LE FRÈRE DE MISTRES3 BEECHER STOWE A EXETER-HALL
22 octobre.
Le Drére de niistress Beeeher Stowe à Exeter-Hall,
Qnelle scène extraordinaire que celle h laquelle j'ai assisté avanf-hier au soir, dans Exeter-Hall ! Allons, que les amis de la liberté prennent courage, et que les étrangers, amis de l'Angleterre, cessent de craindre pour son honneur! La cause de T esclavage transatlantique n'est pas encore gagnée dans le pays qui donna le jour à Wilberforce et proclama, si noblement l'abolition de l'esclavage dans les colonies anglaises.
La personne qu'on avait annoncée comme devant parler en faveur du Nord devant l'immense auditoire que Exeter- Hall peut contenir, était le révérend H. W. Beeeher, frère de cette célèbre mistress Stowe qui , il y a quelques années, fit tressaillir l'Europe en lui dévoilant tous les mystères de la vie de Tesclave, toutes les turpitudes du commerce où un homme est le marchand, un homme l'acheteur et un autre homme la marchandise.
Pour achever par la parole l'œuvre que sa glorieuse sœur avait si bien servie par la plume, M. Beeeher a franchi rOcéan. Hélas! qui se Serait jamais douté, il y a quelques années, qu'un enfant de l'Amérique aurait besoin de passer les mers pour venir prêcher Tapostola^ de l'émancipation des esclaves en Angleterre !
92 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
Encore ai-je la douleur d'avoir à constater que ce missionnaire d'une idée qu'on devait croire si essentiellement anglaise, n'est arrivé au succès qu'après avoir essuyé plus d'un revers. Avant son triomphe d'avant-hier, quelle était l'histoire de sa mission? Il avait été accueilli froidement à Edimbourg; il avait échoué à Glasgow, chose plus surprenante sous quelques rapports; et, à Liverpool, la ville des constructeurs de corsaires à l'usage des confédérés, à Liverpool, il serait mort, si l'on mourait de cela, sous les grognements et les sifflets. A Manchester, seulement à Manchester, il avait trouvé des cœurs avides de sa parole et des mains promptes à l'applaudir, parce que là était le peuple, parce que là son auditoire se composait de travailleurs qui sentent que l'esclavage, c'est le travail déshonoré.
Mais enfin. Dieu merci! le voyage de M. Beecher n'aura pas été sans fruit. A Londres, encore plus qu'à Manchester, sa victoire a été de celles qui laissent de longues traces. Le coup portera, cette fois.
Non que son discours soit sans tache. Mais quoi! cela même ajoute à la portée de l'événement. Nul doute qu'il n'ait déployé beaucoup d'éloquence ; mais il serait fâcheux que son succès pût être attribué à son éloquence : ce succès, la cause qu'il a plaidée le réclame.
C'était cette cause , grande s'il en fut jamais , qui avait soufflé une si ardente impatience d'entendre l'orateur à tant de gens qui ne connaissaient de lui que son nom; c'était elle qui, avant-hier, avait fait affluer vers Exeter-Hall, dès six heures du soir, — l'ouverture du meeting n'étant fixée qu'à sept — une multitude déjà toute frémissante d'enthousiasme. Un torrent qui brise ses digues ne se précipite pas avec plus de violence que n'a fait la foule dès que les portes ont cédé devant elle. J'en parle savamment, car j'ai failli