les protéger contre la France ; et TAngleterre, qui était en paix avec la Turquie, envoya une escadre forcer les Dardanelles et bombarder Constantinople, pour forcer les Turcs à faire à la Russie la cession sus-mentioDnée, à lui livrer à elle-même les Dardanelles et à déclarer la guerre à la France.
En 1812, à l'occasion de rinvasion de la Russie par la Eïsmçe, alors' que la Turquie aurait pu reprendre les proviac«8 qui lui avaient été enleva, un traité fot signé, sous
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3911 LETTRES SUR l'aNGLETERRE (iBSS)
la médiation de l'Angleterre, par lequel les Russes acquireol la Bessarabie.
Eq 1814-1815, au Gnngrès de Vienne, la Bessarabie ne fit point partie des territoires qui, occupés pendant la guerre, devaient être restitués, et la Turquie fut, de propos délibéré, exclue du bénéfice des mesures réparatrices et du priuàpe général de garanlie stipulés dans les traités d'alors.
£n 1821, à l'occasion de l'insurrection grecque et de la rupture entre la Turquie et la Russie, rupture née de la perfidie de cette dernière puissaBce , ca fut l'Angleterre qui se St l'organe de la Russie i Constantinople.
En 1826, à propos de la convention d'Akkerman, que b Russie obtint sous promesse de ne plus intervenir dans les afi'aires de la Grèce, un protocole secret fut s^é par l' Angleterre et la Russie , en vue de cette iatervention , mais en dehors de toute idée de mesures coercitives. Or, l'année suh vanle, une escadre anglaise, appuyée par une escadre frao- C-aise et par une escadre russe, anéantit la marine turque il Navarin.
En 1828, le gouvernement anglais appela le paclu d'Egypte à se déclarer indépendant.
En 1839, lord Aberdeen exprima aux ambassadeurs russes ses vœux pour le succès des armes de la Russie et agit en conséquence dans la même année. Le traité d'Aadrinople contenant des cessions d'influence et de territoire, eu notation du contrat primitif conclu entre la Russie et l'Angleterre, fut imposé à la Porte par l'ambassadeur anglais, et cela lorsque quelques semaines de plus auraient ameaé la destruction de ce qui restait des forces russes.
En 1831, à l'occasion de l'insurrection de Pologne, h Turquie, mue par un sentiment qui lui était commun avec la Perse, la Suède, la France et l'Autriche, se prépara i
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INTÉRÊTS BUSSES SERVIS PAR LES OSaLLÀTlONS ANGLAISES SOT
souteuir les Polonais. Ce fut l'Angleterre qui paralysa son action.
En 1833, lorsque Héhëmet-Ali envahit l'empire ottoman, le suitas demanda k l'Angleterre une protection qu'elle refusa et qu'elle invita la Russie à accorder. L'année suivante, l'ADglelerre menaça la Turquie, A raison du traité que la Porte avait été forcée de signer avec les Russes, cotnme prix de l'assistance reçue.
En 1838, UQ traité de conamerce fut imposé h la Porte, lequel mettait un droit d'exportation très-élevé sur tous les articles de provenance turque, en concurrence avec les pro- , duils de la Russie.
En 1840, à l'occasion d'une invasion nouvelle de Héhé- ^met-Ali, l'Angleterre signa un traité avec la Russie pour la défense de Conslantinople et du sultan par les armes russes.
En 1841, elle signa un autre traité qui excluait de la mer Noire ses propres vaisseaux et enlevait au sultan son droit de souveraineté sur cette mer.
En 1843, à l'occasion d'une révolution en Servie, le gouvernement anglais reconnut la validité du traité d'Andrl- ' nople et déclara que la Russie pouvait l'interpréter comme il lui plaisait.
Eu 1844, le ministre anglais accepta du comte Ncsselrode un mémorandum de communications verbales ayant trait à la manière dont il serait ultérieurement dispose de la Turquie, et garda le secret.
En 1849, l'Angleterre refusa son appui à la Porte contre on traité que lui imposa la Russie eL qui avait pour objet une occupation collcclive des principautés danubiennes pendant huit années.
En 1852, l'Angleterre refusa de soutenir la Turquie,
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398 LETTRES SOU l'aRGLBTERHE (1863)
forcée de déplacer son ministre des affaires étraDgëre» et k ministre de Servie.
£a 18EÎ3, elle refusa d'appnyer le sultan contre rionàon des priadpautés daoubieniies par la Kussis. fca nttoe année, eUe obtint passai dans les eaux fermées de la Tbpquie ponr une force navale de nature à mcUre an péril l'indépendance de l'empire otlomaa.
Et pendant tout ce long espace de temps, le goareriiement anglais ne cessait de protester de sa profonde soUicitude pour la prospérité de la Turquie, estimant que sou indépendance était le plus sérieux de tous les intérêts 4e l'Angleterre au delà de ses rivages!
N'y a-t-il pas en tout ceci quelque chose de fort étraDge! Et que dire de la guerre de Crimée, aboutissant, pour l'Angleterre, â l'abandon de ce droit de visite après l'annulalioD' duquel la Russie soupirait depuis si longtemps? EU que dire de cette mémorable séance du 39 mai dernier, où la Chambre . des Communes , par l'organe de tous ses orateurs, a comme condamné à mort l'empire turc et donné ainsi leur complément moral aux résultais matériels de cette victoire de Xavarin que l'Angleterre eut l'exlrême bonté de remporter pour le compte de la Russie?
Il ne faut donc pas s'étonner si, dans la question polonaise, le gouvernement anglais montre le même aveuglement dont témoignent les faits qui précèdent; il ne fanlpas s'étonner si, sans le vouloir, sans le savoir, il sert les intérêts de la Russie, en intervenant de manière h ôter tout effet à s(Mi iuterren^oB, et en déclarant d'avance, à eesi qi'il menace, sa ferme résolution de ne. point exécuter ses me- . naces; en ne se prêtant k l'action commune que dans b mesure requise pour paralyser à la fois l'acUoo commune et l'action isolée; en donnant poor baae aux négociations ce
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I?ITERËTS RUSSES SERTIS PAft LES OSCOXATIONS AHCLAISSS 8»9
irailé de 18)5 que la Pologne abhorre, que la Pologne se devait de repousser et qu'elle repousse.
Vous rappelez-vous ce que je vous disais naguère de l'immeiise intérêt qu'avait la Russie h accepter la question dans les termes mêmes où la diplomatie des trois cours la posaient? Vous rappelez-vous la crainte que j'exprimais de Tuir la Russie, par l'acceptation pure et simple des six points, mettre ks Polonait dcms leur tort aux yeuse de rEurope, et forr^r, au nom du bon sens, les puissances intervenantes à se poser comme adversaires de leurs propres protégés? Je ne m'attendais guère à lire, dans une dépêche du prince Gortscbakoff, une confirmation comptèle de la justesse d'une aussi douloureuse appréciation. Cette confirmation, elle est dans le passage suivant de la dépêche russe, et elle ne laisse assurément rien à désirer comme clarté : c Si le cabinet impérial ne répudiait pas de ses traditions politiques la mauvaise foi et les voies détournées, il y aurait pêut-ilre eu queliiue habileté de sa part à aeceplfr ealégo~ riquement îeg six points , afin de faire retomber sur les insurgés la responsabilité de leur rejet,, aux jfnix des ^issances qui les appuient. »
Eb! sans doute, cela eût été fort habile; et il est assez plaisant que les puissances en lutte avec la Russie se trou* vent devoir de la reconnaissance à la Russie pour sa répugnance chevaleresque k abuser de ses avantages ! Quelle condamnation à la fois triste et bouffonne de cette politique des six points, le née plus vitra de la sagesse diplomatique, selon lord Russell !
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LETTHEP SUR l'aNCLETERRE (l8C3)
La iMavelto de l'«rreMmU«B de Nmui Sahlb.
Quelque paradoxale que celte assertion puisse paraître, l'arrestalioD de Nana Sahib, qui a causé eu Angleterre laot de joie, sans qu'on sache encore si la nouvelle est vraie {i), aurait dû, au contraire, par les circonstances qui l'ont précédée, y éveiller de sérieuses inquiétudes.
Que s'est-il passé, en effet, si cette nouvelle est vraie?
Le raaitre de Bilhoor, le fils adoptif de l'ex-Peishwah de Foonali, l'implarable auteur du massacre de C;iwnpore, le plus terrible ennemi que la puissance anglaise eât jamais rencontré dans les Indes, l'hoinrae barbare dont les Anglo- Indtens ne prononcent jamais le nom sans frémir d'horreur, Nana Sahib enfin, n'avait disparu delà scène, îl y a six ans... qu'aux yeux des Anglais. Oui, pendant qu'ils le croyaient mort et cuvant aux enfers le sang dont il s'était enivré, o« |}ien (rainant au loin, dans quelque impénétrable refuge, les restes d'une vie pleine d'épouvante, il vivait pour la vcn- ' geance et pour les complots ; loin de courir après la solitude et les ténèbres, il traversait le royaume de Népaul, il traversait le royaume d'Oude, il traversait les Éfals du rajah if Gwalior, il allait jusqu'à Poonah essayer ce que pourrait
(I) Oa a su dcpais qu'elle ne l'était pis.