‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 42 sur 88 · UN MEETING ALLEMAND A « LONDOX TAVERN. X · texte numérisé non relu

UN MEETING ALLEMAND A « LONDOX TAVERN. X

tenbourg ayant été posée, Karl Blind dit avec cette éloquence du cœur qui lui est propre :

Que la cause à faire triompher était celles non de tel ou tel prétendant, mais d'une nationalité injustement confisquée et de là liberté assaillie ;

Qu'il ne serait conforme ni aux principes de la démocratie, ni même aux maximes d'État, d'entrer dans une simple guerre de succession ;

Que la lutte était, non pas entre un prince et un autre prince, mais entre un peuple qui invoque le droit de s'appartenir et un autre peuple par qui ce droit imprescriptible est >iolemment attaqué ;

Mais qu'il fallait bien se garder d'abandonner aux cours allemandes et à la Diète la solution de cette question suprême ;

Que, déjà, lors de la guerre d'indépendance de 1848- 1851, la cause du Slesvig-Holstein , qui est celle de l'Allemagne, avait été trahie par les gouvernements alle^ man<ls ;

Que le roi de Prusse., à cette époque, avait été secrètement de connivence avec le Danemark, dont cette perfidie, sans exemple dans l'histoire, avait assuré le succès;

Que c'était sur leur propre courage, appuyé par les armes des volontaires allemands, c'est-à-dire sur le mouvement révolutionnaire, que les Slesvig-Holsteinois devaient compter ;

Que, quant à lui, Karl Blind, ce qu'il désirait, c'était de voir le Slesvig-Holstein devenir la Suisse du Nord et figurer désormais dans l'histoire, non comme l'arrière-garde de la légitimité princière, mais comme l' avant-garde de la liberté allemande.

L'exposé de ces vues, que l'orateur avait précédemment

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•développées dans un ardent manifeste envoyé par lui aux Slesvig-Holsteinois, fut applaudi avec transport. Quelquesuns essayèrent de les conabattre : leur opposition fut vaincue ; «t le meeting préalable nomma une Commission chargée de \rediger le programme des résolutions à soutenir devant le meeting définitif. Les membres de celte commission furent •désignés dans Tordre que voici : Karl Blind, Freyligrath, docteur Heintzmann, Berndes, docteur Basch, Bergmann, Kinkel, Jebens, Jacoby, etc. — en tout, 2S membres. * Mercredi, la commission se réunit. Karl Blind proposa des résolutions qui furent toutes adoptées après de vifs débats, et la plupart à l'unanimité — les opposants eux-mêmes ayant fini par voter pour.

Voici ces résolutions :

1° Le meeting déclare que, aujourd'hui, d'après le droit des anciennes chartes, comme, depuis longtemps déjà, d'après le droit naturel de la liberté, toute connexion entre le Slesvig-Holstein et le Danemark est dissoute; la Constitution proclamée par le nouveau roi n'étant qu'une infraction flagrante aux droits des Slesvig-Holsteinois et de la nation allemande.

2° Le meeting déclare que le Protocole de Londres^ n'ayant été ratifié ni par le peuple Slesvig-Holsteinois ni par la nation allemande, est nul et non avenu. (Cette résolution, qui rentrait dans la première, fut ajoutée sur la proposition de M. Born.)

3«^ Le meeting déclare qu'il est du devoir du peuple allemand de rétablir l'indépendance du Slesvig-Holstein, anéantie par'une trahison sans exemple.

A^ Le meeting déclare que, vu la conduite tenue jusqu'ici par les gouvernements allemands et la nécessité d'arriver à Vunion des forces, il faut prendre pour mot d'ocdre Inde-

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pendanee dupays^ former un goavernenftent provisoire, appeler tous, les patriotes allemands à prêter leur aide, procéder imuftédiatement à la formation de corps de volontaires, mais laisser au pays, — son indépendance une fois conquise, — le droit de se prononcer sur sa constitution future, par une Assemblée librenœnt élue.

5<> Le meeting nomme une commission de douze membres avec mission de recueillir des souscriptions et d'obtenir tout autre genre dé seconrs en faveur de la cause des Slesvig- Holsteinois.

Ces résolntions votées, il fut décidé que ie meeting définitif serait présidé par le docteur Heintzmann, dont le frère périt dans la dernière guerre du Slesvig-Holstein contre le Danemark; et Freyligrath, Karl Blind, Kinkel et quelques autres furent désignés comme vice*présidents ou membres du bureau.

Hier, samedi, était le jour indiqué pour la tenue du grand meeting; et en effet, c'est hier, dans la soirée, qH'il a eu lieu à London Tavern. Le concours était considérable, et l'on voyait assez à Tammation des visages de quelle émotion les coeurs étaient remplis. Les dames occupaient la galerie du fond. Elles aussi laissaient percer dans lear arltitude Tinlérêt passionné qu'elles prenaient à la question qui allait être exposée.

Les orateurs entendus ont été MM. Heintzmantfy Kinkei, BeigeJ, Born, Thudichum, Karl Blind, Rubel (Holstein), Zarffi, Weber et Schirges. Ai-je besoin de dire dans quel sens ils ont parlé? Les considérations sur lesquelles s'appuie le droit du Slesvig-Holstein à s'appartenir sont trop coanues en Allemagne pour qu'il soit nécessaire de les développer ici : qu'il me suffise de constater qu'elles ont été présentées hier par les dirers orateurs avec beaucoup 4e

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force et une unanimité de conviction singulièrement frappante. Mais ce qu il importe de noter, c'est l'esprit qui s'est manifesté dans l'assemblée, relativement à la candidature du duc d'Augustenbourg. Le docteur Kinkel a prononcé les mots de « légitimité pourrie. » Quant à Karl Blind, sa conclusion a été : pas de légitimité princière ! pas de prétendants! Il a montré comme quoi une intervention de ce genre n'était propre qu'à prolonger l'Allemagne dans des guerres qui, en cas d'insuccès, feraient revivre la politique de la ligne rhénane.

Les applaudissements enthousiastes et prolongés que les paroles de MM. Kinkel et Karl Blind ont provoqués de la part du meeting ne permettent aucun doute sur la fidélité avec laquelle ils en ont rendu la pensée, exprimé les sentiments. Et ce qui complète la preuve, c'est le vote empressé de chacune des résolutions dont j'ai mis plus haut le texte sous vos yeux.

En résumé :

La souveraineté du peuple, au lieu du droit caduc des prétendants — une guerre d'indépendance, au lieu d'une guerre de succession — la spontanéité révolutionnaire, au Uieu de l'intervention des gouvernements, voilà ce que le meeting allemand d'hier a déclaré vouloir.

Ces vues sont évidemment les seules que la démocratie puisse shr,ouer, si tant est que le choc soit devenu inévitable; si tant est que les dispositions du Danemark d'une part et, d'autre part, celles de l'Allemagne rendent toute autre issue impossible. Mais, dans ce cas, la marche indiquée aurait, de plus, l'avantage de dégager la responsabilité diplomatique de certains gouvernements, de déjouer les arrière-pensées que cacherait l'intervention de quelques-uns d'entre eux, de désarmer l'opposition des Anglais, d'empêcher le roi de

Prusse (le faire tourner au profit de son despotisme un grand niouve.Jient populaire, d'emfêcher enfin la lutte de s'élever aux proportions redoutables d'un vaste embrasement de l'Europe.

3 décembre.

Hème sujet.

« Mademoiselle, voulez-vous me faire Thonneur de danser avec moiî — Non, merci. Je ne connais pas bien les figures. »

Voilà le dialogue qu'un journal charivarique de Londres met dans la bouche de l'empereur des Français, transformé en galantin, et de T Angleterre, représentée sous les traits d'une jeune beauté tant soit peu défiante et timide. Cette caricature est en quelques coups de crayon l'histoire du congrès proposé par Napoléon, pour ce qui touche le cabinet des Tuileries et celui de Saint-James. L'Angleterre n'a pas voulu danser sans connaître les figures. Son refus ne signifie pas autre chose.

Crier à l'insulte, tonner contre l'égoïsme et la jalousie de la « perfide Albion », rêver d'une revanche de Waterloo et parler tout haut son rêve, cela peut convenir aux scribes et aux traineurs de sabre qui hantent les antichambres de l'empire, mais cela n'est pas sérieux.

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En vérité, j'admire qu'on se soit attendu un seul instant a voir un peuple aussi grave, aussi pratique que le peuple anglais, se lancer tête baissée dans cette grande aventure : la reconstruction de l'Europe. Et dans quel moment? Lorsque le dénoûmcnt des négociations entamées entre la Russie d'une part, et la France, l'Angleterre et l'Autriche d'autre part, vient de prouver d'une manière si douloureusement éclatante combien la diplomatie est impuissante et combien les prétentions à concilier sont inconciliables!

Encore, si l'Angleterre avait refusé net, sans demander des explications préalables! Mais non. Aux Indes, quand une armée en marche a un pont à passer, elle fait avancer les éléphants les premiers. Si le pont fléchit, les lourds animaux tombent dans la rivière; mais ils troiA^ent moyen, après tout, de gagner le bord, et l'armée, avertie à temps du danger, s'arrête. Eh bien, l'Angleterre, dans la question du congrès, a cru devoir s'assurer de la solidité du pont avant de s'y risquer : est-ce donc là un si grand crime? « Quel est votre programme? » a-t-elle demandé; et ce n'est pas sa faute si on n'a pas su ou voulu le lui dire.

Vous souvient-il de l'histoire du juge Bridoye daiis Rabelais? Ge sage magistrat, pour terminer les démêlés de ses justiciables sans offenser personne, prit le parti de s'en remettre au sort du soin de décider entre les parties, et fit dépendre d'un coup de dé le gain ou la perte de chaque procès. La chose réussit, que c'était merveille, et notre juge acquit une réputation de Salomou. Sur ce, un horam« de loi imberbe s'imagina, ayant découvert le procédé, qu'il n'avait qu'à l'employer pour se faire, lui aussi, un renom d'infaillibilité. Bêlas! ce fut tout le. contraire. Non-setilemeni il ne contenta personne, mais il s'attira l'exécration universelle. Comment l'emploi du même procédé produisitHi deux résul-

tats si différents? La raison en est que, des deux juges, le premier avait soin de n'intervenir que quand la querelle à terminer avait duré assez longtemps pour fatiguer Tune et Tautre partie, les mettre sur les dents, et leur faire préférer une solution quelconque à la continuation de la lutte, tandis que le second prenait les choses à leur origine, sans attendre que la patience des combattants fût à bout. De tout quoi le Mormng-Post conclut, en rappelant cette histoire, que le congrès proposé ne pouvait aboutir à rien parce que les questions à résoudre ne sont pas assez mûres, et que par conséquent TAngleterre eût sottement agi en ne se récusant pas.

C'est, si je ne me trompe, plaider une bonne cause avec de bien mauvaises raisons. Quoi ! la question de la Pologne, par exemple, n*est pas assez mûre, et, après tant de violentes révoltes violemment comprimées, tant de cruels combats, tant de sang répandu, tant de familles plongées dans le deuil, elle n'a pas encore suffisamment mis à l'épreuve l'obstination barbare des oppresseurs et la constance des opprimés! Quoi! elle n'est pas assez mûre, cette question du Slesvig-Holstein qui, depuis tant d'années, harasse le Danemark, irrite l'Allemagne, inquiète l'Europe! Et Venise? Ses gémissements sont-ils d'hier? Et l'empire ottoman? Est-ce hier seulement que la Russie s'est mise à convoiter la succession de « l'homme malade de Constantinople ^ ? Ahl elles ne sont que trop mûres les questions à résoudre, et si le remède était aussi sûr que la maladie est avancée, c'est Napoléon qui aurait raison et l'Angleterre qui aurait tort. La justification du refus de l'Angleterre par le Morning-Post est, tranchons le mot, parfaitement absurde ; si absurde, que je soupçonne le Morning-Post^ journal de lord Palmerston, de défendre ici la politique de lord Russell à la façon de

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ces avocats qu*on paye pour perdre les procès dont ils se -chargent. La vraie justification de la politique de lord Russell — lequel n'est pas, comme lord Palmerston, le compère de l'empereur des Français — gît dans son habitude de regarder au côté pratique des choses, et aussi dans l'impossibilité où il se trouve de régler sa conduite sur une connaissance exacte des dispositions et des sentiments d'une nation réduite, ou à parler par énigmes, ou à se taire.

Deux fois déjà le gouvernement anglais s'est aventuré sur la même barque que le gouvernement impérial : qu'y a-t-il gagné ?

L'abandon du droit de visite au profit de la Russie, tel a été, pour l'Angleterre, le produit net de la guerre de Crimée, de cette guerre où elle a beaucoup, dépensé en hommes et en argent, où elle a compromis son influence, et qu'elle s'est vue forcée de terminer juste au moment où elle avait chance d'en tirer avantage.

La conquête de Mexico par les zouaves, tel a été, pour l'Angleterre, le fruit d'une expédition entreprise en commun, sur la foi d*un engagement qui excluait toute idée d'agrandissement territorial et même d'intervention politique.

De semblables expériences autorisent de reste l'Angleterre à ne s'engager qu'à bon escient.

Elle tient à vivre en bons rapports avec la France, c'est certain; elle n'a garde de vouloir l'offenser, mais elle se croit obligée de prendre ses précautions.

L ANGLETERRE INJUSTEMENT ATTAQUEE lin

7 décembre.

Li'Ang^leterre injastement attaquée.

Les Anglais ont-ils donc toujours tort quand ils s'écrient: « Voyez comme ces^ Français sont légers ! » Vraiment, j'ai quelque envie d'en douter. Quoi ! hier encore on ne parlait, on ne rêvait en France que de courir au secours de la Pologne; le nom de la Pologne était sur toutes les lèvres : son image, sanglante et mutilée, se dressait devant tous les regards ; on comptait avec angoisse les heures de sa convulsive agonie; on brûlait d'en hâter le terme, et, pour cela, nul obstacle ne paraissait trop grand, nulle distance trop considérable, nul sacrifice trop lourd ; il y avait des larmes dans les cœurs; les mains cherchaient des épées. Et voilà que, aujourd'hui, la Pologne, quoiqu'elle vive et combatte, est, pour beaucoup de gens en France, comme si elle était morte, enveloppée dans son linceul, ensevelie ! C'est à peine si l'on se croit obligé par la décence de penser à elle de temps en temps, et bientôt, Dieu me pardonne ! on accusera de rabâchage ceux qui s'aviseront d'invoquer encore en sa faveur le droit, la justice, l'humanité ! En ce moment, la mode est ailleurs.

Et à l'égard de la Russie donc, quel changement à vue! Comme on est soudain devenu tendre envers elle ! Commeon a vite oublié le ton ironique des dépêches du prince

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Gortscliakoff et le caractère x)dieiix des exploits de Moiirawieff!

11 n'y a pas à s'y tromper, ce qui a produit un revirement, presque inconcevable, c'est le réveil de cet orgueil militaire qu'irrite, en France, toute opposition ou, même, tout semblant d'opposition de la part des Anglais. Ainsi, parce que l'Angleterre a pris un beau jour la liberté grande de n'être pas de l'avis du cabinet des Tuileries sur les conséquences probables du congrès; parce qu'elle a eu l'insolence d'être de son opinion, adieu les sympathies pour la Pologne! adieu l'indignation excitée par une boucherie sans nom! adieu la liberté recommandée par l'exemple d'un peuple libre ! Journalistes des bords de la Seine, pressezvous, videz vos carquois : le point de mire, c'est l'Angleterre !

Il faut, en vérité, que toutes les têtes soient à l'envers, de l'autre côté du détroit, pour que le Journal des Débats luimême, journal grave et sensé, en soit venu à mêler ses gémissements aux claniieurs de Y Opinion nationale et de tous ceux pour qui l'histoire commence à Crécy et finit à Waterloo !

Or ça! mais que prétendent ces messieurs? Est-ce que, d'aventure, une invitation est un ordre, dès qu'elle part des Tuileries? Est-ce qu'uà gouvernement à qui un autre gouvernement fait une proposition n'a pas le droit de demander des éclaircissements, d'examiner, de peser et de se décider d'après ses propres lunaières?

Serait-ce que, sur l'efficacité d'un congrès, il est impossible, absolument impossible, d'avoit deux avis différents; de telle sorte que le doute à cet égard ne se puisse expliquer que par l'excès de la mauvaise foi, les inspirations de la jalousie, le parti pris de la haine? Libre aux optimistes de

LANGLETEKafi INJUSTEMENT ATTAQUEE iTS

tenir pour certain que TAutriche rendra Venise àritalie; que la Russie rendra la Pologne à elle-même; que l'Espagne, ou ne réclamera point Gibraltar, ou l'obtiendra ; que la Prusse fera bon marché du duché de Posen ; que le Danemark sera trop heureux de mériter le respect des duchés en se séparant d'eux, ou l'Allemagne trop heureuse de prouver son désintéressement en ne s'occupant plus des duchés; que le sultan sera bien aise de voir, au besoin, dénaembrer ses États, et que le pape donnera sa bénédiction à Victor- Emmanuel, en lui laissant une part des domaines de l'Eglise, et même Rome, s'il y a lieu, enfin que ces choses s'accompliront par le seul fait d'un certain nombre de princes allant, avec ou sans l'aveu des peuples, causer des affaires de l'Europe autour d'un tapis vert. Je ne trouve pas mauvais qu'il y ait des gens disposés à attribuer d'avance de tels effets à une telle cause, et je n'entends en aucune façon leur contester le droit de proclamer bien haut que c'est la foi qui sauve. Mais, en revanche, qu'il soit permis à ceux qui n'ont pas la foi de donner leurs raisons. Avant de prétendre que le refus de l'Angleterre d'assister au congrès est une marque de vile jalousie, un acte bassement égoïste, une insulte à la France, etc., etc., il y- a une chose à prouver : c'est que cette assertion : « la paix du monde sortirait d'un congrès » est un axiome aussi incontestable que celui-ci : « La ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. » Tant qu'on n'aura pas prouvé cela, l'Angleterre sera fondée à demander en vertu de quel >principe d'équité et de liberté on exige que, sur une question essentiellement controversable, elle n'ait pas d'îwitre opinion que celle du gouvernement impérial.

Et qu'on n'objecte pas la forme du refus. Les dépêches du comte Russell sont d'un style ferme, mais qui n'a rien de

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brutal, rien de discourtois, rien de sec. Chaque point y est discuté avec un soin et une insistance qui témoignent d'un examen préalable de la question, trè$-sincère et très-attentif. Tout au plus pourrait-on dire qu'on y remarque l'absence de ces phrases alambiquées et sottement mielleuses dans lesquelles l'hypocrisie diplomatique a coutume de se draper. Mais, d'une part, l'emploi de ce style, digne sans arrogance et convenable sans fadeur, est caractéristique de la manière du comte Russell, qui n'a jamais écrit autrement; et, d'autre part, s'il s'agissait ici d'une question de forme, est-ce que le gouvernement anglais ne serait pas autorisé à repousser la plainte par la plainte?

Certes, je suis très-loin, quant à moi, de trouver à redire au caractère fier et direct de l'appel adressé par Napoléon III à l'opinion publique en Europe. Dieu me garde de protester contre cet hommage rendu au droit d'intervention intellectuelle des peuples. Le grand jour de la place publique vaut mieux que la nuit des chancelleries. Mais, justement, en ayant son franc parler. Napoléon III a donné un excellent exemple, que lord Russell a fort bien fait d'imiter. Ceux-là devraient s'en applaudir au lieu de s'en irriter, qui ont l'âme assez haute pour voir dans le langage autre chose qu'un moyen donné par Dieu à l'homme de cacher sa pensée.

Vainement chercherait-on à opposer à la conduite de l'Angleterre celle des autres gouvernements. Si l'Angleterre, en cette occasion, a parlé sans ambages, c'est simplement parce que sa dignité n'avait aucun indispensable sacrifice à faire aux inspirations de sa prudence. Les acceptations dont se réjouit si fort la presse officielle, ou officieuse en France ne sont-elles pas arrivées, en général, tout enveloppées de réserves, laissant deviner le si et le mais? Et n'est-il pas vrai à la lettre que, comme le Times le remarquait il y a

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