LE CULTE DU RELATIF EN ANGLETERRE
née à la vérité typique, l'individu élevé à la dignité de l'espèce. Même lorsqu'il est arrivé à un artiste anglais de comprendre et d'enseigner le style , il n'a point osé ou il n'a pas su appliquer ses propres conceptions. Joshua Reynolds, contredisant, par le caractère profondément relatif et anglais de ses œuvres, les grandes idées sur la beauté typique et supérieure, qu'il avait émises avec tant de fermeté dans ses Discours, et laissant le peintre, en lui, démentir le professeur, Reynolds ressemble d'une manière frappante à lord Russell désertant lo droit de la Pologne, après l'avoir affirmé, et respectant l'esclavage, après l'avoir maudit.
Défendrai-je maintenant les écrivains français contre la Saturday Review^ qui les accuse d'employer des termes abstraits? Ce reproche, vous le voyez, n'est qu'une variante de celui auquel j'ai déjà répondu. Nul doute que l'abus des termes abstraits ne soit un mal. Mais leur emploi? Je voudrais bien savoir ce que deviendrait , sans termes abstraits, la philosophie? Est-il une idée générale, est-il une noble prisée, est-il un sentiment généreux qui n'appellent impérieusement l'usâge d'un terme abstrait? £t serait-ce d'aventure à cause de cela que les termes abstraits ont tant de peine à trouver grâce auprès de la Saturday Review ? Car, franchement, c'est se moquer que de prétendre qu'ils rendent notre langage obscur, et que cette réputation de précision, de clarté, que la langue française a dans le monde, est une réputation usurpée. Pour moi, je crains bien que, de la part de la feuille anglaise, ce grand dédain des termes abstraits ne cache autre chose qu'une critique purement philologique. Je crois y découvrir une hostilité systématique contre ces aspirations élevées que, dans notre langue française, trèsclaire, quoi que ces messieurs en disent, nous comprencms sous le terme d'idéal. Et certes, en repoossant cette hosti-
lité, nous ue pensons ni tomber dans le vague ni donner dans le chimérique. Au fond, les principes sont la quintessence des faits, et Tidéal est la quintessence du réel.
iO octobre.
Amoar des An^^lals pour la pnbllelté dans les Joarnanx»
Le grand événement, je me trompe, le grand accident de la semaine a été un tremblement de terre , qui , sans tuer personne, sans rien renverser, sans avoir eu d'autre effet fâcheux que de secouer d'une façon un peu rude beaucoup de dormeurs, s* est fait sentir sur plusieurs points de l'Angleterre, et plus particulièrement dans les environs de Liverpool, de Hereford, de Worcester et de Derby. Quand quelque chose d'extraordinaire arrive en ce pays, c'est merveille avec quel superstitieux empressement une foule de gens s'adressent au Tintes^ soit pour lui confier leurs espérances ou leurs craintes, soit pour lui communiquer leurs idées , soit pour le mettre dans le secret dé leurs émotions.
Ne soyez donc pas surpris si le tremblement de terre en question nous a valu, dans le TimeSy jusqu'à cinquantetrois lettres, qui n'y remplissent pas moins de sept colonnes et demie. Les signataires ont cru indispensable d'apprendre au public, ceux-ci comme quoi ils n'avaient eu rien de plus pressé que de se cacher la tête dans leurs couvertures; ceux-