‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 19 sur 88 · POLITIQUE DE LORD RUSSELL EXPLIQUEE PAR LUI-MEME · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE LORD RUSSELL EXPLIQUEE PAR LUI-MEME

estime, demandent aux gouvernements d'être inscrutables ; mais ce qui est sûr, c'est que rien n'atteste mieux les mœurs d'un peuple libre.

Quoi qu'il en soit, ce que nous avons dans le dernier vacation speech du comte Russell, c'est bien sa pensée intime, et de cela il n'y a pas lieu, je le répète, de le féliciter.

Au fond, le seul passage de cette harangue auquel les amis de la justice puissent applaudir est celui-ci : « Les conditions auxquelles la Russie avait obtenu le royaume de Pologne n'ayant pas été remplies, le titre de roi de Pologne est périmé. » C'est là une déclaration significative... Elle semble annoncer de la part du ministre anglais l'intention bien arrêtée de reconnaître les Polonais comme pouvoir belligérant.

Ce serait quelque chose; mais la position que l'Angleterre occupe dans le monde lui impose de bien autres devoirs. Le principe de non-intervention qu'elle proclame en théorie, quoique la nature même des choses l'ait toujours amenée à le violer plus ou moins en pratique, ce principe, aussi dérisoire qu'égoïste, n'est ni digne de sa puissance, ni convenable à son orgueil, ni conforme à ses intérêts.

Je sais qu'avec toutes les qualités du génie insulaire, elle en a tous les défauts; je sais que la solidarité humaine, pour laquelle la langue anglaise n'a pas de mot, est une idée à laquelle beaucoup d'Anglais ont quelque peine à s'élever. Ce n'est pas ici qu'une révolution aurait écrit en tête de son programme ces paroles, éternel honneur de la Révolution française : « Déclaration des droits de /'Homme ; » ce n'est pas ici qu'on aurait inséré dans le pacte social cette clause admirable : « Quiconque opprime un peuple se déclare l'ennemi de tous les autres. » Mais que l'Angleterre écoute

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au moins la voix de ses intérêts. La vapeur et l'électricité ont fait, de nos jours, le monde trop petit; elles ont, en rapprochant les hommes, trop mêlé les existences, pour qu'une nation puisse impunément se renfermer dans son égoîsme. Le chacun chez soi^ — « le moins français des cris qui se soient jamais échappés de la bouche d'un Français, » — n'est pas seulement une vilenie, c'est une sottise. Pourquoi y a-t-il dans le Lancashire, à l'heure qu'il est, tant d'affamés? Parce que loin, bien loin, par delà l'Atlantique, on a souffert qu'il y eût des esclaves. La leçon est claire, elle est rude. Malheur aux peuples qui seraient incapables de la comprendre !

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3 octobre.

Hème sujet.

La sévérité avec laquelle les journaux de France ont jugé le discours prononcé par le comte Russell à Blairgowrie semble avoir étonné les Anglais.

Eux l'avaient en général trouvé très-sage, très -ferme, inspiré par un sentiment honnête et marqué de l'empreinte de l'homme d'État.

Ohl que cette différence d'appréciation mesure bien la distance qui existe entre le génie de notre pays et le génie de l'Angleterre !

Nous, quels que soient nos défauts, — et ils sont grands, à. coup sûr, ils sont nombreux, — nous n'avons pas du moins celui de trop penser à nous-mêmes. Nous sommes, comme soldats, des croisés. Le penseur, chez nous, se confond avec le missionnaire. Même quand nous disons: « La conquête, jamais ! i> c'est à la condition d'ajouter : « La propagande, toujours! ï> Nous faisons des révolutions pour le triomphe des droits de Vhomme. Nous envoyons des nobles se faire tuer par delà l'Atlantique, au service d'une république. Nous portons le deuil d'une nation amie, morte au loin. Nous nous consolons d'avoir perdu notre liberté en allant combattre pour la liberté d' autrui. De là notre force. Le monde, auquel nous nous intéressons d'une manière si passionnée, ne peut s'empêcher de s'intéresser à nous. Ses regards, qu'il le veuille ou non, ne sauraient se détacher du tableau de notre vie intime. Ses destinées tournent presque inévitablement dans IC' tourbillon des nôtres. L'Europe dort, quand nous sommeillons; quand nous remuons, elle s'agite. Notre pouvoir, chose étrange, consiste à être nous le moins, possible, et €'est quand nous sommes le moins Français que, au point de vue de l'ensemble, nous sommes le plus Français.

Pour les Anglais, qui ont du reste toutes les vertus qui nous manquent, c'est le contraire. Tls absorbent, ils ne rayonnent pas.

C'est pourquoi le discours de lord Russell, si peu goûté en France, l'a été beaucoup en Angleterre.

Si on lit en effet ce discours avec attention, on y verra un continuel effort pour ennoblir, aux yeux des Anglais, l'égoïsme de la politirpie anglaise, en ce qui concerne toutes les grandes questions du moment.

Lord Russell déclare bien haut que l'intérêt de l'Angleterre n'est pas de faire la guerre pour la Pologne ; mais il

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flétrit le partage originel de ce noble pays et se prononce contre le droit de conquête.

Il vante, dans l'afTaire du Mexique, la politique prudente de l'abstention; mais, avec une émotion contenue, il affirme que chaque peuple doit s'appartenir.

L'œil fixé sur la guerre qui déchire le nouveau monde, il se félicite d'avoir été avare de l'or des x\nglais; et, Casimir Périer britannique, il semble dire : Le sang des Anglais n'appartient qu'à V Angleterre; mais il a bien soin de dénoncer l'institution de l'esclavage, qu'il définit sans détour: a Un des plus horribles crimes qui aient jamais dégradé rhumanité. >

En un mot , il s'étudie à relever par l'honnêteté de son langage l'effacement de sa politique; il parle fort pour s'absoudre de ne pas agir ; il s'indigne d'autant plus contre œ qu'il permet, qu'il se croit obUgé de le permettre ; il veut donner h son pays, aux yeux du monde, l'attitude du soldat au repos ; il est évidemment poursuivi par la crainte qu'on n'aitrib<ue h une froide indifférence, h une coupable désertion des causes justes, l'inaction de l'Angleterre. Le vrai sens, la signification intime, et, comme on dirait ici, le gtst du discours de lord Russell, sont dans celte phrase : « Nous avons pour le bien de V humanité d'aussi énergiques sentiments quau^un peuple du monde. i> C'est le cri d'un homme qui se hâte de repousser un reproche prévu.

Si l'Angleterre se fût montrée mécontente d'un tel discours, elle eût ressemblé à un accusé qui, devant le juge, ne songerait qu'à se plaindre de son avocat.

La vérité est, si mes observations ne me trompent pas, que les Anglais, à l'exemple de lord Russell, craignent au plus haut point la guerre: et que, à son exemple, ils éprou-

vent une certaine honte intérieure de tant la craindre. Us la jugent trop contraire à leur intérêt pour en courir les hasards, et trop conforme à leur dignité pour ne pas sentir le besoin de suppléer aux actes par les paroles. C'est à cette situation d'esprit que répond le discours de lord Russell.

Ceux-là ne me paraissent en avoir compris, de l'autre côté du détroit, ni le caractère ni la portée, qui ont <îru devoir y chercher soit des idées neuves , soit des indications précises. Ce que, dans la position où elle s'est mise et d'où elle entend ne pas sortir, l'Angleterre demandait à son ministre des affaires étrangères de présenter au monde attentif, c'était, non pas un programme, mais un plaidoyer. Sous ce rapport, la harangue prononcée à Blairgowrie a été ce qu'elle devait être, et ne pouvait être que ce qu'elle a été.

Passant sous silence, pour éviter les redites, les questions du Mexique et de la Pologne, j'arrive tout de suite à la partie de celte harangue qui concerne les États-Unis, et que l'on considère comme une réponse aux attaques de M. Sumner.

Si, en reprochant aux Ân^ais de n'avoir pas fait alliance avec le droit, représenté par les fédéraux, le publiciste américain ne s'était fondé que sur la réprobation encourue par les rebelles, la réponse de lord Russell serait décisive. Il y a, en effet, des révoltes fort légitimes, et condamner la rébellion en tant que rébellion sied mal à un peuple dont tr,ois grandes révoltes ont fait le destin : révolte contre Charles I®*", révolte contre Jacques II, révolte contre George III. Mais lorsque M. Sumner accuse l'Angleterre d'avoir accordé le titre de belligérants à des propriétaires d'esclaves, elle qui, après avoir aboli l'esclavage dans ses propres colonies, l'a combattu dans tous les traités et poursuivi sur toutes les mers, c'est mal se défendre que de dire pour unique argument : <ii L'Es-

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pâgne et le Brésil ont des esclaves. Nous l'avons souffert. Donc l'esclavage est sous la garantie du droit international.» Quoi! de l'aveu de lord Russell, l'esclavage est un crime horrible, un crime qui déshonore Thumanité, et l'humanité, envisagée dans les grandes nations par qui se manifeste sa puissance, ne mettrait pas au nombre de ses droits, que dis-je? au nombre de ses devoirs, la nécessité d'en finir avec un crime qui la déshonore ! Qu'une société soit coupée en deux par le fait d'une révolte née d'idées divergentes ou d'intérêts opposés, c'est là un événement d'un caractère local, qui, très-souvent, ne saurait être bien apprécié en dehors du théâtre où il a éclaté, et qui, par conséquent, peut ne pas appeler d'une façon impérieuse l'intervention des autres peuples. Mais comment ce qui intéresse la conscience humaine pourrait -il laisser indifférent quiconque a une conscience?

Devant un crime qui , selon l'expression de lord Russell, dégrade Thumanité, il n'y a plus d'Anglais, de Français, d'Américains : il y a des hommes! Qu'une nation tolère, dans ces sortes de cas, ce qu'elle se sent impuissante à empêcher, passe encore; mais qu'on n'érige pas en principe la tolérance à l'égard du mal, qu'on n'en fasse pas une règle de droit international.

Qui se justifie ainsi se condamne.

« BËTILSAL GREEN » 6T

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4 i)ctobre.

« ll«yuiJd greeii ».

Dimanche dernier, Guilford a été le théâtre de scènes étranges et honteuses, La foire qui s'y tient annuellement éiait annoncée pour le 4 octobre, et, en l'honneur de cet événement , je suppose , les cabaretiers avaient reçu l'autorisation de vendre de la bière, le jour du Seigneur, à toute heure. Qu'est-il arrivé? Que des rustres, au nombre de quatre cents environ , s'étant rassemblés à un mille de Guilford, ont trouvé fort drôle d'assaillir les passants à coups de poing, à coups de pied, à coups de pierre. Plusieurs dames ont reçu de graves blessures; on en cite une qui a un œil crevé. Nombre de gentlemen ont été battus à outrance, et pour punir lun d'eux d'avoir cru que ce n'était point aux battus à payer l'amende, on a fait un feu de joie des palissades qui entouraient sa maison. Le curieux de la chose, c'est que les assaillants n'y entendaient pas malice. De leur part, c'était pure gentillesse, question de rire, conformément à une aimable tradition toute locale que les autorités elles-mêmes, paraît-il, croient devoir respecter. En tout pays, j'en ai peur, il y a sous la dernière des couches de la civilisation, un grand fonds de barbarie ; mais cela est particulièrement vrai de TAngleterre, où l'on trouve la lie de la lie.

€8 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)

Pourquoi s'en étonner? Si la pauvreté est quelque part un abîme insondable, c'est ici, et Ton sait trop de quels vices grossiers elle est la source. J'ai devant moi une description en anglais de Bethnal green à faire dresser les cheveux sur la tête. Belhnal green n'est pas un lieu situé aux extrémités du monde : non, Bethnal green fait partie d'une ville peuplée de Crésus;. c'est un immense quartier qui s'étend de l'extrémité est à l'extrémité nord-est de Londres ; c'est un de ces nombreux et monstrueux villages qui, mis à la suite les uns des autres, forment la capitale de l'Angleterre ; c'est une cité de soixante-dix-neuf mille habitants. Eh bien, cette cité est le repaire d'à peu près autant de misérables. Là, l'humanité grouille dans une multitude de bouges infects près desquels vous n'oseriez pas vous risquer sans doute? de peur d'être détroussé. Là, s'il vous jirrive de demander au blême habitant d'une de ces cahutes , dont les approches sont défendues parla saleté et la puanteur, pourquoi il ne se plaint pas, pourquoi il ne s'adresse pas à Tinspecteur de la salubrité publique, pourquoi il n'appelle pas au secours la vigilance sociale, il vous répondra qu'il craint le progrès plus que la peste, que le loyer de son horrible demeure s'élèverait le jour *où elle cesserait d'être moins horrible, et qu'il vaut encore mieux coucher dans une écurie que dans la rue. Là, nul autre représentant de la civilisation que le c policeman »; là, nul autre représentant du christianisme que le distributeur patenté des aumônes. C'est le gîte préféré des pourceaux ; et comme ils sont aussi mal nourris que mal soignés, comme ils se vautrent tout le jour dans l'ordure, comme ils boivent en des gouttières remplies de toutes sortes d'immondices, et que les enfants du quartier sont condamnés à vivre pêle-mêle avec ces hideux compagnons, dans une atmosphère pestilentielle, il a fini par en résulter une

4 BETHNAL GREEN x> 69

maladie contagieuse de nouvelle espèce , pour laquelle , je crois, il n'y a de mot, jusqu'à présent, qu'en Angleterre. Cette maladie, qui vient de signaler son avènement par le meurtre, se nomme pig seal {la gale aux pourceaux). De tous les faits mis, cette semaine, sous les yeux du public, celui-là n'est pas le moins important, hélas ! Quant aux commentaires, ils sont superflus.

Voici quelques chiffres qui se lient à ce triste sujet.

En Angleterre et dans le pays de Galles , le nombre des indigents à la charge de la paroisse était, au commencement de cette année, de 1,142,624, c'est-à-dire de 1 sur 17, et ce nombre se décomposait comme suit : hommes bien portants, 598,346; hommes d'une faible santé ou infirmes, 503,809; aliénés, 37,018; vagabonds, 4,234: — le reste non classé. Donc, au premier jour de Tan 1863, Ton comptait, dans l'Angleterre proprement dite et le pays de Galles, près de 600,000 hommes capables de travailler, voulaut travailler et absolument sans travail. Et ce quil y a d'effrayant, c'est que le nombre de ces derniers, en janvier 1863, était plus que le double de ce qu'il avait été au mois correspondant de l'année précédente, d'où il faut conclure que la plaie du paupérisme s'est terriblement élargie en quelques mois.

Pendant ce temps, les heureux du monde s'amusaient. Le splendide régal donné dernièrement à la princesse de Galles dans Guildhall a provoqué, de la part du député EUiot, des plaintes qui méritent d'avoir un écho. A la -dernière réunion des membres du conseil commun, cet incommode personnage, quelque peu paysan du Danube , a présenté l'énumération suivante des inutilités coûteuses dont il avait plu aux commissaires de la fête de charger la liste des dépenses : sept brosses à cheveux en ivoire, 12 livres sterling 10 shel-

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lings; — dix magnifiques peignes en écaille, 4 liv. st. 17 sh.; — soixante flacons d'eau de Cologne, 6 liv. st. 14 sh. ; — dix-huit boîtes de poudre de riz et dix sachets de senteur, 5 liv. st. 6 sh. ; — cent dix-sept savons de toiltette, 4 liv. st. 12 sh. 6 d. ; — quatre brosses en ivoire, 6 Ihr. st., de. Arrivé i l'article eau de Cologne, Torateur s'est interrompu pour faire remarquer que cette profusion de désinfecteurs-eût été plus convenable s'il s'était agi de recevoir le roi de Dahomey et le noir cortège de ses dames dTionneur. Il ne s'est pas élevé avec moms de force contre l'achat de deux vases de Sè^TOs et d^un beau cabaret de por«elaine, le tout du prix de 42 liv. st. i6 sh. « Si ces objets, a-t-il dit, avaient dû être envoyés au musée de Kensington ou à « Mansion House » , pour être conservés comme des éch-antiHons curieux de l'art céramique au dix-neuvième siècle, je me suerais abstenu; mais point. Ils ont disparu depuis, ou, comme s'exprinoerait un chimiste, ils ont été sublimés^. » On attend , le sourire sur les lèvres , la réponse des commissaires.

LE CULTE DU RELATIF EN ANGLETERRE • "ïl

ce

10 octobre.

Le culte da relatif en Angleterre.

Le deruier numéro du recueil périodique intitulé Saturday Review contient, sur l'emploi des termes abstraits et particulièrement du mot principe par les écrivains français modernes, un article dont Timportance résulte précisément de ce qu il n'est pas sérieux, et, s'il faut parler net, de ce qu il est puéril.

Moins en effet cet article a de sens, plus il est remar.quable qu'on Tait accepté dans une feuille trop fortement marquée au coin de la fatuité littéraire, peut-être, mais qui, après tout, est rédigée avec talent et exerce une influence qu'elle doit craindre de compromettre.

Je concevrais que, dans un petit journal sans prétentions et sans lest, on vînt nous dire : Des principes? qu'est-ce que cela, des principes? En vérité, il faut être Français pour donner dans ce jargon inintelligible ! Mais la Salurday Re^ view est un recueil qui se pique d'avoir un public pensant, et Ton se demande ce que vient faire dans ses colonnes un critique qui a évidemment besoin de deux livres de plus dans sa bibliothèque, savoir : le Dictionnaire de V Académie française, pour y apprendre certains mots de notre langue, et le Dictionnaire anglais de Johnson , pour y ap* prendre certains mots de la sienne*

Car il est à noter tout d'abord que l'article en question est intitulé Principes. Comme si le mot Principles n'était pas anglais! Comme si ce mot, tel que Johnson l'explique, n'était pas d'une orthodoxie grammaticale tout à fait certaine et n'avait pas plusieurs significations , toutes très-précises, toutes répondant avec un accord merveilleux à celles de notre mot français principe ! Comme si enfin M. John Stuart Mill, tout Anglais qu'il est, n'avait pas intitulé un de ses plus beaux ouvrages Principles of political Economy !

Mais à quoi bon insister? Yos lecteurs s'étonneraient qu'on perdît son temps* à expliquer qu'un principe est l'idée primordiale d'où dérivent toutes les idées dont se compose tel ou tel système, et le fait primordial auquel se rapportent tous les faits particuliers qui constituent tel ou tel régime. Quand on dit , par exemple, qu'à une époque donnée, c'est le principe de liberté qui a prévalu, cela ne signifie-t-il pas, pour le premier écolier venu, comme pour un professeur d'Oxford ou de Cambridge, qu'on a joui, à cette époque, de la liberté individuelle, de la liberté de conscience, de la liberté de la presse ; en un mot, de tout ce qui constitue un régime fondé sur cette idée primordiale, sur ce principe : liberté?

L'article qui m'a fourni le sujet de cette lettre ne vaut donc pas, pris en lui-même, qu'on s'y arrête. Si je vous le signale, c'est parce que sa publication, dans les circonstances actuelles, est caractéristique. Au moment où, sur la question de Pologne, la France et 4' Angleterre se divisent, c'est un fait très-important à relever que cette négation du mot principe par un journal anglais très-influent. Le mot paraîtrait-il donc gênant, parce qu'on trouve gênante l'idée qu'il exprime? Voudrait-on bannir de la grammaire ce qu'on est disposé à bannir de la diplomatie? Ce qui est sûr, c'est que,

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