‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 75 sur 97 · UN REGARD JETE EN ARRIÈRE · texte numérisé non relu

UN REGARD JETE EN ARRIÈRE

dû se rappeler que, pour lès pauvres geus, la prière par excellence est celle-ci, hélas! « Donnez-nout Tiotre pain quotidien !■ >

En même temps que le décret protestant de la reine, paraissait le manifeste catholique du cardinal Wisemaun. Cette lettre pastorale exhalait je ne sais quel acre parfum de polémique, en dépit de ses périodes arrondies, de ses métaphores onctueuses, et contenait des passages où le cardinal appuyait, comme avec un fer chaud, sur les craaniés commises par les cipayes.

Tout ceci vous donne la couleur de ce qu'était la situa^on : . elle était ce qu'avaient dû naturellement la faire le deuil ofi tant de familles étaient plongées, les calamités que l'on con- -naissait, celles qu'on prévoyait ou qu'on redoutait, et, pardessus tout, la conviction que des fautes immenses étaient à l'origine de cet immense désastre. De là un mécontentement sourd qui ne perdit aucune occasion de s'épancher. Les attaques contre lord Canning se mulUpliërent; on allait disant : Lequel vaudrait mieux de son rappel ou de la prise de Nana- Saïb? Jugez ! Quant à la Compagnie des Indes, vous pensez bien qu'on ne l'épargna pas, quoique, en tonte conscteace, on dât s'en prendre beaucoup moins k la Cour des âireetews qu'au Bureau de contrôle, la responsabilité de la première de ces deux afttorités n'étant qu'un pâle reflet de celle de la seconde. Il est vrai qu'il venait de se passer un fait qui fournit au^t adversaires de la Conip,igoie des armes légitimes. Une assemblée des propriétaires avait été convoquée, et bien que, pour former une cour, la présence de vingt membres suffit, on n'avait pas eu le nombre requis. Celte marque extraordinaire d'indifférence, de ta part d'hommes spécialement intéressés dans une question qui faisait battre tant de cœurs, avait paru un scandale. D'autant que le résultat du

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ia4 LETTSES SUR l'aKCLETEBSE (]86S)

BKeting était vâ'ilablement mis^ble. Qnel adoucisseiaeM SHE douleurs de l'opinkHi que de lui Apprend «tmaie «foei les directeurs n'étaient encore « arrivés h aucune solulioo! • fit quel éclat jeté- sur la générosité de la Compagnie par t'assHrance pompeuse qae («rd Gaaning avait reçu d'elle rw\'itat)(in de ne laisser mourir de faim ou manquer d'asile Muua de ceux qui liû viendraient houielets amd naktd fnm tie vpper ftmnfry .' Ne taisons pas^ pour être justes, que la Gaaipa^ie, se donsaut ii elle-même chaque année une fête où s'engloutissaient des sommes considérables, «Ue avait bien Toulu prometlre qu'il n'y aurait pas de dioer cette année!

La critique avait donc à niordre, et elle n'eut garde d'; manquer. Une ckose vous donnera une idée de ce fonds de iBauvaise huBieiir qw se mariait à la tristesse pui^iqne. On reprocha amërement i la reine de visiter rÉe(«ssc; aa prince Albert, de se livrer à trop d'ardeur pour la chasse; au duc de Cambridge, d'avoir cédé à l'attrait des évolutions militaires de Cbâions; an ministre de la guerre, d'être en vacasces. C'est au point qu'un journal trë&^rave, écliu âdèle et sowre des lumeurs qui cuuraieiit dans le parti libéral, ne crjùgnit pas de rappeler, k ceilâ oocasiun..., quoi? Néron chantant k la lueur de Roue incendiée. Exagéralioos que kwt cela, sans doute ! Et le Giobe eut raison de faire observer que, si les ministres se donnaient un peu die bon tem[yi, c'était après avoir pourvu à loat, et que, dairs un pays coqstiluiionnel comme l'Angleterre, ta machine gouvernomenlale oedemaudait pas, pour aller, que la reine fàt coutioudlemenl à Londres. Toutefois, les susceptitiîlités partaient d'un sentiment respectable et naturel. Avoir l'air de rire devant une personne qui pleire ressemblera toujours il un manque de délicatesse, et, lorsqu'une grande nation est en' deuil, elle est certes bien en droit d'eûger de ceux qui ta gouver-

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UN RBGAHD JETE EN ARRIÉRE IBS

nent qu'ils reaoQc«Dt aux distractions d'usage et qu'iU ajouroeut la joie jusqu'après le péril.

Le péril passa. La rébellion fut domptée, et les An^ais afSnnèreat leur wipériorilé sur U peuple concpiis, non-seulement par un courage héroïque, mais par cet ensemble i& qualités fortes qui coBslitueui les races domisanies. Heureux s'ils u'avaient point vengé, par des barbaries indices d'un peuple civilisé, l'exécrable massacre de Cawnpere et le sai^ que les sauvages cipayes versèrent en traliison !

VoJd ce que le 7'tme« écrivait comuie conclusion d'un' article où, après avoir établi que le soulèvement des iDdous n'avait rien de national, il souDail l'hallali contre tes rebelles : c Qu'on sache bien que l'Angleterre soutiendra les officiers, dans l'cBuvre de la répres^ioD et du ehâtiiuent, qielque terribles que soient les mesures qu'ils jugeront à prop«s de pr^dre. >

Était-4l <lonc absolument Dé4:eseaire de prémunir les Anglais qui combattaient dâos l'Inde contre les iaspiratioas d'une humanité béte, * mmtidiin immanily? * Vous ^Lez en juger.

Dans une des dernières lettres esvoyées de l'Inde, o» lisait -.Sir Henry Lawrence it grimly b»uy hanging ihe nntiineerg, al Lucktum, « Sir Henry Lawience va rudement en besogne, à Lucltnow, dans la questioB de pendre tes rebelles. > Autre lettre : Sir Henry Latorence i$ hcmging the fellows, at Ltuknoie, at fcut at he eau, « Sir Henry Lawrence esl en train de pendre dos drôles, à Luck- DOW, au&si vite qu'il peut, s Oii écrivait de Pesliawur, à la date du 14 juin, — et remarquez qu'à Peshawur il y avait eu, non soulèveateot, mais siinple tentative de désertion : <i Le cioon a fait justice de garante rebelles, en présencede toute la force armée. Les trois calés i4'un carré avaient

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1911 LETTBBS SUR l'aNGLETERRE (1863)

été formés : oa a fait avancer dix pièces de canon. La sentencti ayant été lue, oa a lié uo prisonnier à la gueule de chaque canon. Puis le signal a été donné... QueUe scène! J'espère n'être plus appelé à en voir de semblable... Des troncs, des létes, des bras, des jambes, lancés çà et là dans toutes les directions. . . Ces hommes ont subi leur sort avec ' fermeté, à l'exception de deux qui n'ont pas voulu se laisser allaclier. Pour économiser le temps, on les a jetés par terre, et on leur a fait sauter la cervelle à bout portant. • La veille, on avait écrit de Ferozepore : « Ce matin, les rebelles ont été amenés (au nombre de vingt-quatre, je crois) sur le lieu de l'exécution... Un d'eux, qui avait eu le bras amputé par suite d'une blessure, était porté dans une civière. Le lieutenant Hoggan a lu aux troupes et au peuple rassemblés la sentence rendue par la cour martiale. Ensuite il a averti les rebelles que si quelques-uns d'entre eux avaient des déclarations à faire, il serait sursis à leur exécution . Douze, si je ne me trompe, ont accepté l'oiïre et ont été conduits der> rière l'ar^llerie. Des douze qui restaient, deux, parmi lesquels l'homme dont le bras avait été amputé, ont été livrés i la potence. L'un et l'autre on) monté k l'échelle d'un pas résolu, et sans donner la moindre marque de frayeur. Arrivés sur la plate-forme, ils ont ajusté le nœud coulant de leurs propres mains; on leur a bandé les yeux; on leur a lié les bras, et ils ont été lancés dans l'éternité... Les dU autres ont été menés au canon... Comme il y en avait qui criaient : t Ne sicritiez pas l'innocent pour le coupable ! > denx d'entre eux leur ont dit : < Allons! pas de pleurnicheries! Honi^z en hommes et non pas en lâches. Vous défendiez votre religion, qii'avez-vous à implorer la vie? Nos maîtres! Ce ne sont pas nos maîtres, ce sont des chiens. » On les a attachés à la bouche des canons, qu'on avait chai^ avec

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des cartouches sans balle. Ready ! < Tire 1 » Et le drame a été joué. 11 y avait quelque chose d'opprimant (overpoicering) daas cette scène de caruage et dans la puanteur qui s'en exhalait. Je me suis senti tout bouleversé. Les nombreux indigènes présents étaient dans l'épouvante; ils tremblaient comme des feuilles de peuplier, et leurs visages présentaient des teintes étranges... La leçon, je l'espère, ne sera pas perdue pour eux. On n'avait pas pris la précaution d'écarter du voisinage des pièces ceux qui avaient ii en faire le service. Il ed est résulté qu'ils ont été couverts de sang, et que l'un d'eux a été frappé d'une manière terrible par un bras séparé du tronc. >

Vous vous rappelez ce qui arriva dans la ville de Lyon pendant la Révolution française? Au moment où un immense incendie était allumé en Vendée, où le mouvement de la coalition enveloppait notre pays, où la France semblait à l'agonie, une partie de la population lyonnaise s'était insurgée, avait Jeté en défi a l'Assemblée souveraine cette tête de Chalier que le bourreau n'abattit qu'après l'avoir mutilée trois fois, et metlauL en défense la ville dont elle s'était rendue maîtresse, avait soutenu contre les représenlants du peuple un siège long et'meurtrier. C'était pire qu'une tentative de désertion, ou même qu'un soulèvement dirigé contre une . dominaiion étrangère. Et cependant combien Ji'a pas été perçante la protestation qui , sortie des profondeurs de la conscience liumaiue, s'est élevée contre les mitraillades de Collot-d'Herbois et de Fouché!

Dieu me préserve de vouloir, en aucune fai;on, voiler ou atténuer ce qu'on raconte des horreurs qui lurent comitaises par les sicaires de Nana-Saïb I Tout mon coeur en est saisi. Uais est-il juste d'oublier que si, de la part des insurgés indous, il y eut des actes de convoitise et de barbarie

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198 LETTIIES SUB L'ANGLETERnï: (l883)

abst^ument horribles, il y ea eut aussi quelques-uns de proteclion touehaiile et d'humanité? e Ne sacrifiez pas les innocents pour les coupables ! » Voilh le cri qu'il était de l'honneur de l'Angleterre de recueillir avec un soin reli^eus, et l'y inviter, au' nom de la civilisation, au nom de l'Europe, au nom du Christ, valait certes luieun qbe de la pousser dans les voies sanglantes de la justice sommaire et des eiécutions -en masse! N'était-ce donc fias assez de ces lambeaux humains vomis par lu bouche des canons, et de ces aspersions de sang, et de l'effroi de ces spectateurs indigènes, iremi^ant comitM des feuilles de peuplier, — et de l'effet produit sur l'auteur du récit lui-même, qui, tout en exprimant l'espoir que la leçon ne serait pas perdue, ne peut s'empêcher de dire : ■ Iwai myself lerribly convulged? > Ah! où )a liaine a une fois mis la main, les colères de la victoire n'ont nul besoin qu'on les aiguillonne.

Il est juste d'ajouter qcie, parmi les Anglais, il yen eut beaucoup, et des plus distingués, sur qui les brutales exhwtations que je signale firent la plus fAcheuse impression, et c'est avec un vrai plaisir que je citerai, en terminant, te passage suivant d'une adresse électorale de M. Bright : « Il est de l'intérél de l'Inde que l'ordre y soit rétabli. Mais, ce lésultat obtenu, notre pays serait singulièrement coupable de négliger désormais le bien-être de tant de millions d'hommes. J'espère que les actes du gouvernement ne se ressentiront pas de cet esprit vindicatif et sanguinaire que respirent certaines lettres publiées par tes journaux. J'espère que lorsque la crise sera passée, tout ce qu'il y a en Angleterre de science politique sera employé h tirer d'un ^ grand mal le plus de bien possible. ■ Nobles paroles, dignes d'une âme élevée et d'un vériuble hopme d'Ëiatt

QOCSTHW DD MEXIQUE

J'aurai biest&l à vous faire savoir ee que les ABglais pesseBt de la réuoion des princes allemande : Vo]HinoD pubÛqw ae me parait pas encore bies fiiée h cet égard. Onand eUe aiira pnrlé d'nne façon bien daire, je tms eoQHUmiqiierai mes impressmn. Haù- ce que je me crois, dès ï présent, fondé à vous dire, c'est qve te jugment qu'on a pcvté ici sar la p(^li^ne do gouTemeraeat français iaia tes affaires du MexîqBe n'est guère Balteir.

Et d'abord, sur le caractère moral de l'eipét^ion, il n'y a eH et il ne pouTait j avotr qu'use vm.

Quand l'Angleleire et l'Espace s'mireni k la Fraote contre Juarez, de quoi s'agi8sait-4i? De dettes à faire payer, d'engagements \ faire remplir, rien de plus. PaTSti les étrangers résitlaot au Mexique, il j avait des Anglais, des Espagnols, des Français. Plusieurs d'entre eux se prétendaient créanciers du gouvernemenC mexicain, et se plaignaient amèrement de ne pouroir rien obtenir; !i queltfues- «ns, il était dd des indemnités, potv pertes subies OB spt^iatÏMis soaffertes pendant (es troubles fui avaiest désolé le pays. Forcer le gwrverDeneot répi^lkain k faire drnit aux réclamaliona qui seraient reconnues jiBles, tel était le but originaire de l'expédition entreprise eu commun.

Contre cette expédition, même ainsi définie et limitée,

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que de choses k dire, si je voulais toul dire ■ L'histoire de la créance Jecker, racontée un jour par H. Jules Kavre , du haut de la tribune française, et cela d'une manière si terrible, se trouve racontée d'une manière bien plus terrible encore dans les dépêches de sir Charles Wyke à lord Rnssell; et quel triste jour elle jette, grand Uieul sur l'origioe et la légitimité de certaines réclamations !

A quels faits, d'ailleurs, se rapportaient les plaintes? I) y avait eu des assassinats , il y avait- eu des vota. Par qui avaieiit-ils été commis? Etait-ce par le gouvernement de Juarez, auquel réparation était demandéd? Non. Les coupables, c'étaient les héros sanglants du parti réactionnaire, c'étaient tes saints du parti prêtre. Le parti comptable, aux yeux de l'Europe et de l'histoire, du vol de la légation britannique , de l'affreux massacre de Tabacuya , du meurtre du D' Duval, des violences inouïes dont eurent tant k souffrir MM, Pitman, Davis, Whitehead, Joots, George Selley et tant d'autres, le voilà ! Sur ce point, nul doute possible. Les exploits de ce parti sont écrits en lettres de feu dans le Blue-Book publié par le gouvernement anglais lui-même, sous le titre de < Corretpondence respeeting ike affaira of Mexico^ > — modenies tables d'airain sur lesquelles U généraiioD présente ne jette que trop souvent un regard distrait, mais qui fournira des eontidéranti redoutables aux arrêts de la postérité (1).

Oui, et c'est ce qu'il importe de ne pas perdre de vue, les maux dont la réparation était exigée du gouvernement de Juarez étaient précisément l'ouvrage du régime qu'il avait renversé, aux acclamations du Mexique; ils étaient l'ouvrage du parti que, précisément, il combattait.

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