LA PRATIQUE DES TRANSFERTS
en conformité parfaite avec les prescriptions parlementaires, Me coiî'trôleur général jouant de la sorte, ainsi que Tobserve le DfftVy Télegrafjk^ le rôle du dragon qui gardait les pommes ^fft du jardin des Hespérides.
Jusque-là, rien de mieux. Mais voicî oii l'abus commence.
Pour les payements à effectuer, les choses se passent
comme suit :
La trésorerie s'adresse au contrôleur général pour qu'il ^'.;. ait à autoriser la Banque à mettre au crédit du payeur général une certaine somme affectée à un certain service. Sur ce, le contrôleur général vérifie ce qui a été dépensé pour ce service, et examine si la somme demandée n'excède pas ce que le Parlement a voté. Une fois rassuré à cet égard, il donne l'autorisation requise. Mais, cela fait, son droit de contrôlé cesse. Sa surveillance ne s'étend point à la manière dont les payements s'effectuent, à Toffice du payeur général. II sait que celui-ci doit recevoir tant pour tel service, mais il n'a aucun moyen d'empêcher que l'argent destiné à ce service soit appliqué à un autre ; que Targent destiné à l'armée, par exemple, soit appliqué à la marine.
Il en résultrïque la pratique des « transferts » tend à s'établir de plus en plus. L'argent voté par le Parlement ne va pas où le Parlement a par ses votes décidé qu'il irait ; il ne se distribue pas entre les diverses branches du service public conformément aux règles de la souveraineté parlementaire; en''jiïf mot, la « clause d'appropriation », sur laquelle le Parlement cro^ilevoir insister chaque année, est comme si elle n'était pas.
Cette « clause d'appropriation » remonte, paraît-il, au
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règne de Cbarles II, et fut introduite dans un bill des subsides, non-seulement sur la demande expresse de ù^ mo* Darque» mais malgré les remontrances formelles lie ses ministres.
Charles II voulant à tout prix reculer, en matière de dépenses publiques, les bornes du contrôle parlementaire 1 Le fait-, à coup sûr, est trop étrange pour ne pas mériter qu'on l'explique. Lord Clarendon eh donne Texplication que voici: Charles II s'était fait prêter de Targent par divers banquiers; et, s'il attacha tant d'importance à Tadoption de la clause d'appropriation, ce fut afin de n'avoir pas à employer au remboursement de ce qu'il avait emprunté les subsides que le bîll loi accordait. Que voilà bien le libéralisme des despotes !
Quoi qu'il en soit, puisque la clause a été maintenue, il faut ou s'en départir en principe, ou s'y conformer dans la pratique. S'y conformer peut n'être pas très-facile, aujourd'hui que les services sont centralisés entre les mains du payeur général ; et lorsqu'on réfléchit que, le premier jour de chaque quartier, des milliers de personnes passent par l'office de ce fonctionnaire, on comprend qu'il ne soit pas fort aisé d'acquitter les branches, si diverses, des dépenses publiques, sans perdre un seul instant de vue le princif^ strict de l'appropriation. Mais la difficulté e^elle insurmontable ? H y a quelque trente ans, la nécessité d'empêcher que les fonds volés par le Parlement pour certains services ne fussent détournés de leur destination propre fit créer un € Bureau des comptes » (Audit Board), gui eut charge de vérifier l'emploi des fonds, ^u ce qui èoicernait la marine. Plus tard, en 1846, ce sy^kiiefut é!enfdu aux comptes de l'armée. N'y a-t-il donc aucune possibilité de l'étendre aux services civils? La question vaut la peine qu'on s'y
OBJECTIONS âO projet d'ON CONGRÈS EUROPE'eN 119
arrête. Elle touebe à Thouneur de ces institutions parlementaires dont les Anglais se vantent d'avoir fourni au monde le meilleur modèle.
8 novembre.
ObjectUns de l'Ansleteppe au projet d'un congrès
earopéen*
Parmi les hommes politiques de ce pays^ il en est un dont l'opinion sur les événements que chaque jour amène a pour moi la valeur et l'utilité d*un thermomètre. Doué d'un singulier talent d'observation, d'une sagacité peu commune, d'un esprit très-fin, il a surtout, à mes yeux, ce mérite qu'il juge au point de vue anglais chaque question qui se présente. Aussi est-ce à lui que je m'adresse le plus volontiers lorsque, après avoir parcouru toute la gamme des appréciations diplomaiiqueê et des commentaires calculés que la presse anglaise peut fournir, je désire avoir une idée bien nette de Timpression que tel ou tel fait, tel ou tel discours sont de nature à produire en Angleterre.
Hier, je lui fis visite, et, de retour chez moi, je me hâtai de jeter sur le papier les résultats de ma conversation avec lui. Permettez-moi d'en faire partager le profit à vos lecteurs.
MOI. — Eh bien, mon cher ami, que pensez -vous et que vont, selon vous, penser vos compatriotes, du discours par lequel Napoléon III vient d'ouvrir en France la session législative ?
LUI. — Que pensez-vous? que pensez-vous? Cela est bien aisé à dire. Mais la réponse n'est pas aussi facile que la demande.
MOI. — Est-ce que par hasard vous hésiteriez à être satisfait? Si je ne me trompe, le grand ennui et le grand souci de l'Angleterre étaient la paix qui n'est pas la paix, le repos qui n'est pas le repos. Vous regardiez sans cesse du côté de la France avec inquiétude. Vous aviez toujours présent à l'esprit ce mot de Chateaubriand qu'elle est un nid de guerriers. Quelles que fussent vos sympathies pour la Pologne, toutes les fois qu'on parlait d'affranchir la Vistule, vous vous imaginiez voir l'aigle prendre -son vol vers le Rhin. Le mâle orgueil que vous inspirait l'attitude de vos volontaires n'était pas sans mélange d'amertume. Vous accusiez d'imprudence, même de folie, les doctrines ultrapacifiques de l'école de Manchester; mais, au fond, vous auriez bien voulu que l'état violent de l'Europe ne vous donnât point tant raison contre MM. Cobden et Bright. Vous approuviez lord Palmerston de jeter l'ajgent par les fenêtres, dans son empressement à construire des forteresses flottantes, à en élever d'immuables, à remplir vos arsenaux, à mettre vos côtes en état de défense, à avoir, en un mot, une paix aussi coûteuse que la guerre ; mais lorsque M. Cobden lui faisait un crime de tout cela, c'était en gémissant que vous donniez tort à M, Cobden, et il vous paraissait dur que le fardeau, déjà si lourd, de vos taxes fût rendu plus lourd encore, parce qu'il plaisait à la France d'entretenir sur pied un demi-million de soldats.
OBJECTIONS AU PROJET d'uN CONGRÈS EUROPEEN 121
LUI. — Rien de plus vrai. Et qu'en concluez- vous?
MOI. — Ce que j'en conclus? Mais vous n'avez donc pas lu le discours dont je vous parle? Il m'a semblé y entendre sonner l'heure du désarmement général. Les jalousies nationales y sont dénoncées comme funestes et folles; l'ostentation de la force y est signalée comme une cause d'épuisement : une ère nouvelle d'apaisement et d'ordre y est sinon prédite, au moins désirée. Quel plus pacifique langage est-il donc permis d'attendre d'un homme qui est à la tête de tant de vaillantes légions?
LUI. — Oui, j'en conviens, le discours peut s'interpréter ainsi, et je vois dans la Presse que c'est ainsi qu'il est interprété par un éminent publiciste français, peu disposé à se payer de mots, et accoutumé à aller au fond des choses, M. Emile de Girardin. Mais que voulez-vous? on est défiant de ce côté du détroit; et vous avouerez que le discours eût gagné en clarté par l'omission de la phrase que voici : « Deux voies sont ouvertes : Vune conduit au progrès par la conciliation et la paix ; Vautre, tôt ou tard, mène fatalement à la guerre^ par Vobstination à maintenir un passé qui s'écroule. » Si vous avez entendu sonner l'heure du désarmement général, ce ne peut pas être, en tout cas, dans cette phrase. Ce que j'y entends, pour mon compte, c'est le grondement lointain du canon.
MOI. — M. Emile de Girardin, que vous citiez tout à l'heure, répond à cela en excellents termes, quand il s'écrie : « Est-il donc défendu à la paix d'être virile? »
LUI. — La paix n'a nul besoin d'être virile, lorsque la main qu'elle tend ne trouve que des mains prêtes à la serrer : c'est quand le contraire a lieu que la paix sent le besoin d'être virile, et, dans ce cas, elle touche à la guerre. Quand une offre est enveloppée dans une menace, tout
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dépend : i*du degré de peur que causera la menace; 2* des ehanees que l'offre a d'être acceptée. Aussi le Times, qui avait commeDcé par saluer dans le discours d'ouverture une espérance de paix , finit-il par apercevoir derrière la phrase en question < une armée rangée en bataiUe ».
MOI. — D'abord ce que vous appelez une menace n'en est pas une. Constater d'une manière générale que l'obstination à ne rien faire de ce qui assurerait la paix mène tôt ou tard fatalement à la guerre, c'est rappeler une vérité que trop de gens oublient ; ce n'est pas menacer, c'est avertir.
LUI. — Vous auriez parfaitement raison s'il s'agissait ici d'une vérité énoncée dans un recueil de maximes par un philosophe ennemi de la guerre, écrivant au coin de son feii. Mais qu«nd de telles paroles sont prononcées du haut de la tribune française par un souverain qui , d'un signe , peut mettre en mouvement cinq ou six cent mille hommes, et qui déclare parler au nom de la première nation militaire qui soit au monde, cela donne à penser. Nous n'avons pas oublié comment la guerre d'Italie sortit de quelques mots adressés en guise d'avertissement à un ambassadeur.
MOI. — Que voilà bien la logique de la défiance ! (Juoi ! il suffit de deux ou trois expressions où la guerre est présentée comme conséquence, non pas certaine, mais possible, d'une obstination déraisonnable à maintenir ce qui ne saurait plus exister, pour masquer à vos yeux le sens d'un discours dont chaque ligne respire la paix? Car enfin, est-ce que M. Cobden lui-même aurait pu rien dire de plus sensé, de plus fort, de plus décisif, sur la folie des armements exagérés, sur les désastreux résultats de la paix armée, sur l'intérêt qu'ont les souverains ausi^ bien que les peuples à en finir avec la vieille et absurde politique des jalousies mutuelles, de l'amlHtioii
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exclusive et des rancunes? Ile quel langage faut-il donc se servir pour vous convaincre, pour vous rassurer î
LUI. — Pardon! je crains que vous ne m'ayez pas compris. Ce n'est pas la sincérité de Fempereur des Français qui est ici en question. 11 veut la paix, soit ; il oifre un moyen de l'obtenir et de la consacrer, c'est certain. Hais jusqu'où va l'efficacité du moyen qu'il propose? Vous voyez bien qu'il a lui-même des doutes à cet égard : la phrase que nous discutons le prouve. *
MOI. — Et quel autre moyen d'éviter la guerre auriez-vous à indiquer, je vous prie, qui soit préférable à la convocation d'un congrès pacifique des gouvernements? Substituer le ppids de la raison au tranchant de l'épée ; appeler les intérêts divers à chercher de bonne foi ce qu'ils ont entre eux de commun , au lieu de recourir au brutal et aveugle arbitrage du canon, n'est-ce pas là une idée large et saine, tout ' à fait conforme au génie de la civilisation moderne , et qui, venant du chef d'un peuple éminemment guerrier, est un magnifique hommage rendu à la supériorité de l'esprit sur la force ?
LUI. — D'accord. Toute application, même restreinte et accidentelle, du beau système de l'abbé de Saint-Pierre serait un bienfait pour le monde. Si donc vous désirez savoir ce que je pense de la valeur philosophique et morale de l'idée émise, je vous dirai que, loin d*y contredire, je la voudrais plus large encore, plus complète, telle enfin qu'elle germa dans le bienveillant cerveau de l'auteur du Projet de paix perpétuelle. Quel jour que celui ou toutes les querelles insensées qui, aujourd'hui, ensanglantent la terre, et sont souvent aussi funestes aux vainqueurs qu'aux vaincus, seraient prévenues par l'intervention d'un « tribunal suprême des peuples, » organe permanent, respecté, obéi, du droit inter-
national ! Malheureusement, là n'est point la question. Le cardinal Dubois appelait les théories de l'abbé de Saint-Pierre les rêves d'un honnête homme; et c'est justement de la même manière que l'idée d'un congrès européen dans les circonstances présentes est appréciée par le Spectator, qui dit en propres termes, et non sans un soupir : That is but adream. »
MOI. — Je vous avoue qu'une pareille objection me touche fort peu. L'esprit humain est ainsi fait qu*il est toujours porté à croire irréalisable ce qui n'a pas encore été réalisé. Vous souriez? A votre aise. Je suis quelque peu utopiste, je ne m'en cache pas, ou plutôt je m'en vante.
LUI. — Et moi, je suis très- Anglais, partant doué de quelque sens pratique, et j'en remercie Dieu. Or, à mon double point de vue d'Anglais et d'homme pratique, j'ai tant de considérations à faire valoir contre votre desideratum, — dans Tétat actuel des choses, bien entendu, — que je ne sais par où commencer.
MOI. — Essayez.
LUI. — Premièrement, la théorie des cbngrès de la nature de celui qu'on désire suppose une certaine éducation des esprits qui me semble, hélas! très-loin d'être faite. Pour que les rivalités de peuple à peuple disparaissent, il ne suffit pas de les déclarer absurdes; pour que les rancunes nationales s'éteignent, il ne suffit pas de les gourmander. Et tenez, moi qui vous parle, — et je me pique de prendre quelquefois des libertés avec la routine, les préjugés, etc., — j'ai tant de peine, en fait de susceptibilités nationales, à dépouiller le vieil homme, que l'éloge de T empereur Alexandre II sur les lèvres de Napoléon III m'a fortement ému. Passe encore si, à côté de cet éloge , celui de l'Angleterre avait trouvé place ! Mais non : toutes les bonnes paroles sont
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à l'adresse d'un souverain qui n'a voulu rien accorder de ce que lui ont demanj^é la France et T Angleterre unies.
MOI. — Vous oubliez que, si elles n'ont rien obtenu, c'est précisément la faute de l'Angleterre, qui s'est unie en effet à la France sur le parchemin des protocoles, mais après avoir fait sonner^ bien haut sa ferme résolution de ne pas s'unir à elle, le cas échéant, sur le terrain de Taction.
LUI. — Je ne vous dissimule pas que le brusque dénoûment donné, contre notre vœu, à la guerre de Crimée, et le . tour donné, contre notre vœu aussi, à réx|)édition du Mexique, nous ont inspiré beaucoup de répugnance pour les alliances actives. Nous voulons savoir où nous allons, et nous craignons d'être arrêtés trop tôt ou menés trop loin. 11 est possiWe que notre prudence vous paraisse excessive , peu fondée. ^Cependant, si vous réflèïhkfeez que l'opinion publique en France est pour nous un livre à demi fermé ; que nous ne pouvons juger d'avance des vues et des desseins de la France, sous le régime impérial, par aucun des indices que fournit la publicité d'une presse libre; que vous êtes des voisins dont les mouvements dépendent d'une volonté qu'il ne nous est ni permis d'interroger; ni possible de pénétrer lorsqu'il lui convient de rester sous le voile, et dont les décfsions sont en général déclarées soudainement , de façon à 'prendre le monde par s.urprise; que, par conséquent, nous engager avec le gouvernement français, c'est nous risquer en pleine mer sans avoir de boussole... vous conviendrez que nous sommes excusables de pousser la prudence jusqu'à la timidité. Le jour où la France aurait des institutions analogues aux nôtres, notre alliance avec elle serait sans réserve. Jusque-là , il est dans la nature même des choses que notre rôle soit plutôt celui de l'observation que celuf de la confiance. Maintenant, pour en revenir à ce passage du
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discours impérid dont Tempereur de Russie a si fort sujet d'être content, remarquez que la Russie y est particuliërenient louée à cause de Tappui sincère et cordial prêté par elle à Tempereur des Français dans l'affaire de l'annexion du comté de Nice et de la Savoie. C'est un compliment, je le confesse, que nous n'avons pas mérité, nous, qu'on nous adressât; mais il n'en est pas moins vrai que, adressé à la Russie, il donne une signification peu flatteuse au silence gardé à l'égard de l'Angleterre. Il y a, je crois, un proverbe oriental qui dit : La pcarole est d'argent^ le silence est d'or. Le silence n'est pas toujours d'or pour ceux à l'égard desquels on le garde. Lisez les commentaires du Times, vous verrez que c'est son avis. C'est à coup sûr le mien.
MOI. — Vous aviez bien raison de reconnaître que^Tous n'avez pas dépouillé le^villl homme. Vos remarques sentent la jalousie nationale d'une lieue.
LUI. — Justement, et c'est là que je voulais en venir. Cette susceptibilité ombrageuse, que vous condamnez en moi, et que vous éprouveriez très-probablement à ma place, voilà, en ce qui concerne le projet àe résoudre par un congrès des gouvernements européens les problèmes qui les divisent, ma première abjection.
MOI. — Et la seconde, s'il vous plaît?
LUI. — Ha seconde objection a tr^it à la composition nécessaire du congrès. Tout parlement, — et le congrès n'aurait de signification que comme parlement diplomatique, — tout parlement implique des mandants d'une part, et d'autre part des mandataires. Or, par qui les peuples seraient-ils représentés dans votre congrès? Par las gouvernements? Ce serait tout un sans doute si, partout coinoie en Angleterre, les hommes du pouvoir n'étaient que des serviteurs publics {fublic servants). En va-tnl delà sorte? Croyez-vous, par
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exemple, que la Prusse se juj^gd^K bien représentée par les envoyés de M. de Bismark, oufàf M. dQ Bismark lui-même î Hais pourquoi nommer la Prusse ? Voyez^ous d'ici la Bussie figurant dans le congrès pour le comp^ de la Pologne, et rAutriche y parlant au nom de Venise ! Ce seraient de plaisants mandataires, que vous en semble ?
MOL — Vous ne prenez pas garde que, dans le congrès, la Pologne ne serait représentée par |a Russie, et Venise par i* Autriche, que nominalement en qnijdque sorte, et au point de vue de ce qui existe : au point (9e vue de ce qu'il s'agit précisément de changer, les vrais mandataires de la Pologne, de la Hongrie, de Venise serwent celles? des puissances de l'Europe qui associent m triomphe du droit Tinlérét de Tordre européen et la consaltd{ti4Hi de la paix dans le monde.
LUI. — C'est-à-dire que vous auriez une assemblée dans laquelle les mandants supposés n*auraient pas de plus redoutables adversaires que leurs mandataires officiels ! La combinaison est singulière. Mais passons. Le but du congrès, dans l'acception la plus générale du mot but^ serait, si j'ai bien compris le discours de l'empereur des Français, d'aviser à un remaniement de la carte, par consentement mutuel, ou, pour parler net, de faire table rase des traités de 181 S.
MOI. — Ce n'est pas cela. Il s'agirait de substituer quelque chose à rien ; je me trompe : il s'agirait de remplacer par un édifice stabje un édifice croulant de toutes parts, et qu'on ne saurait s'obstiner à soutenir sans condamner l'Europe à une désastreuse alternative de révolutions violentes et de contre-révolutions oppressives,
LUI. — Fort hi^. Mais, tout d'abord, étes-vous sûr qu'aucune des puissances à convoquer ne trouvera les inconvénients d'une pareille tentative plus considérables que ses
avantages? La Russie, daq,M>p niettra en question la souveraineté concernant la Pol8p^...
MOI. — Je vousï*éte, et j'appelle votre attention sur ce passage du discours de l'empereur : « La Russie Ta déjà déclaré, des conférences où toutes les autres questions qui agitent l'Europe seraient débattues ne blesseraient en rien sa dignité. »
LUI. — A mon tour, je vous prie de vous rappeler qu'en ce qui touche la Pologne, le prince Gortschakoff n'a reconnu qu'aux trois puissances copartageantes, la Russie, la Prusse et l'Autriche, le droit de conférer sur son sort. D'ailleurs, la Russie n'est pas la seule puissance dont nous ayons à étudier les dispositions. Vous comptez l'Angleterre pour quelque chose, j'imagine.
MOI. — Sans doute; mais je ne vois pas pourquoi l'Angleterre ne se joindrait pas à cette pacifique croisade.
LUI. — Croisade! Et contre qyoi? contre les traités de 1815, auxquels elle a tant contribué elle-même? Vous nous supposez une abnégation bien grande, vous nous jugez capables de repentirs bieti héroïques !
MOI. — Pas du tout ; je vous juge simplement capables de vous rendre à l'évidence. Est-ce que les traités de 181S peuvent encore être regardés comme ayant en Europe force de loi? Est-ce qu'ils n'ont pas été violés mainte et mainte fois : violés, par la bataille de Navarin, au profit de la Russie ; violés, par le démembrement de la Hollande, au profit de la Belgique ; violés, par l'occupation de Cfacovie, au profit de l'Autriche : violés, par la conquête de la Lombardie, au profit du Piémont; violés enfin, si vous le voulez, à notre profit, par l'annexion de Nice et de la|Pavoie? Le mot de l'empereur est vrai : « Les traités de 1815 ont cessé d'exister. »
OBJECTIONS AU PROJET d'uN CONGRÈS EUROPEEN 129
LUI. — En partie, oui; mais ce qui en reste est certes assez considérable pour qu'on y regarde^ Dans Ténumération des peuples qui ont tiré avantage des brèches faites aux traités de 181S , vous n'avez pas nommé l'Angleterre. Comme le monde n'a pas atteint le bienheureux millenium, ' et que les peuples ne sont pas tout à fait prêts, monsieur l'utopiste, à terminer leurs différends par un baiser Lamourette, permettez à mon égoïsme d'Anglais, en attendant que Tégoïsme national soit passé de mode, une réflexion assez naturelle. Je vous accorderai, pour que nous restions bons amis, que la France hait les traités de 1815, d'une haine toute cosmopolite; mais avouez que, cette fois, il se trouve y avoir au fond de son cosmopolitisme une forte dose d'intérêt national. Par rapport aux traités de 1815, il y a entre l'Angleterre et la France cette différence essentielle, qu'ils ont été en grande partie voulus et faits par la première, tandis qu'ils ont été subis parla seconde; que la première y a cherché une garantie d'équilibre européen, tandis que la seconde y a vu, en même temps qu'une insulte à son honneur, une atteinte à son pouvoir. Lors donc que vous pro- % posez à l'Angleterre de concourir avec vous h la destruction radicale des traités de 1815, vous ne lui donnez rien, et vous lui demandez beaucoup !
MOI. — D'où vous concluez, je pense, que le concours de l'Angleterre est peu probable.
LUI. — Précisément.
MOI. -^ Il ferait beau voir l'Angleterre s'isoler dans une question semblable !
LUI. — Et qui vpus a dit qu'elle aurait à s'isoler ? Croyezvous, de bonne foi, l'Autriche très-disposée à soumettre ses prétentions sur Venise au jugement de la Russie, qui a tant de griefs contre elle; à celui de la France, qui lui a enlevé
180, LETTRES SUR L*ASGLBTfiRRB (I868)
]a Lombardie; à celui de l' Angleterre, qui a salué d'an cri de joie Tunification de Tltalie? Et la Prusse, croyez- vous qu'elle coure de gaieté de cœur aunlevant d*nne discussion où la possession des provinces rhénanes serait, peut-être, qui sait? au nombre des questions débattues?
MOI. — J'admets que chaque nation a des intérêts particuliers qu'elle peut craindre de compromettre, ou ne se soucie pas de laisser discuter; mais la question est de savoir si elles n'ont pas toutes un intérêt commun, — et celui-là d'un ordre supérieur, — à mettre un terme à cette situation incertaine, provisoire, agitée, qui renferme toutes sortes de périls, force l'Europe à faire pacte avec l'imprévu, et ne permet à personne de s'endormir le soir sans la crainte de s'éveiller le lendemain au bruit du canon. Vous parlez de l'Angleterre? Serait-ce d'avenlure qu'elle n'a aucun intérêt à ce que la paix générale soit assise enfin sur des bases fixes et solides, elle, la nation industrielle et commerçante par excellence ?
LUI. — En vérité, il semble, à vous entendre, que les gouvernements n'aient qu'à se réunir en congrès pour que le germe de toutes les querelles soit à jamais extirpé. Mais f^ songez donc, de grâce, que les questions à résoudrje sont des questions énormes; que prétendre les résoudre toutes à. ia fois d'une manière théorique, à l'avance, en vertu d'un accord supposé entre des gouvernements dont chacun a sa solution qui, à ses yeux, est la bonne, c'est se plonger dans un océan de complications. Le roi de Danemark, qui, l'autre jour, se déclarait bien résolu à proclamer la république en Danemark plutôt que de céder sur la question du Slesvig, €t qui est sûr de l'appui de l'Angleterre, se montferait-il plus accommodant que l'Allemagne, ourAIlemâgne se montrerait-elle plus accommodante que lui ? Ou prendre les com-
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pensations à donner à rÂutriche pour la eession de Tenise et rin^pendance de la Hongrie? Si Ton proclamait la rive gaueke du Rbin française, est-il an dédommagement imaginable que la Prusse consentît k accepter, si tant est qu'on en e4t un à lui offrir? et vous paralt-il probable que le neveu de Napoléon P*" consente à ce qu'on proclame la rive gaudie du Rhin allemande h perpétuité? L'occupation de Rome, que le gouvernement impérial a eu sans doute ses raisons ponr prolonger d*une manière indéfinie, an grand désespoir de la cour de Turin et au grand inécontentement de nos hommes d'État de Downing Street, celte occupation cessera-t-elle soudain d'être motivée parce qu'on se sera réuni autour d'un tapis vert? Et tout cela, ce n'est rien encore à côté des questions de Pologne et d'Orient. De l'immense difficulté de condlier le respect dû au droit avec les ménagements dus à la force, nous avons une preuve assez frappante dans le triste résultat des négociations que vous savez. Quelle probabilité y a-t-il, je vous prie, que la Russie accorde à un congrès ce qu'elle a si péremptoirement refusé aux sollicitations unies, on pourrait presque dire aux sommations concertées de trois puissances telles que la France, l'Angleterre et l'Autriche? Supposons un refus ; la situation serait après ce qu'elle était ' avant. Supposons, au contraire, que la Russie soit prête à faire . preuve de bon vouloir , son bon vouloir pourra être mis h Tune ou à l'autre de ces deux épreuves : ou bien on lui demandera pour les Polonais une représentation nationale^ un régime sincèrement paternel, des garanties; — ou bien on lui demandera pour eux l'indépendance. Dans le premier cas, les Polonais, qui connaissent par expérience la valeur des garanties, se croiront sacrifiés, et le feu continuera de couver sous la cendre. Dans le second cas, il est certain qiie la Rus^ sie ne fera pas gratuitement la concession exigée. Il lui fau-
dra une compensation : laquelle? Lui offrira-t-on Constantinople en échange de Varsovie? Avant de souscrire à un pareil échange, l'Angleterre dépenserait, pour l'empêcher, son dernier homme et son dernier écu. La question de Pologne et celle d'Orient ont des affinités redoutables! Ne le sentez-vous pas?...
MOI. — Si vous tenez à me bien convaincre que la besogne ne sera point aisée, vous prenez une peine inutile: j'en suis convaincu d'avance. Mais faut-il donc ne tenter que ce qui s'accomplit sans effort? Un congrès est-il donc chose si extraordinaire? N'est-ce point par un congrès que fut réglé, en 1815, l'état de l'Europe?
LUI. — L'exemple est mal choisi comme preuve de l'efficacité des congrès, puisque celui de 4815 n'a, selon vouslïiéme, rien établi de durable, rien qu'il soit ou convenable ou possible de maintenir. Et puis quelle différence entre les deux époques I En 1815, on sortait d'une conflagration gé- . nérale ; l'esprit de révolution avait donné tout ce qu'il contient d'agitations et de secousses; la guerre avait donné tout ce qu'elle contient de fureurs ; il y avait eu des souverains dépossédés, des territoires démembrés, des peuples partagés ; le sol de l'Europe, au moins dans l'opinioudes divers cabinets, était jonché de ruines qu'il fallait à tout prix déblayer; la fatigue était universelle, le besoin de repos immense ; Napoléon avait fait peur à tous les gouvernements; et la crainte qu'avait inspirée le danger de tomber sous la domination d'un seul, la nécessité de se prémunir contre le retour d'un tel danger créaient à toutes les grandes puissances européennes, la France exceptée, un intérêt commun, leur assignaient uu^but commun, les poussaient irrésistiblement à faire cause commune. D'autant qu'elles n'avaient pour cela qu'à continuer de s'entendre. Leur concert pendant la guerre les menait par
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une pente naturelle au concert qui devait la clore. Leçon-' grès de 1815 ne fut que la coalition passant du champ de bataille dans la chambre du conseil. Arranger ce qui avait été violemment dérangé, voilà ce que l'Europe se proposa en 1815 ; aujourd'hui, ce qu'on lui propose est de déranger, au contraire, ce qui se trouve arrangé tant bien que mal.
MOI. — Cela vous plaît à dire. Quoi ! l'union contre nature de la Pologne à la Russie et de Venise à TAutriche sont des arrangements que nous devions craindre de troubler?
LUI. — Remarquez qu'à cet égard, il ne s'agit ni de votre appréciation ni de la mienne, dont le congrès n'aura pas à sQ«préoccuper. Il nous est assurément fort permis de ne pas trouver de notre goût ce que vous appelez une union contre nature. Mais il est douteux que la Russie, que l'Autriche, soient ici de notre avis. Et c'est là la difficulté, there is the rub, comme disait Shakspeare. Je conçois qu'on accueille avec transport à Turin l'idée d'un congrès, mais si on l'accueillait à>¥ienne sans froncer le sourcil, cela m'étonnerait fort.
MOI. — Séfail-ce, par hasard, sur un refus de l'Autriche que l'Angleterre compte?
LUI. — A quoi bon cette question?
MOI. — C'est que je suis frappé du langage équivoque de "^ quelques-uns de vos journaux importants, le Times^ par exemple, et le Morning-Post, Il est clair qu'au fond, la proposition d'un congrès leur déplaît souverainement; et néanmoins, ils affectent à cet endroit une sorte de résignation philosophique vraiment exemplaire. Après avoir nettement donné à entendre qu'une semblable tentative n'a guère chance de réussir, ils déclarent n'avoir pas d'objection à ce que, le congrès une fois formé, l'Angleterre y prenne place. Si, comme je le soupçonne, c'est là une tactique, elle est
habile. L'Angleterre, tout en se donnant le mérite de la borme volonté, se promettrait d'abriter son refus derrière le refus prévu de l'Autriche. Ai-je deviné juste ?
lAiî. — C'est possible. Et quand même cela serait?
MOI. — Dans ce cas, l'Angleterre n'aurait pas le droit de se plaindre s'il arrivait que, Csiute de pouvoir défaire le nœud gordien, on le tranchit d'un coup d'épée.
LUI. — Si le coup doit être frappé, mon impression est qu'un congrès ne le détournerait pas. Aussi bien, dans un congrès comme ailleurs, hélas ! ce qui fait loi, ce n'est pas la raison, c'est la force. Le poids de chaque vote y est proportionné au nombre des canons dont dispose chaque votaot.«Mi congrès de Vienne, quand M. de Talleyrand voulut dissuader l'empereur Alexandre de garder sa proie, la Pologne, Alexandre répondit qu'il avait S00,O<K) hommes dans le duché de Varsovie. L'argument parut irréfutable.
MOI. — Ainsi, selon vous, le congrès c'est la guerre?
LOI. — Je ne dis pas cela. -. 1,*
MOI. — Et que dites-vous donc? -
LUI. — Que ce n'est point nécessairement là paix.
LES fit MEDECINS TANT MIEOX DU PARTI LIBERAL » 135
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li^noYembre,
lies « médeeiiis Tant mieux w d« parti libéral.
Le parti libéral en ÂDgkterre a, comme le parti conservateur, ses optim^tes.
Ce qui le pi^yrsç, c'est Textrême bénignité des commentaires auxquels émue lieu, de la part de certains organes accrédités de la presse libérale, le discours que le roi de^ Prusse a naguère adressé au nouveau parlement prussien. C'est merveille de voir comniie les choses se peignent e& beau dans Timaginatioii des optimistes dont je parle.
 les enteindre, si le prince royal a été rappelé d'Angle» terre à la hâte, c'est parce qu,e le roi roulait l'avoir à sa droite lorsqu'il haranguerait ses fidèles communes, et montrer par là son" désir de rapprocher sa politique des vues^ plus acceptables, de son fils.
Du reste, disent-ils, esl-cô que le discours même du roi n'annonce pas une tendance à la conciliation? Déclarer qu'on souhaite ardemment le terme de discussions désagréables n'a rien en soi qui équivaille, strictement parlant^ à tendre la brandite d'^olivier. Le souhait est assez banal pour qu'on s'abstienne de le trouver significatif ou.pour qu*on le soup- ^^^
çonne de n'être pas sincère. Et tont^lÉË, si Ton considère que ces paroles ont été soufflées par un minisire arrogant k l'excès; qu'elles sont tombées des lèvres d'un monarque entiché de son droit divin, et que la théorie de Tobéissanee
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passive est naturellement la seule qui soit du goût d'un souverain dont la famille compte cent soixante-trois ans de grandeur princière, on devra convenir qu'il y a là une espérance au moins lointaine de compromis. De quelle manière, d'ailleurs, s'exprime le discours sur les points en litige? Que M. de Bismark et ses collègues n'aillent pas jusqu'à reconnaître à la Chambre le droit de refuser les subsides, c'est tout simple: en réalité, ce droit n'est pas écrit clairement dans la Constitution ; les taxes en Prusse ont un caractère de permanence; elles ne sont pas votées pour l'année; le parlement peut refuser sa sanction à des impôts additionnels,
^ mais non abolir ceux qui ont été déjà votés ; et , de quelque façon qu'on juge le mérite de cette pratique, toujours est-il
^qu'elle s'appuie sur une interprétation assez admissible du pacte octroyé à la Prusse. Cela étant, n'est-ce donc rien, de la part de M. de Bismark et de son maître, que d'admettre le droit des représentants de la nation à exercer silr le mouvement des fonds de l'État un contrôle, sinon absolu, du moins partiel et déterminé? Et l'ordonnance sur la presse, n'est-ce rien que d'en être venu à la présenter comme une mesure temporaire, une mesure à modifier? Reste la question de l'armée, sur laquelle le roi paraît bien résolu à ne pas céder. Mais, franchement, est-ce le moment pour la Prusse de diminuer ses moyens de défense? Sur ce point, le parti libéral pouvait avoir raison pendant les deux sessions précédentes; mais est-il sûr qu'il eût raison aujourd'hui, quand la Prusse , a derrière elle le congrès de Francfort et ■^' devant elle le congrès de Paris?
Ainsi pensent nosfîiiiijédecins Tant mieux. Singulières illusions que les leurs!
Et tout d'abord, qui leur répond que , si le prince royal a été rappelé à Berlin, ce n'est pas pour qu'il paraisse com-
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plice de la politique qu'il a semblé condamner, ou, parce que, en la condamnant, il n'a fait que jouer le jeu de tous les héritiers présomptifs de la couronne, passés, présents et futurs? Les libéraux anglais n'en sont pas, je suppose, à ignorer que leur George IV, avant d'être George IV, était le protecteur, l'ami, l'allié politique de Fox et de Shéridan.
En ce qui louche le budget, où voit-on que le discours du roi de Prusse fasse, je ne dirai pas une concession, mais l'ombre d'une concession? M. de Bismark invite la Chambre à s'unir à lui pour reconnaître que son interprétation des clauses financières de la constitution est la bonne. Quel effort d'humilité ! Quel pas vers le Embrassons-nous et que ça finisse !
L'ordonnance sur la presse est à modifier, fort bien; mais dans quel sens? Tout est là. J'ai sous les yeux le projet que nous apporte ; aujourd'hui même, une feuille allemande , et les premières lignes m'apprennent que si un journal, après avoir été condamné pour un délit, se rend, dans le délai de cinq ans, coupable de récidive, ce journal cesse par ce seul fait d'exister. Si c'est de cette sorte que M. de Bismark entend la paix, comment donc entend-il la guerre, juste ciel ! ' Quant à la question de l'armée, nul doute que les événements récents ne lui donnassent un nouvel aspect, si la véritable force de la Prusse consistait dans l'importance de son armée permanente et d'une organisation militaire modelée sur ce qui constitue ailleurs le malfaisant pouvoir de l'esprit de conquête. Mais la Prusse ne songe pas, que je sache, à conquérir; ce qu'elle veut, c'est qu'on la respecte. Elle ne convoite pas les frontières de ses voisins; ce qu'il lui faut, c'est qu'on n'envahisse pas les siennes. Or, une puissamte landwehr, voilà le moyen dont la nature est appropriée à celle du but. Tout ce qu'on ôterait à la landwehr pour le
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donner à Tannée permanente, on l'ôterait d'abord à la liberté pour le donner au despotisme , et eusaite k la défense de la Prusse par Tenthousiasme du patriotisme, pour le donner à la défense de la Prusse par les gros bataillons , lesquels ne valent qu*à la condition de n'avoir pas affaire à des bataillons plus gros encore. A-t-on oublié ce qui renversa Napoléon en Allemagne? Ce fut l'énergique élan des populations armées !
La Chambre prussienne fera donc bien d'être ferme, si elle tient à remplir sa mission, et si elle en est digne. Le peuple, en mettant en face de M. de Bismark une majorité, bien comptée, de â60 voix/ a proclamé assez haut sa volonté et montré assez clairement de quel côté doit tôt ou tard pencher la balance.
Il est curieux de rapprocher des pâles appréciations de certains journaux anglais la pièce suivante, expression vivante des sentiments d'un homme d'une haute intelligence et d'un grand cœur, qui honore son pays par la manière dont il le défend et le représente à l'étranger : j'ai nommé Karl Blind. Ce qui était à faire, selon lui, se réduisait à ces quatre points :
« 1° Ne pas applaudir le roi et écouter en silence le naessage du gouvernement ;
c 2^ Déclarer sans retard que l'ordonnance de la presse est un attentat contre la constitution; qu'administrer sans budget revient à voler le trésor avec effraction, et que ceux-lcà doivent être accusés de violation du pacte constitutionnel et de trahison qui se rendraient coupables de pareils actes ;
€ 3® Décider que, dans ce cas, il est du droit et du devoir de tout bon citoyen de refuser le payement des impôts et que les membres de la Chambre s'engagent vis-à-vis l'un de l'autre à en donner l'exemple;
MORT DE FBÉDÉftlC VU 189
« 4^ S'ajouraer volontairamenU au cri de c Vivant ]es < droUs du peuple ! »
Je vous ai fait connaître l'opinioD des médecins Tant ihieux du parti libéral anglais ; mais n'allez pas croire que ce parti ne renferme aucun médecin Tant pis. Beaucoup d'Anglais de ma connaissance, gens d'ailleurs très-peu friands de mesures révolutionnaires, estiment néanmoins qu'aux grands maux il faut les grands remèdes; qu'on n'évile'^pas toujours le choc eu prenant la fuite; que l'énergie, loin d'appeler le péril, l'éloigné; que les révolutions, après tout, doivent être mises sur le compte non de ceux qui les îont, mais de ceux qui les rendent nécessaires; et que plus on aura l'air de craindre M. de Bismark, plus il sera tenté de faire dire à son maître : « Le roi f\e rendra pas son épée, i>
17 novembre. «
H^rt de Frédérie ^11 ; le Danemark et rAJlemac^e en
présenee:
La mort de Frédéric VII, roi de Danemark, a causé une vive sensation en Angleterre.
Pour ce qui touche la personne du monarque décédé, la presse anglaise a été unanime dans l'expression de ses sympathiques regrets. Journaux libéraux et journaux conserva-
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leurs se sont accordés à louer, dans le défunt, un esprit ouvert aux idées généreuses, une âme ferme, un caractère résolu, et l'inébranlable volonté de défendre à tout prix, contre TAllemagne, ce que le Danemark considère comme son domaine.
Il était difficile, en parlant de Frédéric VII, de passer entièrement sous silence les aventures de sa vie privée, le scandale dé ses amours, ses querelles avec sa première femme, fille cadette du roi Frédéric VI; son emprisonnement dans la forteresse de Frédéricia, par ordre royal ; son divorce, son second mariage, qu'un second divorce brisa, et enfin sa liaison avec cette Louise-Christine Rasmussen, qu'il tira d'un magasin de modes pour en faire, sous le nom de comtesse de Danner, sa souveraine. Mais il est convenu que certaines faiblesses comptent de droit parmi les privilèges du rang suprême. I^i nos gros péchés, à nous, simples mortels, n'étaient réputés peccadilles chez les dieux, serait-ce la peine d'habiter l'Olympe?-
Remarquons, d'ailleurs, que les faiblesses de Frédéric VII, loin de le rendre impropre à l'accomplissement du rôle que lui assignaient les dangers du Danemark, lui créèrent la nécessité de jouer ce rôle sans hésitation, sans arrière-pensée, bravement et bien. L'impopularité qu'elles étaient de nature à lui attirer, et dont l'incendie d'un de ses châteaux ne fut que le plus dramatique symptôme, lui fit une loi de s'identifier tellement avec la cause du Danemark qu'il fallût la frapper pour arriver jusqu'à lui.
Danois dans l'âme, il le fut doublement à cause de ce qu'il avait à se faire pardonner. L'année où il ceignit la couronne (1848) fut celle oii Louise Rasmussen devint favorite en titre, et ce fut celle aussi où, appelé à combattre l'insurrection des habitants du Slesvig et du Holstein, qu'ap-