LE FRERE DE MISTRESS BEECUER STOW'E A EXETER-HALL
lerais volontiers la moelle du meeting au dedans , le meeting du dehors appartenant presque tout entier à Télément populaire. Il est vrai que le Londres du mois d'octobre n'est pas le Londres du mois de juin.
Le Londres des célébrités politiques, des hommes riches, des hommes à la mode, de tous ceux qui ont le pouvoir, ou la prétention, ou la manie de suivre les usages, ce Londreslà est à la campagne, aux bains de mer, en voyage, et'il est juste de tenir compte de cette circonstance. Mais je ne crois pas me tromper en affirmant que, si M. Beecher était venu ici au mois de juin, âu lieu d'y venir au mois d'octobre, le meeting formé pour le recevoir et Tentendre n'aurait pas présenté une physionomie essentiellement différente de celle que présentait celui d'avant-hier au soir.
Il est possible, comme lord Russell s'est hasardé à le dire dans son discours de Blairgov^rie, que les partisans du Nord aient la majorité ; mais l'influence en Angleterre est, moins que partout ailleurs, une question de chiflres. Qu'importe que numériquement l'Angleterre soit d'un côté, si les « governing classes » sont de l'autre? Or, il me paraît certain que le Sud a pour lui précisément les classes dont l'influence agit d'une manière décisive sur la diiiection des aff'aires. C'est là le mal.
A ce mal il y a un remède. Que les armées du Nord réussissent à se concilier la victoire, et le Sud aura bien vite perdu dans les salons, dans les clubs, même dans les chantiers de Liverpool, les sympathies qui lu[ sont aujourd'hui acquises, — sympathies fort peu sentimentales de leur *
nature et qui ne tiendraient pas un mois contre la puissance du fait accompli. Il ne sied qu'aux petites gens, aux gens du peuple et à ceux qui professent le culte des idées, de prendre feu pour la vérité, d'adorer la justice à cause d'elle-
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même et de demander compte au succès de la moralité de ses moyens avant de plier devant lui.
L'espace me manque pour entrer dans l'analyse du discours de M. Beecher, qui, aussi bien, ne renferme rieu de tout à fait nouveau. Ce qui importe, c'est la manifestation qu'il a provoquée. Lorsque l'orateur a fait allusion à la saisie des vaisseaux cuirassés de M. Laird, sur Tordre de lord Russell, il y a eti dans l'auditoire comme un frémissement de joie. Lorsque l'orateur a fait allusion à la manière dont le Times traite les affaires d'Amérique, il y a eu dans l'auditoire comme un frémissement de colère. « Trois grognements pour le Times », a crié une voix, et les trois grognements ont eu lieu. Ce n'est point la majorité qui, généralement parlant, fait les destinées de l'Angleterre, je F ai dit et je ne m'en dédis pas; mais, dans les questions où les sentiments de cette majorité éclatent de manière à ne laisser aucun doute sur leur intensité, les classes gouvernantes sont bien obligées de regarder derrière elles, pour voir si toute la nation les suit et jusqu'où elle est disposée à les suivre.
26 octobre.
Héme sujet.
Samedi dernier, le révérend H. W. Beecher était traité dans Àlbion-Hotel, à Manchester, par de nombreux amis. C'était un déjeuner politique. Le maire de Rochdale présidait. Après déjeuner, les convives, au nom d'une cause chère à tous les hommes de cœur, ont adressé de solennels remercimeats au héros de la réunion et lui ont fait leurs adieux, car il est au moment, je crois, de quitter TÀngleterre.
Est-il besoin de vous dire quel est ce révérend H. W. Beecher qu'on fête ainsi dans la capitale du royaume du rot Coton? Le bruit de son voyage en Angleterre a dû parvenir jusqu'à vous. La lutte ardente, qui, provoquée ou plutôt ravivée par ses harangues , s'est engagée autour de son nom , a été, certes, assez bruyante pour vous être connue. Frère de cette célèbre mistress Beecher Stowe à qui l'humanité est redevable d'un des plus beaux livres qu'ait jamais inspirés l'amour de l'humanité, M. Beecher est venu de l'Amérique rappeleff aux Anglais ce que beaucoup d'entre eux, hélas ! commençaient à oublier, après l'avoir lu cependant d'un cœur agité dans le roman de Uncle Tom's Cabin.
Étranges sont, en vérité, les révolutions que subissent quelquefois les tendances et les idées d'un peuple ! Comme
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l'Angleterre tressaillit le jour où le grand roman de mistress Beecher Stowe mit à nu devant elle les horreurs de l'esclavage f Pais: une voix dissidente n'aurait osé s'élever ici, à cette époque. Si jamais, parmi les femmes, il y eut un succès de larmes, ce fut alors. Qui ne se souvient de cette lettre touchante dans laquelle les dames auglaises de tout rang adjurèrent leurs sœurs d'Amérique d'user de leur douce, de leur puissante influence, en faveur des mères à qui l'institution de l'esclavage permet qu'on arrache leurs enfants pour les vendre; en faveur des enfants dont, aux termes d'un code impie, leurs propres peines, ont le droit de trafiquer? Quand elle fut écrite, cette lettre désormais impossible à effacer de l'histoire del'Angleterre, le Nord et le Sud n'étaient pas aux prises; le coton n'avait pas cessé de suivre sa route accoutumée ; le spectacle de la république de Washington divisée, déchirée, ensanglantée, n'était pas encore venu donner aux Anglais l'espoir d'être délivrés d'une rivalité importune. Tout cela est arrivé depuis, et depuis, — le cœur se serre à cette idée, — il a fallu qu'à son tour madame Beecher Stowe adressât aux dames anglaises, aux tendres signataires de la lettre dont je parlais tout à l'heure, un appel qui est resté sans réponse, sinon sans écho !
Non, je ne connais pas dans l'histoire de phénomène plus douloureux que le changement qui s'est manifesté en Angleterre, relativement à la question de l'esclavage, depuis la révolte des planteurs d'Amérique. On a vu la plus influente portion d'un peuple qui avait aboli l'esclavage dans ses propres colonies, au prix d'énormes sacrifices, applaudir aux efforts et aux succès d'une armée composée de marchands d'hommes. On a vu des corsaires à l'usage des propriétaires de nègres sortir des ports d'un pays qui avait poursuivi le commerce des nègres sur toutes les mers. On a entendu des
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hommes proclamer sainte, conforme aux enseignements de la Bible, conforme à la loi de Dieu, l'institution de Tesclavage, et cela dans un pays où Wilberforce est né I . Et, tenez, il y a quelques jours à peine, un membre de la Chambre des Communes, M. B^esford Hope, arrachait, dans Liverpool, des applaudissements enthousiastes à un nombreux auditoire, en revendiquant pour l'Angleterre la gloire de sympathiser avec le Sud; en niant que, selon l'expression de lord Russell, les partisans du Nord formassent ici la majorité; en se moquant de l'attorney général, sir Roundell Palmer, pour ses scrupules relativement à l'observance d'une neutralité stricte; que dire encore?. en paraissant souhaiter pour les paysans d'Angleterre la condition de ces heureux nègres qui, là-bas, sont si bien nourris, si bien vêtus, si régulièrement envoyés à l'église.
Or, pendant que M. Beresford Hope insistait de la sorte sur les bienfaits, immenses et très-enviables, de l'esclavage, un autre membre de la Chambre des Communes, M. Lindsay, se faisait honneur devant une assemblée agricole d'avoir en ce moment chez lui deux hôtes illustres, M. Mason et le colonel Lamar. Du premier, je n'ai rien à vous apprendre que vous ne connaissiez déjà ; mais, pour que vos lecteurs soient eu état de bien apprécier le sens des vertus hospitalières dont M. Lindsay se vante, peut-être serait-il nécessaire qu'ils fussent mis au courant des exploits qui font du colonel Lamar un hôte illustre.
Malheureusement, voici le seul qui, dans ma mémoire, ;se trouve associé à son nom. Il nous souvient d'un drame où figura un yacht nommé le Wanderer. Le propriétaire de ce yacht l'ayant transformé en négrier, quatre cents pauvres Africains qu'il portait furent débarqués en Géorgie. Mais qu'advint-ril? Que les autorités fédérales, averties à temps,
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ovdounèrent la saisie» du vaisseau, le condamnèrent, le mirent e& adjudication. Lamar, tel était le nom àvt propriétaire , le front haut, rœil en feu, le poing ferffié, se rendit sur le lieu des eucbères; rossa, — pardonnez-moi ce mot, qui manque au vocabulaire de la chevalerie, — le premier qui osa se présenter comme enchérisseur et racheta le yacht à un tiers de sa valeur, aux applaudissements de ses pareils. Mais le € New-York Yacht Club » , dont il faisait partie, prit la chose au sérieux et ne jugea pas à propos d'avoir plus longtemps parmi ses membres un homme qui avait une si forte tendance à changer les yachts en négriers. Le Morning Star^ après avoir retracé les circonstances les plus saillantes de cette aventure, se demande si le Lamar qu'elle recommande aU) respect des peuples civilisés et à la sympathie des âmes chrétiennes est bien le même que cetiû dont Famitié gonfle de joie et d'orgueil le cœur de ML Lindisay. En attendant qu*à cet égard M. Lindsay daigne dissiper nos doutes, je dois à la justice de reconnaître qu'il est un- acte, en tout cas^ dont on ne saiurait contester la gloire au colonel Lamar. C'est bien lui, pour le coup, lui Tami et Vhôte de M. Lindëay, qui dernièi^ement appelait les agriculteurs du comté de Surreyà bénir avec lui, dans l'institution de l'esclavage , un diviln décret de la Providence, attentive à sauver l'Afrique et à civiliser l'Amérique !
Oui, voilà les choses qui sont dites, qui sont écoutées, qui sont applaudies en l'année 1863 de l'ère chrétienne, dans la patrie de Wilberforce.
Vous étonnerez-rvous, après cela, si je vous mande que H. Beecher, dans son voyage apostolique en Angleterre, a eu à traverser de cruelles épreuves; qu'il a été presque repoussé à Edimbourg, presque maudit à Glasgow, et bafbué à Liverpool?
Mais serais-je équitable envers l'Angleterre, si je m'arrêtais là? Non, non, grâce à Dieu! La justice, la civilisation, le christianisme, l'humanité ont aussi leurs soldats dans ce pays libre et y lèvent incjessamment des recrues. Les capitaines, non plus, ne manquent pas à cette armée du droit. Le Sud, combattant pour le maintien de l'esclavage, a contre lui le plus puissant des orateurs de l'Angleterre, M. Bright, et le premier de ses penseurs, M. John Stuart Mill. Si les salons de Londres et les chantiers de Liverpool retentissent de vœux formés en faveur du Sud, le Nord a Tardent appui des ateliers de Londres et du Lancashire. Si le courant des idées, en haut, va dans une direction, il va, en bas, dans une direction diamétralement contraire. Si le triomphe du Sud est désiré vivement par l'aristocratie, le triomphe du Nord ne l'est pas moins vivement par le peuple. Ici, l'influence politique et sociale, là l'influence morale, numérique; et, entre ces deux forces, un gouvernement qui cherche dans le maintien de la neutralité un moyen de n'irriter à l'excès ni la première ni la seconde.
J'ai constaté l'insuccès de M. Beecher à Liverpool, dans un meeting où dominaient les constructeurs à'Alabamas et leurs agents : il ne faut pas que j'oublie de constater son succès à Manchester, dans un meeting où dominaient les hommes du peuple. Mais ce qu'il convient surtout que je signale à votre attention, c'est ce que j'ai vu et entendu, l'autre soir, à Londres, dans Exeter-Hall. De pareilles scènes consolent de bien des douleurs, et celle-ci ne s' effacera jamais de mon souvenir.
La foule était immense. Immense aussi a été l'enthousiasme qui s'est manifesté, et lorsque l'orateur est entré dans la salle, et lorsque le nom de M. Lincoln a été prononcé, et chaque fois que l'abolition de l'esclavage a été annoncée
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comme le dénoûment inévitable de la prodigieuse lulle qui déchire le nouveau monde.
Il est vrai que ce meeting, très-imposant par le nombre, rétait moins par la position politique et sociale de ceux qui le composaient. Aucun personnage hors ligne n'occupait le fauteuil. On n'avait à montrer du doigt sur la plate-forme aucun de ceux dont le nom, quand ils paraissent en public, monte à toutes les lèvres. Ce que le meeting représentait, c'était la portion la plus recommandable et la plus éclairée de la classe moyenne, unie au peuple.
A Liverpool, sentant bien qu'il avait affaire à des marchands, M. Beecher s'était étudié à n'envisager la question de l'esclavage que sous son aspect pour ainsi dire commercial. Ce n'est pas, en effet, au point de vue de la production et .de la distribution des richesses seulement que le travail esclave est funeste : c'est aussi au point de vue de leur consommation. Au producteur il faut, pour que ses efforts ne soient pas frappés de stérilité, des consommateurs et des consommateurs qui payent. Or, l'esclavage consomme peu et n'achète pas. Dans le sud de TAmérique, sur une population de douze millions d'hommes, il y a huit millions de blancs et quatre millions de noirs. Si le Sud l'emportait sur le Nord, qu'arriverait-il? L'esclavage, dès qu'on le condamne k rester sur place, se dévore bien vite lui-même. Il ne saurait vivre qu'à la condition de s'étendre. Les planteurs le savent, et c'est pourquoi ils se montraient, avant la guerre, si impatients d'inoculer aux territoires annexés le venin de l'esclavage. Ils n'eurent pas d'autre but quand ils arrachèrent le Texas au Mexique. Vainqueurs, nul doute qu'ils ne cherchassent et ne réussissent à agrandir d'une manière formidable le domaine du fatal principe pour lequel ils se sont armés. La question est donc de décider si les villes
industrielles de ce pays, Manchester, Liverpool, Glasgow, Paisley, Sheffield, etc., sont intéressées à voir substituer, sur le marché américain^ une classe de consommateurs appauvris par la servitude à une classe de travailleurs enrichis par la liberté.
Telles étaient les considérations que M. Beecher avait cru devoir développer à Liverpool : devant son auditoire de Londres, il a fait appel à un sentiment plus élevé, et il a recherché tout d*abord de quel côté était la justice dans cette grande querelle.
On a beaucoup dit et beaucoup répété en Angleterre que l'esclavage n'était pour rien dans . les déchirements des Étals-Unis; que, si ceux du Sud avaient brisé leur contrat avec ceux du Nord, c'était uniquement parce que les premiers se sentaient lésés par ce contrat, parce que leurs intérêts de peuple agricole souffraient cruellement d'une alliance trop étroite avec un peuple manufacturier; parce qu'en un mot l'Union était pour eux une camisole de force dans laquelle ils étouffaient. Oui, voilà ce que les partisans du Sud ici ont exprimé sous toutes les formes, ont exprimé sur tous les tons. L'argument était si commode ! 11 était si bien imaginé pour sauver les partisans du Sud du flétrissant reproche de sympathiser avec l'esclavage ! Que dis-je? il leur permettait si bien de se poser en défenseurs du droit, en champions de l'indépendance d'une nationalité proclamée? Ces pauvres planteursl Mais leur cause, c'était celle de l'Italie frémissant sous le joug de l'Autriche, celle de la Pologne soulevant ses chaînes. A ce déplorable sophisme M. Beecher a répondu par la lecture d'une pièce écrasante.
M. Stephens est aujourd'hui vice-président de la confédération du Sud et, en cette qualité, voué corps et âme à la
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cause de la séparation ; mais il y eut un temps où nul ne voyait plus clairement que lui tout ce que cette cause avait d'inique, tout ce qu'elle entraînerait de malheurs^, tout ce qu*elle contenait de sang. Aussi, quelle fut son attitude, quel fut son langage, lorsque, au mois de janvier 1861, la question de la séparation fut agitée dans la convention de l'État de Géorgie? Rien de plus pressant, de plus décisif, de plus pathétique même que le discours qu'il prononça, dans cette occasion , pour arrêter ceux de son parti aux bords de l'abîme sanglant. Que prétendaient-ils faire? Comment pourraient-ils jamais se justifier aux yeux du monde d'avoir ainsi couru au-devant d'une épouvantable guerre civile? Quels étaient leurs griefs ? Était-il un seul de leurs droits que le Nord eût assailli, un seul de leur& intérêts que le Nord eût méconnu? Lorsque le Sud avait demandé, pour ses esclaves, la représentation des trois cinquièmes dans le Congrès, estce que cette demande ne lui avait pas été accordée? Lorsque le Sud avait exigé que tout esclave fugitif cherchant asile dans un État libre fût saisi et ramené à son maître, est-ce que cette exigence n'était pas devenue partie de la constitution et n'avait pas reçu de la « Fugitive Slave Law *, en 1850, une consécration spéciale? Lorsque le Sud avait cr>nvoité de nouveaux territoires où il pût étendre l'institution de l'esclavage, est-ce qu'on ne lui avait pas livré la Louisiane, la Floride, le Texas? Est-ce que , loin d'avoir été opprimé par le Nord , le Sud n'avait pas eu, pendant presque toute la durée de l'Union, la part du lion dans la direction des aflfaîres fédérales, dans la conduite du Congrès et du Sénat, dans le maniement des forces de terre et de mer, dans le choix des fonctionnaires publics?... Ici, les chiffres donnés par M Stephens sont d'une telle éloquence qu'il faut les laissser parler. Ont été fournis à l'Union :
Par le Sud. Par le Nord.
Présidents 60 24
Juges de la cour suprême 18 li
Présidents temporaires du Sénat. .24 i i '
« Speakers » 23 12
« Attorneys gênerais » 14 5
Ministres à l'étranger 86 54
Sur l'ensemble des fonctionnaires
divers dans le département du
pouvoir exécutif, environ. . . . 2/3, environ 1/3
Et maintenant, si Ton songe que le Nord, si mal partagé, l'emportait néanmoins sur le Sud par sa population, par rétendue de ses relations commerciales, par l'importance relative du contingent qu'il fournissait soit à l'armée, soit à la marine , et si , d'autre part on réfléchit que c'est le vice- .président actuel de la confédération qui se trouve avoir dressé le tableau statistique que M. Beecher a présenté Tautre soir à Tauditoire d'Exe ter-Hall, de quelle stupeur ne sera-t-ou pas saisi en se rappelant le bruit que certaines gens ont osé faire de ce qu'ils appelaient l'oppression du Sud?
La vérité est, au contraire, comme l'orateur l'a démontré, qu'avant la séparation c'étaient les hommes du Sud qui avaient la haute main dans les affaires, eux qui avaient rempli les tribunaux de leurs afSdés, eux qui disposaient des emplois, eux qui donnaient des officiers aux soldats et aux marins recrutés dans le Nord, eux qui dominaient en un mot. Et certes, ils ne pouvaient reprocher au Nord de viser l'esclavage au cœur, puisque, même après que la guerre a éclaté, les fédéraux n'ont écrit sur leur bannière d'autre
devise que celle-ci: « Rétablissement de l'Union », tant ils craignaient, même alors, de violer, en menaçant l'esclavage, le contrat fédéral qui faisait dépendre l'existence de celle horrible institution du principe de la souveraineté des États !
La vérité est que la constitution obligeait le gouvernement fédéral à respecter l'esclavage , considéré comme institution locale ; mais ce qu elle ne l'obligeait pas à permettre, c'était son extension aux territoires annexés. Cette extension, le Sud la jugeait nécessaire à ses intérêts, tandis que le Nord, à qui son contrat ne l'imposait pas, la repoussait. La crise est sortie de là. Le jour où l'élection de M. Lincoln a fait passer le pouvoir fédéral en d'autres mains que celles du Sud, et a, de la sorte, enlevé au Sud l'espoir d'employer le pouvoir fédéral à changer un principe toléré en un principe conquérant, les planteurs ont pris les armes. Le jour où le Sud à cessé d'être le maitre, il s'est dit opprimé.
Mais, dès que l'esclavage sortait Je l'Union, n'était-il pas du devoir du gouvernement fédéral de le traiter, sans plus attendre, en ennemi public? M. Beecher s'est étudié péniblement à montrer comme quoi, sous ce rapport, le gouvernement fédéral était sans reproche. Là, il faut bien le reconnaître, a été la partie faible de son discours. Si, dans les circonstances terribles où le plaçait la révolte du Sud, le Nord avait eu l'heureuse audace de faire tenir dans sa cause celle de l'humanité tout entière, quelle force n'aurait-il pas puisée dans les sympathies du monde, et avec quelle invincible autorité n'aurait-il pas imposé silence aux antipathies de la portion la moins généreuse , mais la plus influente, hélas ! du peuple anglais ! — Mais ne fallait-il pas désarmer, au sein même des États-Unis, le mauvais vouloir des démocrates, leur présenter le seul drapeau autour duquel ils pus-*