‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 23 sur 88 · UNE SAGE DECISION DE LORD RUS3ELL · texte numérisé non relu

UNE SAGE DECISION DE LORD RUS3ELL

aux fédéraux , ils ne verront dans un pareil acte que l'inspiration d'une politique peureuse. On aura irrité les premiers et enflé outre mesure Torgueil des seconds. Ainsi parlent les avocats des esclavagistes. Ai-je besoin de signaler le vide de ces plaintes et le vice de ce raisonnement? Si les confédérés s'avisent d'être furieux parce que l'Angleterre ne consent pas à violer scandaleusement, pour leur être agréable, une neutralité qu'elle a solennellement proclamée à la face du monde, c'est là un malheur dont l'Angleterre fera bien de se consoler; et en- ce qui concerne les fédéraux, prétendre qu'à leurs yeux on est lâche dès qu'on est juste, c'est les calomnier gratuitement. Quelque degré d'arrogance qu'il plaise aux ennemis dn Nord d'attribuer au Yankee , il est absurde d'imaginer que le peuple de New- York se croie de force, ayant une affreuse guerrti sur les bras, à faire faire aux Anglais ce qu'il veut, et regarde, de sa part, une concession équitable comme une marque de pusillanimité et un aveu de faiblesse. Tout au plus pourrait-on les supposer capables de cet excès de sot orgueil, si le gouvernement anglais avait d'abord refusé ce qu'il accorde aujourd'hui, s'il n'avait agi que sous le coup d'une menace çt avec la précipitation de la peur. Mais non : il vient d'ordonner la saisie des vaisseaux construits par AIM. Laird, en vertu du même principe et sous l'empire manifeste du même sentiment qui lui avait déjà fait saisir YAlessandra. Les observations présentées par le cabinet de Washington, loin de respirer la menace, ont toujours été rédigées dans les termes d'un appel à un sentiment de loyauté et de justice. Bref, la décision n'est intervenue qu'après un délai dont la durée prouve la parfaite liberté d'esprit qui a présidé, en cette circonstance, aux investigations du gouvernement anglais.

^t LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l863)

17 octobre.

Mort de lord fjjndhmvst.

H y a cinq jours seulement que lord Lyndhurst a rendu Tâme, et déjà, autour de son lit de mort, les organes de r opinion publique ont à peu près épuisé le vocabulaire des louanges. C'est à peine si deux ou trois feuilles libérales ont osé mêler quelques notes discordantes à ce concert d'éloges et de regrets. Il y a pourtant à redire à Tapothéose du défont, je le crois. Mais vous savez cm que Victor Hugo met dans la bouche d*ttn vieux gentilhomme parlant à un roi :

Non» portons tous les deox au front une coaronoe, Vous de fleurs de lys d*or et moi de cheveux blancs.

La vieillesse a une majesté dont nul ne se peut défendre ; et lord Lyndhurst est mort dans sa quatre-vingt-douzième année.

Quelle vieillesse, d'ailleurs, que la sienne ! Qui ne le voit encore venant le 5 juillet 1859, à l'âge de quatré-vfaigthuit ans, prendre, dans la Chambre des Lords, sa place accoutumée; et là, le corps légèlremenrt courbé, la main appuyée sur une rampe construite d'avance pour lui, mais l'œil plein de vie et d'une voix ferme, recommandant à son pays la politique de la vigilance et de la vigueur! Ce fut une

XOftT WE. LORD LYNDHDRST 88 '

scène imposante et qui rappelait la séance famâuse où le grand Ghatam s'évaooiût. Seuleaient, dans lordLyndhur&t, la forc^de Tâme se trouva mieux senûe par icdle du coips.

L'énergie avec laquelle fce vieillard sonna ie tocsin, au sujet des pensées menaçantes supposées au gouvernefiient impérial ; Témotion juvénile avec laqud<le il évoqua le fan^tome de l'invasion; ses attaques contre le pacifique ^éme de Técole 4e MancJiester; la façon dont il adjura T Angleterre de se 4éfîer de la confiance , de ne pas ^onomiser sur sa sûreté et de veiller l'arme au bras; enfin le cri qui termina son puissant discours, ce cri terrible : ,Vœ viclis /.. . . que répétèrent, le lendemain , tous les échos de la Grande-Bretagne , voilà ce que chaque Anglais avait présent à l'esprit et au cœur, lorsque cette nouvelle a retenti : Lord LyBdhiirs<t est mort.

Aux yeux d'un peuple amoureux de lui-«méme, que ne couvre pas un tel effort de patriotisme fait par Rn hoaftme de quatre-vingt-huit ans ?

Et puis, la mort a le priwlége d'effrayer la mtique. fi semble que censura' celui donl âUe viient ée clore pom jamais les lèvres soit une lâcheté, et Ton considère volontiers comme faisant partie de la religion des funérailles Tencens qui brûle autour d'un tombeau.

N'y a-t-41 pas dans ce banal ^hommage rendu à la mort une dangereuse^aiblesse, ime faiblesse peu digne des mœuK 4'un peuple libre et que désavoue une âme vraiment virile? Où la mort puise-t-ette, après tout, le droit de faire concurrence à la vérité ? Et quelle est donc cette majesté de ce qui dura longtemps et ne jure plus, si le respect qu'on lui doit se «ompose de mensonges complaisants ou de pusitlanimes réticences? Il est permis et il peut paraître convenable ^e %e taire devant une fosse ouverte ; il est permis «t il peurt

paraître convenable d'attendre pour parler que la cendre soit refroidie ; mais, si Ton parle, faut-il oublier que la veille .. appartient k la vérité comme le lendemain, et que les norts» |^ les morts fameux surtout, sont la leçon des vivants?

Que John Singleton Gopley, né à Boston, d'un peintre de portraits, ait eu besoin d'un mérite éminent pour se frayer un chemin jusqu'aux premiers rangs de Taristocratie anglaise; qu'il ait été un légiste, sinon d'élite, au moins distingué; un politique habile, un homme de parti à la fois souple et vigoureux; qu'il ait marqué sa place parmi les orateurs; en un mot, qu'il y ait eu en lui l'étoffe dont la rfenommée est faite , il serait difficile de le nier. Mais ce qui frappe quand on' examine sa carrière , c'est qu'il n'est pas une grande chose dont on soit redevable à ses talents, pas une grande idée à laquelle on puisse associer son nom sans réserve, pas une cause qu'il ait servie avec une incontestable et invariable conviction.

C'est en 1817, pendant le ministère de lord Liverpool, dans un procès intenté pour menées démagogiques et meetings séditieux, au chirurgien Watson et à Thistlewood, que le fils de Copley donne sa mesure comme «vocat. Mais, pendant que Wetherell, chargé, conjointement avec lui, de la défense des accusés, met à les sauver toute l'ardente éloquence d'un homme qui s'oublie dans la poursuite de son but, lui, par un calme réfléchi, par une froideur raisonnée, il trouve moyen de fixer sur sa personne l'attention bienveillante, reconnaissante presque, de lord Liverpool; si bien que, contre un autre fauteur d'insurrection, Jeremiah Brandreth, ce sont les services de l'avocat des Watson et des Thistlewood qui sont retenus par le ministre. Les confidences que Copley avait reçues de ses clients dans le premier procès lui servirent à faire condamner les accusés dans le second.

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