UNE QUERELLE ESTBE M. COBDEX KT LE THES
U presse anglaise, et c'est M. Gabden qui se trouve avoir allumé l'iDceficlie.
Si entre lui et le Titaet il n'était question que d'une querelle ordinaire, la mentionner suffirait; mais elle louche, la querelle que je vous signale, h un point qui mérite d'être éclaird pour rhonoeur du journalisme et dans l'intérêt du public, inséparables l'un et l'autre du respect de la justice et des droits, bien compris, de la liberté.
Les faits, d'abord :
il y a quelque temps, M. Cobden et M. Bright prononcèrent à Rûchdale des discours à l'occasion desquels ils furent accusés par le Timet de pousser au partage des propriétés des riches entre les pauvres. L'accusation était meurtrière. Cependant elle ne fut point relevée. H. Cobden a expliqué, depuis, que ni lui ni son ami H. Bright ne font au Timeg l'honneur de le lire habituellement. Le Times conclut ou fit semblant de conclure de leur silence qu'ils acceptaient l'anathème, et, à quelques jours de M, U revint à la charge contre M. Bright, lui imputant d'avoir pour doctrine le partage des terres. Et cela fut dit négligemment, incidemment, comme s'il se filt agi d'un fait bien établi, incontesté, connu de tous.
L'article étant tombé par hasard sous les yeux de H. Cobden, celui-ci ne se posséda plus. Ami de H. Bright, compagnon de ses travaux, confident de ses pensées, il savait mieux que personne combien l'assertion était fausse, et il comprenait a mervedle tout ce qu'elle contenait de veain. Inspiré par l'amitié, mais aveuglé par la colère, il écrivit au Timei une lettre violente, dans laquelle, non content de protester avec indignatiou coptre ce qu'il appelait nue abominable calomnie, il reprochait à l'éditeur du Timti de porter un masque, et de ne le porter que ponr te public, de ma-
S34 LSTTBBS SB» [.'uKUfmitl (iSS^
aière à ncueltû le froà d» l'aaon^neT boik iîmi padre comme individu de ce que potivaleot lui Eafftrtor tescaa^ pUifUMee.. Le not ean'apliw était prMOwé, el il était donné cUireBint k eirinàre que «'était le énov de cou qn coaunnaiHt Is éeenèrre dea nujiaes deHeOte h fait les nm initié».
Lepreaiw mwemcBtdel^éiitciir du 7MHK,efirH««Mt une lettre de M. Cobdea, M d'en pmnettce, M il « pronét effectivement l'iosertion pour le lendemain., soit ^il lef edt ^û&lse, soit^'il ft'eAlTvtota ifatKffd auena ÎMoaTéMent à la publiei. Mnsy 1« iaaàemaim>, ià se taviaa, el ii écrink k M. tfobdeiLr daie mm l«tfee jurtiMiliËfe-, eu il partait i h tràsèttut penMDfi, «t fida'étKt jiuiit ai^aée, iea natirs de sm lefos. AL. CobdfeD cst«^ meân^ au autres joanouc la réposGe dt» le Jirniei- i^fisoit l'ineartioa, saos bàre Dienlionde la lettre paeticuliËEc qu'd aTait refue, et case boroastàcanstateiie lefusda ritww. Mite Jfornmjr Pod, ai le Mcrning AÀnixiiier, h le An^ Teit^r^à, ■• ju- ^reit il pn^s de iiaier à Sf. Cobdiia, s'attaquaat au Time», L*bas[Ât3lité de lears (sloaaeE. Le itet'ly ^m» cwnprit aulrewtnl Ma deroir. tiRwt au MvrmK^ -Slv, qui est eu quelque sorte le Moniteur de l'école de Manckeiter, laisse alkiicde Mi.
11 est iBien rare, es Angleterre, ^oo nette les ricun de ton cfilé, quart on perd s«i Mog-lnid. C'est ce qui était arrivé ^ H. Cebdeo. Sa lettre ftM mtnnée trop peraondte, passionnée à l'excès, isjariease. Pourquoi, d'ailkiirE, yfeeait-il pacË pow H. Baight! Si le Timeë anait préseslisaiis UB fan» pm» les idées de H. Iri^ht, ealonvié ses docttiaei, à qui aftpartouit le droit de ptoteslet, m»» à H. Bri^t luLHitee? £t certes il n'était jKalKsoiu qu'us hi«iae fu «'avait pH à beauoMi» pfès sa vigaeur et ses mMeWt c<N»-
n,gti7cdT:G00glc
l-^E QUERELLE ENTHK M. COIMN ET LE TIHRS aK
battit soD Gonial, k tut, Dionwte de b tuite par MceUenee, l'incomparable jouteur. Et pnis, je ne sois paflbieii sArqu'ea cfaevekant i avilir le Times, M. eol)<l«iii l'ât pas froissé ^K bfaueoof) d'AKgUia qu^qne c))Ose qitr nssen'ote fort 3 Bii seBtiweiit natïMial. Je CsiBais des ^ns ici qui, dam riitiniltatîM du Timn, ne seraient pas éloi^ég de vnr rhnmilialiua de l'Angleterre. Ceh tous paraîtra pent-étre slngn&r; nkais cela est.
Il j av.-Ht donc toutes sortes de laisooe paor (pK k sortR de H. Cobden fftt mal McrHeillit du publie, quelt{ue fmdé, d'aillems, qu'A pût être ii repouasef Bue imputation aussi préfoAeiable qu'injttflte.
De Sun eélé, la presse ai^laise avait on intérêt manileifte » se ranger, en cette «tcasion, sons I» bannière dn Timê». ne. Cobden anait ea la généreuse maladresse de mettre en ({uestion la moralité des attaques anonymes : en fa)laTt>4l davantage? Bien différente ea eela de la presse française, ta presse anglaise œ crsirait perdiK, le joir où le béftélîee de ï'aaenyme lui serait enlevé. La loi des ^gnatnres tni fnt horreur. Coinballre sans visière? ianais! nttant vandrait combattre sans épée. Voilà sa théorie, et il n'est pas de rédactew en ebef ici de qui l'on soit autorisé !i dire ;
Il aurait itionli ers écrit sur son chapeau :
t C'est moi qui suis Gailfot, berger de ce trtnipeaa.
Ainô, en deaundant aa Timês de baisser la visière, H. Cftbden ae pouvait guèce mao^ner de donner à son ad^ versaire de» alliés ardents. De bit, le Moming FMt, h Jf«rn*tty AdeerUitr, le Globe, i'Eeomêtnùt, la Satmrémy tlmiitw, etc., tto., se sont proMncés contre M- CoMes»
n,gti7cdT:G00glc
380 LETTRES SUR L'A!iGUTERRE (iSGS)
dans celte affaire, avec ud ensemble qui témoigne assez de la puissance de l'esprit de corps.
0)i! s'ils s'élaient bornés à !e bUnier de l'emportemeDl de son langage, rien de mieux*, maïs ils sont allés plus loin, et l'on ,1 vu se produire, à cette occasion, je ne sais quelles monsinieuses théories sur le monopole de la publicité par les journaux; sur l'irresponsabilité personnelle de leurs rédacleiirs, sur le droit d'étou&er la voix de la défense après avoir sonné te clairon de l'atuque, sur la légitimité du système qui consiste à transformer en un fait bien établi le résultat des déductions les plus arbitraires, et en6n, sur le prétendu danger de faire passer l'importance sociale de la presse, des mains des propriétaires de journaux aux mains des rédacteurs de journaux, en attachant te succès d'une feuille à la popularité des noms qui brillent au bas des articles.
Une circonstance vous aara frappé, je suppose, dans le récit qui précède. II vous aura paru sans doute étrange que le Times se soit cru te droit et ait eu légalement le droit de refuser l'insertion d'une réponse provoquée par ses accusations, réponse violente, il est vrai, mais en. réalité moins venimeuse, peut-être, que l'attaque. Et ce qui vous aura paru plus étrange encore, c'est qu'un homme tel que M. Cobden, après tant d'éclatants services rendius à son pays et dans le cours d'une aussi illustre carrière, n'ait pas pu obtenir de plus de deux journaux le pouvoir de faire le public juge entre le Timesel lui. Mais ce que vous ne comprendrez pas, j'en suis sûr, c'est que le Daily Netos ait été vivement pris à partie par quelques-uns de ses confrères, pour avoir loyalement, impartialement, mis devant ses lecteurs les diverses pièces du procès, sans rien exagérer, sans rien aiténuer, sans rien cacher, et en abandonnant le soin de pro-
n,gti7cdT:G00glc
UNE flUERELLE ENTRE ». COBUEN ET, LE TIHES 287
noncer la sentence au tribunal duquel les jouroaux relèvent aussi bien que le pouvoir, c'est-à-dire à tout le monde
Pour ce qui me concerne, je n'hésite pas à dire que le Daity Neu» (je mets à part le Moming Star^ journal de HU. Gobdeu et Bright) est, de tous les orgaoes de la presse anglaise, le seul qui ait compris où s'arrêtent les droits du jouroalisme et jusqu'où s'étendent ses devoirs. Disposer de la publicité, et la confisquer k son propre profil, c'est convertir en un instrument de tyrannie ce qui ne vaut que comme instrument de liberté. Monopoliser la presse? Hais quel genre de monopole imaginer, je le demande, qui soit plus dangereux, plus inique, plus étouffant? Un journaliste est un fonctionnaire public, La publicité n'est pas sa chose ; il en doit compte à tous, plus particulièrement k ceux contre qt(i il lui arrive de s'en servir. 11 ne saurait en user et en abuser sans manquer de respect au peuple et se manquer de respect à soi-même. S'il y eut jamais loi jusle, loi morale, loi vraiment protectrice de la liberté, c'est eelle qui, en France, impose k tout journal qui attaque un individu Vobligalion de publier sa réponse. L'absence d'une loi semblable est, en Angleterre, un mal dont ceux-là seuls peuvent souder la profondeur qui ont senti sur leur têle le lourd poids de la calomnie sans qu'il leur fût possible de le secouer.
Mesurez donc, si vous en avez la foree^ l'étendue IjTannique d'un pouvoir en vertu duquel un écrivain innommé, irresponsable, votre ennemi personnel peut-être, pourra persuader ceci à la terre entière, du haut d'une tribune élevée et sonore : un tel est digne de haine et de mépris! On frémit quand on songe à l'abus possible d'une pareille puissance. Ne parlez pas, après cela, de liberté individuelle. Ha homme que la loi ne protège pas contre cet abus en lui
n,gti7cdT:G0Dglc
2M LETTfUEfi SUR L'aSCLSTEIIE (IS«^
ouKraol les cutcAues Àa J0iu»al mése au il «t iiUa^,M homme, dès^u'un jouTBal de l'inpoitoBoc 4a Tima vtAk Uer Aunalemem, est noraleineat macL Bim eu vau oblieDdnul-il ailleurs la pi^ciM qui M lai est r^fusàft. EfiNie que chaque organe 4e f OftitiioA n'a pas «m pahlic «{iii n'eS pas fiâkii des auu^ feuHiesî C'«st dani l'«B|>6t 4e Vian qu'oB me dénigre, et c'est Paul qui m'entâBdea i Ht voiliK-il pas use belle cessaurce et un« belle confiolatioii ! U cilonuiie qui u'accahle aur.a été tir.ée à soiukBie «aille a/mplaires, etia vérité, que j'iaini]ue, 1b setaà«iiw|âKiiKet>tt! Me voilà bi«i avaiKéi
Ptfmetlez-BiDt, Hoosieur, de p^sendee-deNiai* oelh^ue qiû', eu ÂJigleteiine, se lift à ftWsieuis autmi qiiaatii—, doM cliaciiHe a, seloa mû, ime ii^MiflAflce .st^nâsu.
m. c«b<i« «t m. Briskt
Je lis dans le Mormvg Star d'aujourd'hui uoe letira dans laquelle M. Cobden soiiiineH.Juhni>âlaDedeaterlei> passages prouvant pe liû C(it)defi etJH. BiigiUt mci partisans du partage des terres, et une réponse Ae H. Uk» D** kne, dans laquelle celui-ci dit en substance : « ie ne mu accuse pas de vpuloir lecourir à la vi^eace pour faire fatr-
n,gti7cdT:G00glc
, CMBER ET 1.
9fr icft terres des ■aiw ées nnJies amuaHjdesyiavpes; mais la violence n'est p» le muI prscéié ^i condaiee à ce résidiaL Ji'jwz-vvus ]ua déploré Y-èM Ae cboxs ai vertu dnqaellafnpnélétffnlorble, e» JknfleleiTe, est possédée paraB fieM iiiwéih ^'IwBBsaei! yav^E-vem pes comparé, avee nu seotiineat Ae repiet, ia taHire>âu vA tette qae imws Il aHDpMDOKs il la tenan du mt telle qse la comprenoent tts pays oè le ftiysan f ouède k tore? Et en indiquant comme remède k ce mal l'extension dei droite pi^tMpiM, l'am-vons pas cbirenest démilé voire désir de wir modifier par v«e l^idative la coisUtution de la propriéliT»
J'igaare fidie sera la Tëf)liqoe de M. Cabdea ; naù je m'assure qu'il cschaMine ji«:c«titer l'aoasatios, dteqii'oa r«iplique >»si.
M. Cfl^denetlL Bn^tnetaat asasuénent psi des iribus a la mani^ de Caâs Gnocbas; le sptème de la loi agraipe n'«sl en aucnw faoon ^ 1017 fsdt, «t il a'est peut- £lre pas dax hoBBes dan oe pays aix^Bels les procédés vMknlsiépugiMitdavntage. Abis que la teanfE aiittocra- (icpe du aii seit «aatraipe h taales lears idées et i tontes le«s tcBdaoce»; ^'ris aspirent du tmi -àc l'ime h l'établissnMBl ^adod, paci&iBiL, léfik, d'an régiaie «à le prepriétaÎK se coaSondrait avee le culliTaleur ; if u'ils ùenneat pour abusif et anssiruaBa les dreits de prtawgéûitRre «1 de siAstilKlBHi, et qu'ils briottaeit la RévoiHtiea Ërancaise de les avoir abolis «a Franee, <mla ee qui ne ae par;dt pas chaUeax, et si c'est 4k seideMest «e ipe le Timei a eateadu lear Kprocèar, ou je œe trcape fort, «a, lain de s'ea j^aindre, ils s'en femrt fileiK.
L'm et l'aalK, «a effet. Ht peuseat, d'na égale ardenr, à la dotnotioo de loaae situliaa ]sistecrati<|«e et prmlé-
n,gti7cdT:G00glc
240 LETTRES SOR l' ANGLETERRE (lB6S]
giée, quoique, sotts l'empire de sentimeDts dnnt U diversité s'explique par celle de leurs natures.
De fait, ce qui domine en M. Cobden, c'est l'économiste; en H. Briglit, c'est le tribun. H. Cobden ne songe qu'au comfort du peuple; H. Bright, qu'à sa liberté. H. Cobdeo repousse dans le régime aristocratique un obstacle k la diffusion du bien-être matériel parmi les masses; H. Bright déteste dans ce régime une usurpation des droits abstraits du peuple.
Pour M. CobdeD, tout est question de pouvoir productif, d'utilité, de libre échange. S'il est contre l'esclavage, c'est moins par horreur de son principe qu'en haine de ses désavantages économiques. U ne serait pas éloigné — je l'en soupçonne —- d'accepter le despotisme, pourvu que ce fût, s'il était possible, un despotisme intelligent, tntélaire, capable d'assurer à chacun une dose convenable de bonheur — de ce bonheur que donnent l'absence des privAtions et l'usage des ricJiesses. Je n'irai pas jusqu'à dire que U dignité humaine est peu de chose aux yeux de H. GobdcD, mais je ne pense pas qu'elle entre en première ligne dans ses calculs. Son dédain des étades classiques est un trait qui le caractérise. Parlez-moi , en fait de livres, de connaître ta tenue des livres ! Quelle nécessité de savoir au juste si U ville de Troiea existé? Parlez-moi de possédera fond la statistique commerciale de chaque contrée! Un jour, il lui échappa de dire — • et le Times le lui a ra|^é — qu'il préférait une page du rime* à tous les ouvrages de Thucydide.
M. Bright est un tout autre homme. C'est par leur calé moral, surtout, que les choses le frappent. Il maudirait l'esclavage, alors même que la supériorité économique de ce sysrèine lui serait bien démontrée. Il apprécierait fort la culture de l'esprit, si elle ne cons^tuait pas te privilège de
n,gti7cdT:G00glc
M. COBDËX ET N. BRIGHT 241
quelques-uns et si elle a'ajoutail pas 'a leurs moyens de do mination. En somme, c'est le cœur qui, chez H. Brighl, mèni> l'intelligence, tandis que, chez H. Cobden, c'est l'intelligence qui mène le cœur.
Aussi, rien de plus calme, déplus positif, depluswwïterof-fact, comme s'expriment les Anglais, que l'éloquence de M. Cobden. Celle de M. Brighl, c'est le souffle même de l'ouragan.
Ai-je besoin d'ajouter que, unis comme ils le sont, ces deux hommes se complètent d'une façon merveilleuse et tirent de leur alliance un prodigieux surcroit de force? Les questions que l'un éclaire, l'autre les embraserait; et, d'un autre côté, les âmes que l'un laisserait froides, l'autre les échauffe et les élève.
Vous vous étonnerez sans doute que, M. Bright, dans son alliance avec U. Cobden, représentant le c6té de la passion,* ce soit M. Cobden qui ait déflé le Times, H. Brighl choisissant pour lui le rôle du dédain silencieux et du calme. Il y a lit effectivement ud phénomène singulier. Hais le résultat montre que, en matière de division du travail (style de H. Cobden), chacun doit se renfermer avec soin dans la tâche qui lui convient le mieux. La colère sied si peu k H. Cobden, que, lorsqu'il s'est avisé de se fâcher, il n'a pas su le faire et s'y est pris tout de travers. Oà H. Bright eût été terrible, H. Cobden n'a été que maladroit.
3ti7cdT:G00glc
LETTRES SUR L'ASCLETEaftE (lB63)
Le |au>nallsine anonysie
L'i) jour, U. John Sluart Jtill me âemaada ce que je peoaÎBclil ayslème qui a prévalu dans la. presse anglaise, celui 'ie l'anonymie. Je lai répondis que c'était, tràs-décidémeat, le ityRtèmc contraire qui avait ma préférence, du moins dans un pays libre; et je ^us ravi de me trouver en cela du même avjg qu'un homme dont ropinion fait autorité, en tout ce qiii relève de l'intelligence et du cœur.
D'où vient qae, dans un pays tel que l'Angleterre, Je jenrnalisme est anonyiue? £l d'où vient que, généralemeqt, on y coasidère l'aBonyaiie comme une iudispetisabie condition du journalisme? C'eA, je l'avoue, ce que j'ai peine à comprendre.
Qui r^nore? 1«3 An^ais sont fiers de leur nature; ils uA k ce pointle ïentimeDt de la ài%THé {tersonnelle, ,que souvent il ddgéoère chez eux eu roideiir : dans tous leurs arrangements Bocianx, da&s toutes leurs idées, ce qui tloaàne, c'est une sollicitude ardente pour les droits de l homme individuel; et certes, s'il est un pays au mnnde où la. loyauté {fairplay) soit en honneur, ce pays est l'Angleterre. D'oii Tient dune, je le répjite, la faveur qu'y a obtenue un système qui semble en desaccord avec les traits les plus saillants d^ caractère anglais?
Car il n'est sûrâjnenl pas d'une âme fière de s'abriter
n,gti7cd3ïG00glc
LE JOUKNAUSHE AHORÏU 3il
SOUS ranoD^me. Fuir la responsabilité morale de ses paroles est uoe pratique )i laquelle le setHimeut de la dignîlë personnelle ne saurait trouver son eomple : l'iodiVidu est mal protégé U où sa réputation est exposée fi des flèches lancées par uue main incooRue, et il n'est guère conforme aux luis du fair play qu'un homme soit autorisé à se cacher derrière un impénétrable buisson pour tirer de là, sans )>éril, sur son adversaire qui passe.
Dans ma dernière ietire, je tous exprimais mon élonnement de ce que l'itiserlion de la répoase dus le journal où s'est produite l'attaque ne soit pas ici obligatoire. Il faut être juste : sur ce point comme sur biaiicoup d'autres, les mœurs suppléent ii l'absence de la lui; et je siis heureux d'avoir à dire que les jouroali&les anglais sont en général trop jaloux de l'honneur de leur profession, trop loyaux, trop gentlemen, pour refnser à celui qu'ils attaquent sur mt fait donné le moyen de s'adresser â leur public dans leors projwes colonnes. Mais pourquoi sutiordonner à une inspiration de bienveillance, k un caprice de générosité, à un scrupule de déliuitesse l'application d'un principe social? Pourquoi réduire un homme traduit au tribunal de l'opinion Ji tenir d'une faveur de son adversaire la reronnaissance de son droit!
Il en résulte que, si l'bospitalité accordée à la réclamation du plaignant est la règle, cette règle n'est pas,«n tsiit cas, sans admettre d'assez fréqtientes exceptions. Là est le mal. Je pourrais citer maint e.\emple. Celui que met sous nos yeux la querelle de H. Cobdea et du Times ne snffit-lt pasT Selon moi, l'excessive violence de la lettre de M. Cobdm explique, mais ne justifie ps eotièremenl le refus dn Times. C'était au public, non an journal, k juger, tant pour la forme que pour le fond, du mérite' de la réponse. Ou est
n,gti7cdT:G00glc
tu LETTRES SUR L'AKCLETEttRE (ises)
trop sujet à se tromper quand od est juge et partie. Que st le rimes n'avait aucun doute sur l'inconvenance du langage employé k son égard par M. Cobden, raison de plus pour qu'il se fiât à la sOreté du sentiment public du soin d'en faire bonne justice... Hais non : il dépendait de lui que la lettre fût ou ne fût pas publiée dans ses colonnes, et elle ne l'a pas été. Devant les lecteurs du Tîmet, qui constituaient ici le tribunal, l'une des deux parties n'a pas eu la parole. La cause, je le demande, a-t-çlle été entendue?
Et maintenant, à ce pouvoir d'un journal de repousser, quand bon lui semble, toute réponse provoquée par ses at7 taques, joignez le pouvoir que lui confère l'anonyme. N'y a-t-il rien là dont on ail à se plaindre ou à s'alarmer? L'iodépendauce des journaux est un bien comme sauvegarde de la vérité, non comme obstacle h son triomphe. II est d'une importance souveraine que la liberté de la presse soit garante contre les injustices possibles du gouvernement; mais il importe aussi tjue rbonneur du citoyen isolé soit garanti contre les injustices possibles de la presse.
Que, sous l'empire de certaines circonstances particulières, exceptionnelles, la signature ne soit pas absolument requise, je serais ma) venu à le nier; mais, même dans cecas, l'auteur, dès qu'un intérêt par lui froissé élève la voix, doit être prêt à s'écrier : Me, me, adsum qui fecil Et je n'ai pas besoin d'ajouter que la chose n'a jamais été comprise autrement par celui qui trace ces lignes.
Nul doute que l'anonymie ne présente des avantages. Tel n'hésitera pas à dévoiler un abus dans le gouvernement, que la crainte de compromettre sa position aurait arrêté s'il avait dû signer sa dénonciation. Tel ne craindra pas de révéler une iniquité, à qui des considérations de famille ou de société auraient imposé He silence, s'il lui avait fallu se faire
LE roURNAUSME ANONYME US
connaître. Hais, d'un autre cdté, qu'on songe aux iosinuations calomnieuses que l'anonyme encourage, aux attaques meui^ trières qu'il couvre de son ombre, aux inimitiés personnelles dont il provoque le âéchaiaeinenl par l'attrait de l'in)punilé!
Et puis, quand on se place à un point de vue élevé, que sont les avantages dont on nous parle à côté de cet abaissement des caractères que risque d'amener l'habitude de dire la vérité sans péril, de servir la justice sans dévouement, et de frapper sans être vu? Ce n'est point l.'t le pain des forts. Si l'Angleterre a des vertus viriles, ce qui est incontestable, cela tient non pas à l'existence d'une presse anonynae, mais, au contraire, à des dispositions naturelles et à un ensemble de causes par qui les mauvais effets de ce' système ont été en partie paralysés. Même le règne d'une presse ■ anonyme n'a pu réussir, dans un pays libre, à émasculer les âmes, tant l'action de la liberté est for^Hante I Voilà le lait.
Quoi qu'il en soit, il est certain que je n'ai pas rencontré, depuis que je vis en Angleterre, un seul journaliste anglais qui n'etlt en horreur la théorie.des articles signés. Tous Us sont convaincus qu'à l'application de cette théorie la presse perdrait une notable partie de son influence; et en cela ils ont raison. Mais le point est de savoir si le genre d'influence qu'ils perdraient de la sorte est légitime, et c'est justement ce que je nie. Il est bien certaio, par exemple, qu'aucun article, fût-il signé du plus populaire des hommes d'État de l'Angleterre ou du premier de ses penseurs, de lord Palmerslon ou de M. John Stuart Hill, n'aurait dans l'opinion des lecteurs Iç poids d'un article qui n'a d'autre auteur que ce personnage invisible, impalpable, mystérieux : le Timet. « Que dira le Times? » Vous n'ima^nez pas le nombre de
n,gti7cdT:G00glc
S4< LETTRES SBR l'aNGUTCIUIE ^1863)
fens imt ces «Ms expriment U préoccnpatioii doniinante ekxiae Ms qn'iDe 4]uestion se présente; et tel est, pmr beaacoup, le prestige qni s'attache à cette puissance itnper- SMiaelle ; tel est l'édat dont rayonne cette Tagae diviflilé, qu'ils en ont, comme deë éblouissements. Est-ce un bien? La raison publique a-t-etle k tirer un profit véritable de la Iransfftrmatioi de ses organes en Fétiches? Estait favorable an Jévdoppemeol des faeallés cri(!<|ues de chacun, est-il de nature à avancer l'édvication des es[jrits, le rii^e qui tend à remplsf er par une sorte de culte superstitieux la déféreoce eue aux grands prêtres de la pensée ? Kst-î! bon qu'au argom&at pèse plus que son poids intrinsèque?
Le Marning Port soutenait l'autre jour qtie la valeur d'un argument ne dépend eu aucune sorte de la signature - Bée au bas. Absolument parlant, rien de plus vrai; relaiï- Te»ent parlant, rien de ph» fstnt. Combien de gens n'y a-t-il pas pour qui pensent ceux qui penseut ! Combien de gens n'y a-t-il pas sur qui l'effet d'un raisonnement n'est que celui de l'autarilé d'vn nom I II faut donc avouer que, sous ce rapport, le système des signatures n'est pas lui-m£ffle sane substituer, jusqu'il un -certain poiut, la puissance du prestige à celle de la raison. Haïs ici, du moins, Vinconvé- »ent est le résultat de la nature des choses, et non le produit d'une L-Mnlânaison artificielle. H y a plus : c'est souvent sn utile hommage que crfui qu'une intelligence inférieure rend li uue intelligence dont elle accepte et sITeciionDe la supériorité. Cela vaut assurément mieux que de subir une influence, devant laquelle on s'incline uniquement à cause du Buage où elle s'envebppe.
Antre considération. V«us êtes attaqué. Si te trait part de la main d'un malbonoéte homme vous visant au cœnr sons le masque de l'anonyme, p'est-ii pas manifeste que, pour ap-
n,gti7cdT:G00glc
LE lOUn^ALlSKE AX05T1C lr
Iir4ci«r le Tait, en snpposatit qu'il y :iit doute, le public mao(|oe if un des élém«uts nécessaires?
fabrége, n'ayaTtt pas isseï d'espace pour Itiiït dire, et je me faâte, avant de conclure, d'abordtr l'aspect le plus en- ' lieux de la question. Elle cadiaît.un graini seiTet, celte questicB ; et les hommes de lettres doivent de sincères remercieiDents \ VEnnomist pour l'avoir éventé. Avec une candeur tout à fait lonaMe, ce journal déclare que te grand avantage de l'anonymie est de réduire les rédacteurs de joumaux à D'être que les très-faumUes et très-obéissants serviteurs des hommes d'argent. Voici comiae. Si les articles étaient signés, le public se prendrait d'attachement pour certmns auteurs; il chercherait chaque matis lenr nom au bas des articles qu'on lui donne à lire; il regretterait leur absence, quand 3 ne les troureraît pas à la place acconiuraée. Et qu'en résalterait-ilT Que le succès d'un journal finirait par s'idcnlirier avec la popularité de tel on tel nom, si bien que sa valeur, comme propriété, dépendrait de la collaboration de tel ou lel écrivain. Quelle importance n'acquerraient point par Ih, dans un journal, ceux qui le rédigent, aux dépens de ceux qui le possèdent] Quel prix les premiers ne seraient-ils pas autorisés à mettre à leurs services ! quel coup ne leur serait-il pas loisible de porter k la feuille où leur signature aurait éliaceté, en l'abaudoonant pour une feuille rivalet Ou serait donc exposé à l'immense malheur de voir la pensée dépendre uu peu moins de l'argent. Et alors, adieu l'ordre! adieu les idées de couservalkin ! adieu la sécurité des heureux! Qui peut dire tout ce que ne dévorerait pas, une fois libre, ce boule-dugue que, par bonheur, l'argent tient aujourd'hui en laisse : la pensée!
La' France, que régit la loi des signatures, l'a échappé belle jusqu'ici, comme vous voyez, ce que l'^conooiisf ex-
n,gti7cdT:G00glc
91B LETTRES SUR L'ANGLETERRE (l)i«9)
pljque par l'existence d'un frein autre que l'anonymie. Mais en Angleterre, où ce frein n'existe pas, qui protégerait la société contre le danger d'un déluge intellectuel, si les journaux étaient un peu plus aux journalistes?
Ah! c'est faire un triste complimenta l'intetligence humaine que de la supposer nécessairement amoureuse du désordre, de l'anarchie, de la spoliation; et c'est faire un triste compliment à ceux qui éveillent si fort la sollicitude de VEconomist que de représenter leur intérêt comme nécessairement hostile au développement' libre de l'intelligence humaine.
VEconomist assure que la sagesse de la presse angUbe est due au sévère contrôle qu'exerce sur elle» au moyen de l'anonymie, la puissance de l'argent. Nous en demandons bien pardon à YEconomisl, mais c'est ce que nos sympathies pour l'Angleterre et notre respect pour le peuple anglais nous défendent de croire.
M*r1 de Tfeadicr*]'.
Un jour je passais, k la nuit tombante, dans l'avenue de • Palace-Gardens, > lorsque je m'entendis appeler par mon nom. Un homme d'une très-haute taille, que l'obsctirité
n,g -ccT'GoOgIc
HORT DE TRACKERAT 219
ui'eiDpéeba d'abord de reconDsltre, était au seuil d'une belle maison à briques rouges^ nouvellement conslruiie dans le style du temps de la reine Anne. Dès que je fus auprès de lui, il me tendit cordialement la main, et me pria d'entrer.
La v-aison n'était pas encore meublée. 11 me la fit parcourir dans tous les sens , m'en montra tous les coins et recoins, et après s'être bien assuré que je la trouvais fort habitable : < Eh bien, » me dit-il, t cette maison que je viens de faire bâtir, et qui m'a coiîlé plus de 7,000 livres sterling (175,000 fr.), c'est le prix de la dernière nouvelle que j'ai publiée dans le Cornhitl Magazine. (Il comprenait probablement dans ce chiffre énorme sa rémunération comme rédacteur de cette feuille.) « A la bonne heure, » m'écriai-je, « vous avez en Angleterre des éditeurs qu'on croirait descendus en droite ligne de Laurent de Hédicis. > Il ne répondit pas; il y eut un moment de silence; puis il se mit à parler d'autre chose. Comme je le quittais, il me sembla voir glisser sur son front l'ombre d'une pensée triste, et il me demanda, en efi'et, dans un élan de sensibilité amère, qui partait bien véritablement du cœur : c Connaissez-vous l'histoire de Chatterton? — Oui, répondis-je, et je connais aussi celle de Gilbert. >
L'homme au nom duquel se rattache pour moi le souvenir de cette anecdote était William Makepeace Thackeray , le môme dont le cimetière de Kensal-Green recevait, mercredi dernier, les dépouilles mortelles. Il y avait foule autour de la fosse, et quelle foule ! Là était Charles Dickens, le grand rival de l'illustre défunt; H. Browning, qui, parmi les poètes de l'ADgleterre moderne, a sa place à cdté, quoique un peu au-dessous de Tennyson; M. Robert Bell, dont le talent souple et charmant a enrichi presque toutes les branches de la littérature ; H. Edouard Pigott, du Daily Nevcs, un des
n,gti7cdT:G00glc
2S0 LETTRE!! ^DR L'ANGLETEItItE (l863)
écrivains dont le journalisme anglais a le pins sujet de s'honorer*, Bf. Lewes, l'auteur de la Vie de Gatke; V. Tom Taylor, le spirituel rédacteur du Puncft; M. R. Doyie, le célèbre caricaturiste; M. MiTlnis, le peintre. — Je menlionne seulement ceux que j'ai aperçus, et dont le nom vient sous ma plume sans que je le cherche. Là aussi étaient, en tîolatioD des lois d'une étiquette que le S^ctator a raison de dénoncer comme absurde, les tilles de M. Ttiackeray, dont la présence, saluée avec une sympathie profonde et un douloureux respect, ajouLiit pour ainsi dire au deuil de cette cérémonie des adieux.
Thackeray était né à Calcutta en !8H. Il n'avait donc que cinquante-deux ans lorsque la mort est venue subitement l'enlever. Douze jours avant, il était allé célébrer a Ch»rterhouse, en i-ompagnie d'anciens condisciples, l'anniversaire de la fondation de l'école oi'i il avait été élevé. Le discours qu'il prononça dans le banquet donné ^ cette occasion était, dit-on, plein de vivacité, plein < d'humosr >, pleîa Ae vie! Qui aurait cru que déjà la main delà mort était sur lui? Toutefois, il y avait longtemps qu'il avait ressenti les'premières atteintes d'Une maladie grave. L'année passée, je crois, il lui arriva un jour de dire en riant : « Il faut qse je fasse mes malles; monuiédecin m'a donné congé. > La veille de Noël, nul, parmi cen\ qui l'enlouraient, n'avait le moindre soupçon du coup qui allait être frappé. Pendant la nuit, sa mère, dont la chambre à coucher était au-dessus de la sienne, l'entendit se lever et marcher. C'était sa contuaie quand il avait des spasmes d'estomac, et cette circonstance n'aTaîi rien dont on eût lieu de s'alarmer. Le tendenain, son domestique entra, et, selon l'usage, plaça une tasse de thé à cAlé du lit. Quand il revint, il remarqua qu'on n'avait pas louché à la tasse. N'eaiendant rie», il s'approche. Thacke-
n,gti7cdT:G00glc
VOItT DE nUCKERAI SSl
raj, calme et les mains étendues sur la converture, donnait du somiDeQ dont on ne se réveille plus.
Cne place reste ainsi ii remplir dans la littérature anglaise, etqnî la remptîraï
Thaekeray n'avait certainement ni les connmssances classiques, ni ta rii^he imagioatioD, ni te génie flexible de sir Ed. ftkwer (aujourd'hui lordLytton); il n'était pashomme,eomme Charles Dickens, h conduire le lecteur, k travers tont on monde d'incidenls pathétiques et d*émoiivafllessilnatîong,jiisqucdans les plus intimes profondenrs de la soriété. A vrai dire même, fl masquait de plusieurs des qualités essentielles au romancier. Ilne savait pas nouer la trame du récit, tenir le lecteur en lialeine par l'habile enchaînement des faits, mettre la pensée en action, concentrer l'intérêt sur an point ou sur un penonnage donné. Le colonel Nevrcome est, peut-être, le scel de ses héros auquel ri soit (jossible de s'attacher.
Ce qui constitue la grandeur de Balzac, c'est la façon merveillettse dont le génie du romancier se marie en loi au génie ée Tobservaleur et du moraliste. Citez Thaekeray, rien de semblable. Dans ses romans, l'observation fine, l'analj-se subtile, la satire vengeresse sont partent, et le drame, tel qu'il résutle de l'acUon, n'est presque nulle part,
11 n'a pas non plus ce ponvoir créateur que donne une imagination ardente. Ce qu'il voit, il le voit bien, et le rend avec force; mais il ne devine pas, il ne généralise pas, il ne crée pas des tyfes.
En réalité, l'auteur de Vanity fair (la Foire aux vantlés) est un satirique, un moraliste, un humoriste, auquel il a manqué, pour être tout it fait grand, d'être un artiste.
Je dis tout à fait grand; car, s'il est douteux que, comine humoriste, on le paisse comparer soit 1) Lamb, soit à Sterne, il est bien certain, du moins, que comme satirique.il ne con-
n,gti7cdT:G00glc
3B3 LETTRES SUR L^KGLETEHRË (186»]
aatt pas de supérieurs, pas m^me Dryden, pas même Swift, pas même Pope. Et ce qui le distingue d'eux, ce qui l'étève au-dessus d'eux, ce qui fait de lui un géuie esseotieUemeot original, c'est que sa colère, pour qui est capable d'en péoétrer le secret, n'est au fond que la réaction d'une nature tendre, furieuse d'avoir été désappointée.
Lorsque, obscur encore, il essaya sa force dans le Fraser's Magazine sous le nom de Michael Angelo Titmarsb, beaucoup jugèrent que c'était un talent sans entrailles que celui d'un homme qui avait au service de ses antipathies tant de flèches empoisonnées. Ceux dont il flagellait saos pitié les prétentions le dénoncèrent comme un cynique, l'ap- ' pelèrent Diogène, lui refusèrent le don de la bonté. Hais quand il eut donné tout ce que contenait son talent, il trouva des juges plus équitables, et l'on commença h se douter que son apparente misanthropie n'était que de la sensibilité découragée, de l'amour aigri, et, si j'ose parler ainsi, du lait tourné.
De \^ ce fonds de mélancolie qui perce dans ses sarcasmes, comme si son cœur saignait des blessures que fait sa main. De là aussi ces accents émus qui, quelquefois, lui échappent entre deux éclats de rire. Il y a dans son roman à'Eimond, il y a dans ses essais historiques sur ie» Quatre Georgti^ des lignes que n'aurait jamais pu tracer un homme auquel il ne serait pas souvent arrivé de pleurer en dedans. La b-istesse a deux manières de s'exprimer : le rire, les larmes; et, de ces deux formes de la tristesse, les larmes ne sont pas toujours la plus triste.
Thackeray a soulevé un coin du voile qui cachait aux regards peu exercés le vrai caractère de son génie, lorsqu'il a écrit : < La vie n'est pas toute joie. Ou rencontre, sans s'y attendre, les pensées graves, comme on rencontre dans U rue, sans s'y attendre, uu convoi funèbre. ■
n,gti7cdT:G00glc