‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 41 sur 88 · T. IT · texte numérisé non relu

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tance. Pour elle, en effet, la philosophie pure, surtout quand elle touche au sentimentalisme, n'est pas du domaine de l'homme d'État. Pour elle, la politique se compose de faits, non de principes. Pour elle, la sagesse à l'usage des nations, non moins que la sagesse à l'usage des individus, veut qu'on prenne la vie comme elle est, et comme elle vi^nt; qu'on n'aspire pas à tout prévoir et à tout régler; qu'on attende les accidents, sauf h les combattre, si on les a contre soi, ou à en tirer parti dans le cas contraire.

Vous vous rappelez le fameux axiome : « La nature a horreur du vide. » Eh bien, on pourrait dire de l'esprit anglais qu'il « a horreur de la généralisation. » Je vous écrivis, il y a quelque temps, une lettre où, à propos d'un article de la Saturday Review, je développais cette thèse. Je ne crains pas d'affirmer que, si vous voulez avoir un moyen de juger la politique de l'Angleterre avec fruit et avec équité, vous ne sauriez adopter un plus sûr critérium.

Exemple : YEconomist, journal fortement pensé et bien écrit, justifie le refus de l'Angleterre de participer au congrès par celle considération, que c'est la venue du mal qui développe en nous le pouvoir de décider du remède. « Que de fois, dit-il, ne nous arrive-t-il pas, dans la vie du foyer, de trouver que nous dépensons trop ! Si notre crainte à cet égard n'est qu'à demi fondée, nous avons beau nous ingénier, rien ne se présente qu'il nous soit véritablement possible d'économiser. Mais vienne la nécessité, une absolue nécessité de nous réduire à la portion congrue, nous serons étonûés du nombre de choses dont il nous est facile de nous passer. » *

Ce raisonnement ne vous semble-t-il pas caractéristique?

U n'est donc pas besoin d'aller chercher les causes du refus de l'Angleterre bien loin : elles sont tout près; elles font

POLKOUOl l' ANGLETERRE N A PAS ACCEPTÉ UN CONGRÈS 163

partie intégrante de son génie. Il était presque impossible qu'un pays tel que celui-ci ne jugeât pas romanesque à Texcès le projet d'un congrès destiné à réparer le passé, à rassurer le présent, à régler l'avenir, et cela par le concours de puissances prêtes à immoler aux autels de la paix perpétuelle leurs préjugés, leurs rancunes, leurs possessions injustement acquises et les possessions d'autrui injustement convoitées.

Il y a à dire aussi, car je n'entends rien dissimuler, que l'Angleterre n'a pas été sans doute fâchée, en cette occasion, de s'affirmer comme nation de premier ordre, ayant sa politique h elle, sa volonté à elle, et n'acceptant de Tiiiitiative d'un souverain étranger que ce qui lui paraît praticable et convenable. Mais, franchement, est-ce donc là un sentiment de fierté que la France, à la place de l'Angleterre, serait incapable de ressentir?

Quant à imaginer que l'Angleterre a été bien aise de se poser devant le monde dans l'attitude indiquée par ces mots de la Saturday- Review : « La France propose et l'Angleterre dispose, » le peuple anglais, croyez-moi, a trop de bon sens pour faire de l'emphase quand il s'agit du repos de l'Europe et de son propre repos.

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29 novembre.

Un meeting; allemand à « London Tavern. »

• L'Angleterre ne figurera pas au Congrès : voilà qui est bien décidé. Pourquoi? La publication dans la London Gazelle des dépêches «changées entre le cabinet des Tuilerier et le cabinet de Saint-James ne laisse sur les motifs du gouvernement anglais aucun nuage. Pour TAngleterre, le Congrès serait la bouteille h Tencre, si je puis me servir de ce mot, ou, plutôt, ce serait la boîte de Pandore. Au lieu de la paix, il risquerait d'en sortir la guerre ; au lieu d'entrer dans l'âge d'or, nous serions exposés à nous enfoncer plus avant dans le siècle de fer. Voilà ce que le comte Russell pense ; voilà ce qu'il a dit de ce ton ferme qui convient à un homme libre, parlant au nom d'un peuple libre; et voilà ce que l'Angleterre, d'un sentiment unanime, pense et dit comme le comte Russell. Je n'insisterai pas. Les commentaires, je les ai présentés d'avance à vos lecteurs. D'ailleurs, ils se présentent aujourd'hui d'eux-mêmes.

Je préfère vous parler d'une autre question qui, non moins vivement que le congrès, agite ici l'opinion publique et menace de mettre l'Europe en feu.

Lundi dernier, une centaine d'Allemands se réunirent pour préparer un grand meeting. Il s'agissait, vous le devinez, du Slesvig-Holstein. La légilimité du duc d'Augus-

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