‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 25 sur 88 · MORT DE LORD LYNDHURST «T · texte numérisé non relu

MORT DE LORD LYNDHURST «T

Que si maintenafii bous passons du misistère du duc de Wellington à celui de lord Grey, et de Témancipâtion des catholiques, en 1829, k la réforme parlemeataire , en 1832, qui trouverons-nous à la tête de l'opposition contre cette dernière réforme, la plus grande coi>quéte de l'esprit de liberté en Angleterre? Qui? Lord Lyndhurst. Inutile de remarquer qu'il avait cessé alors de faire partie du pouvoir. Il y serait rentré par le rejet de la mesure proposée. Aussi conduisit-il l'attaque avec le courage de l'ambition haletantef. Lors de la seconde lecture du bill de 1831, Fardeur de la lutte lui inspira une éloquence qui lui assigna d'uot coup sa place à l'avant-garde des orateurs niilitants et desorateurs d'élite. D'autres fléchirent, hésitèrent, reculèrent; Lui fut inébranlable. Un instant, il rendit la victoire douteuse, en faisant ajourner la prise en considération de la clause connue sous le nom de « disfranchisement clause » . Ce fut au point que Guillaume IV lui proposa de former une nouvelle administration, de l'essayer au moins, et quoique à cette époque un ministère tory eût été sur un volcan, peut-être la tentative n'aurait-elle pas avorté, si gouverner en sous-ordre eût pu convenir à sir Robert Peel.

Quoi qu'il en soit, la réforme parlementaire triompha^ des efforts passionnés de lord Lyndhurst, et il y eut un moment où le déchaînement contre lui fut extrême. €'était^ pour le parti libéral un spectacle si irritant que celui d'un plébéien jouant avec tant de zèle la partie de l'aristocratie, et mettant toutes les ressources de son e^rit à barrer au. peuple, dans les rangs duquel il était né , le chemin de la/ vie publique! Il aimait- les plaisirs, les meubles somptueux, le luxe, les fêtes, et sa femme était de celles qui se piquaient de donner le ton à la mode, ce qui est toujours coûteux : les uns chuchotèrent le mot de vénalité ; les autres.

plus hardis ou moins scrupuleux, rimprimèrent dans des libelles pleins de venin.

Lord Lyndhurst poursuivit les libellisles, les réfuta, les confondit, et tint tête à l'orage avec une intrépidité que ses ennemis cherchèrent à décrier, en disant qu'il avait un front d'airain. Ce qui est sûr, c'est qu'à cette période de sa vie, il ne lui fallut pas une médiocre fermeté de caractère pour faire face à des colères qui se croyaient le droit du mépris.

S'il lui fût arrivé de mourir alors, qui sait quelle figure il ferait dans l'histoire? Mais il lui fut donné de vivre assez longtemps pour effacer de Fesprit de ses contemporains ces impressions funestes; pour mettre, si Ton peut s'exprimer ainsi, entre elles et la postérité, les souvenirs d'une vieillesse sereine, imposante, devenue graduellement étrangère aux petitesses comme aux fureurs de l'esprit de parti, et néanmoins ouverte aux inspirations d'un patriotisme incapable de lassitude.

Il possédait d'ailleurs des qualités précieuses. Toujours, en lui , les vertus de l'homme privé tendirent à racheter les défauts de l'homme public. L'amertume des débats politiques n'engendra point dans son cœur des rancunes personnelles. La générosité qui manquait à ses conceptions et à ses idées, il l'eut dans ses relations d'individu à individu. Mais, encore une fois, sa longue carrière n'offre rien d'essentiel dont la génération qui suivra puisse faire son profit. On a vu pourquoi et comment il s'associa à l'émancipation des catholiques, dont il avait commencé par ne pas vouloir. De même, plus tard, après qu'il fut remonté sur le sac de laine, par suite du retour de sir Robert Peel au pouvoir , il ne se déclara en faveur du libre échange, lui protectioniste, que parce que, le ministère dont il était faisant volte-face , il crut devoir faire volte-face avec ses collègues.

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