‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 17 sur 88 · RETABLISSEMENT DE L UNION JUGE IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

RETABLISSEMENT DE L UNION JUGE IMPOSSIBLE

a plus d'autres relations possibles que celles de l'oppresseur à l'opprimé. »

Ceux qui parlent ainsi, et il n'y a pas encore longtemps que M. Gladstone tenait ce langage , oublient ce que peut le succès, pour peu qu'il se maintienne. D'abord, on frémit de rage; on se jure à soi-même qu'on ne fléchira pas. On aime à se croire des ressentiments immortels. Puis, vient la lassitude. On s'ennuie de haïr sans être capable de nuire. Si la domination devant laquelle on ne devait jamais plier est à la fois ferme et conciliante, on commence, sans se l'avouer, à la regarder d'un œil moins sévère. Si elle vous tend les bras, on ne s'y jette point tout de suite, peut-être, mais on fait timidement un pas vers elle. Les chefs du parti abattu ont disparu, immolés ou proscrits; les âmes viriles n'étant plus là, les âmes faibles ne savent plus où s'appuyer. La flamme s'éteint peu à peu , faute d'aliment. A mesure que l'image d'un passé irritant s'affaiblit et s'éloigne, les plaies anciennes se ferment. Quelques natures d'élite continuent à se tenir fièrement à l'écart; mais la masse s'accoutume à. son destin, s'abandonne sur une pente insensible a la séduction de l'intérêt personnel, sacrifie aux circonstances et finit par faire sa paix avec le succès.

N'est-ce point là, je le demande, l'histoire de tous les triomphes qui durent? Et quelle raison y a-t-il pour que ce ne soit pas l'histoire du triomphe des fédéraux, pour peu qu'il fût servi par la durée? Un semblable résultat est d'autant plus à prévoir, que « l'Union » a un parti dans le Sud, parti qui jusqu'à ce jour avait à peine donné signe de vie, mais dont des symptômes de plus en plus nombreux et significatifs commencent à révéler l'existence. Que les « Unionistes » du Sud ne soient pas en majorité, c'est possible, c'est probable : est-ce absolument certain ? Qui ne sait Tas-

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eendaQt que peut acquérir, dans une erîse où les passions soDt puissamment excitées, une minorité bien unie, auda* cieuse, conduite par des honm^es intelligents et résolus?

Quoi qu'il en soit, il est puéril de crier au fanatisme, k Faveuglement, parce que, aux États-Unis, M. Lincola et, avec lui, le peuple tout entier regai^dent la soumission du Sud comme chose très-réalisaMe et ont une foi profonde daos le rétablissement de c l'Union ».

Or, étant donné la possibilité d'atteindre le but, qu^ de plus naturel que les efforts faits pour Tatteindre ?

31 septembre.

Av^rleBftettt de la dipl^wtie^

Le comte Russell a dit son dernier mot ; le prince Gortschakoff a dit le sien. Voilà ce qui est décidé : l'Angleterre laisse à la Russie la responsabilité des suites , sans y comprendre la guerre, bien entendu, et cette responsabilité, la Russie Taccepte. Avouons-le : la Pologne a du bonheur !

Tout le temps qu'il fallait aux Russes, l'Europe le leur a donné, et ils l'ont pris. Voici Fhiver. La gelée chassera les insurgés du fond des bois« La famine est là , qui fera justice de ceux que n'aurait pas attemts Tépée. Le général de Berg n'a presque plus qu'à laisser faire. L'œuvre est en bon train*

A supposer même que, par un retour impossible à prévoir, la diplomatie, Proridence des Polonais, se décidât à agir au Ueu de protocoliser, l'heure de toute intervention active est déjà loin derrière nous. Ce sera vraÛBoeat la tante de Hourawieff si, au mois de mai prochain, sa besogne n'est pas achevée, et si, parmi les Polonais qui valent la peine qu'on les égorge, il en reste un seul à secourir ou à tuer.

Mais, en revanche, la Pologne a cet insigne honneur d'avoir fourni à MM. les diplomates le thème le plus ^propre ^ faire briller leurs talents. Ce qu'ils ont dépensé d'art et de logique tient du miracle. Jamais les âcretés de la polémique , entre gens bien nés , ne s'étaient produites avec autant de grâce. De part et d'autre, quelle éloquence raffinée! quelle colère courtoise! quelle dialectique subtile!

La dernière dépêche du comte Russell surtout mérite d'être méditée par les jeunes gens qui tiennent à compléter leurs études. Les arguments du prince Gortschakoff y sont réfutés de main de maître, et il est bien clair que le ministre anglais a fait ses humanités. Les disputes métaphysiques du moyen âge n'étaient pas plus inutilement savantes et ne témoignaient pas d'un esprit plus inutilement délié. Sa Seigneurie trouve réponse à tout. C'est en vain que le prince Cortschakoff invoque à l'ap^mi de la théorie du meurtre en grand le respect dû à l'autorité : lord Russell, avec un sens profond, répond que la clémence et la conciliation sont plus efficaces que la force matérielle, quand il s'agit d'assurer le respect dû efiectivement à l'autorité. C'est eu vain que le prince Gortschakoff reproche aux puissances intervenantes l'encouragement moral donné à l'insurrection par les chancelleries et par les peuples : lord Russell réplique très-pertinemment que, « si le sentiment général en Pologne n'avait pas été hostile à la Russie d'une manière absolue, l'assis-

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tance morale et matérielle du dehors n'aurait pas été d'un grand secours à l'insurrection. » — « Mais, observe le prince GortschakofiF, ce n'est ni une amnistie, ni une représentation plus ou moins complète que les insurgés demandent... » Ah! voyons un peu comment lord Russell va se tirer de ce mauvais pas, lui qui a déclaré ne pas savoir ce que signifiait l'indépendance de la Pologne , attendu que, selon lui , elle ne commence et ne finit nulle part. C'est ici que la scolastique offiiîielle triomphe. Loin de paraître embarrassé, lord Russell se porte Tavocat de cette masse flottante qui, en Pologne tout comme ailleurs, « se contente de la sécurité des personnes et des propriétés. » Qu'opposer à cela ? Qu'on déporte ou qu'on fusille les mauvais sujets qui meurent pour que la patrie vive : ce n'est pas d'eux que la diplomatie s'occupe; ce qu'elle veut, c'est que ceux-là soient satisfaits qui composent la masse flottante, et dont la digestion ne fui jamais troublée ni par une aspiration noble ni par une émotion héroïque. A la bonne heure, milord, voilà qui est parler en homme d'État !

Or, tandis que les notes s'échangent, les forces de la Pologne s'épuisent, son sang coule ici à flots, là goutte à goutte. Tandis qu'on disserte avec un calme inoposant sur les moyens de la sauver, elle agonise. Encore quelques mois, et son cœur peut-être aura cessé de battre. M. Urquhart aurait-il eu par hasard raison de prétendre que la Russie appelait de ses vœux une insurrection de la Pologne ; qu'elle y a poussé de tout son pouvoir; qu'elle brûlait d'en finir une bonne fois avec tout ce que le peuple polonais renfermait de vaillants patriotes ou plutôt avec le peuple polonais luimême, et que, fatiguée d'avoir à surveiller sa proie , elle avait fait naître l'occasion de la dévorer ? Ge qui est sûr, c'est que, si elle avait en effet conçu cet horrible dessein,

elle n'aurait pu mieux s'y prendre pour Faccomplir. Sans compter que les Polonais eux-mêmes ont, par retendue et la sombre magnanimité de leur désespoir, servi de complices à leurs oppresseurs. 11 n'y a pas à en douter : entre fléchir et périr, leur choix était fait le jour où ils saisirjent la faux. Il s'agit de savoir si un peuple sera, oui ou non, anéanti...

Et qu'on n'appelle pas notre crainte une chimère; qu'on ne vienne pas nous parler pompeusement de l'impuissance finale de la force brutale, de l'essence immortelle du droit et autres belles choses de cette espèce ! Qu'il ne soit point donné à la force brutale de tuer une idée, même quand elle a l'affreuse logique de sa brutalité, je le veux bien ; que l'hérésie, en Espagne, n'ait pas été étouffée sans retour dans les flammes allumées par l'inquisition; que le protestantisme n'ait pas été étranglé, en Belgique, par les bourreaux du duc d'Albe, et que les poignards de la Saint-Barthélémy n'aient pas frappé au cœur, absolument au cœur, le calvinisme, cela me plairait assez à croire ; mais une nationalité n'est pas une idée inextirpable. Est-ce qu'on n'a jamais vu un peuple disparaître de la terre ? On frémit quand on songe à ce qui adviendrait de la Pologne si la Russie, ne reculant devant rien , en venait a ameuter les opprimés qui ne pensent pas contre les opprimés qui pensent, en promettant aux premiers les dépouilles de leur j)atrie morte !

Souffrir cette infamie est un opprobre dont l'Europe ne se laverait jamais. Dieu veuille, pour son honneur d'abord et ensuite pour sa sûreté , que le* mot fameux attribué mensongèrement à Kosciuszko vaincu ne se réalise pas; car ce qu'il y a dans le Finis Poloniœ^ c'est un immense danger européen. Talleyrand et Castlereagh le sentaient bien-, lorsque, au congrès de Vienne, ils disputèrent avec tant de vivacité l'indépendance de la Pologne à la rapacité du czar»

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Malheureusement le czar avait deux cent mille hommes dans 'le grand-duché de Varsovie, et il n'eut qu'à dire : « Où je suis, je reste. » Ou eut donc, au lieu d'une Pologne indépendante, une Pologne asservie. Mais, même en cet état, palpitante, foidée aux pieds, elle était un obstacle sur le chemin de la Russie : qu'arrivera-t-il, lorsque, pour pénétrer au centre de l'Europe, dépasser Berlin, frapper aux portes de Vienne, la Russie n'aura plus qu'à pousser du pied un vcadavre étendu devant elle ?

Écarter à jamais ce péril était si facile, après l'attentat commis à Varsovie! Pour faire, en 1863, ce que n'avaient pu, en 1815, Talleyrand , Castlereagh et Metternich, quelle occasion admirable! La Russie, vaincue à Sébastopol, abaissée, humiliée, portant les stigmates d'une défaite qui lui arrachait ou semblait lui arracher l'Orient, condamnée en outre à se débattre contre les difficultés intérieures que lui créait l'émancipation des serfs, la Russie venait de déshonorer son pouvoir par un acte de violence dont l'Europe entière était indignée.

Un désespoir épique s'était emparé de la Pologne ; elle frémissait sous les armes. Pas un point du globe d'où ne s'élevât, contre Saint-Pétersbourg, le cri de la conscience humaine outragée. En France, l'amour passionné de la Pologne et le désir ardent de la rendre à la vie réunissaient tous les partis, prêts à marcher au premier coup de tambour. Ici, bien qu'en général on ne voulût point la guerre, l'émotion était si vive qu'il n'eût pas été impossible de la changer en colère belliqueuse par une impulsion énergique venue de haut. L'Autriche, convertie depuis peu au libéralisme et depuis longtemps alarmée des progrès de la puissance russe, applaudissait à l'idée d'une croisade et tenait à honneur que Ton comptât sur elle. Le czar n'avait qu'un allié, un seul.

le roi de Prusse, et ce pauvre monarque, compromis par un pauvre minisire, paraissait à la veille d'avoir une révolution sur les bras.

On ne dira plus, j*espére, que la guerre de Crimée a définitivement abaissé la puissance de la Russie. Si tel a été un instant le résultat des victoires de TAlma et d'Inkerman, la diplomatie a mis une bonne grâce tout à fait touchante à fournir aux vaincus le moyen de prendre leur revanche. Sommée de lâcher prise, morigénée, gourmandée, la Russie s'est moquée de ceux qui, comme cet excellent comte Russell, la menaçaient en la rassurant, et elle n'a cédé rien, n'a cédé sur rien. Il n'est pas jusqu'à cette concession en manière de projet de réforme constitutionnelle, dont certains journaux nous disaient merveille, qu'elle n'ait fait désavouer par son organe officiel avec une hauteur évidemment systématique. Ce désaveu signifie : « Nous ne courtisons pas l'approbation de l'Europe; ses conseils et ses exemples nous sont de peu. S'il nous plaît jamais de donner dans le libéralisme, ce n'est pas votre affaire; c'est la nôtre. 3>

Voilà donc la Russie plus arrogante que jamais, parce <pi*elle se sent plus forte que jamais. Jusqu'à présent, on ne peut se dissimuler qu'elle tient le haut du pavé. L'autorité morale ou plutôt immorale que lui donne ravorlement de la diplomatie, qui prétendait la mettre à la raison, est incalculable. C'est précisément parce qu'elle a contre elle, dans cette affaire, la raison, la justice, l'humanité, l'intérêt manifeste -de l'Europe, le sentiment des peuples, uni, cette fois, à la politique des gouvernements; oui, c'est précisément à cause de cela que son triomphe définitif serait désastreux. Jusqu'à présent, elle a vaincu là où la victoire paraissait aussi impossible qu'elle était déplorable. Qu'importe cette protestation

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universelle qui s'est élevée, si elle n'est suivie de faits éclatants? Elle ne ferait que rendre la défaite de la justice plus accablante. La Pologne assassinée, au dix-neuvième siècle, à la face de l'Europe inutilement indignée, serait un spectacle plus navrant,, un plus horrible scandale que la Pologne mise en lambeaux, au dix-huitième siècle, en présence de l'Europe indifférente et distraite...

25 septembre.

Une réunion ag^leolei

Hier a eu lieu, dans le Hertfordshire, où je me trouve en ce moment, une des fêtes annuelles de l'agriculture. Ah! si notre excellent collaborateur M. Joigneaux avait été là, que volontiers, dans l'intérêt de vos lecteurs, je lui aurais cédé la plume ! L'espèce particulière d'exhibition qui est venue donner à la petite ville d'Hitchin quelques heures d'animation aurait trouvé en lui un historien compétent et accrédité. Il l'aurait non-seulement bien décrite, mais bien jugée. Il aurait expliqué en vertu de quelles causes générales ou locales, le spectacle était plus remarquable par la qualité que par le nombre des acteurs, je veux dire les taureaux, les vaches, les chevaux, les porcs et les moutons qui composaient la troupe. Moi, de quoi puis-je vous parler, si ce

n'est du banquet qui a suivi et des discours qui y ont été prononcés ?

C'est autour de la table splendide dressée dans le Corn- Exchange par les soins de M. Hill, de l'auberge du Soleil {San Inn)^ que le meeting s'est montré dans toute sa pompe et au grand complet. Tels qui étaient arrivés trop tard pour passer en revue les bestiaux du comté se sont arrangés de façon à ne pas arriver trop tard pour le festin.

Parmi ces derniers, j'allais vous dénoncer le marquis de Salisbury, lorsque je me suis souvenu que le marquis de Salisbury n était plus un jeune homme. Que .dis-je? il a, je crois, l'âge qu'avait atteint Fontenelle, quand, à une trèsvieille dame qui se félicitait devant lui de la faveur que la mort leur avait faite de les oublier, il répondit, le doigt sur les lèvres : « Chut ! » A cette époque de la vie, on est bien excusable de manquer à un rendez-vous de bestiaux, surtout quand on a été retenu chez soi par une averse , comme le marquis de Salibsury Ta expliqué lui-même avec infiniment de grâce^ infiniment d'humour , au milieu des applaudissements et du rire approbateur des convives.

Mais je tarde trop à déclarer que ce qui les attirait, c'était, non pas le dîner, mais le désir, bien naturel, d'entendre les bonnes, les nobles et éloquentes paroles qu'on savait devoir y être dites.

Par qui croyez-vous qu'était présidé ce banquet d'agriculteurs, où le loast principal devait avoir pour sujet l'agriculture? Par un grand propriétaire du comté? Oui, sans doute, mais un propriétaire qui est un poète d'élite, un romancier fameux, un administrateur habile, un philosophe, un orateur, un homme d'État dans un homme charmant, sir Edouard Bulwer Lytton, enfin.

L'événement de la soirée a été son discours. Rien de

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{dus pratique et de plus élevé à h fois. Tout en ayooant que, sous le rapport de la quantité, le bétail du comté de Hertford ne faisait pas précisément bonne figure, sir Edouard a exprimé une satisfaction patriotique, fondée sur ce qull n'y avait , du moins, rien à redire à la qualité ; et il est parti de là pour jeter un coup d'œil sur l'ensemble de l'agriculture en Angleterre.

En ce qui touche la production des grains , il y avait un fait à constater tout d'abord : c'est que la récolte, cette année, a été admirable, — circonstance aussi heureuse, en fin de compte, pour le manufacturier, le commerçant, l'artisan que pour l'agriculteur lui-même ; car, ainsi que Ta fort bien fait remarquer sir Éd. Bulwer Lytton, un peuple, quelle que soit la diversité des intérêts et des occupations entre lesquels son activité se partage, n'est jamais, à l'égard des autres peuples, qu'un consommateur individuel. Ce qu'il a de moins à dépenser pour achats de grains, quand la nature met k sa disposition d'une main plus prodigue les trésors delà terre, se trouve former un surplus de capital national, qui, appliqué à toutes les branches de l'industrie, les vivifie et les féconde.

Mais l'abondance de la récolte, cette année, n'est pas due seulement à ce que la saison a été propice, et la preuve, c'est que, comparée à la récolte donnée par des années antérieures où le del n'avait pas été moins clément, elle présente un excédant dont la source ne peut être que le travail de l'homme, éclairé par son intelligence. Au nombre des causes auxquelles il est juste d'attribuer ce surcroît de fertilité, sir Éd. Bulwer Lytton a signalé un plus libéral emploi des engrais artificiels, un recours plus hardi à l'intervention des machines, un choix plus soigneux des semences, un meilleur système d'assolement ; enfin, « par la suppression des clô-

tures inutiles, le fait d'ouvrir les cbamps à ces deux puis^ sauces fécondantes, Tair et le soleil ». Comme indication de ce qu'il est permis d'attendre du progrès, résolument poursuivi, l'orateur a cité une récente brochure de Liebig, qui prévoit le moment où les Trois-Royaumes , en matière de grains, n'auront plus rien à demander à l'étranger. Je n'ai pas besoin de vous dire que tout le monde a répondu : Âmen!

Quant à cet autre côté de l'agriculture, l'élève des bestiaux, c'est surtout en Angleterre qu'il importait qu'on pût,^ à cet égard, constater de grands progrès. Le climat et le sol de l'Angleterre sont en effet plus propres encore à l'élèvedes bestiaux qu'à la culture du grain ; sans compter que sa constitution territoriale se prête merveilleusement à ce que la nature de son sol et de son climat semblent lui conseiller, la propriété n'étant point soumise ici , comme en France, a cette loi du morcellement indéfini, qui tend à opérer entre le capital et l'agriculture un divorce ruineux, à ralentir le développement du règne animal et à substituer les champs aux prairies. Cependant la viande est chère en Angleterre, et, quoique la condition du travailleur pauvre .y soit meilleure qu'en France, le rêve de la poule au pot est loin d'y être réalisé pour tous. D'où cela vient-il?

Le fait admet, à coup sûr, plus d'une explication; mais qu'il puisse être attribué en partie à un défaut de soin et même de connaissances pratiques, parmi les habitants des campagnes, c'est ce que plusieurs circonstances semblent indiquer. J'ai été, par exemple, très-frappé d'un passage Au discours de sir Éd. Bulwer Lytton , où la pratique de mêler du sel à la nourriture des animaux est vivement recommandée, et recommandée comme une chose que ceux-ci négli-

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gent, que ceux-là ignoreut. En France, le reproche serait sans application et le conseil superflu.

S'il est besoin de montrer par des chiffres jusqu'à quel point l'Angleterre est intéressée à ne rien négliger de ce qui se rapporte à la conservation du bétail, ces chiffres , le discours de sir Edouard nous les fournirait. Pendant les six années finissant à 1860, la valeur totale du bétail détruit par la maladie, dans les trois royaumes-unis d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse, est de 24,000,000 liv. st., tandis que la valeur du bétail importé durant cet intervalle est seulement de 4,500,000 liv. st. ; c'est-à-dire qu'en six ans l'Angleterre n'a reçu du dehors que le quart de ce qu'elle a perdu au dedans.

De ce que je viens de dire, je m'attends à vous voir conclure qu'on peut être en même temps un grand poëte et un homme éminemment pratique. Pour moi, si j'en avais jamais douté, je n'en douterais plus après ce discours de sir Éd. Bulwer Lytton. Il est vrai, s'il faut ne rien cacher, que l'illustre auteur de la Famille Caxton, des Derniers Jours de Pompéies^ d'Eugène Aram, de Rienzi et de tant d'œuvres poétiques moins connues que ses romans, quoique d'un plus haut mérite encore, peut-être, a fini par se sentir comme mal à l'aise au milieu des vaches et s'est, avant la péroraison, échappé de l'étable. Dans la première partie de son discours, c'était le seigneur terrien qui avait parlé ; dans la seconde, c'a été l'ex-ministre. Parmi plusieurs considérations élevées, j'ai particulièrement remarqué celle-ci : que le mélange de lenteur et de sûreté qui, en Angleterre, caractérise la marche du progrès, tient à ce que nulle part l'action des villes, où le frottement des esprits leur fait prendre feu, n'est mieux balancée par la prudence et le sang-froid des campagnes.

Vous le voyez, sir Éd. B. Lytton n'est pas près de définir

les agriculteurs à la façon de cet étincelant abbé Galiani, qui, dans son Dialogue sur le commerce des grains , écrivant avec un épi de blé la théorie de la science des richesses et son histoire, regardait les nations agricoles comme des nations de joueurs qui, soumis aux caprices de la pluie et du soleil, sont sans cesse à jeter un rouleau de louis sur une table de pharaon, qui est la terre.

Mais ces deux opinions, contradictoires en apparence, sont-elles donc inconciliables? Nul doute que l'agriculture, dans ses rapports avec le baromètre, ne soit un peu un jeu de hasard et ne suppose, par conséquent, dans l'homme qui s'y abandonne, un certain degré de hardiesse ; mais cela même lui rend la prudence d'autant plus nécessaire, dès qu il s'agit d'affronter les vicissitudes de la politique. L'agriculteur veut jouer tranquillement sa partie avec le ciel. S'il se laissait gagner par la pétulance politique des villes, il aurait à courir trop d'aventures à la fois.

30 septembre.

La politique de lord Rnssell expliquée par lal-mèiué.

Finaliiy Jack^ tel est le surnom que, dans un moment d'humour, John Bull donna au comte Russell. Voulait-il exprimer par là que le noble lord était aussi peu disposé à finir les choses qu'ardent à les commencer?

A voir la frayeur qu'il a de s'engager soit avec le Nord contre le Sud, soit avec le Sud contre le Nord, on est tenté de croire que ce n'est pas la préoccupation de finir qui le tourmente le plus ; mais, si l'on considère qu'après s'être embarqué allègrement dans l'aventure de Mexico, il ne s'est aperçu de son imprudence qu'à la dernière heure, et qu'après avoir posé, dans ses dépêches hautaines, au sujet de la question polonaise, les prémisses de la guerre, il a pâli devant la conclusion, il faudra bien lui reconnaître le droit de dire, à l'instar de Petit-Jean :

Ce que je saisie mieux, c'est moD commencement.

Dans le discours qu'il vient de prononcer à Blairgowrie, iï déclare :

Qu'il n'est pas pour qu'on vienne du dehors imposer telle ou telle forme de gouvernement à un peuple, aux Mexicains

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