‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 22 sur 88 · AMOUR POUR LA PUBLICITE DANS LES JOURNAUX · texte numérisé non relu

AMOUR POUR LA PUBLICITE DANS LES JOURNAUX

là comme quoi ils avaient hésité à sauter en bas du lit ou bien l'avaient fait sans hésiter. De ceux qui , réveillés en sursaut, se sont mis à crier au voleur, le chiffre est imposant et révèle dans les householders une préoccupation dominante. Plusieurs de ces épanchements épistolaires laissent tomber le jour de la publicité sur des détails de chambre à coucher d'un intérêt plus ou moins équivoque, et nous fourniraient au besoin une chronique digne du Diable botteux. Un des signataires, par exemple, nous raconte que sa femme, couchée à côté de lui, n'a pu s'empêcher d'éprouver une violente palpitation de cœur, bien que, nous assure-t-il, ce soit une femme d'un mâle courage; quant à lui, il a senti son sang circuler plus librement, et il fait savoir au public, par l'intermédiaire du Times ^ qu'une agréable chaleur répandue dans tout son être est Tunique sensation dont il ait à rendre compte. Voilai si je ne me trompe, un trait de mœurs. Les Anglais, qui, sous certains rapports, semblent si fort redouter la publicité, la recherchent, sous certains autres, avec une ardeur enfantine; Ils défendront leur porte contre le passant par des grilles et des fossés; ils s'entoureront de murs, s'ils peuvent; ils ne se croient jamais suffisamment chez eux. Mais vienne l'occasion d'introduire, au moyen de la presse, le monde entier dans leur ruelle, ils n'y voient pas le moindre inconvénient. Encore une de ces contradictions innombrables dont se compose, en apparence, l'histoire morale de ce peuple si remarquable et si singulier.

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10 octobre.

Hort de l'areheTèqne de Dublin.

La haute Église est en deuil. Richard Whateley, archevêque de Dublin, est mort jeudi dernier. Économiste et théologien, il ne déploya jamais, ni comme théologien, ni comme économiste, beaucoup de profondeur. Son Introduciion à V élude de V économie 'politique n'ajoute pas uUr seul argument décisif à ceux sur lesquels Adam Smith , Mac CuUoch et les écrivains de leur école ont fondé la doctrine du laisseZ'faire ; et ses Preuves du christianisme^ h l'usage des enfants, flottent à la surface du sujet. Mais ce n'en était pas moins un esprit pénétrant, ingénieux, doué de finesse et de vigueur à la fois, et très-capable de briser le joug humiliant des lieux communs, ou même, en fait de pensées, de tenter les aventures. Je me souviens qu'un jour un poète anglais nommé Home, aujourd'hui en Australie, me lut un drame de sa composition dans lequel il représentait Judas Iscariote comme un homme sincèrement dévoué au Christ et qui ne F avait trahi que dans le but de le forcer à employer contre ses ennemis sa divine toute-puissance, envisagée au point de vue de la force matérielle. « Je ne suppose pas, « dis-je en riant à M. Home, « que vous ayez composé ce drame pour la scène. Ce serait un beau scandale! — Eh bien, répondit-il, savez-vous où j*ai pris

MORT DE l'archevêque DE DURLIN 7^

ridée de ma pièce? Dans un sermon de Tarchevêque de Du* blin. Je suis donc en règle avec l'orthodoxie. » C'est aussi au « Most. Rev. Richard Whateley » que j'ai entendu attribuer le très-curieux développement de ce paradoxe, que « Napoléon I^^ na jamais existé ». C'est une excellente plaisanterie, quelque peu concluante, ma foi! quoiqu'elle ne le soit pas, malheureusement, tout à fait. La méthode de Dupuis , faisant un mythe de chaque grande réalité historique ou mythologique, ne fut jamais combattue d'une façon plus spirituelle. Des ouvrages de Richard Whateley, la liste serait longue, s'il fallait ne rien omettre. Il a écrit sur les « dîmes d'Irlande », sur la « transportation », sur les «difficultés qui se rencontrent dans les écrits de saint Paul », sur les « monnaies », sur les « synonymes anglais », sur « l'origine de la civilisation », enfin de omni re. Son esprit a chevauché dans mille directions diverses, non sans laisser partout un souvenir de son passage. Et puis, il était généreux, et il s'intéressait au progrès de l'éducation plus qu'il n'est d'usage parmi ceux de son état. En politique, sa règle de conduite était : Les mesures et non les hommes^ maxime qui peut également convenir, selon, la manière dont on la comprend, et aux coeurs les plus audacieux, et aux natures les plus prudentes. Il n'y avait pas un an qu'il avait été élu par l'université professeur d'économie politique, lorsqu'on 1831 il fut promu à l'archiépiscopat : c'est le seul exemple d'un homme d'Église qui soit devenu archevêque sans avoir passé par aucune dignité ecclésiastique. Le remplacer ne sera pas chose facile ; mais lord Pahnerston a la main heureuse. Le très-révérend Richard Whateley était né en 1787. Il est mort conséquemment dans sa soixante-dix-septiènae année. L'activité de l'esprit serait-elle donc un brevet de longévité? Les exemples qui tendent à le prouver se présen-

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tent ici en foule. Quels hommes exercèrent jamais leurs facultés intellectuelles avec plus de continuité, plus d'ardeur, et une plus prodigue insouciance que lord Palmerston, que lord Brougham, l'un et l'autre si jeunes encore et si vieux !

J'allais citer lord Lyndhurst, qu'on s'était presque accoutumé à croire immortel. Mais il se trouve que cet étonnant vieillard est malade, très-malade même, paraît-il, et peu s'en faut qu'on ne le juge capable de mourir, lui aussi.

12 octobre.

llné sage déeision de lord Rassell.

Ordre a été enfin donné par le gouvernement anglais de saisir, à Liverpool, les vaisseaux construits par MM. Laird. Cette décision témoigne de la sincérité et de la sagesse de lord Russell. Elle montre qu'il prend au sérieux les devoirs de la neutralité, et il n'y a qu'à l'en féliciter. Il va sans dire que les partisans du Sud ici vont gronder. Déjà, n'osant attaquer la légalité de la saisie, qui évidemment n'a été ordonnée qu'après avoir été bien mûrie et à la suite de renseignements décisifs, ou insinue que c'est là une de ces mesures faites pour aggraver le mal qu'il s'agit de guérir. Les confédérés, nous assure-t-on, vont être furieux; et quant

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