‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 52 sur 97 · LES BOXEURS · texte numérisé non relu

LES BOXEURS

beaneoup âtreot au sraueBt d'éire noyés : bref, que, h rivière fraocliie, le combat ent lien, pendant que, sur le bord opposé, la police du «omté d'Essex étùt réduite à laisser faire, ayant atteût la lûaite extrême de sa iuridiclion.

Je VOMB fais grlce des circooslanees qui ont marqué cette rCBcontre màsorable. Qu'il vous suffise de savoir qu'après UM loogae résistaDce, Goss est taabé presque sans vie, la tête penchée sur sa ptûtrine, mul^é, défiguré, couvert de sang. Maoe, semble -t- il, n'était pas &i bien meilleur état; «aïs enfin il était vainqueur. Des applaudissements frénétîqMs ont retenti, et les « macéites», se ruant sur l'hercule auquel ils devaient d'avoir gagné leurs paris, l'ont i>écoaipe»sé de ses vertus « musculaires cbrélicnnes >>, en Tembrassant avec tendresse.

Le prix pour le vainqueur était de mille livres sterling (S5,000 fr.). Mace, ^ sait! pourra tenir un public-hoiue. Et GossT S'il n'en meurt pas, — ce qui est supposable, puisque la profession de ces messieurs est d'avoir la vie ime, — it se eonsolera arec le produit des foulards vendus. C», — et ceci est nn détail dont je suis redevable k mon brave a^onel, très-expert en ces matières, — quand deux boxeurs sont convenus de se mesurer , les couleurs de chacnt d'eux sent portées par ses partisans, absolument comme du» les tournois les ckampions portaient les couleurs de leurs dames. Nolez que cette chevaleresque habitude donne lieu, de la part de «os modernes preux, à une vente de fouln*d<^ ipi'its achètent une demi-couronne et vendent une gainée.

Au reste, l'Iliade que je mentionne u'a eu rieo qui approche de celle dont Tom Sayers fut l'Achille. Quel jour, je ne dirai pas pour les rédacteurs du BM'$ lÀfs, mais pour quatre-vingt dix-*enf Anglais sur cent, que celui où l'Anglais

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16 LETTRES SUR 'L'A^GI£TERRe (l8es)

Tom Sayers défendit, contre rAméricain Heenan, cette ceinture qui est le signe de la royauté parmi les pugiles, et pour la conquête de laquelle Heenan avait passé les mers! On eût dit vraiment que l'honneur de deux grands peuples était attaché au résultat d'un combat k coups de poing entre ces deux hommes! Rome et Àlbe avaient remis le soin de leurs destinées aux Horaces et aux Curiaces. Heureusement, aucun de ces deux peuples, celte fois, n'eut Jt se soumettre à l'autre. Heenan ayant en tes yeux pochés et Tom Sayersle bras paralysé, sans qu'aucun d'eux eût réussi à laisser son adversaire pour mort sur le carreau, la victoire entre AIIm et Rome demeura indécise. N'importe! la joie et l'orgueil n'en atteignirent pas moins, de diaque cété de l'Atlantique, des proportions gigantesques. Tom Sayers, après avoir en l'honneur de développer la vigueur de ses muscles devaot des personnages de marque, des membres de la Chambre des Communes, que dis-je? des ministres de l'Évangile, patriotiquemenl perdus dans la foule des habitués de taverne et des voleurs, l'indomptable Tom Sayers fut élevé, ou peu s'en faut, par la reconnaissance publique au rang des libérateurs des nations. Il se vit acclamé, Dieu me pardonne! Jt la façon des triomphateurs antiques. On assure qu'à Liverpool, sa patrie, lorsqu'il s'y présenta, les autorités allèrent au-devant de lui, musique en tête. On jeta des fleurs sur son passage...

Ce n'est pas que le pugilat professionnel et payé soit tout à fait aujourd'hui en Angleterre ce qu'il était au temps oi) George IV faisait monter dans son carrosse royal le boxeur Tom Spring et le conduisait au lieu désigné pour la rencontre, en bas de soie couleur de chair et en pantalon de Casimir jaune. Non, en ceci comme en beaucoup d'autres choses, le progrès a revendiqué ses droits; et c'est ce qw

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LES BOSEUnS 17

prouvent assez les protesta^ons dont des feuilles telles que le SfeeUior et le Morning Star sout l'écho. Hais que le culte du ( prize ring > ait conservé beaucoup de son ancienne ferveur, c'est c« qui ne saurait être nié. Demandez au Timei ce qu'il en pense. Il n*y a pas longtemps encore que hRecue du samedi {Saturday Rettew) déclarait « très-dur » de réduire les < patrons de ce divertissement » k veiller toute la nuit, quand le combat doit avoir lieu le lendemain, et, le matin venu, à se glisser de bonne heure, comme des malfaiteurs, à travers le brouillard, jusqu'à un endroit écarté, où ils risquent, pour surcroît de malheur, d'avoir bientôt la police sur leurs lalons. La Revus du tamediy cependant, n'est pas dans l'habitude de hanter les carrefours : elle représente un monde élégant et littéraire; elle a le verbe haut; elle a le ton gourmé; elle touche par l'intelligence \ l'aristocratie; elle est une des voix d'Oxford. Oui, Monsieur, des hommes du monde, des littérateurs à la mode, des écriv-ains fashionables, voilà ceux qui veillent ici sur le maintien des saines traditions dans l'art d'assommer les gens !

Ce qu'il y a de curieux, c'est que nulle part on n'est plus iumain qu'en Angleterre : les lois relatives it la protection des animaux en témoignent. Hais ce pays-ci est décidément le pays des contradictions et des contrastes. Plus longtemps un étranger l'habite, moins, je crois, il arrive à le comprendre. Peut-être, au reste, les Anglais auraient-ils le droit d'en dire autant de la France. Est-il une nation qui soit logique en tout? Je crains que non. Sotno duplexl Ceci pourrait bien élre applicable aux peuples comme aux individos.

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LETTRES SUR l'aEIGLETERRE (iSGS)

Une des questions qui, dans la semaine qui vient de finir, ont le plus occupé l'opinion, est celle qni se rapporte à la manière dont il convient d'entendre et dont certaines personnes appliquent la loi connue ici sous le nom de Foreign. Enlisiment Act.

D'après cette loi, il est interdit Ji tout entrepreneur privé, constructeur de navires, de construire un vaisseau de guerre destiné h un pouvoir étranger belligérant. La preuve de cette destination bien établie, il y a lieu h la saisie par le gouvernement du vaisseau en question.

Eh bien ! en ce moment, M. Laird est en train de faire construire, i Biiienhead, deux vaisseaux de guerre que chacun croit destinés à compléter le sinistre chapitre des brigandages exercés sur mer par les corsaires confédérés, lAlabama et )a Fîorida. Les constructeurs, est-il besoin de le dire, voilent soigneusement leur dessein. En apparence, les deux vaisseaux sont construits pour le compte d'un Français; mais on soupçonne, et on a toute raison de soupçonner la main de M. Stidell dans cette affaire.

La chose est grave. Les coups portés au commerce américain par l'Aîabama et la Florida ont profondément ulcéré contre l'Angleterre , des ports de laquelle se sont élancés CCS deux navires funestes, et le gouvernement et le peuple

nigtsrcT'GoOglc

LE C FORBINGH ENLISMBNT ACT ■ 1»

des États-Unis. L'apparition sur l'Océan de quelque aobv AltdHona élèverait à un chiOre absolument prohibitif le prix d'assurance des navires marchands américains. Les fédéraux verraient ainsi combla la mesure de leurs j^riefs*, ils seraient autorisés à regarder la neutralité dont se couvre l'Angleterre officielle comme un masque hypocrite et le . Foreign Enlistment Aet comme un mensonge. Qui sait ce qui r^ulterait de làî Et û la guerre éclatait entre les deux 'contrées, qui peut dire ce qu'elle coûterait aux Anglais d'w et de sang? Il serait vraiment par trop fort qu'il fût loisible à un simple particulier tel que H. Laird d'entraîner son pays dans des hostilités que le gouvernement anglais a tant fait jusqu'à ce jour pour éviter.

La tendresse de M. Laird pour les possesseurs d'esclaves, aujourd'hui en armes, est très-grande sans doute, et l'intérêt matériel qu'il peut avoir à leur fournir de puissants moyens de piraterie est manifeste; mais, franchement, ce sont là des mérites qu'on priserait trop haut s'ils suffisaient à le faire investir eu quelque sorte du droit de paix et de guerre!

Voilà ce que pensent, ce que disent tous les hommes sensés. 11 y a quelques jours, une excellente lettre paraissait à ce sujet dans le Times, et il est digne de remarque que ce journal, qui commence à virer de bord depuis le dernier succès de la cause fédérale, insiste, lui aussi, sur la nécessité de veiller au maintien de la loi.

Un mémoire qui met cette néce^ité en relief dans un langage plus décisif encore, a été présenté à lord Russell par la « Société d'émancipation ». Mais que faire? « H faut des preuves, répond lord Russell ; le « Foreign Ëniistment Act > exige des preuves et bien claires; sans cela, pas de saisie possible. > ■ Fort bien, observent à leur lour les

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90 LETTRES SUR ^ANGLETERRE (iSsa)

feuilles libérales ; mais à quoi bon une loi qu'il est si facile d'éluderî Ou qu'on l'abroge, si elle esl inutile, ou qu'on en fasse une autre. Pour empêcher de simples particidiers de porter la guerre daas les plis de leur manteau, le moyen est bien simple : on n'a qu'à interdire la constnicliou et l'équipement, de tout vaisseau de guerre dans les chantiers privés sans autorisation expresse de l'État.

La question en est là, et certes, de tous les maux qui peuvent s'échapper de cette boîte de Pandore, les plus cui-^ sanls ne seraient peut-être pas ceux dont l'Amérique aurait à souffrir.

L'UsIlé alIcMMide mwx. tsmx des Aastala.

< Le silence des peuples,^ a-t-4n dit, « est la leçon desroîs,» C'est possible ; mais une leçon des rois plus claire encore que le silence des peuples, c'est leur opinion librement exprimée. Si l'empereur d'Autriche a les dispositions libérales et les lumières qu'on s'accorde à lui reconnaître, le jugement que les Anglais portent sur son oeuvre ne saurait lui être iDdifféreot, et le lui faire connaître sans vain détour est, de toutes les façons de lui être utile , la plus efScace eu même temps que la plus flëre.

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L'UNrr^ ALLEMAKDE AUX YEUX DES ANGLAIS SI

Eh bien , ce qui a été fort goâté ici , c'est sa démarche, mais DoD soo projet.

La démarche a, en effet, un caractère de grandeur impossible Il méconnaître.

L'Allemagne soupirait, depuis longtemps, après la réalisation de son uolté, el bien que le Zotiveretn ne fût qu'une union commerciale, les avantages qu'avait produits cette union étaient, certes, de nature à aiguillonner ce grand désir des Allemands d'arriver enfîn à former une nation. Dans ces circonstances, prendre l'initiative d'une réforme ayant pour but l'oi^anisation de la pairie commune , c'était s'essayer au râle le plus imposant qui pût tenter l'ambition des Césars germaniques.

Et pour applaudir à ce rôle, l' Angleterre avait des raisons spéciales. L'unité de l'Allemagne use fois bien assise, adieu les craintes du peuple anglais sur la puissance continentale de la France , sur ses débordements toujours prévus, snr la possibilité d'une conquête des bords du Rhin ! * A défaut d'un empire collectif, écrivait le Ti'»i«< il y a quelques jours, on peut espérer qu'une confédération du Rhin, sous le protectorat français, est désormais impossible. > Ces mots disent tout. Et puis, cette unité allemande, barrière contre la France, ne serait-elle pas du même coup barrière contre la Russie?

D'autre part, it ne déplaisait pas à l'Angleterre, bien qu'elle soit protestante, que l'initiative, dans cette question, eût été prise par l'Autriche, catholique-, car c'est un des . exploits de H. de Bismark d'être parvenu à rompre le lien naturel qui existait entre la Prusse et l'Angleterre. L'Angleterre est protestante sans doute, mais elle est constitutionnelle; on y aime la liberté; on y redoute la propagande des doctrines despotiques ; on y déleste les triomphes de la

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sa LETTRES SUR L'aNCLETERBB (iSii)

force brulale; on s'y défïe des tyraos, grands et petits. Le juur oi'l le fatal ascendant de H. de Bismark sur l'esprit du roi de Prusse letir fut bien prouvé, les Anglais se détournèrent de la Prusse et se mirent à regarder avec autant de sympathie que d'espoir du côté de l'Autriche, — de l'Autriche faisant sa paix avec la liberté. Ajoutez à cela qu'ïi n'est pas de pays où les qualités personnelles de l'empereur François-Joseph soient plus appréciées que de ce côté du détroit. Vous pourrez en juger par les lignes suivantes, extraites du premier jonrna) anglais qui me tombe sous la main. Après s'être répandu en éloges sur le tact et l'habileté avec lesquels l'empereur d'Autriche a conduit les délibérations du congrès, sur l'art avec lequel il a su ménager les susceptibilités iodividoelles, et sur la bonne humeur déployée par lui en toute occasion, le correspondant du Dai7y TeUgraph ajoute: < J'ai étudié l'atmude de la population sur le passage des prisées, et j'en suis venu à. cette conclusion que le plas populaire d'eux tous', c'est l'empereur... Il est possible que cela tienne en grande partie au titre de Emser, qui est cher au cœur des Allemands en général et aui habitants de Francfort en particulier; mais beaucoup de la popularité dont jouit l'empereur d'Autriche s'explique par ses qualités personnelles et ne peut s'expliquer autrement. Le fait est que François-Joseph est^ dans cet assemblage de souverains, la ligure sur laquelle les yeux aiment' le plus à s'arrêter. Soit qu'on le voie assis dans sa voilure et causant d'un air familier avec son voisin, ou s'arançaot à cheval, son cigare à la boucbe, ou lui trouve quelque chose de si affable, de si bon, qu'il est impossible de ne pas se sentir attiré vers lui. > Je cite ce passage , entre mille autres de ce genre, pour TOUS prouver que, si le projet de l'Autriche a rencuntré ici ^es censeurs nombreux et sévères, la faute en est au projet

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l'unité allemande aux TEDX DEâ ANCLAIS %t

iiû-méme. Je le répète, depuis que l'Autriche est entrée dans te grand chemin de la liberté, les sympathies de l'Anglelerre accompagnent sa marche.

Hais suit-il de là que le projet soumis aux délibérations du congrès ait été approuvé ici? Non. C'était l'umlé des divers États allemands qui paraissait la chose désirable, et non l'unité des maisons princiëres.

Or, il a été, dès l'abord, manifeste que celte dernière seule avait quelque chance de s'opérer, puïsipi'au lieu de procéder par voie de représentation nationale, on recourait k un congrès des souverains.

Que l'édifice de l'unité allemande, de la véritable unité allemande, ne puisse s'élever que sur les ruines des petites souverainetés particulières entre lesquelles l'Allemagne se divise, c'est ce qui n'est ici un doute pour personne. Les dlfRi'ultés qui s'opposent à l'œuvre d'unification de l'autre côté du Rhin sont déjh bien assez sérieuses, même la question des gouvernements k |l&rt, pour qu'on ne la complique pas par le conflit de Iturs intérêts égoïstes et de leurs prétentions rivales. L'Autriche, sur trente-cinq millions d'habitants, en compte ^ peine sept millions qui soient-d'origine allemande-, maîtresse de la Hongrie et de Venise, elle risque à tout moment d'être entraînée dans des querelles où l'tntérét allemand n'entre pour rien, et elle est catholique. La PrussetraiuePosendanssesbagages;elleadesaffairesà régleravec le Danemark, et elle est luthérienne. C'est le catholicisme qui fleurit en Bavière et dans la plus grande partie do duché de Bade. Dans le Hanovre et le Wurtemberg, ce qui domine, c'est le protestantisme. En Saxe, un prince catholique gouverne des sujets protestants. Le Mecklembourg est féodal. Le grand-duché de Bade est constitutionnel. La Saxe vit sous le régime des institotions libérales. L'Autriche est

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entrée daos ce régime. La Prusse en sort. Si l'on veut, ji r&eure qu'il est, trouver le despotisme en politique assoué à la liberté religieuse et au principe de la liberté du cornmeroe, c'est en Prusse qu'il faut aller. Si l'on veut trouver le constitutionnalisme combiné ïvec les doctrines de la protection et du monopole en matière de commerce, c'est en Autriche qu'il faut se rendre. Que de diversités politiques, religieuses, économiques ' Que d'éléments contraires à rapprocber! Que de principes discordants, ou à faire vivre ensemble, ou à fondre!

Et cependant, il y a un peuple en Allemagne, et un grand peuple : un peuple dont l'unité, attestée par sa lao^e et sa littérature, l'est peut-être d'une manière plus saiàssante encore par l'unanime ardeur de ses aspirations vers l'unité.

Hais l'unité à laquelle il aspire a ses racines en lui et non pas bors de lui ; le congrès de Francfort est à l'œuvre de l'unité allemande ce que la ^rface d'un fleuve est à ses profondeurs,

Voilii sous quel point de vue la question est envisagée par le parti vraiment libéral en Angleterre. On n'y attend rien, absolument rien de l'initiative de l'Autriche repvsant sur l'union des princes ; on y attendrait beaucoup de l'initiative de l'Autriche reposant sur les larges bases du suffrage populaire. En d'autres termes, il faudrait que l'Autriche se mit résolument a la (été d'un mouvement de la nature de celui d'oii sortit, en 1848, le parlement de Francfort.

Et à cela, l'intérêt de l'Autriche est manifeste.

Elle se le dissimulerait en vais : sa position en Allemagne est loin de présenter les mêmes avantages que celle de la Prusse. Le prestige des traditions est en sa faveur, c'est vrai, et elle est comme portée par la majesté de l'histoire; mais, prise dans l'ensemble des éléments qui aujour-

l'unité allemande aux TEUX des anglais 2S ^

d'hui la constituent, elle n'est pas Allemande au même degré que la Prusse. Ainsi que YEconomist le remarquait dernièrement, l'Autriche, proprement dite, est moins étendue que le Hanovre, moins étendue que la Bavière , à peine plus étendue que le royaume de Wurtemberg et que le grandduché de Bade. L'Allemagne n'a rien à voir, comme telle, avec le dixième du territoire de l'Autriche, rien à voir avec le sixième de la population soumise à ses lois. Donc, si l'Âu- Iricbe a pour elle l'histoire, elle a contre elle la carte et la statistique. Aussi n'esln^e pas dans la direction de Vienne, mais dans la direction de Berlin, qu'était, avant les folles de M. de Bismark, la pente des tendances du Nationaiverein; el ce D'est pas non plus h l'action de l'Autriche que se rapporte l'établissement du Zollveretn, cet acheminement, tout pratique et tqut moderne, vers l'unité. C'est au point que si, même aujourd'hui, le projet attribué k M. de Bismark se réalisait, c'est-à-dire s'il opposait'au plan de l'Autriche un plan plus populaire, il n'est pas silr que cette stratégie, quoique d'avance percée à jour, ne mit un gros atout dans le jeu de la Prusse.

Que l'Autriche y songe ! Elle a déjà fait beaucoup pour gagner les sympathies de l'Europe libérale, et je ne connais rien de plus frappant que le changement d'opinion qui s'est produit en sa faveur dans le pays d'où je date cette lettre. Mab il lui importe de ne pas laisser se perdre dans un avortement l'initiative qui, prise tout à coup et si hardiment par l'empereur Frauçois-Joseph, avait éveillé tant d'espérances. L'Autriche n'a qu'un moyen d'établir et de légitimer sa suprématie en Allemagne : c'est de la conduire à l'unité vraie, en prenant appui sur le peuple.

C'est dans ce cas seulement que l'unité allemande serait un bien pour la Germante, sans être une menace pour d'au-

• as L£TTItES BUR l' ANGLETERRE (iSSS)

très nations voisines. Car rien de plus redoutable que l'unité dans le despotisme : il n'y a de rassurant, il n'y a de cod' sénateur et de progressif k la fois que l'unité dans la liberté.

Qtiol est donc ce mystérieux spéculateur français qm nonace, dit-on, de mettre l' Angleterre entre l'enclume et le marteau? Quel est ce prévoyant homme d'affaires français qu'on prétend disposé à acheter, pour le compte des coofidérés, mais en son propre nom,, les deux foiinîdables rai*seaux de guerre cuirassés mis au monde dans les chantiers de H. Laird, à Birkenhead? Si cet homme existe, quel mobile est te sienT S'agit-il simplement pour lui de gagner le bon billet h la loterie du commerce? Est-ce une tendre sym- 'palhie à l'égard des propriétaires d'esclaves qui le conseille? Agit-il proprio motu, ou n'est-il qu'une individualité mise en avant pour aider M. Laîrd â éluder la loi connue sous te nom de < Foreign Enlistment Act >, et dont la clause septième porte: « Il est défendu à tout Anglais d'équiper et d'armer soit des vaisseaux de transport, soit des vaisseaux de guerre, dans l'intention de commettre des BostiUtés contre un pouvoir en paix avec l'Anglelerre , ou d'employer

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