LE DROIT DE PR1H0CE!IITURB SOB
bouse est là? > Et I'od continue son chemin. Hais le verdict du coroner est là, lut aussi. Et que nous apprend-il, presque chaque jour, ce verdict funèbre? 11 nous apprend que l'eiis^ teuce des workhouses n'empêche nullement, dans une ville où coulent les ilôts du Pactole, des hommes, des femmes, des enfants, de mourir littéralement de faim. Je l'écrirai, celte histoire de la misère, dont les matériaux ne sont, hélas! que trop abondants; je l'écrirai, pour qu'elle serre de complément phitosophiqne à l'histoire de la richesse, que j'ai commencée dans vos colonnes, et i laquelle je reviens.
Dans ma dernière lettre, je vous citais des fails qui prouvent avec quelle rapidité et dans quelles monstrueuses proporUons l'opulence des grands propriétaires du sol, en Angleterre, tend à s'accroître. Des observateurs moroses prédisent déjà le moment où la population des campagnes ne se composera plus que de deux classes d'hommes : des nobles ei des espèces de serfs, et où le pays se trouvera divisé entre un petit nombre de domaines princiers, apanages de familles plus puissantes que celles des ducs et des comtes sous les Plaotagenets. Je crois ces craintes fort exagérées; mais ce qui est sâr, c'est que les < Landowners • se montrant de plus en plus disposés à adopter le système des baux fréquemment renouvelés et accordés au plus ofrant; ce système, s'il se développait, conduirait par degrés à la disparition de la yeomanry, c'est-à-dire de la classe moyenne agricole.
Mais, avant d'examiner quelles sont les conséquences de l'accaparement dn sol, il importe de se bien rendre compte des moyens par lesquels il se maintient.
Le premier consiste dans la consécratioD du droit de primogéoiture.
n,gti7cd3ïG00glc
ItO LETTUS'SBR xUKCUSTBIUtE ()8e4)
>L'ucHnoe loi iwmande (le grand CoiUmnier) ne reconnaissait ce droit que partiellement. Elle donnait à r'ataé h-meilleore part de la succession, 'mais elle divisait lereUe entre 'l«s Mires anfeBls-'Daos les ^(e^ normandes, JersAy, Goernescy, raocieime lei a «»récu. Seuleneot, an Imu de rtMVOtr lameilleiire part, l'âbié^n'a qye le cboùc-entpedos lotS'égaux.'Lorsque'GuillaniHe le Conquérant seifiit emparé de'Mogleterre, il se bâta deimodltwr t'état<de eboses'qni anstait alors, «t le tnodifia ea'faTeur des aines, aDimé qu'il étaitdu désir d'entourer soD tr4ae d'une p)Mla»(;e serrée de riches familles normandes, capables de servir de rempart à sadynastie contre l'hostilité 'dec. barons de rtee saxane. Depois, l'aristocratie anglaîse^à'a janictls cessé an «eul ïbbtant de regarder le droit de priEnogéniture tomme le irrai fondement de sa puissance. Etan cela, alleae s'est pis
'Aux États-Unis, le partage égalderln gimMssioQ entre tous'Ies enfants n'est pas, comme en ^France, un principe potié dans la'loi i^le père, aux <États^nnis, peut, par'testaraent, laisser son bien à-quibonilui semble; niits s'il meurt inttttat,\a loi distribue' la' fortune entre ses eofaots, d'aprte cette supposition qu'il les -aimait tous également, fin Angl»terre.rien de sembhible.'Un honmemeurt-ilsans testamenit Aossilâtj'Cn te qui concerne ses possessions territortalee, la I9Î intervient. Dans quel bntî'Préciséoieat dans'le but de faire ce que, selon l'expression de M. Bright, kijustîee nat«relle réprouve, et d'enrichir un des enfants, dussent les autres être par là réduits h la misère.
Rt ec-qui'est digne d'attention, c'est que'le idroit de'piimogéniture ne s'applique ni aux propri4fi^-persoinreU«s, ni mène aux propriétés'territoriales, lorsque ce sont desHltes qui sont appelées h succéder, tant il est vrai que le droit<de
n,gti7cdT:G00glc
LE DBOrr BB PRIXOG^NirURB lit
prifliogMitiire n'est consacré par la loi qae comne- moyen' defvrpétHer l'aristocratie.
G'«sl me question très-controversée ■que celle de-savoir si/en principe, ie droit-^e propriété peut être ■étendu -au 'delà de celui de disposer de soq bien par testament. Qà*il 'Soil loisible à »n homme 'de doB»er ce dont il ne-se prrve pas,'«t de reculer au éelii des'bornes de sa vie le règpae Ide s.ivoloDlé, c'est déjà beaucoup; mais parmi ceux-là mêmes- . «pli considèrent le droit de tester comme une suite naturfille •flu, plutôt, comme une pariie intégrante du droit de propriété, tous ne sont pas prêts à défendre d'une manière «Bssi vive le droit d'hérédité, eo l'absence de disposilÎMis (estamenlaires qui le sanctMtinent. Benthaw et beaucoup d'autres publicistes d'un grand poids sont d'avis que» lorsqu'il n'y a d'héritiers ni dans la )i|^e descendante ni dans la ligne ascendafl le, la propri^é de l'homme mort sansavoirfail de testament doit être dévolue à l'État. John Slnart Mill vaptusloin : il n'hésite pas h dire qu'il peut être util& ou non de reconnaître aux enfants le droit de succédera leur père, en casdemori ahinieslat, mais que ce n'est- point' là 'uue conséquence nécessaire du principe de la propriété pri- •vée.Et la raison qu'il en donne, c'est qiie, depuis la disparition de la féodalité, dernière forme historique de la société patriarcale, la propriété a perdu le caractère collectif que lui imprimait la vie familiale et la vie de clan, pour prendre un caractère tout Individuel (1). Le droit des onfanis à la succession de leur père , quand ce dernier est mort sans disposer de son bien en leur faveur ni en faveur de qui que ce soil, est, selon John Stuart Mill, un droit qui n'a rieu
(1) FrlnclpUs of PoUticat Ecoiwmy, bj John Stuart Uill, toI. 1, p. 368-268. Frltl) cdit.
n,gti7cdT:G00glc
812 ' LETTRES SUn L* ANGLETERRE [IS64)
d'absolu, rien d'inhérent au principe de la propriété privée telle qu'elle existe aujourd'hui, et dont il appartient par conséquent à la société de régler l'étendue confurmémenl à son iulérét et aux lois de la raison. « Quelque fortune, > dit-il, t qu'un homme ait reçue en héritage ou ait acquise, je ne saurais admettre qu'il doive k ses enfants, uniquement parce qu'ils sont ses enfants, de les laisser riches de manière a les dispenser de tout efibrU.. Un père doit à la société de faire de son enTant un bon citoyen, un membre utile de la communauté ; et il doit à ses enfanis de leur assurer, autant qu'il est en son pouvoir, une éducation assez complète, des ressources assez grandes, pour qu'ils puissent entrer dans la vie avec chance d'y réussir par leurs propres efforts. A cela, tout enfant a droit; mais je ne saurais ad- ' mettre que, comme tel, il ait droit à davantage (i). >
Voilà comment s'exprime un écrivain en qui l'Angleterre de nos jours salue le premier de ses penseurs. Mesurez mainleuant la distance qui sépare les idées de H. Mill sur le point en question de celles que résume le droit de primogénilure, entendu el pratiqué oomme il l'est en Angleterre!
Quant aux divers effets que produit la mise en action de ce droit, ils sont très-curieux, très-intéressants à analyser. C'est ce que j'essayerai de faire dans ma prochaine lettre.
(I) Principks of PoUlical £cOMO^, Vtfl. I, p. 27).
n,gti7cdT:G00glc