‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 28 sur 88 · LE FRÈRE DE MISTRESS BEEGHER STO\VE A EXETER-HÂLL · texte numérisé non relu

LE FRÈRE DE MISTRESS BEEGHER STO\VE A EXETER-HÂLL

être étouffé. Bien qu'on n'admit que les billets payants, billets à un shelling ou à une demi-couronne, la vaste salle regorgeait de monde, et il a fallu que la police intervînt pour arrêter Tinondation. Des milliers de personnes ont été refoulées dans le Strand, et de là, dans les rues circonvoisines, où elles ont tenu, faute de mieux, un meeting en plein vent.

Entré des premiers, avec mon excellent ami Karl Blind, je subissais depuis une demi-heure environ l'ennui de Fattente , qu'aggravait une chaleur à peine tolérable , lorsque enfin Faiguille a marqué sept heures. M. Beecher n'avait pas encore paru. Le cri : Time! lime! a retenti. En même temps, quelques partisans du Sud, très-clair-semés, faisaient circuler des placards où le président Lincoln était attaqué et où M. Beecher lui-même était représenté comme ayant dit, au sujet de l'affaire du lurent : <r Plutôt que de céder aux prétentions des Anglais, la guerre ! » Sur ces placards, les mots déluge de sang^ attribués à M. Beecher, étaient imprimés en caractères gigantesques. Ces feuilles passaient de main en main. On y jetait les yeux, et l'on souriait de mépris.

Cependant l'orateur n'arrivait pas, et une impatience mêlée d'anxiété se manifestait par le cri de plus en plus accentué : Timel lime! J'ai appris depuis la cause du retard. La foule au dehors était si dense qu'il avait été impossible à M. Beecher de la percer. Des policemen ont dû le porter sur leurs épaules. Il entre enfin. Non, jamais je n'ai vu pareils transports d'enthousiasme. La salle entière était debout; le hurràh national retentissait comme un tonnerre; les hommes agitaient leurs chapeaux, les femmes agitaient leurs mouchoirs. Et c'était bien, je le répète, la cause représentée en ce moment par M. Beecher qu'on applaudissait. La preuve,

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c'est que, dans le cours de la soirée, cette démonstration s'est reuouyelée avec un surcroit de passion, lorsque le nom de M. Lincoln est monté du cœur de Torateur à ses lèvres.

Une chose véritablement émouvante, c'est que, durant cette soirée mémorable, la salle n'a pas applaudi une seule fois sans que ses applaudissements aient été prolongés çt grossis par ceux de la rue. Entre ceux du dedans et ceux du dehors, il y avait une communion d'idées si intime, si profonde , que les derniers acclamaient, sans l'entendre, toute parole que les premiers avaient acclamée, pour l'avoir entendue. Souvent aussi, le meeting extérieur, harangué par des orateurs improvisés, poussait des cris d'enthousiasme qui, arrivant jusqu'à nous, produisaient sur le meeting intérieur une impression dont rien ne peut rendre le caractère touchant et solennel. Les âmes se parlaient et se répondaient à travers l'épaisseur des murs.

Ne vous exagérez point, toutefois, la portée de ce récit. La réception ifaite à M. Beecher par la ville de Londres n'efface malheureusement pas le souvenir de celle qu'il a reçue à Glasgow et à Liverpool. Ici même, le grand meeting que je décris et qui a été tenu sous les auspices de la € société d'émancipation » n'a mis, après tout, en lumière que les sentiments des classes populaires et de cette portion de la classe moyenne en qui l'élément intellectuel domine l'élément mercantile. (Test à peine si, parmi les nombreux personnages qui figuraient sur la plate-forme, je pourrais citer un seul représentant bien connu, soit du monde politique, soit du monde fashionable , soit du monde commercial. Le fauteuil, qu'on espérait voir occupé par M. Bright^ l'était par un modeste magistrat de la Cité, le <r dty cbam* berlain ». Des professeurs, des clergymen^, des hommes d'étude et de science, voilà ce qui constituait ce que j'appel-

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