‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 71 sur 97 · LES ELECTIONS DE PARIS ET IBS AXGJ.AIS · texte numérisé non relu

LES ELECTIONS DE PARIS ET IBS AXGJ.AIS

Lea élccttoBB de P«ri> et les AbbI'I"-

Le silence qui régnait eu France depuis tant d'années et l'apparente JnmiobiliLé du peuple le plus remuaDt de la terre avaient fait croire aux Anglais que la France avait j>erdu ses aspirations d'autrefois; que ses iosLincts d'oppositioD l'avaient abandonnée ; que son pouls politique, dont on ne sentait plus le battement, avait en effet cessé de battre; que pour elle il n'existait plus décidément d'autre passiai que celte des affaires. Ils jugeaient la lampe éteinte, parce qu'elle était longtemps resléo sous le boisseau; ils ne soupçonnaient pas le mouvement de l'eau sous la glace.

Disons tout : ce résultai ne les affligeait que médiocrement. Ce n'était pas sans une sorte de satisfaction mal di&sin)tilée qu'ils assistaient à un spectacle ijui, aus yeux du monde, semblait témoigner de la supériorité de la rac^ saxonne sur une race rivale, en ce qui concerne l'aptitude à être libre. Avec quelle orgueilleuse affectation de pitié iU disaient : ■ La France n'est pas faite pour la vie politique : elle est arrivée â le comprendre ! » Quel empressement ils mettaient h se réjouir de ce qu'on avait enfin découvert le secret de gouverner un peuple réputé ingouvernable! Seuls, les Anglais étaient une natioo majeure : aux Français, il fallait im maitre, parce qu'ils étaient des enfants, — - des eufanis plus vigoureux et plus fonuidabks que des liommes quelquefois, mais, en fin de compte, des enfants.

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IBO LETTRES SUR l'aNGLETëRIII!: [1863)

Oui, votlk de quelle façon la Fraace ici était appréciée par l'Angleterre. Et quand les Anglais qui étaient allés visiter Paris eu revenaient éoierveiliés de sa splendeur extérieure; quaud ils parlaient, en enflant la voix, de rues étroites et laides remplacées par de magnifiques boulevards, de mansardes remplacées par des palais, dus jardins somptueux éclos comme sous la baguette d'une fée; quand ils comparaient le Paris d'aujourd'hui à cette Rome des temps anciens qu'Auguste avait trouvée de brique et qu'il a^ait laissée de marbre, c'était pour en tirer la conclusion que la France ne désirait rien de plus. Volontiers ils l'auraleot comparée à un prisonnier qui a des chaînes d'or et qui,) cause de leur éclat, les aime. Le Daily Telegraph allait jusqu'à nous prendre à partie en ces termes : « Un squelette peut être vêtu de pourpre ; un mort est tout aussi mort dans un tombeau de marbre que dans un tombeau de pierre.» Londres n'a pas, ajoutaient nos censeurs, des boulevards étincelants, des monuments niniviens; elle n'a ni le Louvre achevé ni le bois de Boulogne métamorphosé; mais l'Angleterre est libre.

Et ce qui portait les Anglais à estimer qu'il n'y avait plus ■de vivant en France que la France des affaires et celle des plaisirs, c'était le développement extraordinaire des préoccupations industrielles, la passion croissante de l'agiotage, le progrès de la richesse, un déploiement de luxe de jour en jour plus extraordinaire, la rage des spectacles et des fêtes.

Comment peindre leur surprise, k la nouvelle du résului des élections de Paris? La résurrection de Lazare ne dut pas étonner davantage Ceux qui en furent témoios.

Maison nu veut jamais s'avouer qu'on s'est trompé. Aussi le Times afferle-t-il de s'étonner en sens inverse. Il ne

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