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ICa LETTRES SUlt L'ANGLETERRE (180»)
tance. Pour elle, en effet, la pliilosophie pure, surtout quandelle touche au sentimentalisme, n'est pas du domaine de riioinme d'État. Pour elle, la politique se compose de faits, noD de priudpes. Pour ellG, h sagesse à l'u-sage des Dations, non moins {[tiu la sagesse à l'usage des individus, veut qu'on prenne la vie conune elle est, et comme elle vient; qu'on n'aspire pas il tout prévoir et à tout régler; qu'on attende les accidents, sauf à les combattre, si on les a contre soi, ou il en tirer parti dans le cas Gonlraire.
Vous vous, rappelez le fameux axiome : « La nature a horreur du vide. >'Eli bien, on pourrai! dire de l'esphl anglais qu'il * a horreur de la géuéralisatiou. > Je vous écrivis, il y a quelque temps, une lettre où, k propos d'un article de la Saturday Revitw, je dévelopi^ais celte thèse. Je ne crains pas d'affirmer que, si vous Toulez avoir un moyen de juger la politique de l'Angleterre avec fruit et avec équité, vous ne sauriez adopte^ un plus sAr criierium.
Exemple : Y EconomisI , journal fortement pensé et bien écrit, jusiitie le refus de l'Angleterre de participer au congrès par i:etle cunsidéraiioii, que c'est la vernie du mal qui développe en nous te pouvoir de décider du remède. ■ Que de fois, dit-il, ne nuus arrive-[-il pas, dans la vie du foyer, (le trouver que nous dépensons trop ! Si notre crainte à cet égard n'est qu'à demi fondée, nous avons tieau nous ingénier, rien ne se présente qu'il nous soit véritablement possible d'économiser. Mais vienne la nécessilé, une absolue nécessité de nuus réduire â la portion congrue, nous serons étonnés du nombre de choses dont il nous est facile de nous passer. >
Ce raisonnement ne vous semble-t-il pas caractéristique ?
Il n'es! donc pas besoin d'aller cbercher les causes du refus de l'Augleterre bien loin : elles sont (out près; elles font
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POUligUOI L AXCLETEKKE N A PAS ACCEPTE UN CONGRES 16B
partie iotégraote de son génie. Il était presque impossible qu'un pays tel que celui-ci ne jugeât pâs i'uma[ies<[ue à l'excès le projet d'un congrès destiné ii réparer le passé, à rassurer le présent, à régler l'avenir, et cela par le concours de puissances prêtes îi immoler aux autels de la paix perpétuelle leurs préjugés, leurs raueunes, leurs pos.sessions injustement acquises et les possessions d'autrui injustement convoitées.
Ily a à dire aussi, car je n'entends rïen dissimuler, que l'Angleterre n'a pas été sans doute fâchée, en cette occ-asîon, de s'affirmer comme nation de premier ordre, ayant sa politique h elle, sa volonté à elle, et n'acceptant de l'initialive d'un souverain étranger que ce qui lui paraît praticable et convenable. Mais, franchement, est-ce donc là un sentiment de fiei'té que la France, à la place de l'Angleterre, serait incapable de ressentir?
Quant à imaginer que l'Angleterre a été bien aise de se poser ilevant le monde dans l'altitude indiquée par ces mots delaSoturday Hevîew: «La France propose etl'Angleterre dispose, » le peuple anglais, croyez-moi, a trop de bon sens pour faire de l'emphase quand il s'agit du 'repos de TEurope et de son propre repos.
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LETTRES SUR L'ANGLETERRE (l8«s)
■d ft I I«a4*B T«*em. >
L'Angleterre De figurera pas au Congrès : voilà qui est bien décidé. Pourquoi? La publication dans la London Gazette des dépêches écliaogées entre le cabinet des Tuilerier et le cabinet de Saint-James ne laisse sur les motifs du gouvernement anglais aucun nuage. Pour l'Anglelerre, le Congrès serait la bouteille à l'eucre, si je puis me servir de ce mot, 011, plutôt, ce serait la boite de Pandore. Au lieu de la paix, il risquerait d'en sortir la guerre ; au lieu d'entrer dans l'âge d'or, nous serions exposés à nous enfoncer plus avant dans le siècle de fer. Voilà ce que le comte Bussell pense; voilà ce qu'il a dit de ce ton ferme qui convient à un homme libre, parlant au nom d'un peuple libre; et voilà ce que l'Angleterre, d'un sentiment unanime, pense et dit comme le comte Russell. ie n'insisterai pas. Les commeutaires, je les ai présentés d'avance à vos lecteurs. D'ailleurs, ils sË présentent aujourd'hui d'eux-mêmes.
Je préfère vous parler d'une autre question qui, non moins vivement que le congrès, agile ici l'opiniou publique et menace de mettre l'Europe en feu.
Lundi dernier, une centaine d'Allemands se réunirent pour préparer un grand meeting. Il s'agissait, vous le devinez, dii Slcsvig-Holstein. La légitimité du duc d'Augus-
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UN MEETINC ALLEVAND A € LO:<DOX TAVEB!*. » 185
teobourg ayant été posée, Kari Blind dit avec cette éloqueoce du cœur qui lui est propre ;
Que la caose à faire triompher était celle, non de lel ou tel prétendant, mais d'une nationalité injustement confisquée et de la liberté assaillie;
Qu'il ne serait conforme ni aux principes de ta démocratie, ni même aux maximes d'État, d'entrer dans une simple {fuerre de siicces^on ;
Que la lutte était, non pas entre un prince et un autre prince, mais entre un peuple qui invoque le droit de s'appartenir et un autre peuple par qui ce droit imprescriptible est violemment attaqué;
Hais qu'il fallait bien se garder d'abandonner aux cours allemandes et à la Diète la solution de cette question suprême;
Que, déjà, lors de la guerre d'indépendance de 1848- 1851, la cause du Slesvig-Holstein, qui est celle de l'Allemagne, avait été trahie par les gouvernements allemands;
Que te roi de Prusse, à cette époque, avait été secrètenaent de connivence avec te Danemark, dont cette perfidie, sans exemple dans l'histoire, avait assuré le succès;
Que c'était sur leur propre courage, appuyé par les armes des volontaires allemands, c'est-à-dire sur le mouvement révolutionnaire, que les Slesvig-Hotsteinois devaient compter ;
Que, quant à lui, Karl Blind, ce qu'il désirait, c'était de voir le Slesvig-Holslein devenir la Suisse du Nord et figurer désormais dans l'histoire, non comme l'arrière-garde de la légitimité princière, mais comme t'avaot-garde de la liberté allemande.
L'exposé de ces vues, que l'orateur avait précédemment
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les LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
développées dans un ardent manifeste envoyé par lui aux Slesvig-Holsteinoiâ, fut applaudi avec transport. Quelquesuns essayèrent de les combattre : leur opposition fut vaincue; et le meeting préalable Qomma une Commission chaînée de rédiger le programme des rào/ufiotM à soutenir devant le meeting définitif. Les membres de cette commission furent désignés dans l'ordre qiie voici : Karl Blind, Freyligralli, docteur Hcintzmann, Berndes, docleur Basch, Ber^maon, Kinkel, Jebeos, Jacoby, etc. — en tout, 25 membres.
Mercredi, ta commission se réunit. Karl Blind prop<^ des résoliitioas qui furent toutes adoptées après de vifs débats, et la plupart à l'unanimité — les opposants eux-mêmes ayant fini par voler pour.
Voici ces résolntions :
t" Le mceling déclare que, aujourd'hui, d'après le droit des anciennes chartes, comme, depuis longtemps déjà, d'après le droit naturel de la liberté, toute connexion entre le Slesvii^-nolstein et le Danemark est dissoute; la Coimtilution prodamée par le nouveau roî n'étant qu'une infraction ilagranic aux droits des Slesvig-Holsteinois et de la nation allemande.
2° Le meeting déclare que le ProtoeoU de Londres, n'ayant été ratifié ni par le peuple Slesvig-Holstctnois ni par la nation allemande, est nul et non avenu. (Cette résoluUoa, qui rentrait dans Ja première, fut ajoutée^sur la proposition de M. Born.)
3° Le meeting déclare qu'il est du devoir du peuple allemand de rétablir l'indépendance du SIesTig-Holsleia, anéantie par une trahison sans exemple.
4" Le meeting déclare qne, vu la conduite tenue jusqu'ici
.. p^r les gouvernements allemands et la nécessité d'arriver à
l'union det forées, il faut prendre pour mot d'ordre Indé-
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penâanee dupais, former «o goBvernentent provisoire, appeler loys les patriotes allemands h prêter leur aide, procéder imiDédiatemein it h roriuatioo de corps de volontaires, mais laisser au pays, — son iodépesdaDce one fois conquise, — le droit de se prononcer ssr sa constitution future, par une Assemblée librement élue.
5° Le meeting nomme une commission de douze membres avec mission de recneillir des mvscriinions et d'obtenir tout autre gertre de secours en favenr de la cause des Slesvig- Holsteinois.
Ces résolutions votées, il fut décidé pe le meeting définitif serait présidé par le docteur ïleintzmann, dont le frère périt dans la dernière guerre du SJesvig-Holstein contre le Danemark; et Freyligrath, Kart Blind, Kinke) et quelqnes autres furent désignés comme vice-présidents ou membres du bureau.
Hier, samedi, était le jour indiqué pour h tenue du grand meeting; et en effet, c'est liier, dans la soirée, quH a eu lieu à London Ta«em. Le concours était considérable, et l'on voyait assez à l'animation des visages de quelle émotion tes cœHrs étaient remplis. Les dames occupaient la galerie du fond. Elles aussi laissaient percer dans leur attitude rhitérètpussionDé qu'elles {irenaient à la question qui allait être exposée.
Les orateurs entendus ont été MM. Heintzmann, Kinkd, Beigel, Born, Thudichura, Karl Blind, Rubel (Holslein), Zarffî, Weber et Schirges. Ai-je besoin de dire dans quel sens ils ont parlé? Les considérations sur lesquelles s'appuie le droit du Sleavig-Hobtein à s'appartenir sont trop coinoes en Allemagne pour qu'il soit nécessaire de les dévelt^per ici : qu'il me suHise de constater qu'elles ont été présentées hier par les divers orateurs avec beaucoup de
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force et une unanimité de couviction singulièrement frappante. Mais ce qu'il importe de nuter, c'est l'esprit qui s'est . maaifesté dans l'assemblée, relativement à la candidalure du duc d'Auguslenbourg.- Le docteur Kinkel a prononcé les mots de « légitimité pourrie. > Quant i Karl Blind, sa conclusion a été : pas de légitimité princière ! pas de prétoidants! Il a montré comme quoi une intervention de ce genre n'était propre qu'à prolonger l' Allemagne dans des guerres qui, en cas d'insuccès, feraient revivre la politique de ta ligne rhénane.
Les applaudissements enthousiastes et prolongés que les paroles de MH. Kinkel et Kari Blind ont provoqués de la' part du meeting ne permettent aucun doute sur la fidélité avec laquelle ils en ont rendu la pensée, exprimé les sentiments. Et ce qui complète la preuve, c'est le vote empressé de chacune des résolutions dont j'ai mis plus haut le telle soQS vos yeux.
En réiHimé :
La souveraineté du peuple, au lieu du droit caduc des prétendants — une guerre d'indépendance, au lieu d'une gueire de succession — la spontanéité révolutionnaire, au llieu de l'intervention des gouvernements, voilà ce que le meeting allemand d'hier a déclaré vouloir.
Ces vues sont évidemineot les seules que la démocratie puisse avouer, si tant est que le choc soit devenu inévitable; si tant est que les dispositions du Danemark d'une part et, d'autre part, celles de l'Allemagne rendent toute autre issue impossible. Mais, dans ce cas, la marche indiquée aurait, de plus, l'avantage de dégager la responsabilité diplomatique de certains gouvernemeuls, de déjouer les arrifere-pensées que cacherait l'intervention de quelques-uns d'entre eus, de désarmer l'opposition des Anglais, d'empêcher le roi de
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HËHE SUJET le»
Prusse lie faire tourner au profit de son despotisme un grand a)ouve.iient populaire, d'empêcher enfin la lutte de s'élever aux proportions redoutables d'un vaste embrasement de l'Europe.
« Mademoiselle, voulez-vous me faire l'honneur de danser avec moiî — Non. merci. Je ne connais pas bien les figures. »
Toili le dialogue qu'un journal charivarique de Londres met dans la bouche de l'empereur des Français, transformé en galantin, et de l'Angleterre, représentée sous les traits d'une jeune beauté tant soit peu défiante et timide. Cette caricature est en quelques coups de crayon il'histoire du cougrës proposé par Napoléon, pour ce qui touche le cabinet des Tuileries et celui de Saint-James. L'Angleterre n'a pas voulu danser sans connaître les figures. Son refus ne signifie pas autre chose.
Crier à l'insulte, tonner contre l'égoîsme et la jalousie de la c ftrfidt Albion >, rêver d'une revanche de Waterloo et parler tout haut son rêve, cela peut convenir aux scribes et aux traineurs de sabre qui hantent les antichambres de l'empire, mais cela n'est pas sérieux.
no LETTRES SUR l'aIKLBTERRE (iBSS)
En vérité, j'admire qu'on se soit allendu un seul insUnt à voir un peuple nussi grare, aussi pratique que le peuple anglais, se lancer tête baissée dans cette grande xreDture : la reconstnictioQ de l'Europe. Et dans quel moment? Lorsque le dénoùment des négociations entamées entre la Russie d'une part, et la France, l'Angleterre et l'Aulriciie d'autre part, vient de prouver d'une manière si douloureusement éclatante combien la diplomatie esl impuissante et combien les prétentions à concilier sont inconciliables !
Encore, si l'Angleterre avait refusé pet, sans demander des explications préalables! Mais non. Aux indes, quand une armée en marche a un pont à passer, elle fait avancer les éléphants les premiers. Si le pont fléchit, les lourds animaux tombent dans la rivière; mais ils trouvent moyen, ' après tout, de gagner le bord, et l'armée, avertie à temps du danger, s'arrête. Eh bien, l'Angleterre, dans là question du congrès, a cru devoir s'assurer de la solidité du pont avant de s'y risquer : est-ce donc là un si grand crime? « Quel est votre programme? » a-t-elle demandé; et ce n'est pas sa faute si on n'a pas su ou voulu le lui dire.
Vous souvient-il de l'histoire du juge Bridoye dans Rabelais? Ce sage magistrat, pour terminer les dériiélés de ses justiciables fttns offenser personne, prit le parti de s'en remettre au sort du soin de décider entre les parties, et fit dépendre d'un coup de dé le gain ou ta perte de chaque procès. La chose réussit, que c'était merveille, et notre juge acquit une réputation de Salomou. Sur ce, un' homme de loi inberbe-s'imagina, ayant découvert le procédé, qu'il n'avait qu'à l'employer pour se faire, ïuî aussi, un renom d'infaillibilité. Hélas! ce fut tout le contraire. Non-seotement il ne contenta personne, mais il s'attira l'exécration aniverseUe. Comment l'emploi du mJme procédé predninl-il deux résut-
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tats si différents! La raboii en est que, des deux juges, le premier avait soin de u'intervepir qne quand la querelle à terminer avait duré assez laagtemps pour fatiguer l'une et l'autre partie, les mettre sur les dents, et leur faire préférer UDC solution quelconque à la continuation de la lutte, tandis qae le second prenait les choses h leur origine, sans attendre que la patience des combattants fût à bout. De tout quoi te Morning-Post conclut, en rappelant cette histoire, que le congrès proposé ne pouvait abontir h rien parce que les questions k résoudre ne sont pas assez mûres, et que par conséquent l'Angleterre eût sotlement agi en ne se réeusaot pas.
C'est, si je ne me trompe, plaider une bonne cause avec de bien mauvaises raisons. Quoi ! la question de la Pologne, par exemple, n'est pas assez mûre, et, après tant de violentes révoltes violemment compnmées, tant de cruels combats, tant de snng répandu, tant de familles plongées dans le deuil, elle n'a pas encore suffisamment mis à l'épreuve l'obstioation barbare des oppresseurs et la constance des opprimés! Quoi! elle n'est pas assez mûre, cette question du SIesvig-Holsteio qui, depuis tant d'années, harasse le Danemark, irrite l'Allemagne, inquiète l'Europe ! Et Venise? Ses gémissements siml-ils d'hier! Et l'einplre ottoman! E&l-ce hier seulement que la Russie s'est mise h convoiter la siKcesàonde < l'homme malade de Conslantinople « ! Ahl elles ne sont (|ue trop mûj-es les questions à résoudre, et si le remède était aussi sûr que ta maladie est avancée, c'est Napoléon qui aurait raison et l'Angleterre qui aurait ton. La justilicatinn du refus de l'Angleterre par le Morning-Post est, tranchons le mot, parfaitement absurde ; si absurde, que . je soupçonne le if orninj-/'o5(, journal de lord Palmerslon, de défendre ici la politique de lord Russell à la façon de
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112 LETTRES SUR l'aXGLKTEHRE (iSes)
ces avDrats qu'oa paye pour perdre les procès dont ils se cbargent. La vraie justificalîon de la politique de lord Russelt — lequel n'esl pas, comme lord Palmerston, le compère de l'empereur des Français — g)t dans son habilude de regarder au côté pratique des choses, et aussi dans l'impossibilité où il se trouve de régler sa conduite sur une eonnaissance exacte des dispositions et des sentiments d'une nation réduite, ou à parler par énigmes, ou h se taire.
Deux fois déjîi le goavemeroent anglais s'est aventuré sur la même barque que le goaveraement impérial : qu'y a-t-il gagné?
L'abandon du droit de visite au profil de la Rusàe, id i été, pour l'Angleterre, le produit net de la ^erre de Crimée, de cette guerre où elle a beaucoup dépensé en hommes et eu argent, où elle a compromis son influence, et qu'elle s'est vue forcée de terminer juste au moment où elle anit chance d'en tirer avantage.
La conquête de Mexico par les zouaves, tel a été, pour * l'Angleterre, le fruit d'une expédition entreprise en commua, sur la foi d'un engagement qui excluait toute idée d'agrandissement territorial et même d'intervention politique.
De semblables expériences autorisent de reste l'Angleterre il ne s'engager qu'à bon escient.
Elle tient à vivre en bons rapports avec la France, c'est certain; elle n'a garde de vouloir l'oB'e.nser, mais elle se (Toil obligée de prendre sesi précautions.
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l' ANGLETERRE lEUUSTENENT ATTAQUEE
l.'ABglBterre iMlasteHieat Btla«aé«.
Les AnglaisoDt-ils donc toujours tort quand ils s'écrient: « Voyez comme ces Français sont légers! » Vraiment, j'ai quelque envie d'en douter. Quoi ! hier encore on ne parlait, on ne rêvait en France que de courir au secours de la Po^ logae; le nom de la Pologne était sur toutes les lèvres : son image, sanglante et mutilée, se dressait devant tous les regards; on comptait avec angoisse les heures de sa convulsive agonie; on brûlait d'en hâter le tenne, et, pour cela, , nul obstacle ne paraissait trop grand, nulle distance trop considérable, nul sacrifice trop lourd; il y avait des larmes dans les cœurs; les mains cherchaient des épécs. Et voilà que, aujourd'hui, la Pologne, quoiqu'elle vive et combatte, est, pour beaucoup de gens en France, comme si elle était morte, enveloppée dans son linceul, ensevelie ! C'est à peine si l'on se croit obligé par la décence de penser à elle de temps en temps, et bientôt, Dieu me pardonne 1 on accusera de rabâchage ceux qui s'aviseront d'invoquir encore en sa faveur le droit, la justice, l'humanité! En ce moment, la mode est ailleurs.
Et à l'égard de la Russie donc, quel changement à vue! Comme on est soudain devenu tendre envers elle ! Comme on a vite oublié le ton ironique des dépêches du prince
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174 LETTRES SUR l'aKGLETERRE (iSGs)
Gorischakoff et le caractère odieux des exploits de MourawiefF!
I! n'y a pas à s'y tromper, ce qui a produit un revirement, presque inconcevable, c'est le réveil de cet orguei! militaire qu'irrite, en France, loute opposition ou, même, tout semblaDt d'opposition de la part des Anglais. Ainsi, parce que l'Angleterre a pris un beau jour la liberté grande de n'être pas de l'avis du cabinet des Tuileries sur les codsé([uences probables du congrès; parce qu'elle a eu l'insolence d'être de son opinion, adieu les sympathies pour}a Pologne! adieu rindlgnaliou escitée par une boucherie sins nom! adieu la libei^ recommandée par l'exemple iftiD peuple libre! Journalistes 'âes bords de la Seiae, pressei- Vous, videz vos carquois : le point de mire, c'est l'Angleterre !
Il faut, en vérité, que toutes les têtes soient à l'envers, de l'autre côté du détroit, pour que le Journal de» Débat* luimême, journal grave et sensé, en soit venu a mêler ses'gémissements aux clameurs de l'Opinion nationale et de ions ceu\ pour qui l'bistoire commence à Grécy et fioit à Waterloo !
Ur ça! mais que prétendent ces messieurs? Est-ce que, d'aventure, une invitation est un ordre, dès qu'elle part des Tuileries? Est-ce qu'un gouveruemeot à qui un autre gouvernement fait une proposition n'a pas le droit de demander des éclaircissements, d'examiner, de peser et de se décider d'après sCs propres lumières?
SeraJl-ce que, sur l'eflicacité d'un congrès, il est impossible, absolument impossible, d'avoir deux avis différeots; de (elle sorte que le doute à cet égard ne se puisse expliquer que par l'excès de la mauvaise foi, les inspirations de b jalousie, le parti pris de U haineî Libre aux optimistes de
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LANCLETEKKE IXJtSTEMENT ATTlQUtE IIB
tenir pour l'eriain q»e l'Aulrkbe rendra Venise à l'Italie; que la Russie rendra h Polof-ne à elle-même ; que l'Espagne, ou ne réclamera point GibratUr, ou l'obtiendra; que la Prusse fera btm marcbé du duché de Posen ; que le D.inetnark sera trop Leureux de mériter te re^>ect des duchés en se séparant d'eux, ou l' Allemagne trop ba<reuse de prouver son désintéressement on ne s'occupant plus des dut^hés; que le sultan sera bien aise de voir, au besoin, démembrer ses ^Is, el i|ue le pape donnera sa bénédiction à Victor-
' Emmanu^i en lui laissant une part des domaines de * l'Eglise, et même Rome, s'il y a lieu, enfin que ces cboses
,, s'accompliront par le seul fait d'un certain nombre de princes
'pliant, avec ou sans l'aveu des peuples, causer des affaires "^ de l'Euh)pe autour d'un tapis vert. Je ne trouve pas mauvais
■ qu'il y ait des gens disposés à attribuer d'avance de tels ^ets k une telle cause, el je n'entends en aucune façob ,lear contester 1« droit de proclamer bien haut que c'est la foi qui sauve. Mais, en revanche, qu'il soit permis à ceux qui n'ont pas la foi de donner leurs raisons. Avant de prétendrequc le refus de l'Angleterre d'assister au congrès est une marque de vile jalousie, un acte bassement égoïste, une insulte à la France, etc., etc., il y a une cbose i prouver : c'est que cette assertion : « la paix du monde sortirait d'un congrès » est im axiome aussi incontestable que celui-ci : < La ligne droite est le plus court cbemin d'un point ii un autre. » Tant qu'on n'aura pas prouvé cela, l'Angleterre sera fondée à demander en vertu de quel principe d'équité et de liberté «n exige que, sur une question essentiellement controversable, elle n'ait pas d'autre opinion que celle du gouvernement impérial.
Et qu'on n'objecte pas la forme du refus. Les dépêches du comte Russell sont d'un style ferme, mais qui n'a rien de
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176 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
brutal, rien de discourtois, rien de sec. Chaque point y est discuté avec un soin et une insistance qui témoi^ent d'un examen préalable de la question, très-sincère et très-atlenlif. Tout au plus pourrait-on dire qu'un y remarque l'absence de ces phrases alambiquées et sottement mielleuses dans lesquelles l'hypocrisie diplomatique a coutume de se draper. Mais, d'une part, l'emploi de ce style, digne sans arrogance et convenable sans fadeur, est caractéristique de la manière du comte Russell, qui n'a jamais écrit autrement^ et, d'autre part, s'il s'agissait ici d'une question de forme, est-ce (jue le gouvernement anglais ne serait pas autorisé à repousser la plainte par la plainte f
Certes, je suis très-loin, quant k moi, de trouver à redire au caractère lier et direct de l'appel adressé par Napoléon tll à l'opinion publique en Europe. Dieu me gardé de prolester contre cet hommage rendu au droit d'intervention intellectuelle des peuples. Le grand jour de la place publique vaut mieux que la uuît des chancelleries. Hais, justement, en ayant son franc parler, Napoléon III a donné un excellent exemple, que lord Russell a fort bien fait d'imiter. Ceux-ti devraient s'en applaudira» lieu de s'en irriter, qui ont l'âme assez haute pour voir dans le langage autre chose qu'un moyen donné par Dieu à l'homme de cacher sa pensée.
Vainement chercherait-on îi opposer à la conduite de l'Angleterre celle des autres gouvernements. Si l'Angleterre, en cette occasion, a parlé sans ambages, c'est simplement parce que sa dignité n'avait aucun indispensable sacrifice fi faire aux inspirations de sa prudence. Les acceptations dont se réjouit si fort la presse officielle ou officieuse en France ne sont-elles pas arrivées, en général, lout enveloppées de réserves, laissant deviner le si et le mais? Et n'est-il pas vrai à la-lettre que, comme le Times le remanjuait H y a
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l'asgletehrë injustement attaquée m
quelques jours, les puissances dont on n'a eu aucune peine à obienir t'adhésion, sont précisément celles auxquelles le congrès oiïriiît une cliance de gain? L'Italie tend les bras h Venise et appelle Rome. L'Espagne n'a pas renoncé Ji Gibraltar. La Suède regarde du côté de la Finlande. Le Danemark veut qu'on lui assure une bonne Tois la possession du Slesvig. La Suisse aspire k la neutralisation du territoire nui cnnfine à ses frontières. Le pape tient < à faire prévaloir le respect des droits, violés > [eu sa personne, bien entendu), et ,il promet son concours moral au congrès, avec Vintenlion de «revendiquer spécialement dans les pays catholiques la pç^ition prééminente qui appartient à la religiou catholique, la seule véritable. > Si bien que ce congrès, d'oîi la paix devait sortir, comme conséquence d'un concours empressé de sacrifices, se trouve être un jeu auquel nul ne prend part que dans l'espoir de gagner la partie. Est-il donc si extraordinaire qu'après un caime examen des résultats probables de celte mise en présence de tant d'intéréis opposés, de tant de prétentions inconciliables, le cabinet de Saint-James ait jugé le remède pire que le mal? On conviendra, en tout cas, que, si quelque chose était de nature à l'entrainer vers la politique de l' optimisme, ce n'était pas le dénoilment des négociations entamées avec la Russie dans la question polonaise !
Je viens de citer la réponse du pape : se figure-t-on la prolestante Angleterre se rendant à un congrès pour y entendre affirmer la prééminence de la religion catholique, < qui est la seule véritable .' > Le congrËs transformé en oncile œcuménique, et l'âpreté des disputes ifaéologiques se mélaat it l'ardeur des discussions soulevées par un remanie ment de la carte ! Il ne manquait plus que ce trait ! De tout ceci. Monsieur, que conclure, sinon que le déchat- T, rr. 1»
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nB LETTRES SUtl L ANCLETERBE {1863}
nement d'une partie de la presse française contre l'Angleterre, à l'occasion du congrès, esl absurde au point de ressembler à un accËs de folie 1
Certes, je ne préiends pas me coDslituer le défenseur quand même de l'Angleterre. Français, et bon Français, je suis moins disposé que personne à me faire illusion sur les défauts d'un peuple dont l'action a été plus d'une fois funeste à mon pays. Mais il a, ce peuple, des qualités sérieuses et fortes qu'il est injuste, de nier, qu'il est dangereux de niéconnaitre. El il a cela (le grand, de très-grand, qu'il représente dans le monde le principe de liberté.
C'est pourquoi j'estime que ceux-là, en France, doivent être rangés, ou parmi les ennemis de la liberté, ou parmi ses .amants aveugles, qui s'étudient à attiser contre l'Angieterre, en l'état actuel de l'Europe, le feu des rivalités nationales et des ressentiments militaires.
Qu'on reproche aux Anglais de pousser trop Uiïn le culte des intérêts, de regarder plus aux faits qu'aux principes, de voir trop souvent les choses* par leurs petits côtés, de trop ■s'aimer comme nation, soit. Mais qu'on y prenne garde', il n'est pas qu'un genre d'égoïsme. ta passion de primer par la guerre n'est pas moins égoïste que la passion de primer par le commerce, et elle est plus désastreuse. Voilà ce que sont tenus de dire bien haut k la France ceux de ses enfants qui, au profit qu'il peut y avoir à la flatter, préfèrent l'honneur et la ftère satisfaction de la servir.
Oui, s'appuyer sur la vnnité et les rancunes nationales pour exciter contre un peuple libre un peuple dont l'affaire principale est de le devenir, c'est, qu'on le sacbe ou non, compromettre la cause de la liberté.