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LES ELECTIONS DE PARIS ET LES ANGLAIS

Les élections de Paris et les Anglais.

Le silence qui régnait eu France depuis tant d'années et l'apparente immobilité du peuple le plus remuant de la terre avaient fait croire aux Anglais que la France avait perdu ses aspirations d'autrefois; que ses instincts d'oppositioi ravalent abandonnée; que son pouls politique, dont on ite entait plus le battement, avait en effet cessé de battre; que pour elle il n'existait plus décidément d'autre passioa que celle des aiaires. Ils jugeaient la lampe éteinte, parce qu'elle était longtemps restée sous le boisseau ; ils ne soupçonnaient pas le mouvement àe Teau sous la glace.

Disons tout : ce résultat ne les affligeait que médiocre'* ment. Ce n'était pas sans une sorte de satisfaction mal fis-* simulée qu'ils assistaient à un spectacle qui, aux yeux du monde, semUait témoigner de la supériorité de la race saxonne sur une race rivale, en ce qui concerne l'aptitude à être libre. Avec quelle orgueilleuse affectation de pitié ils disaient : c La France n'est pas faite pour la vie politique : elle est arrivée à le comprendre ! » Quel empressement ils mettaient à se réjouir de ce qu on avait enfin découvert le secret de gouverner un peuple réputé ingouvernable! Seuls, les Anglais étaient une nation majeure : aux Français, 9 fallait un maître, parce qu'ils étaient des enfants, — ^^des enfants pkis vigoureux et plus formidables que des hommes quelquefois, mais, en fin de compte, des enfants.

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Oui, voilà de quelle façon la France ici était appréciée par l'Angleterre. Et quand les Anglais qui étaient allés visiter Paris en revenaient émerveillés de sa splendeur extérieure; quand ils parlaient, en enflant la voix, de rues étroites et laides remplacées par de magnifiques boulevards, de mansardes remplacées par des palais, des jardins somptueux cclos comme sous la baguette d'une fée ; quand ils comparaient le Paris d'aujourd'hui à cette Rome des temps anciens qu Auguste avait trouvée de brique et qu'il avait laissée de marbre, c'était pour en tirer la conclusion que la France ne désirait rien de plus. Volontiers ils l'auraient comparée à un prisonnier qui a des chaînes d'or et qui, à cause de leur éclat, les aime. Le Daily Telegraph allait jusqti'à nous prendre à partie en ces termes : « Un squelette peut être vêtu de pourpre ; un mort est tout aussi mort dans un tombeau de marbre que dans un tombeau de pierre.» Londres n'a pas, ajoutaient nos censeurs, des boulevards étincelants, des monuments niniviens; elle n'a ni le Louvre achevé ni le bois de Boulogne métamorphosé ; mais l'Angleterre est libre.

Et ce qui portait les Anglais à estimer qu'il n'y avait plus de vivant en France que la France des affaires et celle des plaisirs, c'était le développement extraordinaire des préoccupations industrielles, la passion croissante de l'agiotage, le progrès de la richesse, un déploiement de luxe de jour en jour plus extraordinaire , la rage des spectacles et des fêtes.

Comment peindre leur surprise , à la nouvelle du résultat des élections de Paris? La résurrection de Lazare ne dut pas étonner davantage ceux qui en furent témoins.

Mais on ne veut jamais s'avouer qu'on s'est trompé. Aussi le Times affecte-t-il de s'étonner en sens inverse. ïl ne

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