UNE CHOSE DONT ON PARLE TOUT BAS
diverses manières de s'enrichir î Les affirmations ne portent, bien entendu, que sur le fait d'une action intentée à un personnage important, pour cause d'adultère. Uais l'accusation est-elle fondée 1 Nul ne peut dire qu'elle l'est, et il est fort peu vraisemblable qu'elle te soit.
Ce n'est pas que le héros présiuné de l'aventure n'ait une réputation, depuis longtemps acquise, de grâce et d'amabilité d'une part, et de sensibilité de l'autre ; mais enfin son âge est, en cette occasion, son meilleur avocat. Je veux bien que l'amour ne connaisse point la règle, ainsi que saint JérAnoe l'écrivait à Ghromatius : Amor ordinem Mgcil; mais qu'il lui déplaise en général d'arrêter son vol sur les chéoes arides, ainsi que le remarque Horace : Importunui enim tnouvolal aridai qwreu$, j'en suis assez d'avis. On cite des exemples de galanterie surannée : pourquoi ? Je suppose que c'est préciséi^ent parce qu'ils sont rares. On raconte que Fonleuelle, presque centenaire, se laissa choir un jour en essayant de ramasser l'éventail d'une jeune et jolie femme. Comme elle l'aidait à se relever : « Ah ! s'écria-t-il, si j'avais encore mes quab'e-vingts ans! > Le mot est diarmant : mais quelle énorme vanterie, même de la part d'un Fontenelle !
LETTRES SUR l' AHGLBTBnRE (laSS)
A propos de 1» «•■■traetlMB de l'Alafcedte.
La presse anglaise est fort occupée d'un discours qu vient de prononcer daos la salle de musique de Birkenbead H. John Laird, ce fameux constructeur de navires auquel les confédérés d'Amérique doivent d'avoir pu assaillir, piller, brûler tant de vaisseaux de commerce appartenant i leun ennemis. Et cet honneur, le discours de H. Laird le mérite, non certes par sa clarté, mais par son obscurité ; nou par les explications qu'il donne, mats par celles qu'il élude; non pir la franchise de ses aveux, mais par la signification de ses réticences.
Dès que M. Laird, s'adressaot au public, se mettait k paT' 1er chantiers, vaisseaux, marine, il était tout simple qu'on s'attendit à entendre sortir de sa bouche le mot Àtabam; et cette justice lui est due que l'attente du public, à cet égard, n'a pas été trompée. Non-seulement il a lâché le mot, mais il a vanlé la chose. L'Alabama! Quel sup^ Davire ! Où et quand vit-on son pareil? Que les Américains viennent donc maintenant se pavaner, parce que certains de leurs vaisseaux font vingt milles à l'heure ! L'Alabama n'en fait que treize, h la vérité ; mais cela a-t-il empêché le hardi corsaire de tenir en échec toute la marine fédérale, de défier la puissaoce de quatre cents navires î Voilà ce qui fait la j«e
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A PBOPOS DE LA CONSTRUCTION DE L ALABANA 111
tte H. Laird, voilà ce qui l'enivre d'orgueil, d'autant plus que si on lui demande le nom des coDstructeurs, il peut répondre : < Les constructeurs sont mes fils. >
Très-bien! Hais il est une autre question â laquelle on aurait voulu voir H. Laird répandre : dans quel dessein, pour quel usage, au profit de qui, au nom de quel principe, en vertu de quelle loi messieurs vos fils ont-ils construit ' VAtabama, et les vaisseaux cuirassés qui se disposaient, assure-t-on, ï continuer ses exploits, lorsque lord Russell en a ordonné la saisie?
C'était là un point fort intéressant à éclaircir.
S'il est faux que, en violation du * Foreign enlistment Ad ■ et au mépris de la neutralité proclamée par l'Angleterre, ces vaisseaux fussent destinés à servir le Sud contre le Nord, H. Laird ain-ait dû nous le dire.
Si le fait est vrai, au contraire, mais, dans l'ofûnion de M. Laird, parfaitement légal, c'est ce qu'il aurait dû nous apprendre.
Mais non : sur l'uo comme sur l'autre point, le discours est muet. Ce silence parle.
De plus, pour quiconque a l'habitude d'interpréter les apologues, n'y aurait-it pas une confession dans le passage de cette harangue oii il est fait allusioii â la chasse au renard? < Lorsque les chiens de chasse, a dit M. Laird, approchent du terrier, le renard les flaire, quand le chasseur arrive, plus de renard. ■ Et l'orateur a lui-même comparé i'Alabama au renard, pour tes absoudre tous les deux. Que conclure de la, sinon que VAlabama avait ftairé la justice et savait à merveille it quoi s'en tenir sur'la chasse que lui donneraient les hommes de la loi? La, remarque est du Time*.
Autre passage à noter : > Ce n'est pas d'aujourd'hui, ■
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LETTRES suit l'aNCLETERRB (iSflS)
t déclaré H. Laird, « que j'ai la main dans les expéditions secrètes. Il y a quelques années, le gouvernement de ce pays jugea bon d'envoyer secrètement des vaisseaux en Chine et dans les divers ports de l'Iode. On prévoyait une guerre avec la Chine; on craignait de voir les Russes sur l'Indus et l'Euphrate; on avait besoin d'un homme de confiaoce : le gouvernemeat eut recours à moi. i Et l'orateur a raconté cotnme quoi il se montra digne, en cette occasion, de la confiance qui lui était témoignée, par le mystère dont il couvrit l'exécution des ordres qu'il avait reçus. Franchement, il aurait pu se dispenser de cette déclaration. Que la construction de VAlabama se rapporttt a> projet d'une eipédiUon (écrite, partant peu avouable, eh! mon Dieu, qui donc l'ignoraitî Hais c'est le secret de la comédie, que ce secrel-lk.
Si, Aftbs on tel discours, on doute encore de la nécessié absolue de la saisie récemment ordonnée par lord Russell, convenons qu'on y mettra de la bonne volonté !
Hais cette saisie sera-t-elle judiciairement sanctionnée, ou bien trouvera-t-on, comme dans le cas de YAlexandra, quelque autre chief baron Pollock prêt à annuler la confiscation, E0U8 prétexte qu'il n'y a pas de différence entre vfflidre des armes k un belligérant et lui vendre des vaisseaux?
Si ce scandale devait se renouveler; si le < Foreign enlistment Act » devait être désormais considéré, ou comme us vain chiffon de papier, ou comme une loi faite seulement pour qu'on l'élude; s'il devenait loisible au premier veoD de rendre illusoire ou de faire paraître hypocrite, au gré de ses sympathies particulières, de ses intérêts mercantiles, de ses caprices, la politique de neutralité hautement adopta pv son pays; si tout flibustier auquel il prendrait fantaiue de
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