INTERET ANGLAIS ET IMTERËT ALLENAN» EN OPPOSITION 1G
le premier et d'écarter le second. Il y avait uoe renonciation k obtenir : on l'obtint en l'achetant ; et le duc d'Auguslenboui^ promit < de ne rien entreprendre de nature à troubler la tranquillité dans les Ëlat$ de Sa Majesté Danoise, et de ne mettre aucun obstacle aux mesures qu'elle pourrait prendre, soit par rapport fi la succession des pays réunis sous son sceptre, soit par rapport h l'organisation éventuelle de la monarchie danoise. i>
En parlant de celte renonciation de son père, le prince d'Âuguslenbourg, celui qui se pose aujourd'hui en préleiH dant et que l'Allemagne appuie, est certes mal venu d'affirmer qu'en 18S3 sou père renonça en sa favew; mais ce qu'il peut affirmer avec raison, c'est qu'en 1852 son père n'était en aucune sorte autorisé à stipuler pour sa descendance, et que, conséquemment, lui, prince Frédéric, qui n'a renoncé à rien, reste l'héritier légitime.
Ce qui se trouve aiasi en question, ce n'est rien moins que la validité du traité de Londres. S'il est nul, Christian Vlil n'a aucune espèce de droit à la possession des duchés, les Slesvig-Holsteinois sont libres, l'Allemagne triomphe, la politique de l'Angleterre est déjouée.
Maiutenant, vous jugez de sou embarras!
D'une part, elle est tenue d'honneur, ou, pour mieux dire, elle se considère, comme tenue d'honneur à soutenir son œuvre; à ue pas souffrir qu'on fasse d'un irailé signé par toutes les grandes puissances , à commencer par ellemême, un vain chiffon de papier-; li ne pas abandonner la cause de ce Christian, en qui elle salue le père de la princesse de Galles. Et ce que sa tierté lui conseille, son intérêt le lui conseille aussi.
D'autre part, elle n'est pas sans se demander si c'est bien k tik qu'il convient de forcer un peuple à subir un prince
n,gti7cdT:G00glc
1E6 LETTRES SUR l'aNGLETERBE (1S68)
dont il De veut pas; si c'est bien à elle qu'il convient de mettre violemment obstacle, dans les duchés, à ce droit de gtïf-govemmenl qu'elle trouverait odieux qu'on attaquât chez elle, et dont elle a tant de fois recommandé l'application chez les autres. 11 est bien vrai qu'elle aide le Turc à maintenir sous son obéissance les Monténégrins et les Serviens ; mais c'est à son corps défendant, et sous la pression de circonstances exceptionnelles, en vue de dangers extraordinaires, pour empêcher l'Orient de devenir une proie que se disputent l'ambition russe et l'anarchie.
Une autre pensée, non moins grave et plus inquiétante encore, agite ici les esprits qui réfléchissent. Ils sont frappés de la fougue du mouvement qui emporte l'Allemape ; ils ne sont que très-faiblement rassurés par la signature qu'en 18S2 l'Autriche et la Prusse apposèrent au traité de Londres; ils savent que, le Hotstein faisant partie de la Confédéralion germanique, l'Aulricbe. et la Prusse avaient besoin, pour toucher à ce pays, de l'assentiment de la Diète ; ils ne se dissimulent pas que la ratification de la Diète, non encore obtenue et qu'on a si peu de chances d'obtenir, fournit aux deux grandes monarchies allemandes un prétexte naturel de revenir sur leurs pas; il leur parait difBcile qu'elles ne cherchent pas, à l'envi l'une de l'autre, à capter les suffrages de l'Allemagne en essayant d'arracher les duchés au Danemark; il leur paraît, surtout, peu probable que H. de Bismari »e saisisse pas cette occasion, sinon de faire sa paix avec la nation prussienne, au moins de conjurer l'explosion des haines qu'il a soulevées. Et si les choses, ainsi que cela est à prévoir, prenaient ce tour, ia France, signataire du traité de Londres, demeurerait-elle lés bras croisést Napoléon ae serait-il pas charmé d'avoir, lui aussi, un prétexte pour dégainer contre la Prusse et essayer de s'établir sur le RhioT
n,gti7cdT:G00glc
POURQUOI L JUtGLETERItE n'a PAS ACCEPTE UN CONGRÈS 151
D^ diverses préoccupations dont la question du Slesvig- HolsteÏD est ici la source, celle que je viens d'indiquer u'e^it cerles pas la moins vive. De là, probablement, l'idée émise par la Saturday Rtview d'un congrès qui aurait pour but de résoudre d'une manière pacifique le problème posé devant l'Europe par la mort de Frédéric VII, et, subsidiairement, d'examiner les points litigieux qu'il y aurait le moins d'inconvénient à aborder. C'est ce congrès — tenu à Londres, puisqu'il s'agirait, d'abord, du traité de Londres — qui remplacerait le concile œcuménique que Napoléon " proposait de rassembler à Paris.
Le plan, comme vous le voyez, n'est pas ma] imaginé pour mettre dans l'ombre l'initiative partie des Tuileries, et rejeter l'empereur des Français au second plan.
S8 noTembre.
F •arqn*! l' Angletcrve ■'» yas aecepM l'Idée d'an C^mgrts
La dépêche contenant le refus de l'Angleterre d'accéder au congrès porte, comme le remarque très-bieu le Daily- News, la date de mercredi, et c'est hier au soir que le gouvernement anglais a publié dans la London Gazette toutes les pièces de la correspondance qui, sur ce grave sujet, a eu
ÎBB LETTRES Stïl l'aNGLBTERBB (isM)
lieu entre le cabinet des Tuiteries et celai de Saint^ames.
Ainsi le ministère n'a pas perdu un moment. Le comte Russell a voulu que, sans retard, le peuple anglais fât appelé à euniiaUre la décision des serviteurB de l'Angleterre (public serrante) et k jnger des motifs sur lesquels celte décision s'appuie.
' C'est l'honneur des institutions de ce pays, habité par une race majeure, que de telles communications y soient nécessaires de la pari du pouvoir. Ici, le peuple a le droit de tout savoir, efde tout savoir sans être obligé d'attendre. Il Couverait étrange qu'on prétendit lui faire un secret de ses propres affaires; qu'on lui laissât ignorer, ne fût-ce que quelques jours, ce qui ne doit être que le résultat de sa vn- Ii»nlé,
Il n'y n donc rien d'extraordinaire dans l'empressement avec lequel le comte Russell a informé l'Angleterre de la façon dont il avait interprété sa pensée, exprimé ses sentiments, suivi ses ordres. Et cela est d'autant plus naturel, dans le cas dont il s'agit, que sur le parfait accord de ia nation avec le pouvoir il ne pouvait y avoir aucun doute.
Je ne me pique certes pas d'cire proplittc, et pourtant vous vous rappelez avec quelle assurance j'ai, des lu premier moment, prédit un refus. C'est peu. Rapprochez des lettres que je vous ai écrites, sur cette question du congrès, la correspondance du comte Russell : entre les arguments du ministre des affaires étrangères et ceux de mon ami anglais, vous découvrirez, comme fond et presque comme forme, une analogie qui vous frappera. Rien de plus simple. Dès l'abord, il n'y a eu ici qu'une voix, non contre l'idée abstraite du congrès, à laquelle, au contraire, chacun s'est plu à rendre hommage, mais contre sa réalisation, au double point de vue de sa valeur pratique et de son à-propos.
n,gti7cdT:G00glc
VOURQCOI l ANfiLETERBE » A PAS ACCEPTE VS CONGRES ISO
Aussi la décision du ministère et les raisons donoées ii Pnppui onL-etles été accueillies par une approbation générale, et presque sans ré,sen'e.
Le Times exprime une satisfaction grave et légèrement moqueuse-
Le Daily-News remercie le ministère, non-senlement au nom de la nation anglaise, mais au nom di; la postérité. '
Le Morning-Advertiser est radieux.
Le DaîJy-Tehgraph se félicite de l'impassibilité vigilante de l'Angleterre, et il la compare à l'attitude Au Hou au repos.
Le Mornifig-Star qui, en sa qualité de journal de la paîx à tout pris, aime et doit aimer ies congrès, déclare naturel <|ue les ministres aient craint de jeter leitr pays dans une entreprise hasardeuse, dont Ini-méme avait désiré, sans l'espérer, i'iieureux accomplissement.
Le Moming- Herald, qui, comme organe des tories, e.it tenu de cherclier querelle à lord John Russell coûte que route, n'ose cependant pas s'attaquer au fond, dans son appréciation de la réponse du cabinet de Saint-James, et il est réduit à se rejeter sur la forme, qu'il ne juge pas assez courtoise.
Enfin, le Moming-Post garde le silence, et cette réserve est, peut-être, plus signigcattve encore que le langage des autres journaux.
Car, si je suis bien informé, lord Palmerston, dont le Morning-Post est l'organe, n'aurait pas été, dans le coDseil, du même avis que liird Russell, sur la nécessité de repousser le congrès; et ta démission de celui-ci, offerte d'abord, puis retirée, aurait été le résultat de cette dissideiic*. D'oii il suit nue lord PaltnerstOD aurait dC, en fin de compte, samfier
160 LETTRES SUR l'asCLETEBRE {1688)
son opinion à l'opimon. Dans ce cas, l'on conçoit que le Mormng-Poit ne se soit pas pressé de parler.
Uuoi qu'il en soit, vous pouvez voir dans les dépêches du minisire des affaires étrangères de ce pays «ne expression fidèle de ce que, relaiivement à la proposition du congrËs, l'Angleterre sent, pense, veut et ne veut pas.
Maintenant, ce qui ioaporte à la bonne entente des deux pays et, peut-être, à la paix du monde, c'est qu'on ne se méprenne, en France, ni sur le caractère du refus, ni sur la nature des considérations qui l'ont dicté. Ceux qui le regarderaient comme un acte de basse jalousie, comme une preuve d'hostilité sourde, comme l'inspiration d'un égoïste désir de gêner les mouvements de la France ou de lui dérober les fruits d'une initiative hardie, ceux-là tumberaieni dans une erreur dont les suites risqueraient d'être désastreuses. Qu'ils y prennent garde, si la liberté leur est chcrc!
Et d'abord, l'idée d'offenser la France, dût l'offense être sans |>éril, est une idée également étrangère ici à tous les partis. L'Angleterre désire, j'allais dire passionnément, continuer de vivre avec nous en bonne intelligence; et si elle redoute quelque chose à l'excès, c'est ce qui serait de natjire à troubler cette bonne iiiteiligence. Cela est si vrai, qu'à la première nouvelle de la décision prise par le mÎDistère, il s'est manifesté dans lés camps les plus opposés des appréhensions qui témoignent assez du prix qu'on attache ici à notre alliance. Comment cette décision serait-elle considérée ie l'autre c6té du détroit? Ne l'interprélerait-on pas dans le sens d'une brèche faite à l'amitié? N'aurait-elle point pour effet de relâcher le lien qui unit et doit unir les deux pajïîÇeux qui, en France, ont recueilli et cultivé l'amer héritage des préjugés historiques et des rancunes militaires ne pousseraient-ils pas les clameurs d'usage contre « la perfide
n,gti7cdT:G00glc
POURQUOI L AKGLETEItRB NA PAS ACCEPTE EN CONGRES ICI
Albion? 1 Oui, voili, tout d'abord, les appréheosions qui se sflnt fait jour; et n'y voir qu'un effet de la peur qu'inspire notre puissance à l'Angleterre, ce serait, d'une part, méconnalire bien étrangement la sienne, et, d'autre part, céder i un sentiment de forfanterie indigne d'une grande nation, les nations vraiment grandes étant celles qui se respectent dans leurs émules et Jusque dans leurs ennemis.
Ce qui est vrai — je vous l'ai déjà dit bien souvent, et je ne saurais me lasser d& le répéter — c'est qu'au désir, trèssincère et très-profond , de naviguer de conserve avec la France, l'Angleterre ne peut se défendre^e mêler un sentiment de déSance. Que cette défiance soit bien ou mal fondée, toujours est-il qu'elle existe.
En France, les AngUis cherchent des yeux une machine qui leur indique d'avance la direction du]vent; et comme ils n'y découvrent rien de tel, ou.ïen d'autres termes, comme l'opinion publique en France, par eux interrogée, ne peut leur apprendre ce qu'elle-même souvent jgnore, ou ce qu'il ne lui est pas permis de dire, quand elleTne l'ignore pas, ils se tiennent sur leurs gardes et s'étonnent avec raison qu'on se formalise d'une réserve qui, ^suivant eux, n'est qu'un acte nécessaire de prudence.
En ce qui touche particulièrement la^question du congrès, l'Angleterre avait, pour ne point l'envisager de notre point de vue, une raison plus décisive encore, peut-être, que celles dont je vous ai fait part dans mes précédentes lettres ; et cette raison est celle qui se tire du génie même de la nation anglaise. Lisez le Times d'aujourd'hui^: en] insistant sur ce qu'il nomme le caractère id^al des dépêches de H. Drouyn de Lhuys, et le caractère pratique des dépêches de lord Russell, il donne la meilleure explication possible, l'explication vraie de la conduite de l'Angleterre en cette circons-