‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 31 sur 88 · UNE CHOSE DONT ON PARLE TOUT B4S · texte numérisé non relu

UNE CHOSE DONT ON PARLE TOUT B4S

diverses manières de s'enrichir ? Les affirnaations-ne portent, bien entendu, que sur le fait d'une action intentée à un personnage important, pour cause d*adultère. Mais l'accusation est-elle fondée? Nul ne peut dire qu'elle l'est, et il est fort peu vraisemblable qu'elle le soil.

Ce n'est pas que le héros présumé de l'aventure n'ait une réputation, depuis longtemps acquise, de grâce et d'amabilité d'une part, et de sensibilité de l'autre ; mais enfin son âge est, en cette occasion, son meilleur avocat. Je veux bien que l'amour ne connaisse point la règle, ainsi que saint Jérôme l'écrivait à Chiromatiiis : Àmor ordtnem nescit; mais qu'il lui déplaise en général d'arrêter so& vol sur les chênes arides, ainsi que le remarque Horace : Importunus enim transvolai aridas quercus^, j'en suis assez d'avis. On cite des exemples de galanterie surannée : pourquoi ? Je suppose que c'est précisément parce qu'ils sont rares. On raconte que Fonterielle,. presque centenaire, se laissa choir un jour en essayant de ramasser l'éventail d'une jeune et jolie femme. Comme elle l'aidait à se relever : « Ah ! s'écria-t-il, si j'avais encore mes quatre-vingts ans ! » Le mot est charmant ; mais quelle énorme vanterie, même de la part d'un Fontenelle !

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ccvin

38 octobre.-

A propos de la eonstraetion de rAlabama.

La presse anglaise est fort occupée d'un discours que vient de prononcer dans la salle de musique de Birkenhead M. John Laird, ce fameux constructeur de navires auquel les confédérés d'Amérique doivent d'avoir pu assaillir, piller, brûler tant de vaisseaux de commerce appartenant à leurs ennemis. Et cet honneur, le discours de M. Laird le mérite, non certes par sa clarté, mais par son obscurité ; non par les explications qu'il donne, mais par celles qu'il élude; non par la franchise de ses aveux, mais par la signification de ses réticences. ^ ^

Dès que M. Laird, s'adressant au public, se mettait à par* 1er chantiers, vaisseaux, marine, il était tout simple qu'on

s'attendit à entendre sortir de sa bouche le mot Alabama; et cette justice lui est due que Tattente du public, à cet égard, n'a pas été trompée. Non-seulement il a lâché le mot, mais il a vanté la chose! V Alabama ! Que\ superbe navire ! Où et quand vit-on son pareil? Que les Américains viennent donc maintenant se pavaner, parce que certains de leurs vaisseaux font vingt milles à l'heure ! V Alabama n'en fait que treize, à la vérité ; mais cela a-t-il empêché le hardi corsaire de tenir en échec toute la marine fédérale, de défier la puissance de quatre cents navires ? Voilà ce qui fait la joie

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(le M. Laird, voilà ce qui Tenivre d'orgueil, d'autant plus que si on lui demande le nom des constructeurs, il peut répondre : « Les consti:ucteurs sont mes fils. »

Très-bien ! Mais il est une autre question à laquelle on aurait voulu voir M. Laird répondre : dans quel dessein, pour quel usage, au profit de qui, au nom de quel principe, en vertu de quelle loi messieurs vos fils ont-ils construit YAlabama^ et les vaisseaux cuirassés qui se disposaient, assure-t-on, à continuer ses exploits, lorsque lord Russell en a ordonné la saisie?

C'était là un point fort intéressant à éclaircir.

S'il est faux que, en violation du « Foreîgn enlistment Act » et au mépris de la neutralité proclamée par l'Angleterre, ces vaisseaux fussent destinés à servir le Sud contre le Nord, M. Laird aurait dû nous le dire.

Si le fait est vrai, au contraire, mais, dans l'opinion de M. Laird, parfaitement légal, c'est ce qu'il aurait dû nous apprendre.

Mais non : sur l'un comme sur l'autre point, le discours est muet. Ce silence parle.

De plus, pour quiconque a l'habitude d'interpréter les apologues, n'y aurait-il pas une confession dans le passage de cette harangue où il est fait allusion à la chasse au renard? « Lorsque les chiens de chasse, a dit M. Laird, approchent du terrier, le renard les flaire; quand le chasseur arrive, plus de renarde » Et l'orateur a lui-même comparé YAlabama au renard, pour les absoudre tous les deux. Que conclure de là, sinon que YAlabama avait flairé la justice et savait h merveille à quoi s'en tenir sur la chasse- que lui donneraient les hommes de la loi? La remarque est du Times.

Autre passage à noter : « Ce n'est pas d'aujourd'hui, »

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a naïvement déclaré M. Laird, « que j*ai la main dans les expéditions secrètes. Il y a quelques années, le gouvernement de ce pays jugea bon d'envoyer secrètement des vaisseaux en Chine et dans les divers ports de l'Inde. On prévoyait une guerre avec la Chine; on craignait de voir les Russes sur l'Indus et TEuphrate; on avait besoin d'un homme de confiance : 1e gouvernement eut recours à moi. » Et l'orateur a raconté comme quoi il se montra digne, en cette occasion, de la confiance qui lui était témoignée, par le mystère dont il couvrit l'exécution des ordres qu'il avait reçus. Franchement, il aurait pu se dispenser de cette déclaration. Que la construction de Y-Alabama se rapportât au projet d'une expédition secrète^ partant peu avouable, eh! mon Dieu, qui donc l'ignorait? Mais c'est le secret de la comédie, que ce secret-là.

Si, après un tel discours, on doute encore de la nécessité absolue de la saisie récemment ordonnée par lord Russell, convenons qu'on y mettra de la bonne volonté !

Mais cette saisie sera-t-elle judiciairement sanctionnée, ou bien trouvera- t-on, comme dans le cas de YAlexandra^ quelque autre chief baron PoUock prêt à annuler la confiscation, sous prétexte qu'il n'y a pas de différence entre vendre des armes à un belligérant et lui vendre des vaisseaux?

Si ce scandale devait se renouveler; si le « Foreign enlistment Act » devait être désormais considéré, ou comme un vain chiffon de papier, ou comme une loi faite seulement pour qu'on l'élude; s'il devenait loisible au premier venu de rendre illusoire ou de faire paraître hypocrite, au gré de ses sympathies particulières, de ses intérêts mercantiles, de ses caprices, la politique de neutralité hautement adoptée par son pays; si tout flibustier auquel il prendrait fantaisie de

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s'allier h une puissance belligérante était reconnu libre > quoique appartenant à une nation neutre, de construire une flotte dans un port de cette nation, de couvrir des vaisseaux d'une cuirasse de fer, de les envoyer en mer à la distance de quelque trois milles, de les faire suivre de leur équipement, et alors, sans autre forme de procès, de poursuivre, de couler bas, d'incendier les vaisseaux de la puissance adverse..., TAnglelerre se trouverait avoir admis un. principe, autorisé une pratique, aussi funestes à son pouvoir naval que destructives des bases sur lesquelles repose, chez elle comme partout ailleurs, la souveraineté nationale.

Pour comprendre r;jbsurdité vraiment monstrueuse de la tolérance dont M. Laird et ses pareils osent réclamer le bénéfice, il suffit d'observer qu'elle a exposé l'Angleterre au danger d'une guerre affreuse avec les États-Unis. Ainsi, la nation anglaise avait eu beau déclarer, par l'organe de son gouvernement, sa ferme résolution de rester neutre, elle aurait pu, par le fait d'un constructeur de vaisseaux, partisan intéressé ou désintéressé du Sud, se voir accusée de mauvaise foi et engagée dans les plus sinistres complications ! Elle aurait eu beau vouloir la paix, il aurait dépendu d'un simple particulier de l'entraîner dans la guerre ! La volonté d'un seul aurait pesé d'un poids plus lourd que la volonté de tous dans la balance des destinées de tous !

Fatales à un point de vue général, les conséquences le seraient doublement à un point de vue anglais. L'Angleterre, qui possède l'Australie, le Canada et les Indes, qui a la houille et le fer en abondance, qui dispose des meilleurs bois de construction, et à qui la mer, sa flottante ceinture, permet de former de nombreux, d'habiles et de hardis matelots, l'Angleterre est autorisée aujourd'hui à regarder une guerre maritime comme un jeu où le gain de la partie lui est presque

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assuré. Mais que deviendraient les avantages qui lui sont propres, le jour où, dans une lutte contre l'Espagne, par exemple, elle aurait à compter avec les charpentiers de Pensylvanie; le jour où les ressources maritimes du pouvoir qu'elle aurait à combattre pourraient être doublées, triplées, quadruplées, quintuplées par des vaisseaux qu'auraient construits dans des ports neutres et que lanceraient à la mer tels ou tels riche? constructeurs de navires , ennemis de sa grandeur ou avides de ses dépouilles? Il y a quelque temps, le Spectator, à l'appui de ces graves considérations, supposait TAngleterre, qui est si forte sur mer, aux prises avec l'Allemagne, qui Test si peu, et, comme conséquence du principe en question, il montrait des vaisseaux de guerre se construisant pour le compte de l'Allemagne dans chaque port américain, couvrant l'Océan, courant sus au commerce de la Grande-Bretagne, ravageant les côtes de l'Inde, faisant monter le prix du fret et de l'assurance à des chifires ruineux, nécessitant pour les vaisseaux marchands l'incessante protection des vaisseaux de guerre, et finissant par rendre inévitable une guerre avec l'Amérique. Ce tableau est-il exagéré? Que l'Angleterre adopte, si le cœur lui en dit, la doctrine que recommandât les partisans du Sud, et elle verra !

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