‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sér (volume 2)Chapitre 79 sur 97 · C.V COMBAT DE BOXEURS 2M · texte numérisé non relu

C.V COMBAT DE BOXEURS 2M

l'aimant attire le fer, un nomlire fort respectable, ma foi, de fiacripaots, de coupeurs àe bourse; de gens de sac et de corde', aocourus du .fond de toutes lestavernes mal famées, de tous les antres de la prostitution : l'écume de l'écume, k lie de la lie.

Ils avaient compté sans leur hôte, ces braves gens. D'abord, impossible pmireux d'être de la fête, le prix des billets ayant été élevé k trois guinées; ensuite, la police était sur \ts lieax; et eotio, la prévoyance des Jégislaieurs du « Ring n avait été poussée au point de mettre k la disposition de chaque excursionniste comme il faut des nourrices (nvrseï). Des nourrices! cette tendre expression me va au cœur, quand je réfléchis que lesdites nourrices étaient de gros hercules à la tôte carrée, aux pommettes saillantes, aux larges épaules, aux yeux caves, et brandissant d'iînormes gourdins.

CJuKut au\ policeme» de service, ils étaient là, bien entendu, ponr protéger tout excursionniste mimi d'une montre et d'une bourse. A mesure qu'une voiture arrivait, un gardien de l'ordre courait à la portière, et donnait à celui qu'elle amenait le sage conseil, -non de renoncer a un spectacle défendu par la loi, mais de prendre garde à ses pocbes. Il est bien heureux qu'ici, en fait dé vols avec effraction, l'opinion ne soit pas en désaccord avec la loi. Sans cela, j'ima^ne qu'un voleur rencontrant un policeman dans l'ombre lui dirait : • Mon ami, je voudrais enfoncer celle porte; mais il feit nttitr. préle-moi la lanterne. »

Toujours est-il que, grâce à l'intcrventifin lutélaire des autorités, les choses se sont beaucoup mieux ^lassées qu'à l'ordinaire. Il est bien vrai qu'un homme de police a eu la tête fendue d'un coup de bâton, et que plusieurs de ses cqjnarades ont failli être victimes du désap|>oinlement, changé

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■i2l I.ETTIJF.S SUU l'aKGLETKRHE (1883)

en fureur, de certains bandits, pénétrés comme ils devaient l'élre de ce qu'ils perdaient en perdant le bénéfice de l'enseignement moral qid résulte d'un combat de boxeurs: Maïs c'est une bagatelle que cela en comparaison de ce qui s'est toujours vu en ces sortes d'occurrences. Le progrès est manifeste.

C'est à Wadhurst que John Carmel Heenan et Tom King ont déplové la vigueur de leurs muscles devant une assemblée haletante d'émotion. Les paris étaient en faveur de l'alhlèle américain, devenu, par je ne sais quel chevaleresque oubli de tous les principes du patriotisme, le favori des parieurs aristocrates anglais. La lutte, qui a duré plus d'une demi-heure, a été terrible. Tantôt c'était Heenan, de la race d'Antée, (|ui, serrant de près Tom King, le saisissant, l'enlaçant dans une irrésistible étreinte, le lançait contre terre a lui broyer les os; tantôt c'était Tom Ring qui, soutenu sur les genoux de ses assistants, lavé, épongé, rafraîchi, réconforté, remis debout, donnait h .son bras de fer ta force impulsive d'un boulet de canon, et, frappant son antagoniste aux yeux, aux tempes, à la mk,hoire, le couvrait de sang, le défigurait, le rendait hideux à contempler. Plusieurs fois on a vu Tom King, moins vigoureux que son gigantesque adversaire, quoique un géant lui-même, chameler comme un homme ivre et mesurer la terre comme un bœuf assommé. Va moment on n pu croire qu'il ne se relèverait pas h temps, et c'est ce qui serait probablement arrivé si son-assislairt, pour le rappeler k lui, tu lui eût rongé te* cartilage de l'oreille.

Ce qui est sAr, c'est que le combat qui, pendant les Aîx premiers assauts, semblait devoir être fatal Ji Tom King, a tourné h son avantage pendant les sept derniers. Plus lutteur que boxeur, Heenati a fini par succomber. S'il avait été

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tHé tout h fait, KJDg aurait été mis en prison pour ta vie; mais comme il n'est apparemment qu'à moitié tué, King . aura pignon sur nie, ou à peu près. Voilà la logique de la chose !

Vous jugez lîc l'effet produit sur les spectateurs par les actes variés de ce drame sanglant. Toutes les fuis qu'un des ' deux adversaires recevait un coup qui pouvait être mortel, ce u'étail autour d'eux que huriements de sauvages.

£t dire qu'il y a des gens, ici, qui attachent un caractère moralisant à de pareils spectacles ! Suivant eux, cela enseigne le i)oayoîr de souffrir, cela donne l'exemple du courage. Ainsi, la constance d'une âme haute est ravalée jusqu'à ce point, qu'on la confond avec une brutalité bestiale; et c'est dans la sentine des cabarets qu'on nous invite à recruter des professeurs de courage ! Qu'est-ce, d'ailleurs, que le courage séparé de la légitimilé, de la noblesse de son but? Entendu de la sorte, c'est une vertu de béte fauve. A ceux qui ont le cœur de tuer un homme, un camarade, un ami peut-être, sans autre motif que de gagner de quoi acheter une taverne, je serais, quant k moi, fort tenté de dire, en me servant d'une expression de H. Sardou dans les Pattes de Mouche : t J'ai connu des tigres qui vous valaient bien. > Le mépris de la vie humaine, le culte imbécile de la force mal employée, voilà ce que les combats de boxeurs enseignent ; et il est bien difficile à un étranger, même quand il a vécu longtemps en Angleterre, de comprendre que noDseiilement on les tolère, au mépris de la loi, dans un pays où le respect à la loi est en général si profond, mais qu'on les considère comme un amusement nalîonal , chez un peuple essentiellement humain, et qui protège avec tant de sollicitude la vie des animaux. Ce sont là des contradictious navrantes pour quiconque, sans être Anglais, aime dans I'Ad-

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