‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 34 sur 88 · MORT DE FREDERIC VII · texte numérisé non relu

MORT DE FREDERIC VII

puyaient les armes de la Prusse, Frédéric VII eut Toccasion de personnifier en lui cette grande passion du peuple danois menacé par l'Allemagne : la haine de TAUemagne.

C'est justement de cela que les Anglais lui savent gré. Ils regrettent en lui un prince vraiment danois, c'est-à-dire anti-allemand jusqu'à la moelle des os.

Et pourquoi? D'où vient que l'Angleterre, dans cette question du Slesvig-Holstein, met tant de passion à presndre parti pour le Danemark contre l'Allemagne? Est-ce par amour platonique du droit? J'avoue qu'envisagée au point de vue du droit, la question ne me paraît pas aussi facile à résoudre que beaucoup de gens ici l'imaginent.

Le Holstein, il ne faut pas l'oublier, est allemand, nonseulement parce qu'il appartient à la Confédération germanique, mais parce tout en lui est allemand : son histoire, ses institutions, sa langue, ses habitudes sociales, ses aspirations politiques.

Quant au Slesvig, il ne fait point, il est vrai, comme le Holstein, partie de la Confédération germanique, et l'on ne peut nier que l'élément danois ne domine dans les districts du Nord; mais, même dans le Slesvig, c'est la langue allemande que parle la majorité des habitants; c'est la pansée allemande qui règne dans les villes et dans tous les grands centres; c'est l'âme de l'Allemagne qui respire, depuis des siècles, dans les lois et les usages du pays; c'est au parti de l'Allemagne qu'appartient, dans la Diète provinciale du Slesvig, la majorité des députés, et c'est en allem'and que leurs vœux s'expriment.

De l'énergie du mouvement qui éloigne du Danemark le Slesvig et le Holstein, il existe un témoignage irrécusable : l'insurrection populaire de 1848. Vainement Frédéric VII, à peine sur le trône, essaya-t-il de gagner les duchés par

Foffire d'une Constitutiou nouvelle qui semj^ait les mettre sur un pied d'égalité avec le Danemark : cela même les effraya, tant ils tenaient à ce qui leur restait encore d'indépendance. Et lorsque, en 1848, le parti libéral, à Copenhague, mêla parmi ses vœux révolutionnaires, nés du contrecoup moral de la Révolution de février, le vœu que le Slesvig fût transformé définitivement en province danoise , qu'arriva-t-il? Le feu prit aux duchés : une guerre sortit d'une révolte; un gouvernement provisoire fut établi, et l'on vit des députés du Slesvig siéger dans un Parlement allemand. On sait combien la lutte que je rappelle fut acharnée; elle dura près de trois ans, de 1848 à 1851. A la vérité, le courage des Danois fut mis a une rude épreuve, la révèlution qui éclata au mois de mars à Berlin y ayant rendu Je séjour de la garnison peu désiré, peu désirable, et la Prusse ayant envoyé les troupes demeurées sans emploi au seco.urs des insurgés. Mais ce qu'on ignore généralement, c'est que si les habitants des duchés eureïit pour eux les soldats prussiens, le roi de Danemark eut potir luf, chose presque incroyable et pourtant certaine, qui? Le roi de 1?russe, lequel faisait savoir secretement.au gouvernement de Copenhague, par M. de Wfldenbruch, que « le Danemark n'avait rien à craindre, et que le» trouves prussiennes n'avaient été envoyées par lui dans les duchés que pour y déjouer l'influence du parti républicain et les conserver à leur monarque légitime. » La guerre, du côté de la Prusse, fut conduite en conséquence. Les dépositaires de la pensée secrète du roi mirent, à un succès dont Une voulait pas, tous les empêchements nécessaires : on rappela les troupes prussiennes juste au moment où elles étaient exposées au malheur de vaincre; et ce fut aux bons offices des cours de Vienne et de Berlin elles-^nêmes que le Danemark dut de reprendre.

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