‹ Lettres sur l'Angleterre: 2. sérChapitre 51 sur 88 · M. GOM^EN ET M. BRIGHT · texte numérisé non relu

M. GOM^EN ET M. BRIGHT

ser les terres des mains des riches aux mains des pauvres; mais la violence n*est pas le seul procédé qui conduise à ce résultat. N'avez-vous pas déploré l'état de choses en vertu duquel la propriété territoriale, en Angleterre, est possédée par un petit nombre d'iiosffiiesf N*avez-vous pas comparé, avec un sentiment de regnet, la temire du sol telle que nous la conaprenons à la tenure du sol telle qne la cmnpren* nent les pays où le paysan possède la terre? Et en indiquant comme remède à ce mal l'extension des droits politiques, n'avez-vous pas clairement dévoilé votre désir de voir modifier par voie législative 'la c^astîtution de la propriété? »

rignore quelle sera la réplique de M. Cobden ; mais je m'assure qu'il est homme à accepter l'accusation, dès qu'on l'explique ainsi.

M. CobdcB et M. Bright ne sont assurément pas des tribuns à la manière de Caïus Gfaccbus; le système de-Li loi agraire n'est en aucune façon de leur goût, et il n'est peutêtre pas deux hommes dans ce pays auxquels les procédés violents répugnent davantage. Mais que la tenure aristocratique du sol soit contraire à toutes leurs idées et à toutes leurs tendances; qu'ils aspirent du fond de l'âme à l'établissement graduel, pacifique, légal, d'un régime où le propriétaire se confondrait aivec le cultivateur; qu ils tiennent peur abusifs et monstrueux les droks de primegéniture et de substitution, et qa'ils bénissent la Révolution française de les avoir abofis en France, voilà ce qui ne me parait pas douteux, et si c'est là seulement ce que le Times a entendu leur reprocher, ou Je me trompe fort, ou, loin de s'en plaindre, ils s'en feront gloire.

L'un et l'autre, en effet, ils poussent, d'une égale ardeur, à la destruction de toute situation aristocratique et privilé*

giée, quoique sous l'empire de sentiments dont la diversité s'explique par celle de leurs natures.

De fait, ce qui domine en M. Cobden, c'est Téconomiste; en M. Bright, c'est le tribun. M. Cobden ne songe qu'au comfort du peuple ; M. Bright, qu'à sa liberté. M. Cobden repousse dans le régime aristocratique un obstacle à la diffusion du bien-être matériel parmi les masses; M. Bright déteste dans ce régime une usurpation des droits abstraits du peuple.

Pour M. Cobden, tout est question de pouvoir productif, d'utilité, de libre échange. 'S'il est contre l'esclavage, c'est moins par horreur de son principe qu'en haine de ses désavantages économiques. Il ne serait pas éloigné — je l'en soupçonne — d'accepter le despotisme, pourvu que ce fût, s'il était possible, un despotisme intelligent, tutélaire, capable d'assurer à chacun une dose convenable de bonheur — de ce bonheur que donnent l'absence des privations et l'usage des richesses. Je n'irai pas jusqu'à dire que la dignité humaine est peu de chose aux yeux de M. Cobden, mais je ne pense pas qu'elle entre en première ligne dans ses calculs. Son dédain des études classiques est un trait qui le caractérise. Parlez-moi , en fait de livres, de connaître la tenue des livres ! Quelle nécessité de savoir au juste si la ville de Troie a existé? Parlez-moi de possédera fond la statistique commerciale de chaque contrée ! Un jour, il lui échappa de dire — et le Times le lui a rappelé — qu'il préférait une page du Times à tous les ouvrages de Thucydide.

M. Bright est un tout autre homme. C'est par leur côté moral, surtout, que les choses le frappent. Il maudirait l'esclavage, alors même que la supériorité économique de ce système lui serait bien démontrée. Il apprécierait fort la culture de l'esprit, si elle ne constituait pas le privilège de

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