UUESTION DU MEXIQUE SOI
N'importe : dépositaire du pouvoir, les cous^ences de ceux qui l'y avaient précédé pesaient sur lui : il ne le nia jamais. Seulement, comme la plaie creusée au sein du Mexique par tant d'années d'anarchie saignait encore; comme la guerre civile avait épuisé les ressources de ce magnifique et malheureux pays-, comme le Trésor, au vu et au su de tous, était presque vide, il demandait du temps ; il suppliait les intéressés, dans leur intérêt même, de oe pas le prendre à la gorge; il tremblait de sacrifier au désir de satisfaire immédiatement leurs réclamations le moyen de nourrir les troupes chargées d'éteindre l'anarchie dans son dernier foyer et de désarmer la bande de celui que M. Matbew, chargé d'affaires de la Grande-Bretagne au commencement de 1861, appelait, dans une de ses dépêches a lord Russell, • l'infâme Marquez > (1); en d'autres termes, il disait k ceux qui le pressaient d'exigences implacables : « Bien que la dette étrangère qui pèse sur le Mexique lui ait été imposée, non par moi, mais au contraire, par mes ennemis, je la reconnais, j'entends la payer, je la payerai; mais, au nom du ciel, ne m'en enlevez pas les moyens. Vous voulez que je réprime l'anarchie , qui menace et vos propriétés et vos têtes, qui vous ruine et vous alarme : comment y parviendrai-je si, quand ma détresse est extrême, incontestable, incontestée, j'emploie, sur l'heure, au payement de la dette étrangère les fonds, très-insuflisants, dont je dispose, au Heu de les employer d'abord à rétablir l'ordre, il pacifier la contrée, k relever les finances? Lorsque, par suite de malheurs indépendants de sa conduite, un négociant se voit forcé de suspendre ses payements , qu'arrivet-il , si ses créaaciers croient k sa bonne foi et à son intellî-
'1) Corretpanâenct rt^neling Hm a/fairt of Utxicv, p. 1-i. Paît- 1.
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302 LETTRES SUR L'A^GLETERItE (iBCs)
gonce ? I) arrive que, souvent, loin d'achever sa raine en se montrant inexorables, ils lui tondent h niahi, l'aident i remonter sur l'eau, et te mettent de la sorte en état de les payer. Me reprocher mon impuissance k maintenir l'ordre et rendre cette impuissance fatale, ahf c'est trop de moiiié. B
Ce langage, je ne l'invente pas ; c'est «%lui que tenait, n mois de juillet 1861, Senor Manuel de Zamacona, alors ministre des affaires étrangères du Mexique, dans une dépêi'he adressée à sir Charles Wjke, envoyé de la Crande- Brelagoe (1). J'ai cette dépêche sans les yenx. Rien de plus concluant, et j'cnjonterais volontiers de plus tonchanl. An fond, et l'étiquette diplomatique à part, c'est Antonio dans la poitrine duquel Shylock vent conper la livre de chaîr convenue.
Je le répète donc : même ramenée à son but primitif, l'expédition iu Mexique, telle que l'entreprirent les trois puissances, ne fournirait que trop malîÈre h la critique. Mais laissons cela. tJnè chose est sftre, en tout cas : c'est qne l'accord de l'Angleterre, de l'Espagne et de la France n'avait d'autre objet qne celui-ci : forcer le gouvernement de Juarez à satisfaire les réclamations et les griefs des résidents étrangers. Quoi de plus explicite, de plus formel, que l'ar^ ticic â de la fameuse convention dn 31 octobre : c Les hautes parties contractantes s'engagent à ne rechercher pour elti's-mémes, dans l'emploi des mesures coercitives prévues par la présente convention, aucune acquiation de territoire ni aucun avantage parficulicr, et à n'exercer dans les affaires iTttérieures du Mexique aucune influence <U nature à perler atieinte aa droit de la nation mexiemne d«
(I) Comipoitdnee reiptethtg tha afairsof M9xioo,f. St. Pni.\.
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UUBSTION na HEXIOUE SOS
thoisir et de eonslituer tibremmt la forme de ion gouvernement » (i) ?
Lt 42 octobre 1864, le comle Riissell écrivail au comte Cnwley : « J'ai h no^lier à Votre ExwUence que ie gouvernement de Sa Majesié considère l'engagement de ne pas intervenir par la force dans les afiaires intérieures du Mexique comme faisant partie essentielle delà convention* (2).
El ce qu'il y a de plus curieux, c'est que, dans une dépiîclie anlérieure de lord Cowley à lord Russelt, on lit : « M. Thouvenel a dit qu'il adhérait entièrement aux principes posés par Votre Seigneurie comme étant ceux qui devaient guider l'action des pouvoirs alliés. M. Thouvenel a répudié, ainsi qu'il Vavail fait précédemment, tout désir d'imposer une forme particulière de gouvernement au Mexique » (3).
Que dire encore? Le 5 février 1862, h propos du projet qui su réalise aujourd'hui et qui était mis en avant, dès cette époque, lord Russefl écrivait .'i lord Blooinfield : « En ce qui louche l'offre de la couronne du Mexique à l'archidue Maximilien d'Autriche , vous aurez à informer le comte Rechbcrg que l'intention de Sa Majesté est do s'en tenir sirielenient aux termes de la convonlion du 31 octobre, conclue entre la Grande-Bretagne, la France et l'Espagne, relativement a une inter\-ention au Mexique « (4).
Tout cela est-il assez clair?
Les suites, an les connaît... Mais cette lettre étant déjà très-longue, force m'est de faire halte ici, sauf à me remettre plus tard en roule, à la suite de l'expéditioo. C'est
(I) Corrapoiideni^ retpeetmg iheaffain ofSitxico, p. 13S. Part. I.
{A) Ibid.
(i) CorrBtpondtnct reipeclkig the affairt of Mexico, p. 3. Part. U.
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204 LËTTHtiS SCH l'aNGLETEIUIE (1863)
le momeot, ou jamais, d'en juger la marche et les effets, en liant Celte appréciatioo au sentiment que ses résultais coànns ont éveillé en Angleterre. Pour aujourd'hui, je me bornerai i citer le passage suivant d'un article publié, leâ7 mai 1862, par le Times, le plus accrédité de tous les organes de i'opiuioD publique en ce pays : < Nous savons maintenant l'origine de toute l'affaire. La monarchie, avec l'archiduc autrichien pour roi, était l'idée de certains réfugiés mexicains, membres du parti réactionnaire ou ecclésiastique au Mexique, et partisans de Marquez et autres ruffians, dont les méfaits ont été parmi les principales causes de notre intervention. Si Ferdinand-Maximilien va au Mexiigue, il trouvera ses amis les plus actifs parmi les hommes qui ont fusillé, torturé, volé, jusqu'à ce que l'Europe ait perdu patience > (1).
Ub ■aBlfmt«.
Je me hâte de vous envoyer copie d'un document fort important, qui m' arrive par voie diplomatique, Et dont il n'est encore fait menliou que dans un seul journal anglais, lequel n'est pas le TitntSy comme vous pourriez le croire. C'est une très-énergique, très-mile protestation du général Do-
(1) Tuir le Timn du tl nui ises.
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UN MAMFËSTB 20G
blado contre l'invasion du Mexique. Vous savez que ce fut le général Manuel Doblado qui conclut avec le général Prim la fomeuse convention de la Soledad. Le générai Doblado — je tiens ceci, du général Prtm lui-même — est un homme de beaucoup de m^te, d'un caractère fort respectable, très au courant des choses de son pays et des choses du ndlre^ Sa protestation a fait sensation au Mexique. Elle mérite d'autaut plus d'être connue que, sur la foi de la presse officielle française, beaucoup de gens étaient convaincus que Doblado allait se rallier ou même s'était rallié.
Je n'ai pas le temps de vous en dire aujourd'hui davantage. J'aurai occasion de revenir sur ce fait significatif.
Voici la [Hèce en question :
Manifeste du général Doblado.
<t Manuel Doblado, gouverneur de l'Étal de Guanajualo, à ses habitants :
<r Concitoyens, l'honorable congrès del'Ëtat.en terminant ses travaux législatifs, m'a délégué l'exercice de son pouvoir en augmentant les facultés extraordinaires dont on m'avait préalablement investi.
■ Ce nouveau témoignage de confiance m'impose le devoir de vous adresser la parole afin que vous sachiez l'usage que je me propose de faire de l'autorité dont on vient de me faire le dépositaire.
Les faits qui viennent de se passer dernièrement dans la ville de Mexico ont placé la question étrangère sous son véritable point de vue, en la présentant avec une précision et une exactitude telles, que toute méprise devient impossible.
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zoo LETTRES SUR l'aNGLETEARE (iSSs)
Il s'agit de convertir la république mexicaiue en une coI<mie française...
« La question militaire a coinmeiicé le jour où le fajs a levé r^ndard de l'iosurreclioD. La solution de celte qiie^ . tion est encore daus les secrets de la Providence. Nous es* pérons qu'elle accordera à diacun ce (jui lui est dû.
• La quo&tion poliLique, c'est la question àe droit, et sur ce terrain le Mexique est tout-puissant. La nationalité est la vie des peuples. Nous, Mexicains, avons reçu eta hénlage rindépend^nce de nos uncétres. Ceux-ci la conquireol i foi-ce de courage et de sacrifices, non par l'intrigue, ni en ayant recours à-l'or corrupteur. Notre droit est évideal,~iD- contestable, imprescripiible. C'est le droit que possèdent l'Angleterre, l'Espagne et la France sur leurs nationalilés respectives, el le nieltre en doule c'est renveiîer le droit des gens, c'est metire en doule l'existence des nations comme États indépendants, c'est attnqtier dans sa base le droit na* turel, c'est introduire lecliaos dans le droit public.
0 La force n'est pas le droit. Il faut répéter ce. principe mille fois, quelque rebattu qu'il soil. La force a déchiré la Pc^^e, il y a bien des années; mais le droit des Polonais est demeuré vivant, et brille toutes les fois qu'apparaît le feu sacré de l'insiiiTectioa.
1 L'empereur Napoléon III a eu la force pour eavabir le ftlexique; mais il n'a pas le droit de le convertir en colonie française. On cherche à faire naître le droit en tirant un argument du mauvais état de La république et de ses révolutions continuelles. Il est vrai que nous avons commis bien des erreurs, et que tous les partis, en essayant leurs théories administratives, ont échoué, engloutis daus le gouffre révolutionnaire. Hais nous, Mexicains, seuls avons le droit de nous platBdredeccsiitauK: nousseuk, rien que nous >euU,3i\cas
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