DEBAT SUR LE SENS DU C POREICN ENUSTHEKT ACT J
hostilement ces vaisseaux au service d'un poteutat étranger? »
Ces doutes seraient fort intéressants à éclaircir. Est-ce que H. Slidell ae pourrait pas, sur ce point, nous venir en aideî
Ce qui est sAr, c'est que res mots : c un Français,' > mêlés, i tort ou à raison, au bruit du combat qui, depuis quelques jours, se livre autour du nom de M. Laird, compliquent ou semblent compliquer singulièrement la question.
Il y a, en effet, ceux qui crient : < Prenons bien garde I Si nous souffiroQs qu'en violation de la loi, quelque autre ÀUdMtna, sorti des ports de l'Angleterre, aille chercher sur l'Océan l'occasion de poursuivre, de piller, de brAler les vaisseaia mardiands des Étals-Unis, ou bien si nous souffrons que des vaisseaux de guerre, portant l'estampille assise, courent offrir aux confédérés un moyen de plus de prolonger l'horrible lutte, que devient, aux yeux des Américains du Nord, la neutralité de l'Angleterre? Et le maintien de la paix, que devient-il ? >
Or,à ceux-là d'autres répondent : « Entre un vendeur anglais et un acheteur français, le gouvernement anglais n'a que faire. S'il plait il un Français d'acheter de M. Laird, pour les vendre ensuite, à qui bon lui semble, deux vaisseaux, cuirassés ou non, cela le regarde. Prétendre l'en empêcher, ce serait tomber de mal en pis. » VEconomist dit en propres termes : « Nous ne pouvons pourtant pas BOUS faire une querelle avec la France pour plaire à l'Amérique. »
Ainsi donc, i entendre les uns , il faut se préparer ï une rupture avec l'Amérique, si les deux vaisseaux suspects ne sont pas saisis; et, s'ils le sont, une rupture avee la France, k entendre les autres, ne serait pas impossible. Peste!
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28 LETTRES SUR l'aNGLETERRG (lefls)
quelle importance donnée à ce H. Laird et à son mystérieux compère d'outre-Manche! Les voilà, du coup, investis it droit de paix et de guerre. Ils tiennent le sort du monde dans leurs puissantes mains. Pour de simples individus, dont l'un est H. Laird tout court et dont l'autre est entwe à l'état de mythe, c'est beaucoup d'honneur !
En attendant, la question divise et agile les esprits. Le miDisIre des États-Unis en Augleterre demande à cor et i cri que le gouvernement intervienne comme il le fit dus le cas de VAlexandra, offrant de prouver que les vaisseaiii construits à Birkenhead sont destinés aux États du Sud et invoquant l'exëcutioa stricte du < Foreign Enlistmenl Ktl ». C'est dans ce sens que pétitionnent, et Lt « Société d'émancipation >, et la < Société pour l'abolition de l'esclavage *. Les partisans du Nord ne laissent pas de repos à lord Rassel); ils lui donnent de l'aiguillon dans le flanc. Le Morntng Stco', journal de UM. Cobden et Bright, a été des premiers à sonner le tocsin, et, chaque jour, il s'étudie à montrer une guerre avec les Étals-Unis comme la conséquence naturelle de spéculations semblables i celles de M. Laird , si on les tolère. Le Caveant eontules est aus^ fort bien développé daiis deux lettres que M. Nassau Senior a tout récemment adressées au Timeâ, et auxquelles le Times, chose remarquable et remarquée, a donné son visa.
D'autre part, le parti tory veut absolument qu'on laisse faire. LeMomtngi Po*( ayant annoncéavant-hierquelegonvernement était enfin décidé à mettre le holà, voilà qu'hiff le Morning Herald a lâché la bride à son indignation. Il rappelle amèrement à lord Russeli qu'il y a quelques jours, il opposait aux mémoires dont il était assiégé la nécessité iv n'agir. que sur preuves bien concluantes. Il s'étonne d'un changement de politique aussi soudain. Peu s'en faut qu'il
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HÉtliX SDR LE BBNS DU < FOREICN ENUSTHENT ACT > 39
n'accuse le collègue de lord Palmerston d'élre plutôt un ministre des États-Unis qu'un ministre d'Angleterre. Quoi! ce f^and peuple anglais céder, fléchir devant la mauvaise humeur d'un H. Adamsl Fi donc!
Et ceux-là d'applaudir qui, sans se soucier beaucoup du côté politique de cette affaire, ont l'œil sur le cdté commercial. Car il ne faut pas perdre ceci de vue, que plus l'industrie Laird se développe, plus la prime d'assurance à payer par la marine marchande des États-Unis s'élève, ce qui tend à faire passer tout doucement de l'Amérique à l'Angleterre le commerce de transport.
Aussi, c'est men'eille de voir jusqu'à quel point on est parvenu k embrouiller la question.
El d'abord, certains prétendent qu'il doîten être de l'équipement des vaisseaui destinés à un des belligérants ou !i tous les deux, comme de laventeetdel'exportation des munitions de guerre, lesquelles ne constituent pas une violation de la neutralité et n'ont d'autre résultat que d'exposer celles des marchandises qui sont définies contrebande de guerre h être saisies sur mer par la partie intéressée. Pourquoi, dit-on, ne ponrrais-je pas, moi, simple particulier, vendre aux confédérés, k mes risques et périls, un vaisseau armé en course ou en guerre, si, h mes risques et périls, je puis leur vendre des épées, des fusils, de la poudre? Pourquoi, dans le premier cas, y aurait-il, plus que dans le second, atteinte an principe de la neutralité adopté par l' Angleterre?
Pourquoi? Parce que, dans le premier ras, 11 y a quelque chose qui saute aux yeux, ce qui n'existe pas dans le second. II ne suffit pas que le neutre soit neutre, il faut qu'il le paraisse ; et comment le paraître , lorsqu'on arme des bâtiments monstrueux, dont la provenance est si vivement rappelée par chacune de leurs agressions? Un homme qui
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80 LETTRES SUR l'angleterre (ib«s)
entend un coup de fu^ ne se denaande pas où la pondre a été fabriquée; mais toutes les fois qae VÀldtamas'ei élancé comme une bét« de proie sur un uavire fédéral, eem qui le montaient ont pu dire : • C'est d'un port d'Aa^ terre qne sort le monstre. > Et puis, quand un gouvernement permet ans particuliers de vendre et d'exporter des armes, celte permission est supposée devoir profiter également aux deux belligérants. Hais, ainsi que le fait remarqoer avec raison M. Vemon Lushington, dans une lettre pidiliée par le Titnts d'aujourd'Eui, le fait d'exporter des yaisseaai, en ce qui concerne la lutte actuelle qui déchire l'Amérique, trahit une partialité flagrante. Les fédéraux peuvent enimémcs construire des navires ; les confédérés ne le peireat pas. Les fédéraux ont une marine marchande à harcder, à piller, à brdier; les confédérés n'ont pas de mariae.
Du reste , à quoi bon cette discussion ? Le < Fuàfpt Enlistment Act > est là.
Il est vrai qu'il ne manqne pas de gens di^osés ï Cogner sur le sens précis de cet acte, sur sa véritable portée légale. Qui sailî Peut-être ne s'applique-t-ii qu'à l'hypothèse où des Anglais équiperaient des vaisseaux dans le but d'y prendre etix-mémes service pour le compte d'tia belligérant. Ob ! alors M. Laird serait blanc comme nei^ son ambition n'étant pas , que je sache, de courir les aventures d'un loup de mer.
Malheureusement, lord Rossell, qui, en celte occurrence, est le seul oracle à consulter, n'entend pas ainsi la cliose. Pour Ini, la rédaction du < Foreign Enlistment Act > est suffisamment claire; et s'il était bien établi que, maigri leurs noms égyptiens et les accointances de M. Laird avec un Français, les deux vaisseaux cuirassés dont on parie tant sont destinés aux confédérés, Sa Seigneurie, je crois.
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LE « CnOST-GLUB > 81
n'hésiterait point &'mer auxdits vaisseaux : On ne passe pas I
La difficulté est donc d'avoir des preuve*.
Et comment arriver là? Une loi de ce genre est si facile à âuder?
Le mieux, pour en finir, serait de l'étendre en la précisant, et de déclarer illégale, sans plus d'ambages, toute vente de vaisseaux de guerre non autorisée par l'État. Cela couperait court à des subterfuges et h des disputes d'oii peuvent sortir, en telle circonstance donnée, de grands, d'irréparables désastres. Il est vraiment par trop absurde qu'un monsieur quelconque , qu'il s'appelle Laird ou PauF, ait pouvoir d'entraîner son pays dans une guerre terrible, parce qu'il lui aura plu de favoriser la cause des confédérés, ou simplement de s'enrichir aux dépens de la cause des fédéraui.
Le > GhoBt-ClHh >.
Un jour, Daniel (yConnell fenna la bouche k une poi»sarde qui l'insultait, en lui criant : * Vieille hypothénuse ! » Ce mot mystérieux, incompris, fut un coup de foudre. De même, l'autre jour, une demobelle Harriett Trimmer foudroya une dame Augusta Leigh, en lui lâchant à hrûle-pourpoini l'appellation de f capricorne ». «
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32 LETTRES SUR l'aNGLETERRE (i86S}
Les circonsUiDces qui fournirent k la colère de miss Harriett Trimmer cette obscure et terrible façon de s'épaacker se rapportent ii un véritable trait de mœurs et méritait conséquemment une petite place dans la cbroniipie de chaque jour.
Voici le fait.
Une vieille demoiselle du nom de miss Trimmer ayiot lu dans quelque journal une annonce ainsi connue : * Chet soi coolortable, composé d'une chambre à coucher et d'un salon pour six sheltings par semaine, service compris, » se rendit au lieu désigné et loua l'appartement. Mais ï peine y était-elle installée que d'étranj^es allées et venues éveillèrent en elle un sentiment de vertueuse sollicitude. Elle se cmi dans une maison de mauvaise renommée, fit ses malles en toute hâte, et se mit en mesure de partir sans pa]fer. Arrêtée au passage, elle s'ouvrit franchement de ses soupçons; sur quoi, la dame de l'endroit, quelque peu amazone de si nature, lui livra un combat d'où la pauvre miss sortit passablement meurtrie. De là, procès pour ■ assauU >, voubm on dit en bon anglais. Devant le juge , t'béroîne qui, d'une main &\ teste, avait vengé l'honneur de son garni, a laJt porter sa défense sur deux points, savoir que sa maison était la seule dans tout le quartier qui ue fût point « gaie », et ensuite que la plaignante l'avait appelée, non pas ■ vieille bypothénuse >, mais, ce qui est presque aussi grave, < capricorne >. Capricorne! La qualification n'étant pas de celles qui sont ordinairement du ressort des tribunaux, le magistrat a voulu en savoir au juste le sens, ce qui a amené l'explication suivante :
Dans Bath Street , City Road , réside un grand nécromancien, un CagUostro à deux sous par tète. Hiss Trimmer, se trouvant lourm^tée par des peines de cœur, uit recours
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à ce médectu des âmes; el)e paya ses denx sous, bien entendu, et reçut l'assurance que la destinée lui tenait encore en réserve d'heureux jours ; qu'elle réussirait dans certaines de ses entreprises, mais qu'elfe aurait certaines épreuves k traverser; qu'elle ne seiait jamais trës-riche, mais qu'elle ne serait jamais précisément ■ piquée par raig;uille de la misère >. Cela dit, notre aruspice tendit à miss Trimmer un imprimé en tête duquel brillaient ces mots : < Réponse à SalurMel au Capricorne. > L' oracle qui, parait-i(, réunit les qualités de l'homme d'affaires à la sagesse d'un adepte de la cabale, avait eu soin d'écrire en note de sa < R^onae au Capricorne > : < Miroirs secrets montrant aux dames leurs maris présents ou futurs, et aux maris leurs femmes futures ou présentes. Prix d'admission : deux sous. >
Entrer ponr denx sous dans le temple de Delphes, c'est pour rien. On se presse donc aux portes, et la qualiGcation de < Capricorne », appliquée par miss Trimmer à mistress Augusta Leîgh n'a ét^ que le résultat de l'impression profonde faite sur l'esprit des croyants par l'emploi des mots sacrés.
Encore un exemple du pouvoir de la superstition en Angleterre.
Et que d'autres preuves je pourrais citer ! Je vous ai déjlt parlé de Zadkiel, de sa popularité. Croiriez-vous qu'il existe dans Londres une foule de sombres repaires, tous situés, ainsi qu'il convient, dans quelque quartier bien solitaire, an fond de quelque rue bien sombre, au plus pauvre étage de quelque maison bien délabrée, oh des duchesses, des comtesses, des femmes du monde, des filles d'Eve qui savent jusqu'au lalio, vont en tapinois se faire dire la bonne aventure par des pythonisses en haillons, — et cela d'un cœur palpitant de désir, d'espérance, d'effroi î
n LETTRES SDR l'aKGLETBIIIIE (1863)
Quant k celtes et à ceux qui, pour riea au monde, k s'embarqueraient un vendredi, qui feraient une lieue avec de !> boue jusqu'aux handies plutât que de passer sons un échelle*, aimeraient mieux mourir surl'lieure qu'être exposés à mourir plus kird en s'asseyasl à une laUe autonr de laquelle sont déj^ douie convives, et ii la vue d'une salièn r«nT-ersée pâlissent de celte p91eur dont parle Racine le is^ leur jinmbre passe toute proporlion décente. On m brdls plus les sorcières, voilà tout.
Et tenez, il n'y a pas encore une semaine qu'on lisait daas le DaâyTtiegraph l'anaouee extraordinaire qne void: € Haisom hantée par les revenants. — Le < GHoatr-Ctab >, âans des mes d'investigation, désire obtenir une maison hantée par des revenants, on ville ou à la. campagne, pour <an temps déterminé. — S'adrssser, avec tantes- les pulicutirités requises , au ssorétaire da « Gbost - Club > , au srà» de Josapb Claybn, agent d'annsncesy 26li, Strand, Lomlr^. >
Un elub formé pour aller k la chasse aux fantômes 1 Qne vous en semble? Pas une syllabe de cette prodigieuse annonce qui ne soit digne d'alt^tion. Tout d'abord, quoi ■de plus philosophique que la pensée mère à laquelle ce clid» doit naissance? Ceux qui Ib oompesent sont, vous le voyez, des sages qni flânent d'un vol également élevé au-dessas des Ëiiblesaes da la crédulité et des misères du acepticismeii Us n'affirment pas prédséoient qn'os revîenae de l'autre monde, mais ils ne le nient pas tout n fait non plus. Ils se sfHit assedés ; ils ont loué un vaste local ; ils ont pns un secrétaire ; ils ont nommé un comité, avec président et vicepnésdents; ils ltenneDl<des registres; ils font bombance, i cectains jours donnés, se stfvant de crânes, je siq)pose, a guise de verres; ils sont un club enfin, « dans des rae
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LE ( CflOST'CLDB * SS
■d'ioTestigation ». C'est le pur amour de la science qui le» ÎQspire. Aussi ilésirenl-ils obteuir une maison hantée par des revenants, — de vrais revenatils, des reveoantspour tout de bon, qui ne sortent pas de la manufacture de M. Home et ne soient pas des spectres faux teint. Remarquez, je tous prie, cette condition, si éminemmeut philosophique : c Tontes les particularités requises. » Ainsi , ce qu'il faut faire savoir au secrétaire, par l'entremise de Joseph Clayton, agent d'annonces, S6S, Slrand, c'est si le revenant, qu'on consentira à mettre à la disposition du club, vient à l'heure de minuit ou plus lard; s'il annonce son arrivée par un bruit de chaînes ou par le tinrement simultané de toutes les sonnettes de la maison ; s'il a traversé le cimetière ou s'il est descendu par la cheminée; s'il est apparu sous la forme d'un vieux chevalier couvert de son armure ou sous relie d'une jeune fille montrant son sein percé d'un poignard; s'il est conduit par le désir de chercher un trésor enfoui ou de cacher un > meurtre ; bref, * toutes les particularités requises > . Que ce soit < k la ville ou à la campagne u, a'importe : la scieucene s'arrête pas !i ces distinctions. On ne demande la maison que pour « un temps déterminé • , soi t afin de ne pas perdre trop de temps à pénétrer un mystère qu'on reconnaîtrait impénétrable, soit de penr qu'une ■ investigation s indéfiniment prolongée n'exigeiil un courage surhumain. Quoi qu'il ■eu soit, quiconque a, dans les conditions voulues, un bon revenant sous la main, n'a qu'à s'adresser au < Ghost-Chib ^ , et it est sûr de faire vuf belle affaire. On demande... non pas un valet de pied ou une bonne pour tout faire, mais nn faotAme ! (Wanied a ghost .')
Or, ce qui rend cette ardeur d'investigation plus méritoire eneiH'e, c'est que, chaque soir, dans Regent-Sireet, à « Pol;technic institution >, on montre des spectres qui viennent
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S6 LETTRES SUR L'AKGLBTEItBE (l8ts)
d'être inventés tout exprès pour prouver que, dans ce sièc)e de l'industrie, on fabrique des revenants comme toute autre chose. Mais ces messieurs du « Ghosl-Club » ne sont pas gens à se rendre de la sorte. Tis sont pour le libre examen quand même.
Tout ceci ne vous semble-t-il pas une page ^ ajouter W l'histoire des jugulantes humaines et des excentricités anglaises?
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13 septentHY.
Défant d'eatente eatr* l>oTCBlBg*S(pee( cl les Tancrles,
Reconnaissance des Polonais en qualité de helligéraiiL'i. Toilà ce que le parti libéral en Angleterre demande h l'heure qu'il est, voilà ce qu'il espère.
C'est pour obtenir cela que le prince Gzartoryskl vient de s'adresser aux ministres des affaires étrangères de France, d'Angleterre, d'Autriche, et cette démarche est accueilliepar le DaUy News avec uue satisfaction un peu naïve, mais honnête.
Rien de plus facile .^ concevoir, pour qui se rend compte des sentiments contradictoires qui agitent le cœur de ceux, des Anglais dont le Daily Netcs est l'organe.
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D^FADT d'EKTExSTE. DOWHING-STREET' ET LES TUILERIES 81
Ils abhorrent l'oppression ; mais ils craignent encore plus la guerre.
Ils s'iaiéressent vivement aux Polonais ; mais ils se déSent de la France impériale.
Ils voudraient voir la Pologne libre -, mais le rouge leur monte au Tront quand ils songent au Rhin menacé.
Ils souhaiteraient, pour la Pologne, une vii^toire de Solferino; mais ils redoutent pour elle une paix de Villafrauca.
Ils gémissent au fond de l'^e de l'humiliation infligée à leur pays par une interventioii impuissante et des négodalions pitoyablement conduites; mais ils n'auraient pas voulu d'une politique ferme et fière qui les eût exposés au danger d'avoir dans Alexandre un ennemi à combattre et dans Napoléon un allié à surveiller.
En cette situation d'esprit, il est (ont simple qu'Us s'efforcent de trouver satisfaisante une solution qui, si elle est loin de répondre à leurs sympathies, a du moins le- mérite de couper court à leurs inquiétudes.
Que signiBe-t-elle cependant, celte solution que saluent les espérances du Daily News et que le' discours de tord John Russell, k Blairgowrie, a fait entrevoir?
En ce qui concerne la Pologne, son admission au rang de jHiissance belligérante est, au point où en sont les choses, dérisoire. Le grand avantage, pour les Polonais, d'être égorgés sous le nom de belligérants , au lieu de l'être sous le nomd'insui^és!
Lorsqu'on se hâta si fort d'accorder aux planteurs du Sud, révoltés contre l'Union, le titre de belligéraots, on fil, en leur faveur, une chose très-signilicative, que dis-je? irèsimpOTtante. Us avaient, en effet, besoin de ce titre pour armer en course des navires qui, autrement, eussent été regardés comme des pirates, traités comme tels; et l'on
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M IfTTRES EUR l'aNCLETSKRE {iBes)
sût de reste ^els covps ont frappé sur le Nord leurs écumeurs de mer. Hais, daus le cas d«s Polooais, rien de sem- Uable. Le litxe de belli^aiils leur donnera-Ml ub nousquet de plus, ou leur penuettra-t-il de courir ma ibager 4e moinsT S'il est vrai, — et cek est tn^ mi, hé\ss ! — qu'en prolongeant outre mesure le touroM diplomatique et littérsre «ù s'est cDBpln l'amour-propre des cliascelleries française, anglaise et antrickiesne, ob a laissé à la Rmâe le temps de ranasser ses farces., de compléter ses ressources, d'«n^iler ses moyens d'extensiDatiog ; s'il est vrai que l'IuTer approche, et qa'il Ta «basser les iuSHfgés du fond des boîe, ies afemer... en quoi, je le demande, le titre de b^i^érants accordé k ces s(4â;as héroïques du dr»it les saovent-il des conséquences d'un délai meurtrier t
C'était au moment où ils se soulevëreut, c'était le Imdetnain même du jour où la tyrannie russe diangea la coasa<q)tion en proscription, qu'il fallait dire au czar : < Aux yeux de l'Europe officielle, tous n'aviez à la possession de la Pologne qu'un litre , un seul. Vous l'avez perdu en TÎolant les cendiliom auxquelles il tous fat donné. Les puissances signataires du traité de Vienne retirent st^einidïement leur sanctioD à un partage qu'elles n'auraient jamais dA sanctionner. Les choses ont été ramenées par voue-méme m point où elles étaient en 1772. Dans la Russie co^Mttant la Pol(^e, nous ye voyons [dus que deux peu[4es dont l'un veut injustement asservir l'autre. Nous refusons de «•» rendre complices de cette iniquité, et vous restez comptable des snites. > Oh ! si, sans déclarer la guerre k la Russie, «sais sans lui Ater nos plus k cet égard toute appréhension, onnme lord Russell a ea l'enfantine cudeur de le faire, on e&t tenu ce langage à la Russie alors que l'Earope fréniasait d'indignation et que les sympathies pour la IMsgne
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DEFAUT D ENTEUTK. BOWNLSe-&TRBET ET LES TUILERIES 8*
étÙMt anamt m tourtiiUoa qui «mpcMlait pét«-méle les gouTernements et les peuples, nul doute qu'un fait pareil a'eût été d'un poids considérable, dumoins au point de vue DwraL
Hais il est trop lard aujourd'hui. Une dédaralion qui, au dânit de la querelle, eât probablement troublé le cabinet de Saîot-^Pétersbourg et Berri la Pologne , a perdu , par suite de négociations aussi longues que stériles, son caractère de ■ BKDaee à l'égard du premier, et, à l'égard de la seconde, son caractère d'encouragement.
Ce que ces négocialions ont ajouté iie force k la force de la Russie et d'audace à son audace est incalculable. La. guerre de Crimée avait pu faire craindre au czar la possibilité d'une action commune entre la France et l'Angleterre': maintenant le voilà rassuré. Ce qu'il lui importait le plus de connaître d'une manière certaine, ces malencontreuses négociations le'lui ont appris. Elles lui ont livré le secret de l'irritation sourde qu'a laissée dans le cœur des Anglais le brusque dénoilment donné par Napoléon à la guerre, de Crimée. Elles l'ont amené k voir clair au fond des défiances dont l'expédition du Mexique, d'abord entreprise en commun, mais non poursuivie en coiBinun, a été la source. Il sait maintenant k n'en plus douter :
Que la politique des Tuileries et celle de Downing-Street n'ont si le même point de départ ni le même but ;
Que l'une s'appuie sur l'anéantissement des traités de 181S, tandis que l'autre vise à leur maintien ;
Que l'ane a intérêt k ne vouloir qu'une Pokigne indépendante, tandis que l'autre est intéressée à vouloir unt! Pologne libre;
Que , povr l'une, la question polonaise s'étend au delà
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<0 LETTRES SUR L'ANGLETERRE {l863}
des limites du graDd-duché de Varsovie , tandis que , poar l'autre, elle s'y arrête;
Que l'une ne croit pas pouvoir se passer de l' alliance de l'Angleterre, tandis que l'autre a presque aussi peur de l'alliance de la France que de son inimitié. -
Encore si, en délivrant le cabinet de Saint-Pétersbourg de la crainte de l'action commune, les négociations lui > avaient laissé la crainte de l'action isolée 1 Mais non; pendant que l'Angleterre ne cessait de dire : « Nous ne ferons pas la guerre avec la France, > le gouvernement français, par ses oi^anes accrédités, avait toujours l'air de dire: < Nons ne Terons la guerre qu'avec l'Angleterre. > La Rus^e jouait ainsi contre âes adversaires qui, tour à tour, lui faisaient voir leurs caries. Gomment n'aurait-elle pas gagné la partie?
Aussi te ton de sa diplomatie est-il graduellement passé de la politesse froide à l'ironie voilée, de l'ironie à l'arrogance, de l'arrogance à une sorte de langage impérieux. Le • il faut en finir », — car c'est à cela que revient la conclusion de la dernière dépêche du prince Gortschakoff, — fournit la mesure d'un orgueil auquel les puissances inlervenantes ont offert à l'envi tout ce qui pouvait servir h l'alimenter.
Et ce n'est pas seulement en grossissant la voix que la Russie, à mesure que les négociations se prolongeaient, a témoigné de sa confiance croissante. Le 35 septembre, le Times écrivait : < Voici que la Russie prétend avoir tenu la Pologne, en 18IS, du droit de conquête. A l'entendre, la simple déclaration des intentions bienveillantes de l'empereur Alexandre, dans le traité de Vienne, ne confère pas â l'Europe le droit de se mêler des affaires intérieures de la Russie, c'est-à-dire d'exiger quoi que ce soit en faveur de la Pologne. Cett« prétention rend superflue toute discussion
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DÉFAUT d'eKTEHTE. DOWNtN G -STREET ET LES TOILERIES il
ultérieure sur le traité de 1818. Il ne reste plus aux puissaaces occidentales d'autre alternative qu'une humble soumission ((orne tubmission) ou une guerre européenne. >
Depuis, le Timet a prouvé qu'à une guerre européenne, il préférait, quant à lui, une bumble soumission; mais cela même proclame assez bant le triomphe de la Russie.
Venez donc nous parier, après cela, de retirer votre sanction au traité de 181 S et de reconnaître la Pologne comme puissance belligérante l Eh qu'importe à la Russie votre sanction^ dès qu'elle peut impunément s'en passer? Posséiier la Pologne par droit de conquête, dans ce as, n'est pas moins conforme à ses intéiéts et l'est beaucoup plus à son oi^eil. Elle n'ignore pas, d'ailleurs, qu'en invoquant les traités de 1815, on ÎDVoque un fantôme, et M. Emile de Girardin a cent fois raison lorsqu'il demande ce qui reste de ces traités, après le rétablissement de la nationaUté belge en 1831, après l'incorporation de Cracovie à l'Autriche en 1846, après la restauration de l'Empire en 188S, après l'annesJcin de ta Lombardie au Piémont en ISSd.
Pour ce qui est de la dignité des puissances intervenantes, si elle est compromise, ce n'est certaioement pas cet expédient tardif et inutile qui la sauvera. Leur devoir était de vaincre, et c'est à peine si elles ont su couvrir ieiu* retraite.
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LEnHBS StSl l'aNCLBTERHE (iDU)
I.e r«(abIlMCMent de IIIbIsb tm Amérique )«sé l^poaslfcle en Amclelenre.
La lettre écrite par U. Abraham Liocoln à U * Ligue imionisle, > qui siège dans la capitale de rillinois, a produit là use seosatiou très-vive.- Les uns applaudissent, les autres sifllent ou eia font le semblant ; mais il est manifeste qne aa tous rimpressioB est profonde. Le coup a porté.
Les eamnemis do Nord, et ils sont nombreux en Angleterre, Iriompbent de qnelques wtlgarinnes qui déparent l'éloquence, fort pen apprêtée «e effet, de oe répubUcrâ élu par des républicains; ils citHit telle phrase où l'on chcrcheratl en vain la trace d'un e^rit raffiné; ils relëveiUdiDS la lettre, obiet de leur faslidiense critique, telle plaisanlaîB (pli sent le leiToir«t que la littérature des cbaoeelleries désavoue; ils r^roebent à l'énea^ue adversaire de J^erson Davis, ce héros de leurs prédilections, de parler plutôt tftinkee qu'anglais. Mais le vigoureux bon sens qui marque d'un cachet si particulier ce manifeste de gouvernement, le parfum d'honnêteté qui s'en exhale, la connction d'alrala doDt il témoigne, l'inébranlable volonté dont il est le gage, et la sérénité qu'atlestent,~au sein d'une crise gigantesque, les saillies populaires qui égayent une rude logique, tout cela n'est pas sans trouver des admirateurs.
Le parti dont les sécessionnistes sont les enfants gâtés
RETABUSSEMEHT DE L inïiON ICGÉ «PASSIBLE 4»
jfecle de prendra en pitié le âmatisme à'un honiBM qui, diseQ(41s, D'à qu'un cri : < Maintien de ruoioa. > Je voudras Uea savoir qnel autre cri sorait l'Angleterre si demaio - l'Irlande se détaijiait d'elle violemment, cette Irlande qui est cadwlique, qui n'a pas nue goutte de sang saxoo dans les Tdnes et qui, sous les lois de ropuIa)te An^eterre^ meurt de faim?
« Maintien de l'Union, » voîlà des mots qui eSectivement doivent mal sonner de ce côté-ci de l'Atlantique, car c'est à « rOnion i que l'Amérique a dû de voir s'élever, en pcn d'années, une puissance dont le développement prodi^eux avait fini par devenir l'étonnement de la Grande-Bretagne, presque son effroi. Pourquoi le taire et comment le nier? C'est en haine de la force que l'Amérique puisait dans le « maintien de l'Union » et qu'elle retrouverait dans son rétablissement, que les Anglais, eus qui avaient aboli l'esclavage, se sont prononcés en si grand nombre pour les possesseurs d'esclaves, réclamant la liberté d'être oppresseurs, te droit de supprimer le droit.
Hais ce que ne veut pas un pays rival du àen, M. Liocota est, certes, bien excusable de le vouloir; et s'il le veut avec ydeur, avec pa^ion, c'est parce qu'il sait que, pour le Nord, < l'Union > est non-seuiemenl une question de puissance et de grandeur, mais une question de nécessité. Le Nord et le Sud, comme États indépendants, ne peuvent pas plus exister l'un i côté de l'autre que le travail libre ne peut exister i cAlé du travail esdave. Ce sont deux forces qui, de môme foe les deux principes qui les meuvent, ne sauraient se toucher sans se heurter et tendre violemment à s'entredétruii'c. La guerre, assoufÀe aujourd'hui, se ranimerait denutin.
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44 LETTRES SUR i'aNGLETERRE (iS68)
Voilà ce que, daosles Étals-Unis, cbacuo coinpreDd;et voilii ce qui rend l'attitude de la masse si indomptable, son élan si fougueux. Pour le Nord, il ne s'agit pas, aiosi que je l'entends dire, de subjuguer le Sud, mais tout simplement de s'assurer ie moyen de vivre en paix. Il attaque afin de n'avoir pas à se défendre. Gfi qui lui fait désirer pasàonnément l'union avec le Sud , c'est l'immense danger de sod voisinage. Et l'oD reproche à H. Lincoln de partager ce désir ! Mais, en vérité, autant vaudrait lui reprocher d'être président des États-Unis; car il ne gouverne la nation dont il est l'élu qu'à la condition de la représenter, et, en Amérique, un président n'est que le premier ministre du souverain, le peuple.
Reste à savoir s'il est raisonnable de croire que l'abîme creusé entre le Nord et le Sud par la guerre dvile puisse £tre jamais comblé. L'opinion générale ici est ou semble être que loute espérance de ce genre est un rêve ; que les baines d'oii l'affreuse lutte est sortie et qu'elle a si fort enveuimées sont de celles qui rongent le cœur jusqu'à ce qu'il ail cessé de battre. < On ne soumettra les planteurs, dbent beaucoup de gens en Angleterre, qu'à la condition de les exterminer. Si le cabinet de Washington aspire à conquérir un désert, i régner sur des cadavres, à la bonne heure. L'assimilalion de deux sociétés que sépare une mer de sang est devenae absolument impossible. Prétendre unir de nouveau œ qui a été divisé de cette horrible sorte est une chimère qui louche à la folie. A supposer même que les sécessionistes vaincus consentissent h survivre à leur défaite, le jour où le Nord leur aurait brisé l'épée dans la main, il serait réduit à leur donner des chaînes, dont ils se serviraient , eux, tflt on tard, pour le frapper à la tête. Entre les fédéraux et les confédérés, en dehors de l'indépendance des seronds, il n'j
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RETABLISSEMENT DE L'OKION JUGE IHPOSSIBLE 45
a plus d'autres relalioas possibles que celles de l'oppresseur à l'opprimé. »
Ceux qui parlent ainsi , et il n'y a pas encore looglemps que M. Gladstone tenait ce langage, oublient ce que peut le succès, pour peu qu'il se maintienne. D'abord, ou frémit de rage; on se jure h sui-méme qu'on ne fléchira pas. On aime à se croire des ressentiments immortels. Puis, vient la lassitude. On s'ennuie de haïr sans être, capable de nuire. Si In domination devant laquelle on ne devait jamais plier est à la [ois ferme et condliaute, on commence, sans se l'avouer, 4 la regarder d'un œil moins sévère. Si elle vous tend les bras, OD ne s'y jette point tout de suite, peut-êlre, mais on fait tîmidetneot un pas vers elle. Les chefs du parti abattu ont disparu, immolés ou proscrits; les âmes viriles n'étant plus là, les Ames faibles ne savent plus où s'appuyer. La flamme s'éteint peu ï peu , faute d'aliment. A i|Ésure que l'image d'un passé irritant s'affaiblit et s'éloigne, les plaies anciennes se ferment. Quelques natures d'élite continuent à se tenir fièrement à l'écart; maisla masse s'accoutume à son destin, s'abandonne sur une pente insensible h la séduction de l'intérêt personnel, sacrifie aux circonstances et finit par faire sa pais avec le succès.
N'est-ce point là, je le demande, l'histoire de tous les triomphes qui durent? Et qualle raison y a-t-il pour que ce ne soit pas l'histoire du triomphe des fédéraux, pour peu qu'il fdt servi par la durée? Un semblable résultat est d'autant plus à prévoir, que « l'Union » a un parti dans le Sud, parti qui jusqu'à ce jour avait à peine donné signe de vie, mais dont des symptAmes de plus en plus nombreux et signi- ■ ficatifs commencent à révéler l'existence. Que les « Unionistes > du Sud ne soient pas en majorité, c'est possible, c'est probable : est-ce absolument certain? Qui ne sait l'as-
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4e LETTRES SUR L'ANeLETERRB (iSSS)
cendant que peut acquérir, dans une crise où les passïoiii sont puissamment excitées, une minorité bien noie, auda^ cieuse, conduite par des hommes intelligents et résolus?
Quoi qu'il en soil, il est puéril de crier au fanatisme, ) l'aveuglement, parce que, aux États-Unis, M. LIdcdIb d, avec lui, le peuple tmit en^er regardent la Bdumissioa di Sud comme chose irès-réalisable et ont une foi profoode dans le rétablissement de < l'UaioB *.
Or, étant donné la poasib^té d'atteindre le but, quoi k plus naturel que les efforts faits pour Vattetodre ?
Le comte Russell a dit son dernier mot; le prince Gortschakoff a dit le sien. Voilà ce qui est décidé : l'Angletem laisse à la Russie la responsabilité des suites , sans j comprendre la guerre, bien entendu, et celte responsabilité, k Russie l'accepte. Avouons-le : la Pologne a du bonheur!
Tout le temps qu'il fallait aux Russes, l'Europe le leu a donné, et. ils t'ont pris. Voici l'hiver. La gelée chassera les insurgés du fond des bois. La famine est là, qui fera justice de ceux que n'aurait pas atteints l'épée. Le général de Berg n'a presque plus qu'à laisser Caire. L'œuvre est en bon train.
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ATORTBIIEIIT SE LA DIPUWÀTIE 41
A sBj^ioeer même que, par un relotir trapossiUe k préroir, b âî{Aoœalte, Providenee des PstoDa», se dédddt à agir an liea de protocoliser. L'heure de toute iotervention active est déjji loia derrière nous. Ce s«ra viaBiient la faut» de Hoiirawieff â, au Bois deiuLprochaiDTsa besoi^e n'est pasache- Tée, et si, parati le» Poloiais qui vaknt hi peiae qu'on les égorge, ii en reste ub' aeal fi secoorir oa à bier.
Hais, e» revanclwv la Pologne a cet insigne honneur «l'avoir fourni k HM. les d^omates la ikème le plus propre i faire briller leurs talents. Ce qu'ils ont dépensé d'art et de logique tient du miracle. i»nais les leretés de la polémique, entre gens bien nés , ne s'^ent produites avec autant de grdee. De part et d'autre, quelle éloquence. raf6née! qudle colère courtoise I quelle dialectique subtile!
La dernière dépêche du comte RusseU surtout mérite d'£tre méd^ée par tes jennes gens qui tiennent ï compléter teurs études. Les arguments du prince GoftsdiakofF y sont réfutés de main de maître, et il est bien clair que le ministre anglais a fait ses humanités. Les disputes métaphy^qnes du moyen âge n'étaient pas plus ionlilement savantes et ne témo^naient pas d'un esprit plus inulil^iient délié. Sa Seigneurie trouve réponse h tout. C'est en vais que le prince Gortschakoff invoque fi l'appui de la théorie du meurtre en Çrand )e respeet dit à l'autorité : htrd Rnssell, avec un sens profond, répond que la elémence et la conciliation' sont plus «fficaces que la force matérielle, quand il s'agit d'assurer le re^ect àà effectivenent à l'autorité. C'est en vain que le prince Gortscbakoff reproche aux puissances iatervenantes l'escoaragement moral donné k l'insurrection par les ehanceUeries et par les peuples : lord Russell réplique trës-perttnemment que, < si le sentiment général en Pologne n'avait pw été hostile à la Russie d'une manière absolue, l'assis-
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48 LETTRES SUR l'anglETERRE (iBSS)
tance morale et matérielle du dehors n'aurait pas été d'un grand secours à l'insurrectioD. ■ — ■ Mais, observe le prince Gortschakoff, ce n'est ni «ne amnistie, ni une représeDtatioD plus ou moins complète que les insurgés demandent... > Âh! voyons un peu comment lord Russell va se drer de ce mauvais pas, lui qui a déclaré ne pas savoir ce que signifiait l'indépendante de la Pologne, attendu que, selon lui, elle ne commence et ne finit nulle part. C'eHici que la scolastique officielle triomphe. Loin de paraître embarrassé, lord Russell se porte l'avocat de cette masse fioltaole qui, en Pologue tout comme ailleurs, « se contente de la sécurité des personnes et des propriétés. » Qu'opposera cela î Qu'on déporte ou qu'on fusille les mauvais sujets qui meurent pour que la patrie vive : ce n'est pas d'eux que la diplomatie s'occupe; ce qu'elle veut, c'est que ceux-là soient satisfaits qui composent la moue flottante, et dont la digestion ne fut jamais troublée ni par une aspiration noble ni par une émotion héroïque. A la bonne heure, milord, voili qui est parler en homme d'État !
Or, tandis que les notes s'échangent, les forces de la Pologne s'épuisent, son sang coule ici à flots, là goutte i goutte. Tandis qu'on disserte avec un cabne imposant sut les moyens de la sauver, elle agonise. Encore quelques mois, et son cœur peut-être aura cessé de battre. M. Urquharl aurait-il eu par hasard raison de prétendre que la Rusâe appelait de ses vœux une insurrection de la Pologne; qu'elle y a poussé de tout son pouvoir ; qu'elle brûlait d'en finir une bonne fois avec tout ce que le peuple polonais renfermait de vaillants patriotes ou pluldt avec le peuple polonais liuméiue, et que, fatiguée d'avoir à surveiller sa proie, elle avait fait naître l'occasion de la dévorer? Ce qui est sûr, c'est que, si elle avait en effet conçu cet horrible dessein.
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ATORTEHBKT DB U DIPLOMATIE 49
elle n'aurait pu mieux s'y prendre pour l'accomplir. Sans compter que les Polonais eux-mêmes ont, par l'étendue et U sombre magnanimité de leur désespoir, servi de complices à leifrs oppresseurs. II n'y a pas à en douter : entre fléchir et périr, leur choix était fait le jour où ils saisirent la faux. Il s'agit de savoir si un peuple sera, oui ou non, anéanti...
Et qu'on n'appelle pas notre crainte une chimère; qu'on ne vienne pas nous parler pompeusement de l'impuissance finale de la force brutale, de l'essence immortelle du droit et autres belles choses de cette espèce ! Qu'il ne soit point donné à la force brutale de tuer une idée, même quand elle a l'afireuse logique de sa brutalité, je le veux bien -, que l'hérésie, en Espagne, u'aît pas été étouffée sans retour dans ]es flammes allumées par l'inquisition; que le protestantisme n'ait pas été étranglé, en Belgique, par les bourreaux du duc-d'Albe, et que les poignards de la Saint-Barthélémy n'aient pas frappé au cœur, absolument au cœur, le calvinisme, cela me plairait assez ïi croire ; mais une nationalité n'est pas une idée inextirpable. Est-ce qu'on n'a jamais vu un peuple disparaître de la Icrre? On frémit quand on songe à ce qui adviendrait de la Pologne si la Russie, ne reculant devant rien, en venait à ameuter les opprimés qui ne pensent pas contre les opprimés qui pensent, en promettant aux premiers les dépouilles de leur patrie morte !
Souffrir cette infamie est un opprobre dont l'Europe ne se laverait jamais. Dieu veaille, pour son honneur d'abord et ensuite pour sa sûreté , que le mot fameux attribué mensongèremenl à Kosciuszko vaincu ne se réalise pas-, car ce qu'il y a dans le Finis Palomœ, c'est un immense danger euaopéen. Talleyrand et CasUerea^ le sentaient bien, lorsque, au congrès de Vienne, ils disputèrent avec tant de vivacité l'indépendance de la Pologne à la rapacité du czar.