LE CULTE DU RELATIF EN ANGLETERRE
dans la question de Pologne , là où nous sentons le devoir d'aller défendre un principe, on semble ne voir ici que le danger de compromettre un intérêt !
Que le mot principe puisse être bien ou mal appliqué, sans doute; mais suit-il de là qu'il n'ait pas de sens? Que cette expression, le principe d'autorité^ eût été définie par Bossuet ou Louis XIV autrement qu'elle ne le serait de nos jours par un publiciste de l'école de Voltaire ou de celle de Jean-Jacques, c'est indubitable; mais suit-il de là qu'une pareille expression doive être à jamais exilée du vocabulaire? Et devons-nous , prenant notre parti de la proscription des principes^ n'admettre comme dignes de figurer dans le langage humain que des opinions ?
La Saturday Review n'y contredirait pas; et en cela, elle ne représente que trop bien, j'en ai peur, une tendance fort accentuée parmi les classes qu'on appelle ici les clauses gouvernantes.
Le fait est qu'il y a entre un principe et une opinion la différence qui existe entre le général et le particulier, le nécessaire et le contingent, l'absolu et le relatif. Or, ce qui domine en Angleterre, c'est le culte du particulier, du contingent, du relatif.
Chose étrange ! nul pays au monde n'a produit des hommes en qui le pouvoir de généraliser se soit manifesté avec plus d'éclat : il suffit de citer Bacon, dans la philosophie ; Newton, dans l'astronomie ; Shakespeare, dans la littérature ; et pourtant il est bien certain que ce qui manque à ce pays, considéré dans son ensemble, c'est l'esprit de généralisation. Poser un principe, dégager d'une série de faits particuliers ridée qui les domine et les embrasse, découvrir ce qui est permanent dans les phénomènes accidentels : voilà ce qui
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€st contraire à ses habitudes et si conforme aux nôtres. Ne nous en plaignons pas : c/est justement parce que, pour nous, le mot principe n'est pas vide de sens que nous épousons avec tant de passion, à f heure qu'il est, la cause des Polonais opprimés. Dans le monde de la pensée comme sur le globe, nous habitons un continent : les Anglais habitent une île.
Aussi leur conduite est-elle d'accord avec leur tour d'esprit. De même qu'ils pensent au jour le jour, de même ils vivent au jour le jour, préférant à toute autre règle celle des intérêts, qui est la plus changeante mais la plus commode, et se sentant moins forts sur la t^rre ferme des principes que sur la terre mouvante des opiniùns.
En France, nous envisageons toujours les choses au point de vue de ce qu'elles doivent être; id, on les envisage au point de vue de ce qu'elles sont. De là, cette disposition des Anglais à savoir gré à leurs hommes d'État d'une versatilité qui, chez nous, ferait scandale. Jamais sir Robert Peel ne fut plus populaire que le jour où il se fit le promoteur de mesures jusqu'alors combattues par lui à outrance. On l'admira, non pour s'être converti à un principe, mais pour s'être rendu à un fait.
Et ce génie du relatif est si bien celui des Anglais, qu'on le retrouve partout, jusque dans leur manière de comprendre Fart. Capables d'exceller dans la peinture anecdotique et familière, dans l'individualité du portrait, dans le réel du paysage, ils n'ont jamais su atteindre au grand art, à la peinture de style. Pourquoi? Parce que le style en peinture est aussi un principe, puisque, selon- les belles définitions données par un de nos critiques les plus compétents, le style «st la généralisatiim des formes, la vérité accidentelle rame*