LA PROPRIETE TERRITORIALE ET M. BRIGHT
près à l'état de rinstructiou publique, en ce qui touche le peuple; et si nous mettons la misère de eette nombreuse classe de la population en contraste avec l'abondance et le luxe d'autres classes, nous arriverons, je le crains bien, à cette conclusion, que la législation a encore quelque chose à faire pour améliorer la condition de la masse du peuple!... Est-ce donc, je le demande, en vertu d'un immuable décret du Tout-Puissant, que la moitié des habitants de ce pays vivent dans des maisons dont la valeur annuelle n'excède pas 5 livres sterling; et que les enfants du pauvre ne reçoivent, comparés à ceux du riche, ni soins ni instruction ; et que, pour tant de nos semblables, la vie est un combat; et que la lumière du soleil, qui tombe au travers de notre chemin, à nous, ne fait que dorer, pour eux, une terre qu'ils peuvent apercevoir de loin, mais sans espoir d'y arriver jamais? »
Ces deux passages sont singulièrement caractéristiques : ils éclairent d'une manière saisissante la différence qui existe entre la nature de M. Cobden et celle de M. Bright. C'est, à côté de la plainte de l'économiste, le cri perçant du tribun. Où le premier voit un intérêt méconnu, le second voit un droit violé. Mais ce qu'ils attaquent l'un et l'autre et en commun, c'est la tenure aristocratique du sol, telle qu'elle a prévalu en Angleterre.
11 n'y avait pas à s'y tromper, et personne ne s'y est trompé. Aussi a-t-elle été formidable, la clameur qui s'est élevée du sein de la classe ainsi prise à partie, et le Times n'a été que l'écho fidèle de cette clameur lorsque, après avoir signalé MM. Cobden et Bright comme voulant le partage des propriétés des riches entre les pauvres, il a répété l'accusation en l'appliquant plus particulièrement h M. Bright.
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Cette accusation est-elle juste? Ceux qu'elle a frappés ont-ils réellement rêvé de loi agraire? L'école doliaochester a-t-elle donné des successeurs à Tibérius et k Caïus Graechus? MM. Cobden et Brigbt sont-ils gens à niëUre la violence au service de leurs idées, ou même au serviee de leurs colères?
Non, sans doute : sous ce rapport, il y a eu injustice naanifeste dans les imputations du Times, ou dans ce qu'elles semblaient impliquer; et M. Cdnlen, en défendant son ami, en se défendant lui-même, a eu raison de prier à la calomnie, quoiqu'il Tait fait avec un excès de violence préjudF ciable à sa cause.
Ce qui est sur toutefois, et ce que ni M. Cobden ai M. Bright ne seraient, je pense, disposés à nier, c'est que le landlordisme leur est odieux; c'est qu'ils brûlent de remplacer l'aristocratie féodale, qui les repousse, par cetie aristocratie manufacturière dont ils sont les représentants les plus illustres et les plus logiques ; c'est que le genre de tenuré du sol par eux préféré serait celui au moyen duquel le propriétaire arriverait à se confondre avec le cultivateur : résultat qu'à aucun prix ils ne voudraient \mv soriir 46 Tefli^ ploi de procédés révolutionnaires, nuiis qu'ils béniraient, s H pouvait être obtenu graduellement, pacifiquement, par l'adoption d'une série bien combinée de mesures législatives.
Tel étant leur but, lear empressement à réclamer la par-* ticipation du pe^>le au pouvoir politique se comprend de reste.
D'un autre côté, si leurs vues sont pacifiques, on n'en saurait tout à fait dire autant de leur langage, ce qui est surprenant de la part de M. Cobdea, esprit fr<^, iatelligeikt et calme, mais ce qui ne Test guère de la part de M. Brighl,
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dont l'orageuse éloquence répond aux agitations d'un cœur passionné.
La vérité est que M. Bright déteste cordialement Taristooratie, et éprouve à se mesurer avec elle une sorte de jouissance hautaine. Un jour, on demandait à Charles Lamb comment il pouvait haïr des gens qu'il ne connaissait pas. « Et comment pourrais-je les haïr, » ré[)ondit-il, « si je les connaissais? » Lahainc d'une classe que M. Bright' regarde comme investie d'un monopole politique et social, doublement injuste, est un sentiment dont son âme savoure l'amertume, par lequel il lui plaît d'être tourmenté, qu'il est impuissant a contenir. De là les anathèmes qui lui échappent, en quelque sorte malgré lui ; de là son ardeur h secouer sur une traînée de poudre une torche allumée, au risque d'une explosion dont, cependant, il ne veut pas.
Quoi qu'il en soit, sa dernière sortie contre des « institutions dont les riches jouissent et que les pauvres subissent » , — ce sont ses paroles, — cette sortie, si véhémente, si terrible, a soulevé une question qui, selon toute apparence, continuera d'occuper les esprits longtemps après que la querelle qui s'y lie aura été oubliée. Ce qui est réellement en cause, ce n'est pas le Times^ ce n'est pas M. Cobden, ce n'est pas M. Bright : c'est la constitution féodale de la propriété en Angleterre. Le sujet est grave ; il est intéressant à tous les points de vue. 11 vaut donc qu'on l'aborde et qu'on s'y arrête.
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