MORT DE FREDERIC VU
sur le Slesvig et le Holstein, une domination si rudement contestée.
Le fait est que les duchés de Slesvig-Holstein ont leur Magna Charta, à laquelle ils sont tout aussi excusables de tenir que s ils avaient du sang saxon dans les veines. Cette Magna Ch4irta est celle que jura, en 1460, Christian 1% lorsque les duchés Tacceptèrent pour roi, non en qualité de monarque danois, mais comme chef du Slesvig-Holstein.
La convention de 1460 portait :
Que le Slesvig et le Holstein ne formeraient jamais deux pays séparés;
Que les habitants ne seraient pas obligés au service militaire, en dehors des limites de leur territoire ;
Qu aucune guerre ne serait entreprise sans Tassentiment et Tavis des Étals du Slesvig et du Holstein ;
Qu'aucune taxe ne serait levée sans leur consentement;
Que la monnaie employée dans le pays serait celle qui alors avait cours à Lubeck et à Hambourg ; • Que des gens étrangers au pays ne seraient reçus ni à y rendre la justice ni à y diriger Tadministratiôn.
Ainsi était conçu le pacte fondamental de 1460. Il affirmait, on le voit, Tunion du Slesvig et du Holstein, leur indivisibilité; il déterminait l'étendue de leur souveraineté locale; il leur reconnaissait une existence à part; il établissait entre ces pays et le Danemark un ordre de relations assez semblable à c^lui qui existait, avant 1837, entre l'Angleterre et le Hanovre : deux contrées gouvernées par le même monarque, mais à des titres divers^ et sous des conditions différentes.
Cet état de choses a^isubi des modifications successives qu'ont renduespossibles, sinon faciles, l'esprit d'empiétement, d'une part, et, d'autre part, l'action corruptrice de l'égofsme
et de la peur. Mais les sentiments qui inspirèrent la convention de 1460 sont restés vivants dans le cœur de la population allemande qui couvre le Holstein et une partie considérable du Slesvig.
Le 16 février 1860, en faisant passer de Copenhague, à lord John Russell, la liste des griefs du Slesvig, telle que la majorité de la Diète de ce pays l'avait dressée dans une pétition au roi, M. Paget écrivait : « Votre Seigneurie remarquera que les principaux objets indiqués sont : renseignement forcé de la langue danoise; Tusage du danois dans les églises, en des districts où on ne le comprend pas ; la suppression de plusieurs sociétés scientifiques ; les restrictions apportées à la liberté de la presse ; la prohibition de tout meeting, et le désir qu'a le Slesvig d'être uni politiquement au Holstein (4). »
Voilà, eu effet, sous une forme très-adoucie, le résumé des plaintes qui éveillent en Allemagne tant et de si formidables échos. Encore ce résumé n'est-il pas complet. Il ne dit pas qu'un vaste réseau d'espionnage est jeté sur les duchés; que les troupes qu'ils fournissent sont condamnées à servir, sous des officiers danois, hors de leur terre natale, dans une sorte d'exil; que les bannières des duchés sont proscrites ; que les mots Slesvig-Holstein sont traités de séditieux ; que, dans la levée des taxes, on ne tient nul compte du droit de contrôle des États; qu'aucune pétition ne peut porter plus d'une signature; enfin qu'on poursuit l'expression du sentiment public jusque sur le bord des fosses ouvertes pour recevoir les morts.
Si Ton objecte que ces mesures sont absolument néces-
(1) Correspondence respecting the affairs of the Duchies of Slesvig and Holstein, n» i.