LA PRAHODE DES TRANSFERTS
30 octobre.
lia pratique des transferts.
Vos lecteurs savent-ils l'origine du fameux mot échiquier {exchequer)t S'il en faut croire certains éplucheurs d'élymologies, ce mot viendrait de l'étoffe bigarrée (checkered) qui couvrait la table autour de laquelle, du temps des rois normands, le monarque et les « barons de TÉchiquier » se réunissaient périodiquement pour discuter, en audience solennelle, toutes les questions intéressant l'État et relatives au revenu. C'était là que, deux fois par an, on recevait les comptes et le serment des shérifs, lesquels, sous le gouvernement de la conquête, étaient à la fois commandants militaires en temps de guerre, administrateurs des domaines royaux, et officiers du revenu.
J*ignore, en vérité, pourquoi on a tant dit et répété que l'argent était le nerf de la guerre : il ma semble qu'on pourrait le nommer, avec autant de raison, le nerf de la paix. Qu'il soit le nerf du gouvernement, ce n'est pas en Angleterre, où le vote des subsides est l'alpha et l'oméga de la politique, qu'on sera tenté de le nier. Aussi la dignité du trésorier y est-elle naturellement devenue la plus importante du royaume. Aujourd'hui, si tous demandez quel est celui des serviteurs publics qui a mission d'être Time et le cerveau du gouvernement, — sur qui repose la formation du cab^let, — qui fait la distribution des soixante places
qu'embrassent les divers départements du second degré, — « qui nomme les juges chargés de présider à Westminster, » — qui contrôle la nomination des hauts fonctionnaires tels que les ambassadeurs, — de qui dépend la nomination des archevêques et des évéques, — à la recommandation de qui la reine désigne de nouveaux pairs, — qui enfin a le titre pompeux de <i premier », on vous répondra que c'est le chef des « lords commissaires de la trésorerie; » que c'est le « premier lord de la trésorerie. »
Non qu il soit nécessairement tenu, en cette qualité, de remplir les fonctions de ministre des finances, les fonctions de « chancelier de l'Echiquier » : il en a été quelquefois ainsi, notamment en 1841, mais cela n'est nullement de rigueur.
C'est donc, en thèse générale, le second lord commissaire de la Trésorerie qui, sous le nom de « chancelier de l'Echiquier, D a le maniement spécial des finances; c'est lui qui propose le budget; et comme c'est la Chambre des Communes qui le vote, il faut que Je lord chancelier soit un « commoner. » Parmi ses privilèges, et ils ne sont pas à dédaigner, figure celui de disposer de 700 bénéfices, ce qui est beaucoup, si Ton songe que la couronne elle-même n'en a pas à sa disposition plus de 950. Mais, pour diç|;ateur financier, il ne Test certes pas.
En premier lieu, la Chambre des Communes, nul ne l'ignore, lient et tient bien les cordons de la Bourse. ,
En second lieu, la plus nolable portion du revenu, soit intérieur, soit extérieur, est versée, pour le compte de l'Échiquier, dans la Banque d'Angleterre, d'où les ordres de la Trésorerie ne peuvent pas faire sortir un farthing sans que ees ordres aient été sanctionnés par le k contrôleur de rÉchiquier, » dont l'affaire est de veiller à ce qu'ils soient