‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 67 sur 97 · COXPLICATIONS DE LA QUESTION DANOISE · texte numérisé non relu

COXPLICATIONS DE LA QUESTION DANOISE

tisme contre la liberté. Ce parti, peu nombreux, je crois, est en revanche très-actif; il se remue beaucoup; il écrit beaucoup ; il a des émissaires dans le Holsteio \ il y envoie des manifestes; il y répand l'idée que te mieux, pour les duchés, serait de laisser là les prétendants de toute couleur, de se constituer en république, d'être la Suisse du Nord.

Et pendant que cette agitation a cours là-bas, est-on tranquille ici? Non, certes. Le mouvement de l'Allemagne inquiète et irrite les Anglais. Ils croient y apercevoir bien moins un élan sympathique vers la population allemande des duchés qu'une passion malsaine d'agrandissement. Ils ne mettent pas en doute que le but de l'Allemagne ne soit de réduire le Slesvig à l'état de province allemande. Ilsla supposent possédée d'un violent désir d'avoir un grand port sur la Baltique. Ils estiment que le port le plus important dans ces parages, c'est Kiel, et que, pour tirer avantage de la possession de Kiel, qui est dans le Holstein, l'Allemagne a besoin de s'établir sur la rive septentrionale, qui fait partie du Slesvig. Us savent combien la marine marchande des Allemands est considérable, ce qu'ailleurs on ne sait point assez, et quelle puissance maritime l'Allemagne pourrait devenir le jour où elle aurait les vaisseaux de guerre qui lui manquent, et où elle posséderait le Slesvig, le Bolslein, deux nids d'habiles ethardis matelots. Une chose les touche aussi : la crainte de voir disparaître la oationalité danoise, laquelle, sans le Slesvig et le Holstein, seraitbien près de périr, n'étant plus en mesure de se défendre ; ils s'intéressent à ce peuple, petit par le nombre, grand par le courage, et que la liberté aujourd'hui compte parmi -les siens.

Dans cette situation d'esprit, les Anglais naettent autant de Téhémence à appuyer le Daaemark que les Allemands k

n,gti7cdT:G00glc

ISO LKTTRIiS SUR l'aNGLETëHRE (UftS)

soutenir les duchés. L'Angleterre avancerait-elle si l'Alle- Diagne avançait? Dans ce cas, quelles étranges complications ! quel embarras pour ta fainille royale d'Angleterre ! La fille aînée de la reine, mariée au prince royal de Prusse, pourrait-elle se dispenser de fuiie des vœux pour l'Allemagne? Le fits aine de la reine, marié à la fille du nouveaa roi de Danemark, pourrait-il n'élie pas animé de senUmenis tout à fait contraires? Et déjà u'est-il pas singulier que le premier à se déclarer contre le père de la princesse de Galles ait été l'oncle du prince de Galles î

Quoi qu'il en soit, la mine est creusée. Four la faire sauter, il suffirait d'une étincelle.

S'il ne s'agissait que du Danemark d'un côté, et des ducliés de l'autre, la question, malgré les efforts prodigieux qu'on a faits pour l'embrouiller, serait assez simple. Les trois points autour desquels elle tourne sont ceux que le roi de Prusse résumait en ces termes, dans une lettre écrite par lui, le 21 mars 1848, au duc d'Augustenbourg :

1° Les ducliés sont des États indépendauts ;

â° Ils sont intimement liés l'un à l'autre j

3° La ligne mâle règne dans les duchés.

Chacune de ces assertions a, cela va sans dire, donné lieu, entre les écrivains danois et les écrivains allemands, à des controverses sans lin. On a fouillé dans les arcbives de Copenhague ; on a consulté et déclûffré de vieux parchemins à moitié rongés des vers j on a usé des flots d'encre ; on a épilogue; on a équivoque sur je ne sais quels textes latins ; on a bataillé à en perdre haleine sur la question de savoir, par exemple, quel degré d'importance il fallait attacher h une lettre trouvée dans les archives danoises et datée du S juin 1448, contenant un paragraphe en latin, < tiré, est-il dit dans la lettre, d'un document daté de 13S6, signé

n,gti7cdT:G00glc

CDMPUCitnON'S DE LA QUESTION DANOISE l.'.I

du roi Waidemar », et dans lequel la Don-ijicorporalîon du Slesvig nu Danemark aurai! été funnulée d'une manière soleonelle, et puur les temps {n'csent^ et pour les lenips à vftuir; on a opposé aux droits résultant pour le Slesvig el le Holstein du pacte de 14G0 les faits établis parle coup (l'État de 17âl et la théorie de .la prcsiTiption ; on a cherché, la loupe du conimcntateur à la malu, ce que les rois de Danemark avaient voulu dire ou ne pas dire, lorsque, à leur avènement, ils avaient promis' de respecter les- * privilèges » des ducliés; les uns ont viveiueul affirmé et les autres non moins vivetitenl nié la valeur des lettres patentes par lesquelles le roi Christian Vlll s'efforça, eo' 48-iS, d'étendre aux duchés l'ordre de succession accepté en Danemark et qu'avait réglé la Lex Regia. Enlin, il n'est pas jusqu'aux mesures prises par le Danemark pour combattre le mouvement slosvig-hotst«inois qui n'aient fourni matière aux récits les plus contradictoires, aux appréciations les plu$ inconciliables. IS'aurait-on pu s'épargner de grands frais d'érudition , économiser te temps , éviter beaucoup d'aijçres disputes en réduisant le débat aux deux points que voici : Les peuples s'appartiennenl-ils, oui ou non? Les habitants du Slesvig et du Holstein veulent-ils, oui ou non, être Danois?

Aujourd'hui encore, cette solution ne serait-elle pas ia plus courte, la plus simple, la meilleure?

Malheureusement, la question se complique d'éléments européens dont il est difficile de la dégager, et doot le traité de 1852 ne l'a certes pas dégagée, bien que, dans cette circonstance, l'Angleierni, la Fiance, la Russie, la Suède, le Danemark, ta Prusse et l'Autriche aient agi selon la théorie des congrès, — ce qui prouve Lien que, sous les coBgrës, il peut y avoir une traînée de poudre !

n,gti7cdT:G00glc

IXTTRES SUR l'aNGLETBKRB (i86s)

L'IaMrAt anylaU et l'InUrét aUeaund ea •ppvaltisa.

Ce n'est pas tout à fait sans raison qu'un journal anglais signale aujourd'hui l'énorme disproportion qui existe entre l'importance, soit numérique, soit territoriale, des durhés, et la formidable grandeur de la querelle qui semble au moment de s'engager à leur occasion.

Vous rappelez-vous l'histoire de Piron mangeant une omelette au lard un jour de jeûne? Il vint à tonner; et lui .de s'écrier, l'impie qu'il était : < Quoi ! tant de tapage pour Hue omelette!» Il est certaiu qu'à première vue il semble absurde que le tonnerre des canons de toute l'Europe gronde pour cette omelette, le Slesvig, pay» qui n'a pas plus de 500,000 habitants et ne contient pas plus de 167 milles carrés.

Par malheur, dans la question du Slesvig et dans celle du Holstein, qui ne fait qu'un avec la première, ce qui préoccupe le moins l'Europe, c'est justement ce qui coDCwne d'une manière directe ces .deux contrées. Oh ! s'il ne s'agissait que de leurs intérêts, de leurs droits, de leurs aspirations; si tout se bornait à savoir jusqu'à quel point le Danemark a raisoD d'imposer l'étude-du danuis à des enfants allemands, — ou ce que pèsent les conditions du pacte de 1460, stipulant l'union purement dynastique des duchés avec le Danemark, leur autoBomie, leur indivisibilité, — ou

n,gti7cdT:G00glc

Page 1